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IV. — LA NATION ET I/KTAT. LEUR FONDEMENT

A. Tendance objective et autoritaire. — a) Origine de la

NATION. — L\ NATION ŒUVRE DE LA NATURE ET DE LA TRADITION. — Avec

la doctrine objective on considère les faits qui se dégagent de l'histoire des principaux États, et de l'aspect des tribus sauvages actuelles, el l'on édifie une théorie de L'Etal qui tend à justifier le despotisme et le traditionalisme et ne lient aucun compte des aspirations actuelles.

La nation se définit alors par les circonstances de fait qui ont -omble des individus les uns à côté des autres, sans que la conscience de ces individus ait eu ù intervenir. L'ancienne théorie de la Providence supérieure aux individus est remplacée ici par celle de forces extérieures a ces individus. Ces conditions sont : 1° des circonstances géographiques qui ont amené' des rapports plus fréquents entre certains individus, donné une unité au groupement, facilité la défense par des frontières naturelles; 2° la communauté de race, qui rapproche les habitants par l'esprit général et le caractère; 3° la communauté de latujue

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qui facilite encore ce rapprochement, à supposer qu'elle n?ën soit pas la conséquence, ce qui semblerail plus exael ; 'r la communauté de mœurs et de coutume, en particulier la communauté <T institutions familiales^ qui préparent les clans à s'agglomérer en tribucelles-ci à s'associer ensemble (les douze tribus d'I sou-

vent imaginé de faire sortir les institutions politiques des institutions familiales. Celte opinion no peut plus Être soutenu ■, bien que eelles-ci aient eu une influence véritable ; 5" la communauté religieuse, qui prête aux mêmes remarques que les institutions familiales. La religion d'un Etat s'est souvent formée dan républiques anciennes par l'agrégation des religions particule des tribus (Grèce, Rome); elle a été plutôt conséquence que causer actuellement, les religions étant cosmopolites, se séparent onti ment de l'État, et restent pure affaire individuelle; 6° la communauté des intérêts est évidemment un lien plus fort que le précédent; c'est une des conditions nécessaires de l'unité politique 'b-s unités douanières, par exemple), mais elle est loin d'être une condition suffisante; elle ne paraît être consciente que fort tard dans révolution nationale; 7° aucune de ces conditions particulières ne peut nous montrer l'origine del'Etat etdudroit politique. La théorie objective essaie d'y suppléer, en faisant sortir de leur ensemble une communauté de passé historique, une tradition nationale, qui s'impose à tous les citoyens. Ceux-ci n'ont pas à en discuter la légitimité; les volontés individuelles ne sont pas consultées. Dès qu'elles entrent en ligne de compte, commence la dissolution de la nation, sa décadence.

Avec ce dernier facteur, la théorie autoritaire croit avoir expliqué les origines de la nation et de l'État ea en faisant uniquement l'œuvre de faits extérieurs aux consciences individuelles.

11 serait pourtant facile de citer des unités nationales fortement constituées, soutenues par un patriotisme très réel, où manquent toutes ou la plupart de ces conditions (Suisse, Allemagne, Etats- Unis d'Amérique, etc.), et réciproquement des unités nationales assez faibles ou inexistantes où toutes ces conditions sont ou ont été données (Péninsule Ibérique, peuples rhénans, Etats sud-américains, etc.).

b) L'Etat. — Relations civiques et leur principe : despotisme d'Etat. — Les liens qui s'imposeront aux citoyens d'une nation ainsi conçue ne peuvent pas être fournis par le consentement individuel. Puisque la nation s'est formée en dehors et au-dessus des individus, à la suite de faits physiques et historiques, l'État, c'est-à-dire l'ensemble de ces liens qui resserrent tous les membres de la nation,

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n'a pas à se préoccuper dès individus; il dôil rester supérreurd ex* térieur à eux, à moins d'introduire dans la Dation une cause de dégénérescence et de faiblesse. 1! De visera qu'à adapter son auto-* rite aussi fortement que possible. On conclu! delà que/TEtatdoil cire essentiellement une contrainte autoritaire, indépendante de tout contrôle de là pari des citoyens et fondé sur la tradition. C'est le despotisme (théories de Machiavel, de Hobbes et de Hegel). Le despotisme re> èl deux formes Lien distinctes : le despotisme militaire et l'Etat-Providenee.

1° Despotisme militaire. — Le despotisme militaire a été et es! encore la forme la plus naturelle du despotisme. L'évolution sociale le présente à peu près partout; lorsque la Dation se constitue et s'unifie par la muni»' et la conquête. L'Etat ne voit d'autre but que sa propre conservation : il place sa lin en lui-môme grands empires de l'antiquité (empires sémitiques surtout, Empire romain, Islam); grands Etats modernes dans leurs périodes d'unification ou de centralisation]. L'Etat n'a qu'à se concentrer fortement pour l'attaque et la défense; tout particularisme intérieur l'affaiblirait : c'est la condition suprême de la lutte.

Faut-il dire que cette n >tion de l'État, qui fut peut-être utile et nécessaire à un moment de révolution, lorsque des luttes quotidiennes étaient soutenues entre les éléments mal fondas de la nation et entre les nations voisines, De préseote pins maintenant qu'une régression douloureuse et accidentel?©, un danger p<mr l'humanité toutenlière? La théorie de Hegel, qui Identifiait la force el le droit; la victoire et la justice, la conquête et la mission civilisatrice, le despotisme militaire et la volonté nationale, n'est qu'une déduction tond' verbale, car les faits opposent constamment ces termes dans là réalité comme la raison dans la logique! Et noire liist(»ri(|ne montre que, dans ses grandes lignes, malgré bien y\^> reculs et d< oscillations, l'Etat s'oriente peu ;» peu vers plus de droit et plus de justice, el qu'il acquiert d'ailleurs par là une plus grande -t;il>ilii La guerre a toujours ruiné, et assez rapidement, ce qu'ellea édifié (histoire des grands empires). lie nos jours la France ei l'empire allemand oui Bcnti le besoin de justifier juridiquement leurs actes, lun par l'œuvre morale de la Révolution, l'autre par le principe des nationalités. Le despotisme militaire pur ci simple n'existe plus guère que dans les rapports des nations dites ch ilisées avec lès pa; dit- de colonisation [impérialisme . Etc'est la tare des États actuels qui relarde l'évolution de certains en les amenant à des sacrifices én< [guerre du Transvaal)x et en a ruiné d'antres {I'^j>">;/><

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Il ne rencontre plus maintenant de défenseurs déguisés que dans

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certains esprits aveuglément réactionnaires cl égoïstes, qui voient dans la force militaire un moyen commode de sauvegarder les privilèges de leur clause, et l'utiliseraient pour la guerre du dedans

contre tous ceux ('liez qui ces privilèges injustifiés font naître une révolte légitime. La conception du despotisme militaire, qui cul ses gloires, se rabaisse ainsi à celle d'un despotisme policier dont le but est la guerre civile.

2° L'Ètat-Providence. — La doctrine de l'Etat autoritaire prend sa forme la plus acceptable en s'inspirant de la prédominance du point de vue économique dans les relations sociales contemporaines. On voudrait voir « l'Etat se substituer presque en tout à l'initiative des citoyens, faire pour eux et à leur place le plus de choses possible. Il semblerait... que l'Etat ait soûl la responsabilité de la santé, de la fortune, de la moralité privée et publique. On attend tout de lui; on croit que, du jour où il le voudra, il pourra, par des mesures d'autorité, faire régner partout le bonheur et l'abondance, supprimer les maux de toutes sortes, ramener l'âge d'or, faire du pays une île fortunée, un eldorado. » (Marion, Morale, 357.)

Cette conception se lit fréquemment dans les systèmes sociaux utopiques. On l'a reprochée souvent et à tort aux doctrines socialistes actuelles, qui, réalistes et scientifiques, ne veulent, au contraire, par l'État ou même sans lui, qu'émanciper l'individu de toutes les contraintes et lui permettre le développement de toutes ses virtualités.

La conception de PÉtat-Providence conduirait, en effet, à de cruels mécomptes : « On s'aperçoit très vite que l'État ne peut pas tout ; les exigences, souvent contradictoires et injustes, qu'on montre à son égard ne font que le troubler dans l'accomplissement de sa vraie tâche et l'ébranler. Quelle stabilité peut-on se promettre, si l'ignorance publique (et la superstition soigneusement entretenue) fait le gouvernement responsable de la perte des récoltes, d'un été pluvieux... de tous les accidents et de tous les fléaux qui peuvent désoler l'agriculture? » (hl.) D'autre part, il faut se souvenir que le groupement social ne peut rien faire par lui-même, s'il n'est pas soutenu par la volonté individuelle (Voir Morale i>Dir vidlelle). L'influence de l'éducation individuelle sur l'évolution sociale est indéniable. Et ce rôle, les conceptions autoritaires n'en tiennent aucun compte, puisqu'elles ne tiennent aucun compte de l'individu. Voilà ce qui explique que souvent les réformes faites par la seule autorité de l'Etat, sans tenir compte de la volonté et de l'éducation nationale, aboutissent à de lamentables échecs.

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B. Conception individualiste et anarchique. — a) Origine DE la nation. — Le CONTRAT BOCIAL. — Mans l;i théorie au tori I ;i ire,

la nation est le résultai de facteurs naturels qui créent une tradition

et un État. Ici la nation est, au contraire, le résultat de tendances subjectives, des aspirations conscientes «les individus constituant l'Etat par un Libre contrat. ./.-./. Rousseau et la plupart des philosophes rationalistes du xvni* siècle se sont ralliés à cette doctrine du contrat social, essentiellement individualiste. La hase du groupement est la volonté de ses membres, leur consentement indépendant el entièrement libre, comme dans une association commerciale <>u priver. Dans presque toutes les relations sociales en effet, on ;i passé de la tradition rigide el immuable au contrat, dent la volonté des parties lait la seule loi ^ Voyez la Famille, le Droit en général .

Mais ce n'est là qu'un tenue idéal, bien loin d'être réalisé, et peut-être irréalisable. Uexistence n<iti<>nah> exige que le contrat s'impose, en dehors de la volonté explicite des nationaux. Kl en l'ail, l'idée de patrie, qui s'ajoute à l'idée de nation. et le respect que la pairie impose aux individus, le sentiment de patriotisme qu'elle crée dans leurs consciences, n'expriment rien autre <jue cette charge tacite qui incombe au citoyen, s ms son assentiment, par sa naissance. Nous oe sommes pas libres d'appartenir à une nation plutôt qu'à une autre, et, bien avant que nous puissions choisir raisonnablement, nous sommes regardés <•<. ie ayant une nationalité

et une patrie. La Ih foriedu contrat social n'explique pas ce caractère très important de la nationalité. Elle ne rend donc pas compte des Faits, qu'elle néglige pour des constructions logiques édifiées sur les seules aspirations de la conscience. Si la tradition et les conditions objectives nous paraissent loin d'être suffisantes pour Fonder la nation, il en est de même du consentement contractuel puret -impie et il faudra tenir compte des premières.

b) L'État. — Fondement du droit civique. — L'anarchie, ei l'Etat simple garant de l'ordre. — Conséquence de cet individualisme excessif, la notion d'Etat, c'est-à-dire de relations juridiques liant individus dans un groupe national, serait détruite. Rien, en effet, ne peut lier l'individu s'il est l«i souverain el dernier arbitre de x1- engagements avec ce groupe. Il peut justifier toutes ses décisions par la formule des anciens despotes : .. tel est mon bon plaisir) . Toute autorité du groupe sur l'individu a disparu. Ce sérail peutêtre l'idéal pour le bien-être de chaque individu, mais il faudrait, en tout cas, des individus a peu près parfaits, comprenant ton

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