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famille, dans la masui «i seulement où celle-ci satisfait aux besoins de la reproduction sociale, [loi d'airain).
Ce minimum, du reste, est assez mal défini : il dépend des conditions générales de la vie dans le pays que Ton considère, el des
besoins moyens qui apparaisse ni comme nécessaires à ses habitants, tout besoin étant subjectif. De plus, des ca> complexes déterminent des oscillations assez étendues autour de cette valeur normale. L'utilité rare de certains travaux peut constituer une sorte de privilège à ceux qui les accomplissent. D'autre part, et cela plus malheureux, l'extension du machinisme, en diminuant la main-d'œuvre nécessaire, jette sur le marché du travail une année d'ouvriers inemployés, sans cesse grandissante, qui tend par la concurrence à ramener en général les salaires de la main-d'œuvre courante au-dessous môme du niveau fixé par la lui d'airain. C'est ce qui explique la condition si misérable du travailleur dans un grand nombre de pays, et que la hausse apparente des salaires (deux tiers depuis un demi-siècle) n'ait presque pas profilé à la masse de la population ouvrière. Enfin, et en revanche, la conscience de plus en plus fière que les travailleurs prennent de leurs droits et de la nature transitoire et à certains égards accidentelle du régime économique, influe maintenant sur la part qui leur revient, et tend à lui faire prendre une autre forme que celle du salaire. La loi d'airain ne peut plus être considérée que comme une approximation assez grossière.
B. Le profit. — Il résulte de l'analyse précédente que tout ce qui n'est pas distribué au travail sous forme de salaire constitue le profit de l'entrepreneur, le revenu du capitaliste et le loyer du propriétaire foncier, depuis la constitution des deux grandes classes opposées : les salariés ou prolétaires d'un côté, les patrons, ou entrepreneurs, capitalistes, propriétaires fonciers de l'autre ; et c'est pourquoi nous allons étudier tous ensemble ces trois derniers éléments, d'abord parce qu'ils se trouvent réunis d'ordinaire sur les mêmes têtes et ensuite parce que la part qui leur revient dans la répartition a la même origine et suit les mêmes lois.
a) Le phénomène de la rente et la formation du capital: L'épargne n'est pas la cause de cette formation. — A mesure que la production évolue vers le régime actuel, « disparaissent de la scène économique tous ceux qui travaillent pour leur propre compte, petits artisans, petits boutiquiers, petits propriétaires, tous producteurs autonomes », pour « reparaître sous la ligure de commis, d'employés, c'est-à-dire de salariés travaillant pour le compte d'immenses entreprises dirigées par des capitalistes milliardaires ou par des sociétés anonymes. »
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(Gide, 192.) Autrement dit, <Jes réserves formidables se constituent; et sont ces réserves qui permettent la grande production et qui, m sairement, poussent à ce régime, à mesure que leur emploi devient possible par le machinisme, les transports rapides et l'extension du marché. Ces re'serves constituent le capital.
Comment s'est-il formé? « Tout capital étant un produit intermédiaire, comme dit M. de Boehm-Barverk, ne peut être formé, comme tout produit, que par l'élément originaire de toute production: le travail s' exerçant sur des matières premières fournies par la nature. » Mais alors comment se fait-il que. dans la société actuelle, le capital se trouve concentré par grandes niasses en certaines mains très peu nombreuses et qai souvent ne travaillent point, tandis que Fi mm < majorité des travailleurs ou n'ont point de capitaux, ou en ont une pari dérisoire? Une première solution d'une apparence logique, c de croire que ces réserves ont été épargnées, mises de côté par des gens plus économes et plus travailleurs ; et l'on explique la possession de capitaux considérables par des oisifs, grâce à la transmission héréditaire de la propriété. Mais il suffit d'ouvrir les yeux pour voir V absurdité de celte hypothèse. Les capitaux de certains oisifs continuent à s'accroître; d'autres abandonnent rapidement leurs propriétaires, malgré le travail de ceux-ci. Enfin, des accumulations se forment si rapidement en certaines mains qu'il est impossible d'attribuer à l'épargne, au travail et souvent à L'intelligence ces accu mu lalions.
Il est vrai que certains économistes ont attribué à l'épargne on ne sait quelle force productive: ilsont vu en elle une source capable de créer de la richesse. « Mais qu'ya-t-il de commnnentre ces d
3 : travailler qui est agir, épargner qui est s'abstenir? On ne conçoit pas comment un acte purement négatif, une simple abstention, pourrait produirr n'importe quoi... Le raisonnement qui fait de L'épargne la cause originaire de la formation des capitaux... revient à dire en somme que la non-destruction doit être classée parmi causes de la production, ce qui parait une logique bizarre... Celui qui met des pièces de monnaie dans un tiroir ne i tssurémenl ni richesse ni capitaux ; il relire au contraire une certaine ricin de la circulation. » (Gide, 163.)
C'est non par l'épargne et la thésaurisation de l'avare, mais ; l'accroissement accidentel de certaines valeurs ou l'accroisde la production elle-même que s'est cr< apîtal : « La hache
de pierre taillée de l'homme quaternaire n'a pas été le tôsu. d'une épargne. Il es! probable qu'il était aussi peu en mes de restreindre sa consommation que le prolétaire de nos jours, qui gagne tout juste de quoi ne pas mourir de faim. Ce n'est pas
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restreignant sa consommation, c'est en augmentant sa production^ par exemple a la suite d'une journée de chasse heureuse qui luiavait rapporté plus que de coutume ■, qu'il a créé ce premier capital. Peut-on dire que, pour passer de l'état de peuple chasseur à l'état agricole, les peuples aient su préalablement épargner des approvisionnements pour toute une année? Rien de moins vraisemblable. Ils ont toul simplement domestiqué les bestiaux, et ce bétail qui w été leurpremiei capital leur a donné, avec la sécurité du lendemain, le loisir nécessaire pour entreprendre les longs travaux. Mais en quoi, comm fait très bien remarquer Bagehot, un troupeau représente-t-il une épargne quelconque ? Son possesseur a-t-ii dû s'imposer des privations? Tout au contraire, grâce au lait et à la viande, il a été mieux nourri ; grâce à la laine etaucuir, il a été mieux vêtu.» (Gide, 164.]
Ainsi la formation du capital, en général, est duo a un hasard heureux qui a créé une sorte de privilège spécial à certains producteurs, en faisant augmenter la valeur de leur production. Cette augmentation de valeur, qui permet d'accumuler une force productive de réserve, c'est ce qu'on appelle la rente.
b) La rente : la rente foncière. — Le mécanisme de la rente a été découvert par Ricardo. C'est une des propositions les plus célèbres de l'économie politique, et elle est, croyons-nous, à la base de l'évolution du régime économique. Elle explique seule comment un producteur peut bénéficier de circonstances qu'il n'a pas créées, et se voir fatalement attribuer par la répartition plus et beaucoup plus que le produit de son travail.
La rente s'est d'abord manifestée, avant l'établissement de la manufacture, dans la culture de la terre et la production des matières premières : c'est pourquoi ce nom a d'abord désigné la plus-value que rapporte la terre à son propriétaire, indépendamment du travail fourni. Mais il est facile de voir que toute production tend de plus en plus à assurer à certains une rente de plus en plus considérable.
« Considérons quelques centaines de sacs de blé vendus sur un marché. Il est évident qu'ils n'ont pas tous été produits dans des conditions identiques ; les uns ont été obtenus à force d'engrais et de travail, les autres ont poussé comme d'eux-mêmes sur un terrain fertile; ceux-ci arrivent de San-Francisco après avoir doublé le cap Horn, ceux-là viennent delà ferme voisine. Si donc chaque sac portait, inscrit sur une étiquette, son coût de production, on n'en trouverait pas deux peut-être sur lesquels on pût lire le même chiffre : supposons par exemple que leurs prix de revient soient échelonnés de 10 à 20 francs. » Mais il ne saurait évidemment y avoir qu'un seul et même prix sur un marché pour des produits
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identiques. « Le prix de vente de tous les sacs de blé sera donc le môme. Eh bien, il iaui que I»' prix de vente soit.au moins suffisant pour rembourser les frais du vendeur malheureux qui a produit le blé dans les conditions les plus défavorables, car, s'il en était autrement, celui-ci n'eu apporterai! plus sur le marché; et l'on manquerail de blé. > (Gide, 79.) Par suite, les vendeurs, pli
dans des conditions plus la vorables, retireront un bénéfice net, en
plus «le leur travail, et c'est la rente.
Extension du 'phénomène urée r apparition du capital: ^intérêt, — Dans l'industrie et avec le régime capitaliste, les producteurs les moins favorisés étant peu à peu expulsés du marché, la rente a grandi démesurément dès qu'elle a pu s'y introduire et est devenue, au terme, le bénéfice du monopole.
La plus-value de certains travaux commence à former les premiers fonds de réserve ; mais, dès que ces réserves se sont constituées, elles ont elles-mêmes donné a leur po lir une situation privilégiée, et ce privilège a été productif d'une rente, qu'on appelle Vinférét. Le capital a pu être défini à ce point de vue par Karl Marx si Lassalle, qui en ont fait la plus pénétrante anal toute richesse gui sert à produire un revenu à son possesseur indéj ndamment du travail de ce possesseur.
C'est que le dé veloppement du régime économique tel qu'il s effectué depuis le wi siècle a nécessité i\('> avances considérables, empruntées aux réserves constituées sur la production antérieure. La richesse, de plus en plus, n'a pu être produite qu'avec le secours d'une richesse préexistante. Par là les possesseurs du capital sont devenus les possesseurs de tous les instruments de travail et de tous les moyens d'exploitation, comme ils étaient devenus par la rente foncière les propriétaires de la plupart «les matières premières. Le capitalisme, c'est-à-dire le régime économique dû à cette extension et à cette prépondérance du capital, est ainsi une catégorie historique, qui est fatalement apparue à son heure et qui a donné un essor immense et bienfaisant à la production.
Les p eurs du capital ont alors reçu, en échange de ce capital
que les travailleurs sont obligés de leur emprunter, une part de la
production: l'intérêt, et ils peuvent vivre en rentiers par le crédit.
d) La plus-value ou le profit proprement dit : bénéfice de feni
preneur. — Le capital ne produit pas seulement un revenu par sa location : Yintcrèl ; il s' accroît encore et donne naissance B une autre forme de revenu sans travail : le profil OU la plus-va
Le produit livré par l'entrepreneur sur le marché a i d effet une valeur déterminée par le travail qu'il a coûté, d'après la théorie de la valeur. Mais ce n'est pas le travailleur qui profite de ce produit
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de son travail, car il a été obligé par révolution économique d'abandonner tout le soin de l'entreprise aui entrepreneurs : son travail n'est plus rétribué que par Le salaire.
Or, il y a une différence très grande entre le taux de ce salaire et la production totale obtenue parle travail ainsi rémunéré; celleci vaut plus que le salaire. La différence est donceu faveur de l'entrepreneur et du capitaliste. « La valeur produite par le travail d'un homme est, en règle générale, supérieure à la valeur né saire pour faire vivre cet homme, et cela même pour le travailleur isolé et primitif; la preuve, c'est que, sans celte plus-value, jamais la civilisation n'aurait pu naître, ni même la population s'accroître ; — à plus forte raison l'est-elle pour le travailleur engrené dans le mécanisme de ladivisiondu travail etde l'organisation collective. » (Gide, 546.) Certaines évaluations prétendent qu'il suffirait, avec les moyens de production actuels, qu'un ouvrier travaillât à peu près une heure et demie (?) par jour ouvrable pour vivre largement et entretenir les instruments de production; la différence enlre celte heure et demie et la journée ordinaire, c'est ce qui va accroître les réserves capitalistes déjà constituées par les privilégiés ou ce qui est gaspillé par la mauvaise organisation économique.
Conclusion. — Anomalie de la répartition actuelle. — La conclusion de cette étude rapide, c'est que, actuellement, grâce aux revenus qu'ont toujours produits les situations privilégiées, et à l'augmentation considérable de ces revenus, dans le régime de la grande production, le mode de répartition est étrange; il a amené une division complète entre la grande masse des producteurs, les salariés, et ceux qui, vivant du capital ou de son exploitation, retirent, sous forme de rente, d'intérêt, de profit, des revenus considérables, indépendants de ce que leur travail — quand ils travaillent — peut produire. Si donc le régime capitaliste marque un progrès au point de vue de l'accroissement de la solidarité sociale, et de la force productive de la société, s'il a donné dans une certaine mesure plus d'indépendance à tous, par rapport aux conditions immédiates de la production (liberté plus grande pour choisir travail et employeur, abolition des contraintes de servage ou de corporation, dépendance moins grande des besoins immédiats d'une clientèle restreinte), il a amené en revanche des contraintes très lourdes, qui retardent les progrès de la liberté et de la solidarité volontaire. 11 a créé un antagonisme de classes, fondé sur l'inégalité flagrante de la répartiiion. Et c'est cet antagonisme qui pose les principaux problèmes moraux que nous aurons à résoudre.
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