V. — LA RKI'AMTITION
Nous venons de voir comment s'organise la production et comment elle se règle (?). Mais les richesses produites doivent être réparties pour être consommées. Et il nous faut voir maintenant comment a lieu cette répartition.
« Si nous vivions dans un régime de production isolé, chaque individu produisant sur sa terre et avec ses propres instruments... chacun de ces producteurs autonomes garderait pour lui l'intégralité du produit de son travail... Mais nous savons qu'une telle hypothèse n'est pas réalisée... Aujourd'hui, le principal agent de la production, qu'on appelle l'entrepreneur, ne fournit personnellement qu'une faible part des éléments indispensables à la production, et il est obligé d'emprunter à autrui tout ou partie de ces éléments, travail, capital, terre. 11 ne pourra donc garder pour lui l'intégralité du produit, mais il devra commencer par payer le concours de ses collaborateurs... Au travailleur, il donnera un salaire ; au capitaliste, un intérêt; an propriétaire foncier, un loyer, après quoi il gardera pour lui ce qui reste, s'il en reste : c'est ce qui constitue son revenu, à lui entrepreneur : le profil. » (Ici., 439.) Cette division correspond à la division ordinaire des éléments delà production: aussi paraîtelle logique et naturelle.
Pourtant, si nous songeons aux courts historiques que nous avons faits, nous voyons facilement que la prédominance du rôle de l'entrepreneur et l'intervention des facteurs autres que le travail, injustifiées en fait, sont dues aux hasards actuels de révolution économique, au régime de la libre concurrence et de la grande production. « Si nous nous reportons aux réserves que nous avons déjà faites quant à la division tripartite de la production, si nous nous rappelons que le travail, ou pour mieux dire l'homme, est le véritable agent de la production et que la terre et le capital ne sont que des instruments entre ses mains, la confiance que nous imposait cette belle symétrie est un peu ébranlée, et il semble que naturellement c'est le. travailleur qui devrait avoir pour lui
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Yintègralilé du produit. » [ld,, 411.) Le mécanisme actuel n'est Jonc ni naturel, ni éternel. Voyons comment il a pu s'établir, pour en déduire comment il peut se Iran s former et s'amender.
A. Le salaire. — a) Son appaiution avec la m\m facture. - - Il y a eu de tout temps des hommes libres qui louaient leurs bras à un riche en échange d'un salaire. Mais c'était l'exception dans l'antiquité. «Il ne pouvait guère y avoir de place pour eux dan- cette longue période que nous avons appelée ['économie de famille)) et qui est caractérisée par l'esclavage. « Il n'y avait guère plus de place pour le salarié proprement dit sous le deuxième régime, celui de l'industrie corporative. Sans doute, les compagnons étaient pa; par le maître, mais ils n'étaient point vis-à-vis de lui dans les rapports de salariés à patrons... Les compagnons ne pouvaient ni être congédiés au gré du patron, ni s'en aller à leur fantaisie, » C'étaient des espèces d'associés destinés à devenir maîtres un jour à leur tour. Compagnonnat et maîtrise sont deux moments de l'existence proionneile, et non deux existences professionnelles distinctes.
« Mais quand, à la tin du moyen âge, les petits marchés urbains cessent d'être le centre de la vie économique, les maîtres d'autrefois ne sont plus assez riches pour suffire à la production... En même temps les compagnons voient se fermer l'accès de la maîtrise. Ils commencent à former une classe distincte. Ils se voient exclus des corporations... Désormais, le capital et la main-d'œuvre vont marcher séparés. » [Id., 445.) Les restrictions et I lemen-
tations du régime corporatif tombent, abandonnant complètement l'ouvrier à lui-même.
Le travail devient alors une marchandise comme une autre, dont la valeur est réglée par la loi de l'offre et de la demande. L'ouvrier est libre de le refuser ou de le louer, et le patron libre de le payer au prix qui lui convient, ou qu'il accepte. C'est ce régime et seulement ce régime qui constitue le salarial. Le salaire est donc le prix du travail, lorsque, par suite du régime économique, ce travail est considéré comme une marcha?idise ordinaire, roi, une un produit, et non plus comm<> F agent nécessaire de la production.
li) Les lois du salaire ; la loi d'airain. — Mais alors tout naturellement la valeur de cette marchandise va se fixer comme celle de toute- les autres : elle oscillera autour de son coul de production. Or, quel est le coût de production du travail humain? C'est évidemment ce qui est nécessaire pour permettre au travailleur de vivre, de s'entretenir et de se perpétuer : le salaire doit se réduire au minimum strict qui permet à un ourrier de vivre, lui, ei