‹ Logique et moraleChapitre 249 sur 352 · IV. — LE SPIRITUALISME ABSOLU Kï L'IDÉALISME · texte numérisé non relu

IV. — LE SPIRITUALISME ABSOLU Kï L'IDÉALISME

A. L'Idéalisme spiritualiste : Leibniz. — Comme le spinozisme, la doctrine de Leibniz, qu'on a appelée idéalisme spiritualiste, ou spiritualisme absolu, tend à ne voir que l'unité d'un principe, là où le cartésianisme imposait la multiplicité des su tances. Mais il précise ce principe, au lieu de le laisser au-dessus de toute détermination, comme l'avait fait Spinoza, et l'individualise. Il L'identifie à Ycsprit, en posant une infinité d'esprits individuels, à des degrés divers de développement. Le monde matériel est un monde spirituel inférieur : l'ensemble des monades moins développées que notre conscience et qui ne font que sentir de plus ed plus confusément (à mesure qu'elle s'éloigne de notre degré des développement) ce que nous percevons plus clairement. Dieu est la monade parfaite, c'est-à-dire la pensée absolue, et absolument claire. Dans ce système, comme dans celui de Spinoza, sont évitées les difficultés des rapports de l'esprit et de la matière ; car toutes les monades s'accordent nécessairement (harmonie préétablie, comme des horloges qui marqueraient la même heure, dit Leibniz), puisqu'elles ont même nature. Elles ne diffèrent qu'en ceci : ce qui est réalité dans une monade supérieure, n'est que possibilité, virtualité dans les monades inférieures. Mais à ces degrés de développement près, tout est esprit.

B. Spiritualisme absolu. — Les difficultés que pose le dualisme absolu à ceux qui cherchent philosophiquement à réduire la réalité au plus petit nombre de principes, aussi bien que l'impossibilité d'expliquer avec ce dualisme les rapports réciproques entre la matière et l'esprit, rapports que l'observation des faits nous fait constater à chaque instant, le rendent très difficile à soutenir au point de vue philosophique. C'est une doctrine qui est admise d'une façon exotérique par le spiritualisme, mais que cherche à dépasser la métaphysique spiritualiste, chez ses principaux représentants. On peut appeler spiritualisme absolu la doctrine qui, tout en maintenant la distinction de la matière et de l'âme, s'efforce de lui faire perdre son sens vulgaire et superficiel. Ravaisson, beaucoup de philosophes chrétiens, sont les représentants de cette direction.

L'esprit est considéré essentiellement comme une force active originale qui a, en elle-même, ses principes et son commencement, qui est douée de liberté, enfin qui, une fois créée, ne peut plus disparaître. Cette force essentiellement spontanée, capable d'engendrer toute notre vie consciente, suppose dan- la nature telle qu'il nous est donné de l'observer, un principe sur lequel elle agit, mais qui est différent d'elle, puisque, dans une certaine mesure, il lui résiste el lui impose des limites. Ce principe est un principe de nécessité et d'inertie. Ce n'est pas une existence absolument séparée du principe spirituel, puisqu'à proprement parler il n'existe pas isolé el seul. Mais c'est une sorte de limitation qui est imposée à l'activité libre

il.- L'esprit. L'habitude, ce l'ait dans lequel non- voyons un acte libre devenir peu à peu nécessaire, nous permet d'établir un pass entre le principe spirituel et le principe matériel, cuire la liberté et la nécessité. L'habitude garde par sa spontanéité quelque chose delà Liberté qui l'a créée, mais cette spontanéité n'agit plus que d'une façon nécessaire. Au fond, le spiritualisme absolu est une doctrine qui rappelle la métaphysique de Leibniz, et mieux encore celle d Aristote. L'esprit règne en maître dans la nature. Il est le principe supérieur vers lequel toute la nature se meut, doue par lequel toute la nature est mur finalité . Ce que nous appelons matière n'est qu'une dégradation de L'esprit : Tout est esprit, mais l'esprit n'es! pas partout complètement développé. Il porte en lui de l'imperfection, et c'est son imperfection au plus bas degré que nous appelons matière : ce qui est virtuel, potentiel, inachevé, et non actuel et bien défini.

C. Différences entre le spiritualisme et l'idéalisme. — L'idéalisme est quelquefois assez diflicile à distinguer du spiritualisme. « Tout est esprit » est une formule aussi bien spiritualité qu'idéaliste. Leihniz est appelé idéaliste et spiritualiste par les uns ou par Les autres. De même Haut .

On distingue quelquefois L'idéalisme du spiritualisme en disant que l'idéalisme nie L'existence de la matière. Il l'ait de la matière une création de l'esprit, création toute subjective qui n'a rien de positif : la matière, ce sonlles représentations que se forme l'esprit. Cette distinction esl exacte, mais il faut bien L'entendre.

D'un côté, Kanl ne mériterait pas le nom d'idéaliste, qu'on lui donne communément, car il a protesté nettement qu'il posai! l'existence de choses extérieures à L'esprit, de choses en soi. Mais nous ne pouvons les connaître qu'à travers nos sensations et Les lois de l'esprit, et c'esl en ce s,. us qu'il esl idéaliste, — D'un autre <•■ h définir simplement L'idéalisme, la doctrine qui nie L'existence de

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la matière, on confondrai! avec lui le spiritualisme absolu qui. bi< a que très voisin, a accepte pas cette confusion*

Dans le spiritualisme le plus absolu, il reste toujours une oppo silion entre la matière et l'esprit. La matière est une résistance que L'esprit doit vaincre. C'est une imperfection positive. I)<: l'essence même des principes qui sont esprit, il résulte en même temps que ces principes ne sont jamais dans la nature, créés ou, au moins, complètement développés. L'esprit en somme rencontre en luimême un principe de limitation, qu'il s'efforce de dépasser, mais qu'il ne peut arriver à supprimer. L'idéalisme, au contraire, fait de la matière une pure illusion, une pure apparence, une conséquence de l'activité de l'esprit et non quelque chose qui s'y oppose. La nature, sa nécessité, ses lois, c'est notre esprit qui tes crée et les façonne, pour ses besoins pratiques, dans son intérêt en quelque sorte. Loin de lutter contre la matière, celle-ci est e:i symbole dont l'esprit se sert et qu'il a élaboré.

Dans le spiritualisme, l'esprit est avant tout considéré comme une force, un commencement absolu, une liberté. Son principe c'est la tendance, l'effort, l'amour ou la volonté. Au contraire l'idéalisme va plutôt dans un sens intellectuel; l'esprit est avant tout principe représentatif, principe de connaissance, intelligence; c'est l'ensemble de nos représentations et de nos idées.

Il résulte de là que le spiritualisme n'est jamais déterministe : il ne peut nier la liberté qui est la manifestation de la force spirituelle. Au contraire, beaucoup d'idéalistes ont été déterministes, car, par la logique, nos idées semblent s'enchaîner nécessairement.

11 résulte encore de là que pour le spiritualiste, l'âme, principe actif, existe d'abord : idées et sensations sont ses produits, ses manifestations. Elles n'existent que comme propriété de l'àme. Elles ont une existence dérivée. Pour l'idéalisme, au contraire, ce qui existe d'abord, ce sont nos états de conscience, nos représentations, nos idées (idéalisme). L'esprit et l'àme n'ont qu'une existence dérivée : ce sont les rapports substantiels de nos idées, mais qui ne peuvent exister séparément de ces idées.

Enfin le spiritualisme absolu considère que la matière est esprit, mais il accorde par là à la matière une existence positive. L'idéalisme, au contraire, soutient ou bien que la matière n'existe pas et n'est qu'une collection d'états de conscience (Berkeley et les idéalistes proprement dits), ou bien qu'elle esl quelque chose d'inconnaissable : ce que nous connaissons comme matière n'est alors qu'une collection d'états de conscience (Mal.cbranche, Kant).

En résumé, l'idéalisme part toujours d'une critique qui définit l'univers, tel que nous le connaissons (l'univers sensible), comme

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notre représentation : c'est un ensemble d'apparences, donc une construction de l'esprit. Il oppose à cette représentation une réalité qui en diffère absolument (le monde intelligible), — Le spiritualisme, au contraire, même dans ses formes toutes récentes, l«*s plus voisines de L'idéalisme, trouve toujours dans l'analyse de l'univers tel qu'il nous apparaît, au moins des germes ou des fragments de réalité. Il ne s'oppose pas au réel, mais est en continuité étroite avec lui.

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