‹ Logique et moraleChapitre 139 sur 352 · MOB ILE PRA1 [QUE · texte numérisé non relu

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en quelque sorte avec elle par un artifice et un mélange inconscients, <jui la rendenl plus vivante, effective, tangible en quelque sorte. C'est là sans doute qu'est l'origine de ce fait éminemment caractéristique du clan, son expression sociologique distinctive : le totem : << Un totem est une classe d'objets matériels que le sauvi regarde avec un respect superstitieux, croyant qu ilexiste entre lui et chaque membre «le cette classe une relation intime et très spéciale..- Un totem, et ceci le distingue du fétiche, n'est jamais un individu isole, mais toujours une classe d'objets, généralement une espèce animale ou végétale, plus rarement une catégorie d'obji inanimés naturels, moins souvent encore d'objets artificiels. » (Frazer, le Totémisme, 4.) Le totem a reçu dans la suite des extensions diverses; mais le totem du clan, de beaucoup le plus important, le seul universel dans les sociétés primitives, paraît en être l'origine: ce totem « est unobjetde culte pour ungroupe d'hommes et defemmes quisedonnentle nom de leur totem, croient être tous du même sang et descendre d'un même ancêtre; ils sont liés par des obligations communes et par leur croyance commune à ce totem. Le totémisme est donc en même temps un système religieux et un *// sterne social. Au point de vue religieux, il se manifeste par un respect et une protection mutuels de l'homme et de son totem; au point de vue sociai, par des rapports définis des membres du clan les uns envers les autres et envers ceux d'un autre clan. A partir d'un certain moment de l'évolution du totémisme, ces deux aspects tendent à se différencier de plus en plus... Mais de l'étude du totémisme on doit presque conclure qu'ils étaient primitivement inséparables. » (Jd., 5.)

Les membres du danse croient, à la lettre, de même espèce et de même nature que l'espèce totémique. Us la rappellent fréquemment par des signes qui deviennent les signes de reconnaissance, ou une sorte d'armoirie du clan. Une doivent tuer, mutiler ou manger aucun représentant de l'espèce totémique; sauf parfois dans des cérémonies sacrificielles, ou, par une sorte de communion, en mangeant des représentants de l'espèce totémique, ils s'approprient la force et les vertus du totem. « Il est souvent défendu aux membres du clan de toucher le totem ou une de ses parties; quelquefois on ne doit même pas le regarder. » Ces défenses, ces prescriptions négatives sont ce qu'on appelle les tabous. La notion de totem est donc liée à celle d'obligation, d'une façon indissoluble — ce qui intéresse tout particulièrement notre sujet. L'idée totémique apparaît dans toutes les circonstances graves delà vie : mariage, naissance, mort, puberté, adoption, punition, initiation, maladies, récoltes, chasse, etc.

Par suite, elle acquiert une grande valeur sociale, elle est la notion juridique primitive : 1° « Tous les membres d'un clan

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totémique se regardent comme parents, ou comme frère et sœur; ils sont obligés de se prêter aide et protection ; le lien totémique est plus fort que le lien (réel) du sang ou de famille dans le sens moderne... Tuer un homme de son clan, c'est commettre un crime horrible.» (Ici., 81.) Comme, par suite de l'intégration sociale, les tribus comprennent souvent plusieurs clans, la tribu, quand le lien tribal est encore moins fort que le lien totémique, est dissoute en cas de conflit, et tous les gens d'un môme clan se réunissent et combattent ensemble; 2° « Les personnes du même totem ne peuvent se marier entre elles ni avoir des relations sexuelles (exogamic)... En Australie, les relations sexuelles avec une personne d'un clan prohibé sont, en règle générale, punies de mort. » (/</., 83.) L'origine de cette prescription, primitivement universelle, ne paraît nullement tenir à une horreur instinctive ou consciente de l'inceste. Peut-être, quoiqu'on n'ait rien de précis là-dessus, se relie-t-elle simplement aux nombreux tabous qui interdisent de toucher à un élément de l'espèce totémique, celui-ci étant toujours sacré et entouré d'un respect religieux.

Quant à l'origine du totem lui-même, nous ne sommes pas mieux renseignés. Peut-être est-il (Spencer, Lubbock) dans la nécessité de dénommer le groupe, et, dans l'habitude caractéristique de la mentalité humaine primitive, de personnifier, de réaliser le signe, le symbole, donc la dénomination. Ce que nous devons retenir, c'est que la société primitive a pour fondement le clan totémique, et que celui-ci est avant tout une réalisation, une matérialisation de règles très étroites et très absolues, en un mot l'embryon du système juridique et moral, la forme primitive du droit, dont dérivent tous les devoirs individuels.

C. La conscience sociale. — Il se forme alors un sentiment général, un sens moral, une opinion générale de la communauté que le sociologue nomme l'esprit social ou « la conscience sociale». Le premier écrivain qui a formulé une conception scientifique de l'esprit social est Lewes : « Les expériences de chaque individu, ditil, vont et viennent; elles se corrigent, s'élargissent, s'effacent naturellement, laissant derrière elles un certain résidu qui, condensé en intuitions et formulé en principes, gouverne et modifie toutes les expériences futures. La somme de celles-ci constituo l'expérience individuelle. Un procédé similaire développe l'esprit social, résidu des expériences communes i\ tous. Par le langage, l'individu participe au fond commun, qui devient ainsi pour lui une influence objective et impersonnelle. »

« Nous devons éviter avec soin d'associer des concepts faux aux

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expressions esprit social ou conscience sociale. Llles ne représentent pas de simples abstractions. L'esprit social est une chose concrète. Il esl plus que tout esprit individuel et domine toute volonté individuelle. Cependant il n'existe que dans des esprits individuels, et nous ne connaissons d'autre conscience que celle des individus La conscience sociale, dès lors, n'est pas autre chose que le sentimei ou Tidée qui apparaît au même instant chez tous les individus ou qui se propage de l'un à l'autre à travers toute L'assemblée ou la communauté. » (Giddings, 127.) Dans sa plus simple forme, l'apparition d'un fait de conscience sociale s'effectue par imitation, sympathie, solidarité presque physique et organique (panique, applaudissements, lynchage, insurrections). Mais il ne reste pas dans la société primitive un lien momentané, car il est extrêmement stable, s'adapte exactement à un mode d'association et de coopération : il constitue de véritables habitudes sociales, des phénomènes de mémoire sociale, de tradition. Très souvent par ià il survit avec une force et une puissance identiques à son utilité intrinsèque, s'il en a jamais eu, car il s'impose parfois par le pur hasard. L'expérience emmagasinée du passé est devenue le lien commun de tous les individus.

La masse des traditions ne tarde pas à se différencier en groupes déterminés, constituant autant de groupes de contraintes; l'observance de toutes ces règles établit peu à peu la morale effective du groupe et forme, à mesure qu'elles se précisent et se délimitent, les droits spéciaux. On distingue assez rapidement l'ensemble des rites religieux qui, après avoir absorbé d'abord la plupart des traditions sociales, évoluent à part, puis les traditions domestiques, économiques, politiques et judiciaires, qui finissent par former un ensemble imposant de règles auxquelles on peut donner déjà la dénomination de droit.

D. Extension du clan. — Le système juridique du clan s'étend d'ailleurs rapidement. Le clan « est souvent un important propriétaire collectif. La terre d'une tribu est d'abord lotie entre ses clans et subdivisée ensuite par ceux-ci entre les divers ménages qui doivent la cultiver. Tout labeur qui réunissait les membres de plus d'un ménage était réglé par le clan. Le clan régissait de môme la coopération indirecte du commerce... Le négoce a son origine dans la guerre; il est, par suite, sujet à des règlements publics, dans l' esprit sauvage. Le premier mode d'échange pacifique est le don de présents qui naît directement des hostilités et est effectué par le clan tout entier, bien avant de l'être par les individus. Non seulement le clan soutenait les règles coutumières

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du mariage et de l'adoption, du lotissement des terres, réglait l'industrie et le commerce communs, mais il interposait aussi son autorité dans toutes les querelles personnelles sérieuses. Il ne tolérait pas les vengeances privées dans ses limites. Il les encourageait, d'ordinaire, si l'offenseur était d'un clan différent. Quelquefois deux clans imposaient la transaction... Le élan ajoutait à ces fonctions la direction des plaisirs communs et des observances religieuses. Ainsi, dans le clan, uni; tradition juridique importante, différenciée et distincte, évolue. Dans une large mesure, l'interprétation de cette tradition est faite par les sachent, choisis d'ordinaire d'après leur âge ou leur sagesse. Dans la suite des temps, les sachem deviennent une classe quasi juridique. » [Gid~ dings, 253.)

III. — LLS CARACTÈRES DE LA SOLIDARITÉ DANS LES SOCIÉTÉS PRIMITIVES. LA SOLIDARITÉ MÉCANIQUE

Le clan est très vraisemblablement le type social qui s'est substitué à la horde primitive, dépourvue de toute organisation el de toute forme définie et qu'il est impossible de reconstituer autrement que par la pensée. Le clan est m la horde quia cessé d'être indépendante pour devenir l'élément d'un groupe plus étendu Quoiqu'il (Misoitdece postulat hypothétique, toute- le- sociétés inférieures sont formées par une simple répétition de clans, telqu'ils viennent d'être décrits : « (Iliaque tribu iroquoise, par exemple, est formée d'un certain nombre de sociétés partielles la plus volumineuse en comprend huit) qui présentent tous les caractères que nous venons d'indiquer... Dans d'autres cas, non- nous rapprochons même davantage de la horde ; MM. Fi son el Howil décrivent <\i'> tribus australiennes qui ne comprennent que deux de ces divisions». Durkheim,e/e lu Division du travail social, 2* éd., p. 158.) Cette formation de la société' ou tribu primitive par une juxtaposition de clans, ou cette division du groupe primitif en dandistincts pourrait bien tenir aux nécessités de la reproduction. Comme toute union est interdite, ainsi qu'on l'a vu, entre homi et femmes du même clan, il fallait, pour qu'une société pûl se perpétuer régulièrement,qu'elle lut formée de clans juxtaj

Quelle que soil d'ailleurs la raison du fait, le t'ait esl inconti table, el le groupe social primitif, tel qu'on peut encore l'observer, est un agrégat de clans. Un peut l'appeler, avec Durkheim, groupe

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politico-familial. On voit alors que - cette organisation ne comporte pas d'autre solidarité que celle qui dérive des similitudes, puisque la société est formée de segments similaires <-t que ceux-ci, à leur tour, ne renferment que des éléments homogènes ». ild., p. 1

On peul appeler avec Durkheim cette solidarité, solidarité mécanique. Elle est à notre société ce que la constitution d'un annelé ou dun rayonné est à la constitution complexe d'un animal supérieur. Point d'éléments différenciés; tous les individus sont à peu près identiques ; ils obéissent aveuglement aux mêmes instincts et aux mêmes traditions.

<( Nous savons que la religion y pénètre toute la vie sociale, mais c'est parce que la vie sociale y est faite presque exclusivement de croyances et de pratiques communes qui tirent d'une adhésion unanime une intensité toute particulière. Remontant par la seule analyse des textes classiques jusqu'à une époque tout à fait analogue à celle dont nous parlons, M. Fustel de Goulanges a découvert que l'organisation primitive des sociétés était de nature familiale, et que, d'autre part, la constitution de la famille primitive avait la religion pour base. Seulement, il a pris la cause pour l'effet. Après avoir posé l'idée religieuse, sans la faire dériver de rien, il en a déduit les arrangements sociaux qu'il observait, alors qu'au contraire ce sont ces derniers qui expliquent la puissance et la nature de l'idée religieuse. Parce que toutes ces masses sociales étaient formées d'éléments homogènes, c'est-à-dire parce que le type collectif y était très développé et les types individuels rudimentaires, il était inévitable que toute la vie psychique de la société prit un caractère religieux.

C'est aussi de là que vient le communisme, que Ton a si souvent signalé chez ces peuples. Le communisme, en effet, est le produit nécessaire de cette cohésion spéciale qui absorbe l'individu dans le groupe, la partie dans le tout. La propriété n'est en définitive que l'extension de la personne sur les choses. Là donc où la personnalité collective est la seule qui existe, la propriété elle-même ne peut manquer d'être collective. Elle ne pourra devenir individuelle que quand l'individu, se dégageant de la masse, sera devenu, lui aussi, un être personnel et distinct, non pas seulement en tant qu'organisme, mais en tant que facteur de la vie sociale.

Ce type peut même se modifier sans que la nature de la solidarité sociale change pour cela. En effet, les peuples primitifs ne présentent pas tous cette absence de centralisation que nous venons d'observer; il en est, au contraire, qui sont soumis à un pouvoir absolu... Cependant, le lien qui, dans ce cas, unit l'individu au chef est identique à celui qui, de nos jours, rattache la chose à la

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personne. Les relations du despote barbare avec ses sujets, comme celle du maître avec ses esclaves, du père de famille romain avec ses descendants, ne se distinguent pas de celle- du propriétaire avec l'objet qu'il possède... On a dit avec raison qu'elles sont unilatérales. La solidarité qu'elles expriment reste donc mécanique; toute la différence, c'est qu'elle relie l'individu, non pins directement au groupe, mais à celui qui en est l'image. Mais l'unité du toutest, comme auparavant, exclusive de l'individualité des parties. » (W., 154.)

IV. —TRANSFORMATION DE LA SOLIDARITÉ, A MESURE QUE LESSOCIÉTÉS PROGRESSANT ET SE RAPPROCHENT DU TYPE DE NOS SOCIÉTÉS MODERNES: LA SOLIDARITÉ ORGANIQUE.

« Tout autre est la structure des sociétés où la solidarité organique est prépondérante.

Klles sont constituées non par une répélition de segments similaires et homogènes, niais par un système d'organes différents dont chacun a un rôle spécial, et qui sont formés eux-mêmes de parties différenciées. En môme temps que les éléments sociaux ne sonl pas de môme nature, ils ne sont pas disposés de la même manière. Ils ne sont ni juxtaposés linéairement comme les anneaux d'unannelé, ni emboîtés les uns dans les autres, mais coordonnés et subordonnés les uns aux autres autour d'un même organe central qui exerce sur le reste de l'organisme une action modératrice. Cet organe luimême n'a plus le même caractère que dans le cas précédent; car. si les autres dépendent de lui, il eu dépend à son tour. Sans doute, il a bien encore une situation particulière et. h l'on veut, privilégiée; mais elle est due à la nature du rôle qu'il remplit et non à quelque cause étrangère à ses fonctions, à quelque force qui lui esl communiquée du dehors. Aussi n'a-l-il plus rien que de temporel et d'humain; entre lui et les autres organes il n'y a plus que des différences de degrés. C'esl ainsi que, chez l'animal, la prééminence du système nerveux sur les autres systèmes se réduit au droit, si l'on peut parler ainsi, de recevoir une nourriture plus choisi de prendre sa part avant les aiiln-^; mais il a besoin d'eux comme il> ont besoin de lui.

Ce type social repose sur des principes tellement différents du précédent qu'il ne peut se développer que dans la mesure celui-ci s'est effacé. En effet, les individus y sont groupés, non plus d après leurs rapporta de descendance, mais d'après ianature parti-

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culière de L'activité socialeà laquelle ils se c< ent. Leur milieu

naturel et nécessaire n'est plus le milieu natal, mais le milieu | fessionnel. Ce n'est plus La consanguinité, réelle ou fictive, qui marque la place de chacun, mais la fonction qu'il remplit S doute, quand cette organisation nouvelle commence, à apparaîtr elle essuyé d'utiliser celle qui existe et de se l'assimiler. La m an i dont les fonctions se divisent se calque alors, aus-i fidèlement que possible, sur la façon dont la société est déjà divisée. Les segments, ou du moins des groupes de segments unis par des affinités spéciales, deviennent des organes. C'est ainsi que les clan^ dont l'ensemble forme la tribu des Lévites s'approprient chez le peuple hébreu les fondions sacerdotales. D'une manière générale, les classes et les castes n'ont vraisemblablement ni une autre origine ni une autre nature : elles proviennent du mélange de l'organisation professionnelle naissante avec l'organisation familiale préexistante. Mais cet arrangement mixte ne peut pas durer longtemps. car, entre les deux termes qu'il entreprend de concilier, il y a un antagonisme qui finit nécessairement par éclater. Il n'y a qu'une division du travail très rudimentaire qui puisse s'adapter à ces moules rigides, définis, et qui ne sont pas faits pour elle. Elle ne peut s'accroître qu'affranchie de ces cadres qui l'enserrent. Dès qu'elle a dépassé un certain degré de développement, il n'y a plus de rapport ni entre le nombre immuable des segments et celui toujours croissant des fonctions qui se spécialisent, ni entre les propriétés héréditairement fixées des premiers et les aptitudes nouvelles que les secondes réclament. Il faut donc que la matière sociale entre dans des combinaisons entièrement nouvelles pour s'organiser sur de tout autres bases. Or, l'ancienne structure, tant qu'elle persiste, s'y oppose ; c'est pourquoi il est nécessaire qu'elle disparaisse.

L'histoire de ces deux types montre, en effet, que l'un n'a progressé qu'à mesure que l'autre régressait.

Chez les Iroquois, la constitution sociale à base de clans est à l'état de pureté, et il en est de même des Hébreux, tels que nous les montre le Pentateuque, sauf la légère altération que nous venons de signaler. Aussi le type organisé n'existe-t-il ni chez les uns ni chez les autres, quoiqu'on puisse peut-être en apercevoir les premiers germes dans la société juive.

Il n'en est plus de même chez les Francs de la loi salique : il se présente cette fois avec ses caractères propres, dégagés de toute compromission. Nous trouvons, en effet, chez ce peuple, outre une autorité centrale régulière et stable, tout un appareil de fonctions administratives, judiciaires; et, d'autre part, l'existence d'un droit

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cunlractuol, encore, il est vrai, très pou développé, témoigne que les fonctions économiques il. ►mmencent a se diviser ci

organiser. Aussi la constitution politico-familiale est elle sérieusement ébranlée. San- doute la dernière molécule sociale, à savoir le village, est bien encore un clan transformé. Ce qui le prouve, c'est qu'il y a entre le- habitants d'un même village des relations qui sont évidemment de nature domestique et qui, en toutes caractéristiques du clan. Tous les membres du village on! les unsur les autres un droit d'hérédité eu l'absence 'le parents propn ment dits. Un texte que l'on trouve dans les <"/>Ua extravagantia legis salicœ (art. 9) nous apprend de môme qu'en cas de meurtre commis dans le village les voisins étaient collectivement solidaii D'autre part, le village es! nu système beaucoup plus hermétiquement clos au dehors et ramassé sur lui-même que tic le -riait une simple circonscription territoriale; car nul ne peut s'y établir saule l'onscntemeni unanime, exprès ou tacite, de tous les habitants. Mais, sous cette forme, le clan a perdu quelques-uns de lères essentiels ; non seulement fout souvenir d'une commune origine a disparu, mais il a dépouillé presque complètement l< importance politique. L'unité politique, c'est la centaine. La population, ditWaitz, habite' dans les villages, mais elle se répartit, elle cl sou domaine, d'après les centaines (ini. pour toutes le- allai de la guerre el de la paix, forment l'unité qui sert de fondement à toute- les relation-. »

A Rome, ce double mouvement de progression et de régression se poursuit. Le clan romain, c'est \&gen$,e\ il est bien certain que la gens était la base de l'ancienne constitution romaine. Mais, dès la fondation de la République, elle a presque complètement ne d'être une institution publique. Ce n'est plus ni une unité territoriale définie, comme le village des Francs, ni une unité politique. On ne la retrouve ni dans la configuration du territoire, ni dan- la structure desassi mblées du peuple. Les comilia atriata, oh elle jouait un rôle social, sont remplacés ou par les comitia centuriata ou par les itia tribut a i qui étaient organisés d'après de tout autre- principes. Ce n'est plus qu'une association privée qui se maintient par la force de l'habitude, mais qui esj destinée a disparaître, pa qu'elle ne corre-pond plus à rien dans la vie des Romains. Mais aussi, dr> l'époque Je la toi des XII Tables, la division du travail était beaucoup plus avancée à Rome que cl peuples pr<

dents et la structure organisée plus dévelopi ée : on y trouve d d'importantes corporations de fonctionnaires Dateurs, chevalii collège de pontifes, "!e le métier-, en même temps i

la notion de l'état laïque s »

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Ainsi se trouve justifiée une hiérarchie entre les types sociaux. Si l'on a « pu dire que les Hébreux du Pentateuquc appartenaient a un type social moins élevé que Les Francs de la loi salique, et que ceux-ci, à leur tour, étaient au-dessous des Romains des XII Tables, c'est qu'en règle générale, plus L'organisation segmçntaire & base de clans est apparente et forte chez un peuple, plus aussi il est d'espèce inférieure; il nepeut, en effet, s'élever plus haut qu'après avoir franchi ce premier stade. C'est pour la même raison que la cité athénienne, tout en appartenant au môme type que la cité romaine, en est cependant une forme plus primitive : c'est que I organisation politico-familiale y a disparu beaucoup moins vite. Elle y a persisté presque jusqu'à la veille de ladécadcnce. »

« ... Cest donc une loi de l'histoire que la solidarité mécanique, qui d'abord est seule ou à peu près, perde progressivement du terrain, et que la solidarité organique devienne peu à peu prépondérante. Mais, quand la manière dont les hommes sont solidaires se modifie » (Id., 149 à 161), en môme temps que la structure des sociétés, changent la nature morale, le rôle moral de l'individu et ses rapports avec la société. H est alors possible d'entrevoir une loi générale très vague, selon laquelle a jusqu'ici évolué la civilisation, et d'une façon un peu moins vague, ce qui caractérise notre société moderne et l'homme moderne, ses besoins moraux et le sens de ses aspirations, — en les comparant à l'homme primitif.

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