NOTIONS HISTORIQUES SUR LA MORALE THÉORIQ
coopération ne pont avoir des effets recommandables que si elle est éclairée par un principe interne de justice et de générosité. La sociabilité est insuffisante à fonder elle-même une morale. Il faut ajouter qu'on s'associe en vue <lu bien e1 pour s'eritr'aider. Il faut faire un choix dans les œuvres auxquelles on se prépare à coopérer. Comment s'effectuera ce passage du fait à l'idéal?
Par suite de l'action et de la réaction nécessaire des individus les uns sur les autres, nous ne pouvons pas considérer que nous sommes indépendants vis-à-vis des autres individu-. Nous sommes forcés de recevoir d'eux et aussi de leur donner par exemple reniant bénéficie dès sa naissance d'un étal de civilisation que les autres ont fait pour lui, d'une protection que le groupe familial économique ou national Lui assure; il bénéficie du droit protecteur faibles. Or, puisqu'il en bénéficie, la société peut à son tour lui réclamer une participation déterminée à la vie sociale). Comme le dit A. Bourgeois, gui a reçu doit. VA voilà le moyen par où. au nom de la solidarité, nous pourrons établir les devoirs de l'individu et
retrouver ainsi, en même temps que des devoirs pratiquer bien définis, un idéal de justice qui dépasse le l'ail brutal de la solidarité.
Nous sommes en quelque sorte forcés par notre dette à coopérer, dans les limites que fixe le droit de la soeiété dans laquelle nous vivons, à l'existence et au progrès de cette société. Nous devons, à titre de dette, nous parfaire individuellement pour assurer la continuité et l'accroissement du progrès social dont nous sommes les bénéficiaires.
Remarquons que, selon celte conception, non seulement on peut légitimer un idéal de justice, mais encore y subordonner étroitement un idéal d'amour, de pitié pour le faible, d'aide et d'assistance mutuelle, en un mot de fraternité et de charité. Il est si intimement lié à l'idée de solidarité que souvent on restreint arbitrairement le -nh de ce mot à cette dernière acception. On rencontre ainsi certaines conclusions des morales «lu sentiment; mais cette fois, au lieu d'être [irises comme point de départ mystique, elles sont présentées comme les conséquences rationnelles d'un
idéal tiré de l'observation des faits.
Critique. — Certaines exagérations de la pensée de Nietzsche, à propos de la morale des esclaves, peuvent ici nous ouvrir les veux sur quelques dangers qu'aurait une morale de la solidarité qui serait appliquée -ans réflexion ni critique. On pourrait on effet facilement pousser la morale de la solidarité dans le - l'un asservissement de l'individu au groupe social. D'autre part, l'antinomie (Mitre l'individu et la société est résolue d'une façon [dus
théorique et verbale que pratique <'t réelle. Au nom de la solida-
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rite, dans certains cas, on pourrait demander a l'individu des actes (jui, pour être conformes au point de vue social actuel, n'en ble raient pas moins sa conscience. Il peul naître des conflits entre la conscience individuelle <il les exigences de la solidarité sociale.
Il serait et il a été dans bien des cas monstrueux de Faire tair» la première devant les secondes. Songeons a la condamnation de Socrate, à celle du Christ, à tant de condamnations du même genre.
Morales démocratiques et socialistes. — Les morales d'inspiration démocratique et la morale socialiste ne sont que «les espèces de la morale de la solidarité. Elles s'appuient comme elle sur la conciliation des deux principes de la perfection individuelle et du progrès de l'humanité, et proposent de mettre en action lamaxirne : Qui a reçu, doit.
Des ignorants ont souvent accusé la morale socialiste, et par là nous entendons l'idéal moral qu'implique une société dont l'organisation économique et politique serait conforme au programme socialiste, comme une morale d'asservissement de l'individu à la société, et la suppression de tout individualisme (collectivisme . Rien n'est plus contraire à tout ce qu'ont dit les penseurs socialistes. S'ils proposent une organisation coopérative du travail, s'ils veulent supprimer la lutte et la concurrence, s'ils souhaitent une répartition collective des produits d'une collaboration de tous, c'est pour affranchir l'individu des contraintes du hasard, qui pèsent si lourdement encore sur lui, et surtout des violences de la force, de la puissance (sous toutes ses formes) de quelques individus privilégiés. La morale socialiste est donc bien un effort pour concilier perfection individuelle et progrès de l'humanité.