‹ Logique et moraleChapitre 246 sur 352 · II. — DUALISME. — SÉPARATION ABSOLUE DE L'AME ET DE LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

II. — DUALISME. — SÉPARATION ABSOLUE DE L'AME ET DE LA MATIÈRE

A. Le spiritualisme traditionnel. — La scolastique, puis Le cartésianisme nous présentent la conception la plus parfaite du dualisme de l'âme et de la matière. Pour la philosophie chrétienne, L'âme est un principe pensant qui est joint accidentellement par la

volonté du Créateur à un corps matériel, mais dont l'essence ( absolument distincte, séparée, de l'essence de la matière. Elle immortelle, tandis que le corps et la matière sont pêrissabl

1° Les caractères de l'ame. — L'âme est une substance spécifique, irréductible à tout autre ordre d'existence. Activité créatrice. ell< possède des principes qui ne dépendent que de sa nature, qui lui sont innés. Elle est libre, car une activité n'existe que par sa puissance efficace et indépendante. Enfin, elle est une et toujours identique à elle-même; les faits de conscience sont ses créations, et non les éléments dont elle est composée, car si elle était une synthèse d'éléments, elle serait une résultante , c'est-à-dire le contraire même d'une activité créatrice.

2° Le « cogito ergo sum ». — La réalité métaphysique du moi, c'està-dire de l'ame. — Ces caractères se déduisent d'une intuition direct< et immédiate qui nous montre, à l'occasion de tout événement di conscience, l'existence d'une substance active et créatrice. Cette intuition, pierre angulaire du spiritualisme et de l'idéalisme substantialiste, a été établie avec une très grande force par Descartes dans 1< Discours de la méthode, les Méditations et les Principes. Toutes nos idées peuvent être révoquées en doute, en ce sens que nous pouvom feindre qu'elles soient de simples illusions, et qu'il ne leur corresponde aucune réalité. Mais, à propos de toutes nos idées, il y une chose qui est indiscutable, c'est qu'elles sont pensées au moment même où elles se manifestent. Or, penser, c'est être, car penser c'est nécessairement dire : j'ai conscience , je, moi. Essayer d'imaginer une pensée sans poser l'idée de la personne qui pense, du moi, est impossible. Je doute, donc je pense, donc je suis. Cogito, ergo sum. Il n'y a pas là de raisonnement, bien que nous

exprimions cette intuition sous forme de déduction, car un raisonnement, comportant toujours un passage «l'une Idée à une autre, peut être faux. Il y a une intuition immédiate, une identité perçue directement par l'esprit. Penser et être s'impliquent absolument, sont une seule vérité indécomposable, irréductible, souverainemenl simple. Nous touchons là a un absolu. Autrement dit, toute cou naissance, tout acte de conscience supposerai! nécessairement ['existence de fàme, comme la définition du triangle suppose nécessairement que la somme de ses angles vaut deux droits.

Le spiritualisme et l'idéalisme substantialiste n'ont fait que développer l'intuition cartésienne; le spiritualisme, en Laissant subsister à côté de l'âme un autre mode d'existence, la matière; l'idéalisme substantialiste, en réduisant a l'âme la matière elle-même, <|ui n'est que l'ensemble des perceptions de l'âme.

3° Conséquences : L'immortalité del'ame. — Mais, si nous découvrons en nous un principe simple et actif, ce principe ne peut périr, car toute mort est une décomposition, et n'est mortel que ce qui est composé. L'âme es! donc immortelle^ soutient le spiritualisme, éternelle, dit l'idéalisme substantialiste, plus conséquent, car, si un principe peut se créer de rien, il peut aussi s'anéantir : telle esl la forme philosophique de la doctrine de l'immortalité de l'âme, dont les origines sociologiques doivent être cherchées dans les religions primitives, l'animisme, les croyances au double, à la réalité des rêves, etc.

/>'. Le problème des rapports de l'âme et du corps dans le spiritualisme traditionnel. — La grande difficulté de ce tème fut toujours d'expliquer les rapports de l'âme et du corps, puisque idiez l'homme l'âme est manifeste m en l liée au corps, agit

sur lui pour le mouvoir, et ressent les contre-coups de ce qui impressionne le corps d;in> les sensations, le plaisir et la douleur.

Descartes, par la distinction absolue entre la substance étendue ou matérielle et la substance pensante, n.' peut résoudre la question à la manière d'ÂristotC) qui fait de l'âme la forme du corps et qui, par suite, nie l'existence d'une âme séparée du corps. Il lui tant justifier à la t'ois la si:i>(ir<ttion (il>s<>lu<\ irréductible de l'âme et du corps, e( ce lai! d'expérience que le corps agit sur l'âme et l'âme sur Le corps. S,i doctrine est sur ce point assez embarrassée car il veut, en même temps, sauvegarder la liberté- humaine la direction par l'âme

de nos mouvements corporels et la toute-puissance e1 l'omnisoience de Dieu, auxquelles notre liberté semble tain- échec : Si mm- agissons librement, commènl Dieu peut-il savoir ce que nous allons taire

Page 1