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IIL — DÉVELOPPEMENT DES ÉTATS NATIONAUX

« Les sociétés politiques (les peuples), dans leur évolution, traversent trois grands stades de progrès. Les plus anciennes civilisations d'Egypte et de Babylone ne dépassèrent pas le premier ; la Grèce n'acheva pas le second et Rome n'atteignit pas complètement le troisième. Les nations modernes sont dans ce dernier. Les stades de la civilisation ne correspondent pas à des types tranchés de société comme léseraient les formes patronymiques et malronymiques de la société ethnique ; mais la différence qui les sépare n'est pourtant pas uniquement chronologique, c'est une différence de caractère et de structure.

1° « Dans sa première période, la société civile a peu ou point de communications amicales avec d'autres sociétés de développement semblable. Elle est sans cesse obligée de se défendre ou contre une

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barbarie presque universelle, ou contre un Etat rival. Les énerg de la population sont consacrées d'abord à l'établissement de l'unité politique, de l'organisation militaire et de la Reçu rite. Ce n'est que secondairement qu'elles s'occupent — si elles s'en occupent — de l'organisation légale el de la recherche de la prospérité économique (grands empires de l'Orient, moyen âge européen).

2° « Lorsque l'unité politique et un certain degré de sécurité ont élé atteints, les énergies du peuple doivent trouver de nouve débouchés, de nouvelles expressions. Elles brisent les restrictions que leur a toi] jus [ue-làune politique militaire et conquièrent

la liberté intellectuelle et personnelle. On a vu que la possibilité de joindre la stabilité et la continuité avec la liberté el le proj réside dans le développement de la loi. L'Etat, dans son caractère politique, entre dans la période de développement constitutionnel...

« Athènes développa splendidement les côtés critique et philosophique «lu second stade de la civilisation, mais elle lui impuissante à édifier la loi. Rome, au contraire, déploya un grand talent pratique de législation, mais ne sut pas maintenir l'esprit salutaire de critique. La liberté e1 la spontanéité de la vie y furent sacrifiées au m< nisme administratif, \ussi, ni la Grèce, ni Home n'accomplirent en son entier ce second stade de la civilisation et, bien entendu, ue progressèrent dans le troisième. Elles tombèrent parce qu'elles étaient, comme l'Egypte et Babylone, des civilisations instables. Leur grande richesse était un continuel appât pour les barbares du reste du monde, qui devaient, à la fin, les submerger. » [Giddings, 273.)

Du reste elles restèrent toujours foncièrement despotiques et traditionalistes, Biles reposèrenl sur le droit, mais sur un droit immuable et fixe qui devint fatalement une contrainte autoritaire, inacceptable pour les individus : « Il n'y avait rien dans l'homme qui tut indépendant, son corps appartenait à l'Etat et était voué à sa défense... Sa fortune était toujours à la disposition de l'Etat ; si la cité' avait besoin d'argent, elle pouvait ordonner aux femmes de lui céder leurs bijoux... La vie privée n'échappait pas à cette omnipotence de l'Etat. La loi athénienne, au nom de la religion, défendait à l'homme de rester célibataire. Sparte punissait non seulement celui qui ne se mariait pas, mais même celui qui se mariait lard... A Illnwles et à Byzance, la loi défendait de se raser la barbo. L'État avait le droit de ne pas tolérer que les citoyens fussent difformes ou contrefaits... La liberté de penser à l'égard de la religion de la ci1 absolument inconnue chez les anciens... L'Etat n'avait ; ule-

ment, comme dans nos cités modernes, un droit de justice à l'égard des citoyens. Il pouvait frapper sans qu'on fût coupable et par i -la

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seul que sou intérêt était en jeu. » (Fustel de Coulanges, la Cité antique, 262.)

3° Mais les nations fondées après les invasions germaniques, préparées en môme temps à la civilisation parleur propre développement intérieur et par un long contact avec Rome, entrèrent dans l'évolution politique sous des conditions précisément învei « Elles devinrent des États, dans un milieu de civilisation qui, pendant des siècles, les sépara dos barbares d'Asie et d'Afrique. C'est à cela qu'est due la stabilité des civilisations modernes. Croissant simultanément, et trop sensiblement égales en forces pour qu'aucune d'elles puisse espérer maintenir sa suprématie sur les autres, les nations modernes de l'Occident ont traversé le premier stade de civilisation — celui de l'intégration politique etd'une organisation embryonnaire du pouvoir central — avec moins de sacrifices des intérêts mineurs de la vie que ne l'avaient fait l'Egypte et l'Orient. Le second stade, à son tour, ne fut pas une évolution partielle comme en Grèce et à Rome. La Renaissance, la Réforme, la Révolution anglaise, l'afflux des lumières du xvine siècle, la Révolution d'Amérique et de France, le mouvement libre-échangiste en Angleterre, le mouvement libéral allemand de 1848, ne furent qu'autant de phases de la critique et de la réédification de la constitution sociale sur les bases de la légalité, de la liberté et de la libre association.

« On ne doit pas supposer que, dans la vie d'une nation, ou d'une famille de nations, ces deux stades aient été absolument distincts. Ils se sont entremêlés. Ce n'est que récemmentque l'Italie et l'Allemagne ont atteint leur unité nationale longtemps après qu'elles avaient été influencées par le mouvement libéral et que d'autres Etats européens avaient dépassé la période de réédification sociale. Mais, môme dans ces exemples, la vraie série est celle que nous avons décrite. L'Allemagne unie et l'Italie une ne sont nées à la vie sociale que lorsque leur consolidation politique fut accomplie. Les problèmes d'organisation et de liberté constitutionnelles se posaient encore et n'avaient pas été résolus.

« En général, pourtant, les nations d'Occident sont maintenant une communauté d'Etats puissants, unifiés, indépendants, dans laquelle la plus grande part de l'œuvre d'organisation politique etsocialeest accomplie, où la liberté est garantie par la loi. La sauvagerie et la barbarie ne sont plus à craindre, et si des guerres internationales sont possibles, se déchaînent parfois, l'état normal des alîaires internationales est un état de paix. L'énergie se dépense en d'autres directions. Ces nations sont entrées dans le troisième stade, le stade économique-éthique. Elles s'absorbent, dans l'industrie, à

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J amasser des richesses et à leur découvrir un emploi, et, dans l'éducation des peuples, à réaliser Les possibilités de vie des mas populaires. » (Giddings, Principes de Sociologie,)

Ed môme temps les relations des citoyens avec le groupe social qu'ils constituent prennent une forme de plus en plus contractuelle. La loi du progrès ici se trouve « dans le passage des sociétés où les personnes sont astreintes à la règle de conditions particulières (telles que l'état d'esclave, de fils en tutelle, etc.) aux sociétés où nulle relation n'est établie entre les personnes particulières autrement que par contrats, el où les relations entre la totalité des membres de l'Etat dépendent d'un contrat explicite ou tacite... Nous semblons* avoir marché vers un ordre social dans lequel tous

les rapports résultent de la volonté des individus » (Loi de Slimner Mumr, [J, Thomas* 302).

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