‹ Logique et moraleChapitre 204 sur 352 · MORALE CIVIQUE ET POLITIQ1 E · texte numérisé non relu

MORALE CIVIQUE ET POLITIQ1 E

ou comme effets, à la richesse. Le chef heureux reçoit de ses troupes

une large portion du butin. Avec les richesses ainsi acquises, il s'attache ces mêmes troupes, <jui serviront fidèlement ses ambitions. Ce sont les formes primitives de comme ndatio et de beneficium.

Lorsque le pouvoir masculin a été fermemenl établi par la parenté patronymique et le culte des ancêtres, le chef de tribu esl souvent héréditaire. Sa famille est considérée comme noble et la société se divise en castes. « À l'occasion de toute cérémonie, il reçoit des présents de bétail de la tribu. Il impose des amendes, des confiscations. Il oe néglige pas d'organiser des expéditions pour voler le bétail des tribus voisines. Parmi ses privii esl celui

de faire paître ses troupeaux: grossissants sur les terres communes. Pour des barbares, sa richesse est grande. La différence cuire ses possessions et celles d'un simple membre de la tribu devient plus évidente chaque jour. Disposant des faveurs, enrichissant ses favoris, il est bientôt à môme de diriger des bandes considérables. C'est absolument ce qu'on peut voir aujourd'hui chez les Cafres de l'Afrique du Sud. Sa domesticité, sa cour, comme on voudra l'appeler, consiste en hommes de toutes les parties de la tribu, jeunes, intelligents, braves, qui viennent le servir pour un temps jusqu'à ce qu'ils en reçoivent du bétail <|ui leur permettra de se procurer des femmes, des armes ou d'autres objets qu'ils désirent. »

Les autres degrés par lesquels les relations féodales se créent dans une société tribale patronymique se voient clairement dans le remarquable corps juridique qu'est la loi Brehon d'Irlande. Le chapitre de la loi appelé Cain-A£gillne ordonne que le cbef d'une tribu soit « le plus riche, le plus puissant à combattre, le plus rapide h trouver son profit, à éviter les pertes, ("est au service du cbef qu'on fait ies premiers pas vers la possession. Comme compagnon d'un cbef déjà riche en bétail, les boa ires (seigneurs du bétail reçoivent une portion de son troupeau, partagent son droit de dépaissance. »

Tous les peuples historiques ont probablement traversé la période de rude féodalité que décrivent les lois Brehon. VOdyssée l'a montrée comme l'ordre social des Grecs des temps homériques. Tacite en a vu les débuts chez les Germains. Les Saxons, après leur conquête de l'Angleterre, entrèrent dans la première période de cette féodalité agricole plus récente qui développa en un système gigantesque les principes essentiels de la féodalité pastorale. Le earl, qui acquérait cinq mesures de terre, devenait thane. Les thanes étaient les compagnons immédiats du roi, son comitatus, et, dès qu'ils paraissent dans l'histoire d'Angleterre, ils se placent parmi la plus an-

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clenne noblesse des earls saxons, descendant» des anciens chefs de tribus. Ainsi, les thanes, comme noblesse de nouveaui riches, correspondaient aux « gentilshommes de bétail, d'un temps plus reculé ».

Sous la pression d'un danger commun ou L'influence d'une ambition commune, les tribus patronymiques de môme race, habitant un territoire géographiquement uni, s'assemble renient confédérations militaires plus cohérentes, plus formidables, plus stables que les plus solides confédérations malronymiques. « Une confédération patronymique est une peuplade ou un peuple et peut se développer en un grand Etat civilisé. Les Egyptiens, les Ghaldéens, les Hébreux, les Grecs, les Romains, les Saxons, les Francs, les Germains et les Slaves étaient des peuples organisés en tribus qui, par la croissance et l'intégration, sont devenus des Etats nationaux. Chacun de ces peuples commença sa carrière ethnique dans un habitat d'une étendue et d'une unité géographiques telles que la croissance d'une société nombreuse et dispersée y fût possible, d'une productivité telle qu'elle stimula les désirs, les inventions, les activités.

« Lorsque les tribus patronymiques se confédèrcnt et forment la nation ethnique, le principe agnatique et le culte des ancêtres, combinés avec les conditions politiques et militaires, donnent une grande autorité au chef de la confédération. Il devient à la fois le commandant militaire, le pontife religieux, le juge suprême. En un mot, le chef devient roi. » (Giddings.) Un peuple et une nation apparaissent dans l'histoire.

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