‹ Logique et moraleChapitre 161 sur 352 · V. — CONCLUSIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

V. — CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Il ne faut donc pas croire que la solidarité diminue à mesure que la liberté grandit. - Elle devient volontaire et consciente au lieu de rester un effet de la force; elle relie les individus par des liens infiniment plus nombreux, mais plus souples, et ces liens ont pour effet, au lieu d'entraver la liberté de l'individu, de le faire de moins en moins dépendre des circonstances fortuites, de le rendre mieux apte à se développer comme il lui plaît. L'adaptation se substitue à la contrainte oppressive et tend elle-même à devenir une adaptation concertée, une coopération de mieux en mieux comprise.

C'est ainsi qu'aujourd'hui on s'aperçoit que, par certaines circonstances indépendantes de la volonté humaine, les choses sonttroublées et souvent très profondément. Au lieu qu'il soit rendu à chacun ce qui lui est dû, les événements historiques et sociaux, au milieu desquels évolue l'humanité, consacrent une répartition tout à fait injuste et inégale du bien commun et môme du produit du travail individuel, sans que tel ou tel individu puisse être rendu directement responsable de ce fait.

D'abord c'est à l'initiative privée et individuelle, à la charité que l'on a laissé le soin de réparer les injustices du sort.

Mais l'évolution du droit montre qu'à chaque instant ce qui est

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conçu comme un acte de bienfaisance par la morale sociale devient à l'instant suivant une obligation juridique,

A côté d'une justice relative qui cherche à rétablir l'ordre troublé du fait d'un individu, s'organise ainsi une justice plus complète, une équité idéale, qui exige la réparation des troubles fortuits qu'on ne peut imputer à tel ou tel individu, et qui engage la collectivité tout entière. Ainsi pourra être donnée à chacun foute lu liberté indioiduelle et s'établir le maximum de solidarité moral'' </ d< co ration,

« Il est d'usage de distinguer avec soin la justice de la charité, c'est-à-dire le simple respect des droits d' autrui de tout acte qui dépasse celle vertu purement négative. On voit dans ces deux sortes de pratiques comme deux couches indépendantes de la morale : la justice, à elle seule, en formerait les assises fondamentales; la charité en serait le couronnement. La distinction est si radicale que, d'après les partisans d'une certaine morale, la justice seule serait nécessaire au bon fonctionnement de la vie sociale ; le désintéressement ne serait guère qu'une vertu privée, qu'il est beau, pour le particulier, de poursuivre, mais dont la société peut très bien se passer. Beaucoup môme ne la voienl pas sans inquiétude intervenir dans la vie publique. < m voit, par ce qui précède, combien cette conception est peu d'accord avec les faits. En réalité, pour que les hommes se reconnaissent et se garantissent mutuellement des droits, il faut d'abord qu'ils s'aiment, que, pour une raison quelconque, ils tiennent les uns aux autres et à une même le dont ils fassent partie. La justice est pleine de charité. » (/</., 90.)

Remarque très importante. — Nous rappelons que les faits en la matiere sont encore assez, mal établis. Le chapitre qui précède enferme donc une très grosse part — malheureusement inévitable —d'hypothèses. Ce s ml celles qui nous ont paru, à no semblables, d'après Ie9 investigations contem loraines is il importe de ne pas oublier toutes les incertitudes et parfois les erreurs «pie peut comporter actuellement une élude de ce genre.

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