I. — DÉFINITION ET UTILITE DUNE THÉORIE DE LA CONNAISSANCE
On appelle théorie de la connaissance un ensemble 'da-
tions qui a pour but d'assigner la valeur »it les limites de nos connaissances. Dans une certaine mesure, La métaphysique est subordonnée à la théorie de la connaissance, puisqu'il m- nous permis de chercher la nature des choses que s'il est !>!t» de
la connaître. ESI ^'il <i-t possible de la connaître, nous ne la connaîtrons encore que jusqu'au point qu'aura fixé la théorie de la naissance.
La Ihéorie de la connaissance a un*1 util cuîative
1032 LES l HÉOIUE8 MlVl aimi 1 jlQI I
nérale, car elle ne concerne pa eulemenl la possibilité de la métaphysique, mais ans-i la possibilité de toute science et de toute connaissance. La perception extérieure nous fait-elle connaître Le monde extérieur? La perception interne nous fait-elle connaître l'àme? Jusqu'à quel point pouvons-nous considérer connaissances comme exactes el complètes? — La science est-elle susceptible de nous donner des connaissances réelles? Jusqu'à quel point ces connaissances pénètrent-elles la nature des choses? Voilà des questions qui dépendent aussi de la théorie de la connaissanc et qui, du reste, doivent être résolues pour que nous puissions résoudre la question plus générale et toute métaphysique de la nature des choses.
Nous avons dit que la théorie de la connaissance avait une utilité spéculative. En effet, elle n'a pas d'utilité pratique. Il ne faut pas croire que, parce que cette théorie résoudrait négativement la possibilité d'une connaissance exacte et réelle, notre perception et notre science perdraient leur valeur pratique.
Il est de simple bon sens que notre perception et notre science continueraient à nous rendre les mômes services que par le passé. Sur leur propre terrain, la perception aussi bien que la science n'ont pas àse soucier des conclusions d'une théorie de la connaissance. Elles se développent et se critiquent elles-mêmes et par leur utilité pratique. Il y a une critique positive du témoignage à propos de la perception; il y a une méthode scientifique qui relève d'une logique positive, et des travaux des savants à ce sujet. Ses résultats restent, pour l'homme, inattaquables au point de vue pratique et, par suite, complètement valables, quelles que soient les conclusions de la théorie métaphysique de la connaissance.
C'est lorsque nous essayons théoriquement de nous faire une idée complète de notre nature, de la destinée du monde, de notre destinée, du pourquoi et de l'origine première des choses, de leur lin dernière, de leur essence réelle, en un mot, c'est quand nous faisons de la métaphysique, que nous sentons le besoin d'une théorie de la connaissance et qu'importent ses conclusions. Nous voulons, en effet, apprécier en valeur absolue et non plus en valeur relative et humaine l'ensemble de nos connaissances.
Dire, d'ailleurs, que la théorie de la connaissance n'a qu'une utilité spéculative et n'a pas d'utilité pratique, n'amoindrit pas l'intérêt de la théorie métaphysique de la connaissance. C'est une question que notre curiosité a le droit de se poser que de savoir quelle valeur intrinsèque et absolue peut bien avoir ce qui a une valeur pratique incontestable. D'autre part, il faut remarquer qu'au point de vue de notre destinée, les conclusions d'une théorie de la
connaissance peuvenl être très importantes, car il se pourrait, d'après ces conclusions, que ce qui a pour notre vie ordinaire une valeur pratique, n'ait que très peu de valeur en soi. Nous aurions alors à regarder au-dessus de noire vie pratique notre véritable destinée. Celle-ci n'aurait rien de commun avec noire destinée apparente, ou du moins très peu de choses.
En effet, la théorie de la connaissance peut nous apporter l'une des conclusions suivantes :
1" Ou bien notre connaissance a une valeur absolue et sans limite; par la perception d'abord, par la science qui précise notre perception ensuite, par la réflexion rationnelle; enfin, si l'on admet que celle-ci ajoute quelque chose à la science, nous connaîtrons l'univers dans huile sa profondeur; nous tiendrons donc le but certain de noire destinée, nous pourrons à coup sur L'apprécier et diriger notre vie en conséquence. Les systèmes de Spinoza ou de Hegel ne sont pas très éloignés de ce genre de conclusions qui constitue le dogmatisme ;
^° Mais si, au contraire, nous trouvons <]ue noire connaissance a des limites, soit en étendue, soit en profondeur, nous conclurons que notre destinée ne sera pâmais réglée complètement d'après notre savoir. Nous ignorerons toujours, et il faudra mais résoudre à celle ignorance, ou tout au moins nous contenter d'hypothèses plus ou moins probables. Ç'esl le relativisme;
3° Enfin, la théorie de la connaissance peut encore conclure que nos connaissances, au sens propre du mot (perception ou science), n'outqu'une valeur pratique, que noire raison n'esl qu'un instrument commode. C'esl par de tout autres voies que nous pourrons Être éclairés sur notre destinée. La certitude sera étrangère à la science;
elle ne pourra être donnée que par la révélation, la foi, ou d'une
façon mystique. Le sentiment s'opposera alors à la connaissance, à la raison, et leur sera déclaré supérieur même en savoir. — Telles sont les doctrines mystiques, fidéistes, ou celles des religions révélées ;
i° Dans chacun de ces grands courants, des opinions différentes peuvent se manifester encore. Par exemple, on peut opposer la perception à la science; subordonner la première à la seconde ou la seconde à la première; prétendre à l'existence d'un autre genre de connaissance: l'intuition spirituelle ou la réflexion, el subordonner les autres genres à celui-ci el inversement.
Dans chacun de ces cas, nos vues spéculativ îraies sur l'uni-
vers et sur noire destinée se présenl iront d'un >n toul à fait
particulière. Elles nous donneront de notre rôle cl de notre place dans l'univers, de ce que nous croirons d svoir faire o des
idées très dissemblables. Par là on voit l'importance d'une thé<
103 i ï FIEORÏES M J ,'J AI'II .
Je la connaissance; mais on voit aussi que cette Imporl
intactes notre vie ordinaire et futilité purement pratique d<
genres de connaissance dont elle aura critiqué La valeur et limité
la portée.