‹ Logique et moraleChapitre 220 sur 352 · I. \ l HÉORTE DE I.A CONIS USSANi · texte numérisé non relu

I. \ l HÉORTE DE I.A CONIS USSANi

C) TîIÉnRiF: DBS PERCEPTIONS BIMFLE8 ET IMMÉDIATES. — Mais, à CÔté

de* perceptions acquises ou complexes, qui sont le produit d'une élaboration subjective illusoire, n'y a-t-il pas des perceptions immédiates ou simples ,q«i sont Les données distinctes des sens, Les copies certaines de la réalité? Reid et fécole èc(> admettent qu'il y a

une suggestion immédiate de l'objet par la sensation, llnmllton commente celte vue en essayant d'établir que I sation, en

même temps qu'elle est un état subjectif, a un aspect objectif lié au premier, aussi étroitement que Le revers d'une médaille l'est à la face, «in donne en somme à la sensation elle-même dei caractères de réalité et d'objectivité.

La critique est aisée: la sensation, d'après les conditions physiologiques, est le résultat d'une excitation physique tout à fait différente, en nature et en degrés, de l'état de conscience qu'elle suscite : toutes nos sensations correspondent à des mouvements vibratoii La science nous apprend qu'elle De traduit qu'un petit nombre de mouvements, parmi tous ceux qui se produisent. Les lois «le Feckner et II eber montrent que cette traduction elle-même est inexacte. Enfin, d'après ces conditions psychologiques, la sensation est essentiellement subjective et relative.

d) Qualités secondes et qualités premières. — On restreint alors de nouveau, >ous l'impulsion des laits, la part de l'immédiat et du simple. On distingue parmi les perceptions simples Les qualités secondes et les qualités premières. Les qualités secondes sont les couleur-, 1rs sons, les saveurs, etc., que l'on ne peut attribuer aux choses elles-mêmes. Les qualités premières, au contraire, se réduisent à la résistance el à V étendue; on ne peut en dépouiller les corps extérieurs sans les voir s'évanouir.

e) Les perceptions immédiates, bimples, objectives, séduites a l'impénétrabilité et a l'étendue. — El c'est ici que le dogmatisme essaie de reprendre l'avantage sous une forme plus subtile et, au premier examen, plus acceptable. Les différentes données que qous présente la sensation ne sont pas toutes du même ordre: Vétendue et Y impénétrabilité seraient comme la toile que les quai H fs secondes, pures apparences, viendraient recouvrirde leurs couleurs et de leurs ombi

1° Descartes et les cartésiens <>rt puis Newton^ Clarke^

ont maintenu la réalité de l'étendue. Elle <'-l la substance dont tous les corps de la nature sont faits : toutes leurs autres quai sont coni'u^es (.j illusoires, s'évanouissent avec l'analyse Bcienti* tique; elles sont dues à la structure de nos -<iii-~ Mais retendue résiste toujours comme nu résidu fixe, permanent, universel, ;< toute

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analyse. Il est Impossible de concevoir un corps sans étendue. L'étendue constitue autour de nous un ordre immuable, un cadre rigide auquel nous sommes forcés de rapporter, toujours et de la même manière, les différentes ('anses de nos sensations. Essayons d'étudier un corps, divisons-le, changeons parla chaleur sa coi, lance, son volume, son poids, sa couleur, sa saveur, son aspect, et toujours il restera des éléments qui se définiront par leur situation dans l'espace, par l'étendue et les rapports qu'elle comporte. Ce que nous concevons clairement et distinctement dans toute matière, ce sont ces éléments et ceux-là seuls, puisque la science ramène tout an mécanisme géométrique, c'est-à-dire à des relations dans retendue. L'étendue, voilà donc la substance, ïêtre réel de tous les corps que nous pouvons imaginer. La perception de l'espace serait donc bien la perception exacte d'une réalité.

2° Mais, bien que l'étendue soit une condition nécessaire de la réalité des corps, elle n'est pas suffisante pour nous en donner une conception claire. L'étendue est un cadre, un ordre dans lequel se placent les existences réelles, plutôt que ces existences elles-mêmes.

Cet ordre alors, comme nous le verrons tout à l'heure, peut bien encore n'être qu'une façon de se représenter les choses. C'est ce qui explique que les cartésiens puissent être regardés si facilement comme idéalistes ; le cartésien Malebranche, par exemple, est presque idéaliste avoué. On remédie à cette critique possible en ajoutant, comme Leibniz, que l'étendue occupée par un corps est impénétrable à tout autre. Chaque corps se définit ainsi et par son étendue et par la résistance invincible qu'il offre dans cette étendue à un autre corps; Leibniz appeiie celte résistance aniittjpie, et cette expression montre bien qu'un être corporel n'existe qu'en tant qu'il repousse de la portion d'espace qu'il découpe tout autre être. Maine de Biran, par des considérations plus psychologiques, a montré aussi que toute perception se ramène à une perception initiale de résistance : ce que nous appelons un objet est quelque chose qui nous offre une résistance, nous donne une sensation musculaire (Voir la Perception extérieure).

Etendue et impénétrabilité, voilà par quoi on définit aujourd'hui les corps extérieurs et ce qui constitue leur realité. Tout le reste est apparence, effet subjectif; mais le dogmatisme moderne maintient la réalité du monde extérieur en tant qu étendu et résistant.

La science, en réduisant tout à des particules matérielles en mouvement, est tout à fait d'accord avec cette conception. Matérialistes et spritualistes traditionnels admettent ces conclusions.

B. Scepticisme; idéalisme. — Les sceptiques et les idéalistes montrent que toutes ces conclusions sont erronées.

a) Subjectivité de l'étendue. — 1° Critique antique. — Les sophistes, les idéalistes et les sceptiques grecs, par un très grand luxe d'arguments, ont fait voir que l'idée d'étendue était contradictoire, si on la considérait comme substantielle.

L'étendue est divisible à L'infini, et quelque chose que l'on peut diviser indéfiniment ne peut être, car à la limite <>n linit par le faire disparaître.

Une étendue divisible à l'infini, comme celle que nous croyons percevoir, ne peut être qu'une conception idéale, et non une chose réelle.

2° Critique moderne. — La théorie de Berkeley, de HumeA de MM et des h suàjectivistes ». — C'est Berkeley qui a, dans les temps modernes, repris la thèse subjectiviste avec le plus de force et l'a étayée par des arguments de faits, des arguments psychologiques, qu'il est assez peu facile de réfuter. Pour lui, les corps tels que nous /es percevons ne peuvent pas exister : Dans la théorie de la vision, dans les Dialogues d 'Hylas et de Philonoùs et dans la Siris, Berkeley montre que la notion des trois dimensions de l'espace est le résultat d'une éducation de nos sens. C'est une acquisition de L'esprit, une construction toute subjective.

Hume et Les psychologues de l'école anglaise, les idéalistes allemands : Kant, Fichte, Schrlliny , Hegel, Schopenhauer, les idéalistes en général acceptent cette manière de voir et lui apportent de nouvelles confirmations.

3° Théorie de Kant ; l'idéalité de l'espace. — Kant, dans la première partie de la Critique de la raison pure [Esthétique transrendantale), fait voir que la notion d'espace ne peut être qu'une forme a priori de la sensibilité, c'est-à-dire un cadre que notre esprit impose à nos représentations pour les organiser et les connaître : ce sont des éléments introduits par l'esprit dans toute expérience.

Dans la troisième partie du même ouvrage (Dialectique transccndantale), Kant montre que le concept d'une matière étendue est contradictoire. Le concept amène, en effet, la raison à se poser deux problèmes qu'elle résout aussi bien ou aussi mal par la négation que par l'affirmation : ces deux problèmes constituent les deui premières antinomies de la Raison pure ou antinomies mathématiques : on démontre avec une égale valeur que L'espace est fini ou infini, et qu'il est composé d'un nombre fini ou infini de pari

4° Résultats de la psychologie expérimentale. — Enfin, la psychologie expérimentale a montré que les trois dimensions de l'espace étaient le produit d'une construction empirique de L'esprit, et n'avaient même pas la valeur de formes a priori de l'expérience.

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h) Subjectivité de la notion de b lwcb. — L'impénétrabilité,

il défaut de l'étendue, est-elle quelque chose àe plus réel, une i tcnce certaine <•! concevable ? Mais cette impénétrabilité, outre qu'elle <ist susceptible de d< infiniment nombreui (solides,

liquides, gaz, matière radiante de Crookeé), ce qui ne s'accorde pas 1res bien avec la notion d'une réalité absolue, n'es! donnée que par les perceptions de résistance : celles-ci sont réductible nos sensations musculaires. Or les sensations musculaires son! relatives et subjectives comme toutes les autres sensations : elles prêtent à des illusions (illusions des amputés), à des hallucinations comme les autres. Enfin, l'impénétrabilité suppose l'étendue : ne peut être impénétrable et résistant que quelque chose qui occupe une portion de l'espace, si petite soit-elle. Toutes les difficultés précédentes reparaissent donc ici, et l'impénétrabilité, ne pouvant se concevoir que comme étendue, n'est conçue, en définitive, qu'à travers une construction de l'esprit.

C. Relativisme. — Le relativisme s'efforce de restaurer la valeur de la perception du monde extérieur, mais dans certaines limites seulement : il n'admet pas que les données sensibles nous donnent autre chose que des apparences, des phénomènes. En cela il accepte la critique précédente. L'expérience externe tout comme la réflexion interne ne peuvent, en aucune façon, prouver la légitimité et l'absolue vérité des connaissances qu'elles nous apportent.

Est-ce à dire qu'il faille aller jusqu'au scepticisme complet? que notre vision du monde externe n'est qu'un rêve et une hallucination? N'oublions pas que Leibniz corrigeait le terme rêve en le qualifiant de bien lié, et Taine le mot hallucination en y ajoutant l'épithète vraie. C'est qu'en effet le scepticisme absolu oublie deux facteurs considérables dans la formation et le développement de ce vaste système perceptif que nous appelons le monde extérieur :

1° l' intérêt pratique qui a guidé l'activité dans toute cette construction ; et 2° la forme universelle qu'elle affecte dans l'espèce : toutes les perceptions formées par les différents individus sont identiques, en lin de compte, pour tous les individus, et s'organisent chez tous sur un même plan.

La valeur, c'est-à-dire le degré de confiance, de vérité que mérite cette construction, se déduit aussitôt delà. Elle n'est pas une simple illusion; car les sensations se produisent dans la conscience parallèlement à certaines excitations externes, c'est-à-dire à certaines actions du milieu qui nous viennent atteindre. Si les perceptions sont une élaboration de sensations, elles sont donc des indications relatives aux modifications et aux interactions des

phénomènes du monde extérieur et des indications qui se sont

imposées nécessairement à nous, au cours du développement ■

rai de l'espèce. Certes, il n'y aurait pas grand sens à dire qu'elles sont la copie

des choses extérieures, mais elles ue leur sont pas non plus étrangères. Elles les expriment, les symbolisent nécessairement et de la façon la plus pratique pour nous, qui sommes constamment appelés à uousdirigerà leur aide. Les combinaisons et Les propriétés nouvelles que fait naître ici la conscience sont la réaction naturelle de celte conscience sur les influences qui l'assaillent.

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