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III. VALEUR DE LA SCIENCE, PROBLÊME DE LA CERTITUDE

Mais, si la perception extérieure est un symbolisme perpétuel, ne pouvons-nous pas atteindre derrière elle ce qu'elle symbolisi

l'objet tel qu'il est, la réalité? Cest ce que continue à penser le dogmatisme matérialiste et spiri tua liste. Et la science ne serait autre chose que l'effort fait pour atteindre ce but. Que vaut-il? Voilà la question que nous sommes amenés à poser et à résoudre. La loi scientifique, telle que l'a définitivement constituée la science moderne, est une reconstruction du réel, à l'aide d'éléments clairement et distinctement aperçus par la raison, à cause de leur simplicité extrême et irréductible ; c'est un rapport rationnel, nécessaire, universel. Il nous faut maintenant examiner la valeur de ce rapport, el nous allons voir que, comme pour la perception, le dogmatisme, après avoir vu en lui la réalité ultime, a été peu a peu amen par les critiques du scepticisme idéaliste à ne le tenir que pour un nouveau symbole, plus pratique, plus maniable, plus clair, mieux adapté et mieux expressif de la réalité, sans doute, mais encore un symbole.

A. Dogmatisme (Spiritualisme traditionnel et matérialisme). — Théorie db la certitude absolue tau l'évidenci . — Les spiritualités traditionnels, à la suite de Descartest admettent que la science nou> représente l'ordre même des choses et leur constitution intime.

ewton et Clarke croient découvrir les lois que Dieu a Buiviesen créant l'univers. Leibniz dit: Jhtm Deus calculât fit mundus, et ce calcul divin est de même nature que le calcul dont l'homme a pu établir les règles, et que Leibniz a porté à un si haut degré de d> veloppemenl par Y Analyse infinitésimale. Les matérialistes , en posant que notre science n'est que lim acte des choses dans

notre esprit, professent le même dogmatisme.

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L'expression La plus précise du dogmatisme se trouve certain* ment dans le système de Spinosa, car Là '-II'' dépasse tous I tèmes particuliers de métaphysique, spiritualistes ou matérialisl pour s'établir en quelque sorte par elle-même dans L'absolu : I par une sorte de regard immédiat, p;ir une intuition directe que La pensée découvre les essences intelligibles: la connaissance vrai* toujours l'image fidèle de la réalité... Non seulement La pensée voil les choses telles qu'elles sont; mais, puisque l'essence des choses est intelligible, elle s'identifie avec elles. Elle ne les voit plus du dehors, mais du dedans; elle est au cœur de l'absolu. M aie branche, en soutenant la théorie de la vision en Dieu, est bien près d'accepter cette conception. Spinosa l'adopte ouvertement: la pensée adéquate de l'homme, identique à la pensée divine, ne se distingue pas de l'essence objective... Qu'on identifie l'idée et l'objet, ou qu'on distingue deux choses, l'être et la pensée, l'idée, lorsqu'elle est vraie, est tellement conforme à l'être qu'il est inutile de l'en distinguer: "Le vrai, c'est l'être" (Bossuet). » (Brochard, l'Erreur, 5.) Dès lors il n'y a plus lieu de distinguer entre les lois scientifiques, entre le système de ia nature qu'élabore notre raison, et la réalité même des choses, leur système effectif. « La certitude ne se distingue plus de la vérité. Ce serait mal la définir que la considérer comme Yadhésion de l'âme à la vérité, elle n'est autre chose que la connaissance même du vrai. Elle n'est pas un état subjectif de l'âme, elle n'est pas une chose qui s'ajoute à l'idée vraie... L'âme ne découvre pas d'elle-même si elle est certaine ou non... Le vrai est à lui-même sa marque. » (ïd.) C'est-à-dire que, dès que nous avons une certitude d'ordre rationnel, nous avons du même coup la réalité complète, absolue, car nous ne pouvons être certains que de la vérité même. Notre raison n'a qu'à procéder conformément à ses lois, et toutes ses conclusions sont la connaissance exacte de la réalité : la science est adéquate au réel, elle en est une sorte de moulage, h1 évidence avec laquelle nous apparaît une proposition scientifique est le critérium de la réalité, de la vérité.

Critique. — Mais la grande pierre d'achoppement d'un pareil système, c'est l'existence même de l'erreur, sa possibilité. L'histoire des sciences nous montre une substitution continuelle de conclusions a d'autres, et toujours au nom de la même raison: « Comment ne pas être ébranlé dans la confiance illimitée qu'on accorde à l'esprit, lorsqu'on le voit capable de connaître le faux, c'est-à-dire ce qui n'est pas? Dire que l'esprit connaît directement la réalité, c'est dire qu'en lui-même il est infaillible: on l'affirme expressément, et pourtant il se trompe... La question est d'autant plus grave que souvent, quand nous nous trompons, nous déclarons être certains.

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Les grands métaphysicien?, Platon, Descartes, Malebranche, Spinoza, n'ont pas méconnu l'importance de la question; ils en ont vu la difficulté et se sont épuisés en efforts pour la résoudre... La théorie de l'erreur, d'après Spinoza, est la plus absolue et peut-être la plus conséquente avec le principe du dogmatisme métaphysiq Spinoza ne recule devant aucune conséquence il»1 ce principe ; Unie l'erreur. » (Brocbard, /'/., 9.) L'erreur n'est pour lui qu'une moindre vérité, une vérité incomplète; il n'y a en elle « rien de positif ». Quand nous nous trompons, nous ne faisons au fond que posséder une partie de la vérité, au 1 i «mi de la posséder tout entière, ce qui explique notre certitude, môme dans l'erreur, car c'est bien encore d'une vérité que nous sommes certains, seulement d'une vérité partielle. — Il est facile de voir que cette solution n'a qu'une valeur métaphysique, wwrfs ne nous donne aucun moyen pratique de tinguer l'erreur de la vérité, c'est-à-dire la vérité partielle de la vérité totale.

B. Théorie sceptique. La certitude rattachée à la croyance subjective. — De tout temps la science a eu ses détracteurs, de tout, temps on a mis en doute qu'une simple construction du rai Bonnement humain put nous représenter exactement la réalité. sceptiques et les sophistes anciens, lui ont dénié toute valeur réelle. -t vrai qu'après la Renaissance, lorsque Galilée et Bacon eurent la méthode expérimentale, et que des mathématiciens connue Descartes et Pascal eurent montré la coïncidence de leurs démonstrations et de l'observation des faits naturels, il devint impossible pour tout être sens.'1 de refuser toute valeur aux résultats scientifiques. Le scept ici sme dut prendre une autre forme. Il

se relie actuellement aux thèses qui, dans la question de la

liberté, ont ei «le montrer que le déterminisme imposé par

science est une apparence et une illusion : la réalité échappi ses prises. Eli un mot. c'est la théorie de la contingence des loi la nature poussée dansses dernières limites qui non- présente actuellement la critique la plus profonde de le certitude des loi- scientifiques et de leur portée cï. cl). LVir, s: n, n ch. rvm, ç; n H, <L 2°). Bile i sur ce fait fondamental que les différentes sciences

ire qu'elles atteignent des laits réels, nous conduisent à lois de plus en plus approximatives, de moins en moins adéquat et supposent des principes de plus en plus olisenrs. Loin de nous satisfaire par la parfaite clarté de l'évidence, elles font appel à des notions complexes qui sont presque toutes un trouble profond pour la raison : « La logique, déjà... suppose des données irréductil à la relation analytique, qui est le seul type de la parfaite intell

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bilité... Si la logique contient des éléments irréductibles, Les mathématiques en contiennent davantage. Malgré tous leurs efforts, les mathématiciens n'ont pu les ramènera la pure Logique... Sons les noms divers de jugements synthétiques a priori ', postulats, définitions, axiomes, faits fondamentaux, Les mathématiciens philosophes admettent soit comme venant de L'expérience, soit comme venant de l'esprit, des prineipes bruts et impénétrables... En fait, L'analyse des principes et des méthodes mathématiques y décèle mainte détermination contingente, maint artifice admis surtout parce qu'il réussit... La science concrète qui doit être la base de toutes Les autres, la mécanique, présente des éléments irréductibles aux pu déterminations mathématiques, et ne peut parvenir à transformer entièrement ses données expérimentales en vérités rationnelles. Connus par la seule expérience, les rapports les plus généraux des choses demeurent pour nous, comme le disait Newton, radicalement contingents... A mesure qu'on s'élève vers l'étude de la vie et de la pensée, les postulats requis sont plus nombreux et plus impénétrables. Déjà la physique, en tenant le travail pour supérieur à la chaleur, fait ouvertement appel à la notion de qualité. La chimie repose sur ce postulat qu'il existe et se conserve des éléments de différentes espèces. L'acte réflexe de la biologie n'est pas une simple réaction mécanique, puisqu'il a pour propriété d'assurer la conservation, l'évolution et la reproduction d'une organisation déterminée. La réaction psychique est quelque chose de plus, puisqu'elle tend à procurer à un individu la science des choses, c'est-à-dire la connaissance des lois et par là une faculté indéfinie de les utiliser pour des fins posées par lui. Enfin, en sociologie, l'action du milieu ne suffit pas pour expliquer les phénomènes; il faut y joindre l'homme, avec sa faculté de sympathie pour les autres hommes et ses idées de bonheur, de progrès, de justice et d'harmonie. Ainsi les différentes sciences ne se laissent pas pénétrer par les mathématiques et les lois fondamentales de chaque science nous apparaissent comme les compromis les moins défectueux que l'esprit ait pu trouver pour rapprocher les mathématiques de l'expérience. Il faut d'ailleurs distinguer entre les sciences physiques, qui s'unissent aisément aux mathématiques, et les sciences biologiques, pour qui cette union est bien plusartificielle... En résumé, d'une part, les mathématiques ne sont nécessaires que par rapport à des postulats dont la nécessité est indémontrable, et ainsi leur nécessité n'est et semble ne pouvoir être qu'hypothétique. D'autre part, l'application des mathématiques à la réalité n'est et semble ne pouvoii être qu'approximative. » (Boutroux, Vidée de la loi naturelle, 139. Boutroux se garde de tirer de celte analyse des conclusions scep-

tiques. La science est relativement vraie, dans I»1- limites d'une approximation <|ui va croissant à mesure qu'on s'éloigne de la logique et de la mathématique, pour s'approcher du monde moral. Mais d'autres son 1 allés plus loin : la science est une sorte de discours, de langue assez bien faite pour nous représenter \r< choses, mais elle ne nous apprend rien sur la nature des choses; c'est un ensemble de formules empiriques el subjectives, dont l'utilité pratique esl incontestable, mais donl la valeur *l«i savoir est nulle. Le réel lui échappe nécessaire m en! philosophies irrationnalisles . Si nous joignons à ces arguments les arguments 'les purs sceptiques, l'existence de l'erreur, l'impossibilité d'appliquer un critérium valable pour distinguer (Telle la irrite, l'identité de notre étal interne de certitude. <|ue nous soyons dans le Taux ou dan- le vrai, ce qui contredit directement le dogmatisme, nous voyons que la science ne peut, elle non plus, avoir" la prétention d'atteindre L'absolu.

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