‹ Logique et moraleChapitre 140 sur 352 · V. — L'HOMME PM.MITIF · texte numérisé non relu

V. — L'HOMME PM.MITIF

A. Au point de vue social. — Tout ce que nous savons du sauvage le montre étroitement dépendant d'une forme sociale rigide et inflexible. L'initiative ne se manifeste à peu près jamais et est toujours criminelle. Les actes, les moindres démarches sont réglés par un rite rigoureux. Et ces premières formes sociales sont directement produites par les influences du milieu naturel où elles se développent. Elles sont le résultat des exigences de la vie commune dans ce milieu; des impressions plus ou moins fantastiques et bizarres que la nature suggère à l'imagination ; l'homme, par l'intermédiaire de la société, dépend donc de la nature. Et la psychologie confirme celte déduction par ce qu'elle nous a enseigné sur la perception externe et interne. L'homme perçoit les objets avant d'avoir une notion de sa propre personnalité. Il est d'abord absorbé dans le monde extérieur, fait corps avec lui.

L'INDIVIDU MORALE PERSONNELLE

B. Au point de vue physique. — Cette vue générale sur

l'homme dans la société à l'origine s'allie étroitement avec sa description psychologique. Cette absence de personnalité, cette dépendance étroite de la société et de la nation va de pair avec le mépris plus souvent total delà vie individuelle. L'individu ne compte ni pour les autres, ni pour lui, puisqu'il s'ignore lui-même. 11 ne peut avoir non plus souci d'une culture physique personnelle. De même que la nature ne tend manifestement, chez les animaux, qu'à conserver l'espèce au prix d'un gaspillage souvent considérable d'unités individuelles, il ne semble y avoir, dans L'humanité primitive, qu'une tendance à conserver le corps social au mépris de ses membres.

C. Au point de vue moral. — Cette subordination à son milieu fait de l'homme un être instinctif et automatique, beaucoup plus qu'une personnalité consciente et libre : l'homme primitif se rapproche étrangement de l'animalité ou de l'enfance. 11 est a peu près réduit à la vie psychologique spontanée (émotions, perceptions souvent peu cohérentes et peu distinctes — actes impulsifs). Dans la faculté d'imitation que les races inférieures possèdent au plus baul degré, en voit l'antagonisme entre l'activité instinctive, dont la prédominance est presque exclusive, el l'activité réfléchie. L'intelligence, de moment en moment, est déterminée par des accidents extérieurs, et presquejamais par une imagination prévoyante ou des idées originales. Faiblesse de compréhension, faute de représentations générales et abstraites, absence de connaissances systématisées et classées et, par suite, crédulité, car il ne s'aperçoit pas du désaccord qu'il y a entre une absurdité et l'ensemble des faits établis, absence de curiosité intelligente (le sauvage dédaigne la civilisation qu'il ne comprend pas), dédain de toute innovation (le sauvage est essentiellement conservateur, esclave servile des idées courantes dons sa tribu), telle est la condition intellectuelle primitive de l'individu.

1>. Absence d'individualité. — D'après ce qui précède, les individus, dans les civilisations nid inventaires ou primitives, sont fort peu différenciés; ils se ressemblent au point d'être ;< peu ; identiques. 11 ne peut pas plu- y avoir d'individualité vraie que d'initiative individuelle. Physiologiquementet moralement les semblances sont manifestes. On ;i quelquefois objecté [Tarde) qu'il y ;i moins de différence entre des individus de nationalité différente aujourd'hui qu'autrefois. C'est exact: les groupes pris en totalité dillèrent moins, mais les individus pris dans le môme groupe dif-

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fèrent infiniment plus. Los (Jeux thè ncilienl très bien et

s'expliquenl de môme façon : la solidarité organique fondée sur la division du travail a remplacé de plus en plus la solidarité mi nique, d'où à la lois plus do différenciations et plus de contacts

entre les individus et dans un cercle de plus en plus l;n

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