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III. — ÉTUDE DE LA VALEI il

A. Les richesses. — « Les besoins de l'homme constituent le moteur de loulc activité économique et par conséquent Le point de départ de toute la science économique. Tout être, en effet, pour se développer... a besoin de demander au monde extérieur certains secours... A tout besoin correspond un désir , ou plutôt ce ne sont là que deux expressions, l'une positive, l'autre négative, d'une môme idée.» (Gide, Economie politique, 40.) On appelle richesses ce qui est désiré pour la satisfaction de nos besoins matériels, a bien les objets matériels que les services de nos semblables; et, comme on le voit aisément, toute richesse doit être utile, et utilisable. «Mais toutes les richesses ne sonl pas également désirables; il en est que nous prisons très haut; il en est dont nous faisons peu de cas : nous établissons entre elles une sorte de hiérarchie. En un mot nous avons des préférences . »

B. Définitions de la valeur. — « Dans Tordre de ces préférences^ ce rang inégal dans notre estime que nous attribuons aux choses, c'est là précisément ce qu'exprime le mol de valeur. La valeur, qui est Tidée maîtresse de toute la science économique, ne désigne donc rien de plus qu'un fait très simple en lui-même, le fait qu'une chose est plus ou moins désirée. Disons tout simplement que la valeur c'est la désirabilité ou mieux le degré de désirabilité. Mais il faut analyser ceci... Pourquoi désirons-nous telle chose plutôt que telle autre? ou pourquoi désirons-nous une même chose plus dans certains cas que dans d'autres? Voilà le terrible pourquoi qui, depuis plus d'un siècle, met à la torture toutes les générations d'économistes. » (Id., 54 sq.)

a) Utilité et rareté. — 1° Utilité. — L'utilité, c'est-à-dire la qualité propre à certaines choses de satisfaire plus ou moins bien à nos besoins, paraît d'abord le fondement naturel de la valeur. Et, en effet, telle était l'explication donnée par les premiers économistes, les physiocrates, Condillac, J.-B. Say...

« S'il s'agit de deux objets correspondant à un même besoin, l'explication paraît suffisante... Mais, si nous considérons des objets répondant à des besoins différents, par exemple un pain et un chapeau, ici nous perdons le fil. Lequel en effet est le plus utile?» (/*/., 58). De plus, les choses les plus utiles, l'eau, le blé, lecharbon, le fer, sont souvent celles qui ont le moins de valeur, et les moins

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I utiles, les diamants, les dentelles, celles tjui en ont le {dus. Il y a donc quelque chose de plus, dans la valeur, que L'utilité. Celle-ci est un l'acteur nécessaire et non suffisant.

2° Rareté. — Pour sortir d'embarras, on a essayé de compléter l'idée d'utilité par celle de rareté. Les prix des objets sur le marché sont réglés par la loi de l'offre et de la demande^ dont on a tour à tourexagéré et trop diminué l'importance parmi les économistes.

Or le prix n'est-il pa^ l'estimation de la valeur? Donc la valeur dépend du rapport de la quantité des objets qui sont offerts, et des désirs que Ton en a, c'est-à-dire des demandes qui en seront laites. Le diamant est cher parce qu'il est rare et qu'il est très désiré; l'eau ne coûte rien parce qu'elle est très abondante. « Pourtant l'idée de rareté, à elle seule, ne saurait suffire non plus... car, pour prendre un exemple connu, les cerises ne son! pas moins rares à la lin de la saison qu'au début; toutefois alors, comme elles ne sont plus des primeurs, elles n'ont plus guère de valeur. » [kl. , 60.) De plus, l'offre et la demande déterminent bien le prix des objets, mais dans certaines limites. Quelle que soit l'abondance des objets, ou leur rareté, et le nombre des demandes, le prix d'un objet oscille autour d'une valeur moyenne. Et c'est justement cette valeur moyenne qu'il s'agit d'expliquer.

3' Utilité finale. — On a essayé de le faire par l'intégration des deux facteurs précédents, utilité et rareté, en une même notion, dans la théorie de Y utilité finale. « Prenons l'exemple classique de l'eau. Imaginons la quantité d'eau dont je puis disposer journellement, distribuée en cinq, six, dix, vingt seaux, rangés sur une étagère. L<i seau numéro 1 a pour moi une utilité maximum, car il doit servir 5 me désaltérer; le seau numéro 2 en a une grande aussi, quoique moindre, car il doit servir à mon pot-au-feu ; le seau numéro 3, moindre encore, jusqu'au vingtième seau, qui est destiné à peu pr< être gaspillé. Supposons que ce vingtième soit le dernier que mon puits puisse me fournir. Je dis qu'en ce cas chacun des vingt seaui aura uue certaine valeur, mais que celte valeur ne pourra être plus grande que celle Au dernier. — Pourquoi? parce qu I celui-là seulement dont la privation peut nie loucher, puisque je puis remplacer chacun des antres au besoin par celui-là, qui m'est le m< utile. Voilà pourquoi ce dernier seau détermine la valeur de tous et que l'on dit que « la valeur est déterminée par l'imite finale ou l'unité limite, ou bien encore \' intensité du dernier besoin satisfait. » {ld. , 60.)

Mais, dans la production actuelle, on peut produire, la plupart du teni] la grande industrie et au machinisme, autant d'-

jets qu'il y a de 1 de désirs à satisfaire. Ton- les objets ma-

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du facturés devraient «lune tomber, comme l'eau ou l'air, <;< une valeur presque nulle ou nulle : ce qui est absurde. Cette théorie explique parfaitement les variations toujours limitées de la valeur d'un objet, mais nullement de sa valeur moyenne.

b) Le cour de production, c'est-à-dire la quam i i é moyenne detravail social, fondement de la valeur. — Il faut donc distinguer d'un côté la

valeur d'échange, qui varie d'un moment à un autre, ainsi qu'on le voit clairement dans les cotes des marchés et des bourses, sous l'influence de l'abondance et du désir immédiats, donc de l'utilité finale, et la valeur normale, qui est une sorte de moyenne fixe, de centre immuable, autour duquel se font ces variations. C'est cette valeur normale et essentielle qu'il faut expliquer si nous voulons avoir une vue exacte des relations économiques : car celle-là subsistera toujours identique, tandis que les variations accidentelles peuvent disparaître avec leurs causes. La valeur « tend vers un point fixe, comme le pendule en mouvement vers la position verticale... Ce point fixe est déterminé par le coût de la production. »

On désigne sous ce nom la somme des valeurs, en matériaux ou en services, consommées pour produire une richesse (et qui comprennent le prix de la main-d'œuvre, l'intérêt, l'amortissement et l'assurance du capital, les impôts, le prix de la matière première, le coût de transport, etc.). Pour déterminer ce coût de production, nous sommes amenés naturellement à la deuxième partie de l'économie politique, à l'étude de la production : déterminer l'élément essentiel, les conditions nécessaires de la production:, ce sera donc du même coup déterminer la nature de la valeur et le fondement des relations économiques. Or, nous allons voir que cet élément essentiel, c'est le travail de l'homme : ce qui fera la valeur normale d'une richesse, ce sera donc la quantité moyenne de travail social que représente cet objet : travail social, car l'objet a nécessité du travail non seulement pour sa production directe, mais encore pour l'installation des machines qui ont servi à cette production, leur invention, leur direction, la réunion des matières premières, l'exploitation et l'entreprise en général, etc. ; quantité moyenne enfin, car il ne faut pas considérer les variations dues à l'habileté individuelle et qui se neutralisent les unes les autres dans la masse.

En résumé, si nous voulons définir la nature de la valeur, nous devons dire que les choses ont plus ou moins de valeur :

1° Selon que nous les désirons plus ou moins vivement; 2° que nous les désirons plus ou moins vivement selon qu'elles sont en quantité plus ou moins insuffisante pour nos besoins [utilité et rareté), et ceci explique les fluctuations accidentelles de la valeur

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d'échange ; 3° enfin qu'elles sont en quantité plus ou moins insuffisante suivant qu'il nous est plus ou moins difficile de les multiplier : celte difficulté à les produire, ce coût de production, c'est-àdire la quantité moyenne de travail social nécessaire à celte produel ion, définit la valeur normale.

Tandis que les variations accidentelles dépendent de la satisfaction procurée,\& valeur noimale dépend de Veffort accompli. VA celte théorie, introduite dans la science par Smith et les économistes anglais, développée par liicardo, a rallié les écoles les plus opposées (Bastiat el l'économie classique, Marx et l'économie socialiste).

Elle satisfait «mieux l'esprit, parce qu'elle donne pour fondement à la valeur une notion ] récise, quantitative, quelque chose qui se mesure », et « mieux l'idée de justice, parce qu'elle donne pour fondement h la valeur, un élément moral» : le travail. vGide, /</., Ci.)

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