‹ Logique et moraleChapitre 252 sur 352 · VI. — MATKRÏAUSME · texte numérisé non relu

VI. — MATKRÏAUSME

Pendant toute l'histoire de la philosophie, nous pouvons suivre, parallèlement au courant dont nous venons de marquer les principales étapes, un courant diamétralement opposé. Au lieu de développer la distinction de la matière et de l'esprit, puis de réduire progressivement la matière à l'esprit, on peut en effel rester dans le monisme matérialiste primitif, et réduire progressivement l'esprit à la matière. C'est ce que semblent avoir fait les atomistes et les monistes matérialistes, ou plus simplement les monistes.

Notre esprit, disent-ils, n'est qu'une propriété particulière d'un corps particulier, le mitre, et même, semble-t-il, d'une partie seulement de notre corps, \e cerveau. Pourquoi attribuer une nature spé-

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ciale a cette partie de notre corps, <jui, au milieu des autres corps, n'est elle-même qu'une parcelle intime? Il y a In une illusion qui provient de l'orgueil bu main. L'homme se croit le centre et la raison d'être du inonde. Il explique ce monde par lui-même, par son esprit (idéalisme):, ou il s'oppose an reste de l'univers en croyant le dominer, parce même esprit. Nest-il pas plus scientifique et raisonnable, n'est-il pas plus modeste en tout cas de nous remettre à notre place dans la nature? Nous ne sommes qu'un petit agrégat matériel, au milieu de tant d'autres, et nous somme-, conscients, comme les autres corps sont lumineux, sonores, électrisés. La conscience n qu'une propriété matérielle parmi tant d'autres.

Si, d'autre part, nous résumons toutes les théories particulières qui relèvent de la psychologie scientifique : théorie de la conscience-épiphénomène, de la corriposilion physiologique des faits psychologiques élémentaires, du déterminisme, de L'empirisme, nous arrivons à cette conclusion. La conscience est par-dessus tout une connaissance illusoire et superficielle : ses prétendues intuitions sont des imaginations pures, des associations et combinaisons de sensations, c'est-à-dire d'épiphénomènes. Ce qui existe seul, c'est la matière et ses différents degrés de complexité ; ce qui est substantiel, c'est notre organisme et ses réactions motrices dont la vie consciente n'est qu'un inutile reflet. Par suite, l'intuition du moi, de la personnalité, n'a aucune valeur, ne correspond à aucune réalité : en faisant son histoire (voir la théorie de la perception interne*, la psychologie scientifique nous apprend qu'elle n'est qu'une notion complexe, surajoutée, un polypier d'images, un faisceau de réactions physio-psychologiques. Et, pour confirmer toutes ces preuves, il n'y a qu'à reprendre la critique de la prétendue intuition cartésienne du moi substantiel, critique qu'ont d'ailleurs faite magistralement le phôuoménisme et l'idéalisme critique de liant.

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