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THÉORIE DE L'ACTION. LA LIBERTE

déterminés chez les hommes, telle attitude, telle conduite, à mesure que nous connaîtrons ces lois et leurs conséquences. Toute éducation, toute politique, n'ont de raison d'ôlre que par le déterminisme des actes humains. C'est ce déterminisme qui seul, peut les rendre possibles et profitables.

Arrivons au fond même de la question. Si tous nos actes sont inflexiblement déterminés, disent les partisans de la liberté, a quoi servent nos spéculations morales? Elles n'ont de sens qu'autant que si, pour des buts précis, on peut librement modifier la suite nécessaire des phénomènes. Il y a encore dans cette objection théorique un sophisme. Elle serait exacte si, dans L'immense entrecroisement des lois naturelles, il n'y avait pas entre elles action et réaction réciproques. Mais, de même que dans la aature, 1 action et la réaction réciproques permettent, en observant les enchaînements nécessaires des phénomènes, de les modifier les uns |>ar les autres, de même, dans l'activité humaine et sociale, chaque individu, résultante nécessaire de lois naturelles, est un centre de réaction sur ce qui l'entoure. Il réfléchit en actes les influences qu'il reçoit. Or, parmi ces influences, entrent pour une grande part les règles morales, les conseils qui peuvent lui être donnés. La morale ne prétend pas violer l'ordre universel; elle prétend le suivre et en tirer tout le parti possible par L'intervention naturelle que comporte cet ordre.

C'est qu'en eiïet les actes humains ne se présentent pas sous un seul aspect, l'aspect matériel et mécanique, et l'homme n'est pas seulement un organisme; ils se présentent aussi comme des faits de conscience, et l'homme est une conscience. Grâce à la conscience, tout en restant étroitement déterminé, l'individu connaît sa puissance de réaction sur le milieu, et tout ce qu'il sait lois de l'univers, les conceptions morales que ces lois lui ont BUgg interviennent comme cause directe et n< ire de son

acte futur. On voit ainsi que le déterminisme donne au contraire une importance considérable aux conceptions morales. L'hypothèse du libre arbitre est en quelque sorte amorale : elle permet le vice et la vertu indifféremment el tontes leurs conséquences sociales au gré de l'individu; la théorie déterministe, au contraire, montre que nos conceptions morales ont une influence directe et suprême sur la conduite individuelle d'abord, sur le bonheur el l'équilibre social ensuite. Avec elle, nous sommes suis de récolter ce que nous aurons semé. Non- sommes certains qu'à mesure que le- lois de la nature et. en particulier, les lois des sociétés seront mieux connue-, à mesure aussi individu et Bociété gagneront en moralité et en bonheur.

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B. Supériorité théorique du déterminisme : il n'a pas besoin d'un fondement métaphysique. — Ainsi Le déterminisme, loin d'être, comme la théorie de la liberté, forcé de reculer

devant Les objections, s'établit dune manière très forte et très naturelle sur les ruines de celle-ci. Il donne à la morale une portée plus grande, un rôle plus précis, harmonieux avec ce que nous sa^ ona phénomènes naturels et de leurs conditions d'utilisation. Mais il a encore une supériorité bien autremenl grande : c'est qu il n'est pas une théorie métaphysique , c'est qu'il se passe de tout)' théorie métaphysique. Il résulte (Je la simple observation des phénomènes natur< Tout ce que nous savons d'eux nous les montre à mesure que non connaissons d'une façon plus précise et plus complète, déterminés dans les moindres détails où peut pénétrer la mesure. Certes, la complexité des faits, les difficultés de cette mesure peuvent laisser quelquefois un certain flottement, mais ce flottement disparait toujours et tend vers une moyenne unique, avec le progrès des procédés d'expérience.

C. Le déterminisme ne doit pas être interprété comme une théorie matérialiste. — Ce serait donc une grave erreur de croire que la solution déterministe postule une métaphysique matérialiste. Certes, les matérialistes étant tous mécanistes sont nécessairement déterministes. Mais ils interprètent le déterminisme dans un sens tout à fait spécial : pour eux, il devient synonyme d'un mécanisme matériel où la pensée et ses phénomènes n'ont plus aucune place, aucune réaction propre; c'est un fatalisme aveugle aussi inintelligible que la doctrine de la liberté, puisqu'on ne voit plus ce que vient faire la conscience dans la nature, et qu'on la nie, loin de l'expliquer. Mais le déterminisme bien entendu répugne autant à l'hypothèse matérialiste qu'à toute autre.

D. Différence entre le déterminisme et le fatalisme. — Il ne faut pas confondre non plus le déterminisme avec le fatalisme. Le déterminisme repose sur l'idée scientifique -moderne que tous les faits obéissent, dans notre univers, à des lois invariables, ou, plus simplement sur le principe de causalité. Il résulte logiquement de ce que « rien ne se produit sans cause » et que « les mêmes causes sont invariablement suivies des mêmes effets ».

Le fatalisme, au contraire, repose sur l'idée de miracle. L'univers est un miracle perpétuel, car les événements qui s'y déroulent, au lieu de suivre des lois invariables, permettant la prédiction certaine, obéissent à la volonté impénétrable d'une ou de multiples puissances surhumaines. Tout arrive fatalement, mais la fatalité

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