‹ Logique et moraleChapitre 130 sur 352 · V. — L'INTÉRÊT PARTICULIER ET L'INTÉRÊT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

V. — L'INTÉRÊT PARTICULIER ET L'INTÉRÊT GÉNÉRAL

Les morales inductives nous ont proposé soit l'intérêt particulier, soit l'intérêt général : il faut d'abord remarquer que ces deux fins

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sont incompatibles entre elles dans une certaine mesure; car l'intérêt général exige toujours le sacrifice <le L'intérêt particulier. <)n ne peut donc poursuivre l'un el l'autre à la fois, et les moralistes de l'intérêt se sont évertués à ramener l'un à l'autre, sans, semblet-il, y avoir réussi. Ils invoquent la do t ion «le l'intérêt particulier bien entendu, d'après laquelle notre intérêt particulier est toujours de contribuera l'utilité générale; mais ils sont impuissants à faire voirdans les cas particuliers par quels moyens, au nom de ïintèrêt, on pourra persuader à un individu de se sacrifier à l'intérêt général. Il faudrail pour cela faire appel à un principe qui dépasse L'intérêt et, par suite, l'intérêt particulier ou général ne parait pas permettre d'édifier une construction qui soit d'une irréprochable logique.

1° Admettons pourtanl que celte construction soit possible et considérons l'idéal que l'utilitarisme nous propose : le bonheur sensible, c'est-à-dire la plus mande quantité de plaisirs. N'est-il pas trop étroit? L'âme humaine ne consiste pas seulement dans sa fonction affective. A côté des besoins de la sensibilité, il y a les besoins de la raison et de la volent»'. N'est-il pas surprenant que l'on neconsidère, pour diriger notre activité toul entière, qu'un élément : le plus obscur el le plus incohérent de tous ceux de l'être qui doit agir? Il est incontestable que cet être est aidé dans son progrès par le plaisir el la douleur; mais ce n'est qu'un aid< non un élément essentiel à ce progi (s. La lm que nous proj L'utilitarisme résulte donc d'une observation trop étroite;

De plus, la morale théorique cherche une fin universelle. Or, le bonheur sensible peut-il être considéré comme universel? Que faut-il entendre par cette idée de bonheur? Cette idée varie avec chaque individu examiné, car elle résulte des expériences particulières de chacun. Chacun arrange son existence selon ses tendances particulières, el l'idée qu'il se fait du bonheur résulte souvent de quelques moments très courts où il a cru le goûter tout entier. Ce sont ces considérations qui expliquent même que certains partisans de la morale du plaisir en soient arrivés à conseiller l'ascétisme ou

nicide, carie bonheur est chose tellement ; re et fuyante

qu'ils ont cru qu'il élait impossible de l'atteindre et, si le désir du

bonheur est une illusion, l'idée même du bonheur est contradic-

momentsde notre existence qui nous paraissent les plus

iables sont aussi les plus rares, car, s'ils s'étaient prolongés, ils auraient presque perdu tout leur agrément. Il n'y a pas de bonheur continu. La recherche du bonheur sensible suppose encore que les lois de l'univers sont telles que des êtres sensibles c< i stitu

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nous y trouveraient toujours une certaine satisfaction. Or, tien n'es! plus loin (Je la réalité; quelques morales antiques l'avaient vu : le^ stoïciens nous invitent a distinguer dans l'univers ce qui dépend de nouset ce qui ne dépend pas de nous, et concluent que seule l'intention peut dépendre de nous, mais non les résultais de l'acte exécuté. Or, le bonheur doit être parmi ces résultats.

3° Il ne suffit pas de poser un idéal, il faut encore expliquer pourquoi nous serions obligés de le poursuivre. Autrement dit, il faut expliquer l'obligation morale. L'utilitarisme donne-t-il celte explication?

Les utilitaires qui ne sont pas sortis de la considération pure et simple du bonheur et de l'égoïsme particulier: Épicure, Helvetius, Hobbes, etc., ont prétendu que la question d'obligation ne se posait pas, parce que c'était une loi nécessaire et inévitable, que tout être recherchait son plaisir. Mais alors, si cela est, pourquoi essayer de démontrer à l'homme qu'il doit rechercher son plaisir et le lui conseiller? Autrement dit pourquoi faire une morale? il n'y a qu'à laisser agir l'homme, et nécessairement il agira moralement. Toute nolion de mérite ou de démérite est nécessairement supprimée par là.

Les utilitaires plus subtils, Bentham et MM, ont essayé de justifier ia nécessité de la morale. Mais, de deux choses l'une. Ou bien c'est encore, comme Bentham semble le prétendre, parce que les égoïsmes individuels amènent nécessairement à la considération de l'intérêt général qu'ilfautnous sacrifier à cet intérêt général, et de nouveau il est superflu de donner des conseils moraux, puisque nous suivons ces conseils sans nous en douter. Ou bien il nous faut admettre qu'il y a, dans les différentes manières dont se conduisent les hommes, des façons de se conduire supérieures à d'autres (MM : qualité des plaisirs), et nous devons nous demander pourquoi, et surtout comment, nous pourrons convaincre les hommes de cette supériorité.

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