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IV. - EXAMEN DES PRINCIPAUX SYSTÈMES OBJECTIFS ET EMPIRIQUES

A. Systèmes utilitaires. — Si nous observons les actes des êtres vivants en général, nous sommes frappés par un fait capital. Tous les êtres recherchent ce qui leur est utile, évitent ce qui leur est nuisible. Et comme le plaisir est attaché aux actes utiles, tous les êtres recherchent le plaisir. On voit donc que, malgré la différence superficielle que l'on fait d'ordinaire entre la morale du plaisir et celle de l'intérêt, ce sont des systèmes de même origine. L'intérêt n'est que la monnaie du plaisir. Il n'existe qu'à condition de pouvoir s'échanger contre le plaisir. Rechercher le maximum d'utilité et par suite le maximum de plaisir, voilà la loi universelle de nos actions. Mais comment

OBJET Kl C \l\ V.CT] MOB \I.l"

atteindre ce maximum. Les divers systèmes util i taristes ou hédonistes vont essayer de nous l'apprendre, en restant toujours purement objectifs, c'est-à-dire en ne tenant compte que des faits observés.

a) Morales antiques : Aristippe, Epici re. — Les plus anciennes formes de ces doctrines posent que tout plaisir est bon à prendre et nous présente au moment môme an égal intérêt; nous devons nous borner à posséder le plaisir qui se présente et à ne pas être possédé par lui, pour que nous puissions chercher d'autres plaisirs, au fur el à mesure des occasions Aristippe). Mais on s'aperçoit de suite que tout plaisir n'est point bon à prendre, car certains sont suivis d'une douleur beaucoup plus grande. Il faut fai-re un choix entre les plaisirs. Epicure l'essaye; pour lui le plaisir fondamental est le plaisir de la chair, le plaisir du ventre. Mais celui-ci n'est pas toujours à notre disposition; de plus, il est variable [plaisir en mouvement) et. se change facilement en douleur. Ce à quoi il faudra nous tenir, c'est bien plus au souvenir laissé par ce plaisir dans noire mémoire, nouveau plaisir, toujours à notre disposition celui-là, el toujours identique : plaisir en repos ou plaisir de l'esprit. Se ci une vie intérieure de beaux souvenirs et ne la compromettre en rien par notre vie active, voilà le dernier mot d'Epicure, qui aboutil à une morale contemplative et esthétique, comme toutes les morales helléniques — très haute et très pure dans ses conclusions pra-

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b) Utilitarisme moderne. — Les morales antiques, tout en dégageant cette loi objective que l'homme vit pour le plaisir, restent placées au point «le vue individuel. En fait, l'homme vit en

lé ; la plupart de ses actes, sinon tous, dérivent de considérations social-'- el la morale qui s'appuie sur l'expériem énérale doit faire une place prépondérante à ces considérations. L'utilitarisme tend doue à devenir beaucoup plus social qu'individuel, et donne naissance aux systèmes de l'intérêt général, ffobbes montre que, pour vivre, les hommes ont dû abdiquer leur individualité • nt l'autorité sociale, gardienne de l'intérêt général : obéir passivement à cette autorité, voilà le principe de la moral', et Helvétius ainsi qu'un grand nombre de jui adoptent à peu

près celle manier»' de voir.

Pourquoi abdiquer son intérêl privé devant l'intérêt général? Le principe est à coup sûr tiré d'une observation exacte, d

ig dous besoin d'expliquer cette loi pour bien comprendre les is que non- faisons instinctivement en ce sens. >nd

TTi LA MORALE. PRÉLIMINAIRES El HISTORIQUE

a la question en identifiant, Vintèrèt privé à Tintèrèt général, en montrant que l'égoïsme bien entendu aboutit à sauvegarder l'intérêt de tous. Nos plaisirs et nos peines peuvent être chacun affecté d'un coefficient qui détermine leur juste valeur. En présence d'un acte à accomplir, il n'y a qu'à faire la balance de ces coefficients, l'envisageant jusque dans ses conséquences les plus éloignées. Il faut se décider toujours pour l'acte donnant le plus grand excès de plaisir. Or, comme l'avantage social n'est qu", la somme des avantages particuliers, il résultera immédiatement que cet acte sera celui qui servira aussi le mieux l'intérêt général. Telle est Y arithmétique du plaisir exposée par Bentham dans sa Déontologie. Mais est-il bien vrai que les actes qui apporteront le plus de bonheur à l'individu, en se combinant, seront toujours ceux qui amèneront le plus de bonheur total ? Notre intérêt privé est souvent en contradiction avec l'intérêt du reste des hommes. Et n'y a-t-il pas des exigences sociales devant lesquelles l'individu doit se sacrifier? Le sacrifice d'une vie, c'est-à-dire de toute participation au bonheur à venir, peut être dans certains cas 1 acte le plus utile à tous.

C'est cet accord entre l'intérêt particulier et l'intérêt général dont Stuart Mill essaye de montrer la nécessité absolue, en faisant appel aux lois psychologiques de la mémoire, de l'habitude et de l'association des idées. Bentham avait eu le tort de ne considérer les plaisirs qu'au point de vue de la quantité, et c'est pourquoi il avait échoué. Mais les plaisirs diffèrent au point de vue de la qualité, de la dignité, et ces différences ont beaucoup plus d'importance dans la vie sociale et la conscience communes que les différences quantitatives : « Tout le monde préférerait être un Socrate mécontent qu'un pourceau satisfait. » Il y a donc des plaisirs plus satisfaisants que d'autres et que l'on doit rechercher de préférence, et ces plaisirs sont liés aux actes désintéressés, féconds, aux actes altruistes et non aux actes égoïstes. Gomment cela se fait-il? Allonsnous introduire une règle de choix autre que celle de l'intérêt et du plaisir? En aucune façon. Stuart Mill reste logique avec le point de vue utilitaire et objectif. C'est par l'habitude et V association des idées que l'égoïsme devient altruisme en transférant le plaisir qui résulte de l'utilité individuelle à l'acte qui sert l'intérêt général, parce que toujours les individus les voient liés l'un à l'autre. (Voir p. 385.) Ce système est beaucoup plus cohérent et plus complet que les précédents; mais les exceptions que l'individu peut remarquer à cette liaison entre l'intérêt particulier et l'intérêt général empêcheraient forcément l'association inséparable et le transfert affectif. De plus, on ne découvre que fort tard cette liaison,

OBJET ET CARACTÈRE DB i.a MORALE

et par la réflexion. Elle n'est pas spontanée; elle n'est donc pas la règle universellement suivit', en fait, ce qu'exigerait le point de vue objectif.

Grttiqi i ».i;.nékalp:. — Si les morales utilitaires, si développées qu'elle soient, oui éehoué, c'est qu'elles appliquent imparfaitement leur méthode. Elles devraient être la transcription rigoureuse des faits. Elles en sont au contraire une interprétation fragmentaire. Elles construisent imaginath emenl une société basée sur la lutte des individus entre eux et la poursuite des intérêts individuels. Biles Iment complètement les facteurs sociaux qui dépassent l'individu. La raison en est que tous ces systèmes datent d'une époque où les sciences sociales n'existaient pas, où Ton ne connaissait nullement les phénomènes de vie collective, leur évolution et leurs lois, dont la première est de montrer une sympathie, une solidarité presque organique, se développant avec, et peut-être avant l'égoïsme. (Voir p. 380 et p. 847.)

U. Morales sociologiques et évolutionnistes. — C'est à ce dernier point de vue vraiment scientifique que se placent les morales sociologiques et évolutionnistes actuelles.

a) Morale sociologique d'A. Comte. — La première tentative en ce sens est celle de Comte. Sa morale est une application directe de la biologie et de la sociologie; de la biologie: L'étude de l'homme ne peut se Taire qu'en le comparant aux autres espèces animales ; de plus, les actes dépendent de l'organisation physique et du système nerveux; — delà sociologie : L'homme doit être étudié en société. Il ne faut pas définir l'humanité par l'homme, mais l'homme par l'humanité. La personne humaine est inintelligible à qui ignore les lois de la société. Or biologie et sociologie nous permettent d'aper voir un principe général : un consensus universel et inévitable, une corrélation nid me entre tous les éléments associés soit dans 1 ganisme, soit dans la société. L'homme doit donc poursuivre dans la société la réalisation de ce consensus et toutes les conséquences qu'il implique. Ce consensus ne peut exister que si les instincts altruistes (le mot est de Comte que nous voyons poindredans la vie animale se développent par les lois de la vie aie et deviennent le sentiment de la fraternité humaine. Le lien social es! alors au maximum de sa puissance, et par suite le lien moral : L'ordre /tour hase, Vautour pour principe, le progrès

pour but, telle esl la Formule qui résume cette conception.

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b) Morales évolutionmstes. — 1° Darwin : Genèse empirique des notions et de la conscience morales. — La morale de Comte esl plutôt ù n programme de morale. A son époque, les idées d'évolution n'avaient pas encore pénétré le domaine des sciences biologiques et sociales, domaine qu'elles ont profondément transformé; aussi ses conclusions sortent-elles des faits actuellement les mieux établis. Elles sont très autoritaires, souvent très rétrogrades, et ses explications fort incomplètes.

L'idée de la transformation incessante des faits a été introduite en biologie, en psychologie et en sociologie par Darwin, qui, dans un essai remarquable, montre comment le sens moral le plus délicat peut être considéré comme l'épanouissement de la sociabilité. Celle-ci, due aux nécessités de la nutrition et de la reproduction (ce qui est tout un), donne déjà naissance à des secours réciproques entre les animaux : Darwin cite à cet appui de nombreux faits de sympathie et quelques traits d'héroïsme, conséquences d'unàs/mc/ social impérieux. Chez l'homme, cet instinct se développe de plus en plus. L'homme s'attriste dans la solitude; les sentiments sympathiques sont très vifs chez lui, et le jugement des autres à son égard acquiert une très grande importance. Les sociétés primitives ont dû être amenées ainsi à poser un ensemble de choses à faire et à éviter. (Voir p. 842.) La solidarité ainsi développée les renforce d'ailleurs progressivement et cette solidarité devient une force considérable dans la lutte pour la vie. Voici expliquée la formation du droit en faisant appel uniquement aux circonstances extérieures de la vie, et particulièrement de la vie sociale.

Ce même instinct de sociabilité fonde la morale individuelle, les idées d'obligation et de responsabilité. Tout être éprouve en effet un malaise quand il ne peut exercer un de ses instincts. C'est ce qui arrive à l'homme lorsqu'il viole une règle morale à l'encontre de son instinct de sociabilité : de là le remords qui crée le sentiment de la responsabilité et du devoir.

2° Spencer : Théorie de l'organisme social. — La construction de Darwin suit de très près les faits, comme on le verra dans les différents historiques tracés en morale pratique. Mais il reste une obscurité. On ne peutpasexpliquer le sacrifice de soi, quels que soient les détours ingénieux que l'on prendra, si Ton se borne à partir des exigences de la vie extérieure. Darwin laisse encore une place à la réflexion individuelle; or une théorie absolument objectivedoii, l'éliminer complètement. C'est ce qu'a tenté S/?mce , le [dus systématique de tous les moralistes de cette école, avec î ne théorie qui eut son heure de fortune en sociologie : la, fhéori' de Yorganisme social,

OBJET ET CARACTÈRE DE LA MORAL

bien qu'il ne lui donne pas la forme exa§ et absurde qui Ta

complètement discréditée aujourd'hui. Il est facile de relever -les analogies nombreuses entre les fonctions sociales et les foncti physiologiques. Une société naît, grandit, atteint son maximum de puissance, puis devient caduque el meurt. Bile se nourrit et elle élimine; elle a un caractère, un esprit particulier, en vertu desquels elle agit et réagit sur son milieu. Cette analogie de fonctions

/ plausible doil -cequi est plus aventureux — cacher une similitude d'organes. Nous voyons en effet dans toute société une circulation destinée à l'alimentation de toutes ses parties, ui entre elles, tout comme dans les cellules de l'organisme, un véritable système nerveux, qui établit, grâce à une tête le gou\ nement), le consensi ial. D'autres, après Spencer, se sontamu-

i imaginer des anal [>ius précises, métaphores faciles. La

société esi ainsi un \ riisme, un être réel, dont nous sommes

cellules. Il est facile de conclure alors que, de même que les cellules sont ee qu'elles sont par la conformation de aie,

actes <lcs individus et les individus ne sont ee qu'ils que

par la société. Les i morales sont simplement les loi- d ai

tation de chacun des éléments au tout. Est un bien tout ce qui poursuit cette adaptation, un mal tout ee qui en éloigne : « Suivre révolution », tel est le principe suprême de la morale. Et ce principe peut très bien mener au sacrifice de soi, qui se trouve ainsi expliqué.

Nous ne nous attarderons pas à discuter la théorie delà sociél organisme. Certes la sociologie a des rapports avec, la biologie; comme, et plus nets encore, avec la psychologie; de môme que la biologie elle-même a des rapports avec, la physique el la chimie. Mais un être vivant est autre chose qu'un phénomène électrique on qu'une combinaison chimique; une société aussi est autre chose qu'un • rganisme ; les individus ont. une indépendance plus grande qu'une cellule, et un rôle plus autonome. En abandonnant toutefois cette hypothèse pour celle plus acceptable d'une société déterminant par ses lois propres toute la conduite des individus, on peut maintenir les conclusions de Spencer, fonder une morale l'idée d'adaptation, et avoir un objeeti lusif.

Ckimi lie des morales obje< i - Ainsi, les systèmes

de morale objective, en de venant de plu- en plus cohérents, finiss par éliminer l'individu lui-même ei le- réactions propres de la conscience morale. Ton- les actes sonl de- înéluctabl ndiions physiques, biologiques, psj hologiques el - * des individus.. Le résultai auquel on arrive es1 • vid n' et il ; ;

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par Les partisans les plus catégoriques de cette morale: diiyaplvs de morale. Pratiquer la bienfaisance, c'est-à-dire s'intéresser aux déshérités, auxinfirmes, aux malheureux, travailler à leur faire une place au soleil, c'est par ignorance et superstition tenter de contrarier la marche fatale de la nature, œuvre insensée et stérile. » (Bout roux, ld.) 11 est vrai que Spencer a prévu l'objection. En ce moment, dans la vie sociale, tout est sujet de douleur pour les individus, et les individualités ont elles-mêmes un mal énorme à se développer normalement (c'est-à-dire aveuglément dans le sens de révolution sociale). Pourquoi? C'est que notre conduite individuelle n'est pas parfaitement adaptée aux besoins de la société où nous vivons. L)e là une contradiction continuelle entre nos tendances et les nécessités de notre existence. Mais peu à peu ce conflit s'atténuera. Il importe que le moraliste fasse luire la lumière de l'idéal pour hâter l'âge d'or. — On voit de suite que cette réponse est insuffisante, car c'est reconnaître que l'individu, actuellement au moins, peut réagir, sur la société, dans un sens déterminé par sa nature individuelle et non par la loi sociale : ce qui est une brèche faite à Tobjectivisme, car c'est faire à la conscience sa part.

V. — LA MORALE, SPÉCULATION PHILOSOPHIQUE; MÉTHODE MIXTE; • RÉFLEXION RATIONNELLE SUR LES FAITS

La philosophie traditionnelle résume cette objection en disant que la morale n'est pas une science; elle ne doit pas chercher, comme l'ont fait les morales objectives théoriques, les lois nécessaires de la nature, ce qui est (car alors conseiller aux hommes de les suivre serait inutile), mais les moyens d'utiliser, selon les besoins et les circonstances, les lois naturelles trouvées par ailleurs, en déterminant idéalement ce qui peut et doit être.

La morale théorique ne serait alors ni une construction a priori ni une simple transcription des faits. Mais sa méthode ne pourrait-elle pas consister à retrouver dans les faits, et en partie grâce à eux, les moyens de réaliser un idéal conçu par la raison, et la satisfaction de tendances qui exprimeraient notre nature véritable et supérieure? Avec cette méthode nous ne prendrons pas tels quels les résultats scientifiques, et nous n'arriverons pas à la négation même de la morale; mais nous ne nous établirons pas non plus dans un domaine métaphysique et mystique où nous construirions un idéal sans savoir s'il est réalisable. Nous tiendrons compte à la fois des faits, et de celles des aspira fions de notre consciente, que l'incessant devenir des faits permettra de satisfaire. Nous suivrons en morale la méthode philosophique rationnelle qui, au delà

OBJET ET CARACTÈRE DE LA MORALE

du fait, cherche le droit, par delà ce qui est, ce qui doit ùre, mais enmf-in»' t<rn ps ce qui peut êtreel ce <|ui sera. On peut dépasser les faits par l'idéal, mais en les continuant, vaincre la nature <in obéissant à. ses nécessités. Nous considérerons l'ensemble des faits^ et nous réfléchirons sur les tendances de notre raison pour construire un idéal <>ù entreront toutes celles de ces tendances, compatibles avec les laits.

VI. — REVUE SOMMAIRE DES SYSTÈMES QUI ONT ESSAYÉ D'APPLIQUEB CBTTE MÉTHODE. — MORALE DU SOUVERAIN BIEN LBPftINCIPE DE LA PERFECTION

Au fond e1 malgré de nombreuses divergences de détails, foute? les doctrines philosophiques rationalistes ont suivi cette métl ode : la philosophie grecque en particulier et la philosophie cartésienne [Descartes, Malebranche, Spinosa). Ces systèmes ont reçu Le nom de systèmes du souverain bien ou de là perfection. -Voici en quoi consiste leur principe: La raison est chargée d'après les procédés scientifiques (tels que les conçoit l'époque) de tirer de l'ensemble des connaissances établies tout ce <|ui peut éclairer notre conduite et guider nos actions.

A. Rationalisme grec. — C'est ce qu'entendaient tous les grands penseurs grecs quand ils réfutaient la sophistique, qui niait l'existence (Tune morale théorique rationnelle : Pour Socrate, il y a une méthode scientifique : la dialectique, el cette méthode non seulement peut s'appliquer à la morale, mais môme ne s'applique qu'à '-Ih'. Le bien est une science et il n'y ail'- science que du bien: lavoir et être vertueux sont une seule et môme chose personne n'est méchant sciemment). Cette* science consiste à remonter des idées concrètes et communes aux i<!é"> abstraites el générales qui sont leur raison dernière 'interrogation socratique) , en montrant l'absurdité desopinions différentes (ironie . el en taisant ainsi sorti ries plus hautes vérités morales des propositions les plus vulgaires (maïeutique) : c'est une suite d'inductions au moyen desquelles (Socrate et ses disciples sont idéalistes l'âme devine d'elle-même la loi générale dans le particulier. Une fois que la raison estarrn la notion la plus haute, celle du bien, il n'y a plus qu'à en déduire tous nos actes particuliers par une méthode inverse de la précédente.

te déduction se fait aussi par une intuition immédiatei Le I étant connu, nous ne pouvons que l'accomplir sans hésiter, ri nous sommes justes avec la même n ité que la somme des angles d'un

triangle égale deux droits.

780 LA MORALE. — PRÉLIMINAIRES El HISTORIQUE

Platon conserve la doctrine morale de son maître en la précisant eten luidonnant plus de rigueur. Socrate, pour établir le contenu de la notion du bien, partait de la tradition et de r utilité ; Platon ne part que de la raison : aussi, le souverain bien se confond-il avec l'exercice de la pensée dans ce qu'elle a de plus abstrait et de plus spéculatif. Le sage n'est heureux que par l'ascétisme : il s'abstient d'agir et subit l'injustice plutôt que de s'en rendre coupable. C'est que, pour Platon, le monde où nous vivons est pure illusion et erreur. Lu vertu se confondant avec la véritable science, et le bien avec !a vérité, nous devons mépriser ce monde.

La morale est encore pour Aristote une science rigoureuse et n'est que l'application à la détermination du bien de la méthode scienl ifique et rationnelle. Si sa morale est moins métaphysique, et plus concrète et pratique que celle de Platon, c'est que, devant les paradoxes et les excès métaphysiques de son maître, Aristote a cherché, pour la science tout entière, une méthode plus voisine des faits; mais les principes sont les mêmes.

Et ce sont ces principes que la morale en apparence la plus éloignée des faits et du souci de la réalité, la morale stoïcienne, essaye encore d'appliquer. Les paradoxes des stoïciens, leurs principales formules' se déduisent tous de la conception rationnelle de la morale. Les êtres sont des forces et ont tous un principe d'action, une direction : instinct chez l'animal, raison chez l'homme. Suivre ce principe, cette direction sera donc la loi morale : vis conformément à la raison, ce qui revient à dire : vis conformément à la nature, car la raison n'est que le principe de notre nature, identique, en son fond, à tous les autres principes de la nature.

Comment déterminer ce genre de vie? Il n'y a qu'à distinguer les choses qui dépendent de nous et celles qui n'en dépendent pas, car ces dernières sont soustraites par nature même à notre direction. Et ce qui dépend de nous exclusivement, il est facile devoir que ce n'est que notre volonté et notre intention. Subis et abstienstoi pour tout ce qui ne dépend pas de toi, c'est-à-dire tous les événements qui t' arrivent du l'ait de la nature ou de la société; et toi, vis en te conformant pour tout ce qui te concerne, c'est-à-dire pour toutes les volontés, à la raison stricte, ou, ce qui revient au même, à la justice. Ainsi, toutes ces morales ne sont métaphysiques, en apparence, que parce que la science hellénique, reposant sur une expérience très limitée, était elle-même toute métaphysique dans ses conclusions. Mais l'effort de la science comme de la morale grecques est très nettement rationaliste et positif. La morale doit appliquera la détermination du bien la raison seule, et la raison qui veut être rigoureusement méthodique, qui n'admet pas

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d'ordre mystique, comme chez Kant, mais tire ^es données d'un essai d'explication générale de la nature.

B. Rationalisme moderne. — C'est encore cette conception que nous trouvons chez les cartésiens, en particulier chez Spinosa. Nature et raison sont dirigées dans le m identiques, car

eil is sont le développement parallèle de deux attributs d'une réalité unique*: la substance infinie. La vertu consiste h discerner la tendance propre à chaque être, et à la rapporter à ce qui lui fournit sou explication naturelle : la raison. Les passions c'est-à-dire les élans obscurs de l'être, les actes accomplis sans une compréhen-

on nette de ce qu'on veut faire) sont des idées confuses, inadéquates, des erreurs, qu'il s'agil d'éclaircir, de compléter, de rendre vraies, en les déduisant de leur source, d'après la méthode mathématique, procédé scientifique par excellence. La paix de tdmet la béatitude, se rencontrerait dans la connaissance claire des lois nécessaires de toutes choses : autrement dit, lorsque la science est achevée, et pour celui qui la possède tout entière. Nous serons irrésistiblement portés à la vertu dés que nous nous serons rendu compte de la nature des choses.

La science de Spinosa, conçue sous une forme mathématique exclusive, ne l'ait dans la pratique qu'une place dérivée el accessoire à l'expérience. Mais, avec Leibniz, nous arrivons à une conception presque moderne de la science, et à une morale théorique 1res près de celle que l'on peut proposer de nos jours. Les principes fondamentaux du rationalisme exigent, avant d'envisager la possibilité d'une déduction mathématique, une consultation de l'expérience. Leibniz part des faits, parce que les faits contiennent virtuellement en puissance les lois rationnelles (c'est une façon plus moderne d'énoncer l'identité de la nature et de la raison). Il admet comme vrai que tout être recherche son plaisir. Or le plaisir o'esl que le sentiment de la perfection, et celle-ci c'est la réduction des faits particuliers, contingents et multiples à leur loi nécessaire; c'est la rationalité. Percevoir clairement et distinctement le but poursuivi par toutes nos tendances naturelles, et diriger nos actes vers ce but, réfléchir de plus en plus exactement l'univers, et y jouer le rôle qui nous est assigné, cela grâce à la raison se dégagea rit peu à peu des faits et formulant leur ordre, voilà le principe de toute moralité.

En il autres termes, les consciences humaines cherchent la perfection en cherchant le bonheur. Mais elles trouvent la perfection et le bonheur en se dégageant toujours davantage de l'instinct obscur et confus et en devenant, par la science, de plus en plus

raisonnables : le bonheur n'est donc que le signe d'une vie qui se subordonne de plus en plus étroitement à la raison; et comme celle-ci tend constamment à dépasser les faits et à s'élever vers un idéal où tout serait ordonne par la raison, le progrès moral est une ascension vers l'idéal. Cet idéal est réalisé en Dieu.

Il en résulte que la Morale est une élévation constante vers Dieu son principe qui a paru d'abord la recherebe du bonheur, puis la recherche de l'ordre rationnel et de la perfection, est aussi en dernière analyse, puisqu'il est impossible à l'homme de se dégager complètement de toute inclination confuse et d'atteindre la connaissance rationnelle intégrale, Y amour de Dieu. Il participe à la fois de l'inclination en tant qu'amour, et de la perfection rationnelle, en tant que cet amour a la divinité pour objet.

On remarquera le caractère éclectique de cette doctrine, qui absorbe à la fois le plaisir, l'amour (c'est-à-dire le sentiment") et la raison dans la morale qu'elle propose.

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