VII. - CONCLUSION
On objecte à tous ces systèmes qu'ils sont des hypothèses invérifiables, car aucune expérience ne nous permettra jamais soit d'identifier la matière à l'esprit, soit d'identifier l'esprit à la matière : toute expérience est une représentation, et toute expérimentation suppose deux termes : le sujet et l'objet.
Les faits de conscience sont des faits au même titre que les faits matériels. Il faut étudier les rapports qu'ils ont avec les faits matériels sans prétendre résoudre la raison dernière de ces rapports, raison qui nous échappe actuellement.
On appelle cette attitude, positive. Ceux qui L'adoptent prétendent que nous ne pouvons connaître que le- phénomènes, et non la nature dernière des choses, leur essence, les substances dont ces phénomènes ne seraient que les modalités, les manifestations apparentes (d'où le nom de phénoménisles qu'on leur donne encore). En résumé, notre connaissance actuelle de l'esprit ne peut avoir une valeur absolue; elle n'a qu'une valeur relative. Les positivistes, les phénoménistes sont donc des relativistes, qu'il s'agisse de connaître la matière ou de connaître l'Ame.
Indications relatives a une conclusion proposée réalisme positif). — Mais un positivisme moins étroit pensera pouvoir aller plus loin. Il fera crédit aux méthodes scientifiques pour résoudre progressivement et d'une façon pleinement valable ponr l'homme les problèmes que pose l'expérience, celui de la nature des faits psychologiques aussi bien que les autres. De même (fue «les physiciens n'hésitenl plus attaquer au problème de la constitution de la matière, pourquoi la psychologie ne pourrait-elle pas s'attaquer un joui- au problème de la nature de la conscience? En t<»ut cas cela nous laisse entrevoir une voie pour \ arriver : l'application des méthodes scientifiques, L'extension el la correction des hypothèses rationnelles el des probabilités respectives.
Remarque très importante. — Mais, pour bien comprendre l'esprit dans lequel nous proposons cette idée Licrn'' raie, il importe absol de faire
attention aux deux points suivants :
1° La science est bien plus une organisation des méthodes qu'un ensemble de résultats. Il est en effet de L'essence «1rs méthodes scientifiques de se tenir constamment prêtes à réviser les résultats qu'elles ont déjà obtenus. Ceux-ci ne sont que des pierres d'attente qui jalonnent la route de la vérité, que des «'tapes vers toujours plus iU . La science
• ins cesse placée sur Le terrain de L'esprit critique et du libre examen. Elle n'est que cet esprit critique et ce libre examen en acte. Ce que nous proposons donc c'est de prendre to 'jours et partout l'attitude scientifique : pratiquer Vétude des faits^ Leur étude impartiale, sans idée : conçue, ni fin inl< . et la ontrôle rationnel et expéri-
mental en toute liberté, mais aussi - ins aucun parti pria ■ (te i tude.
D'ailleurs nous ne bornons pas étroitement l'attitude scientifique à la
I |im) lis THÉORIES MÉTAPHYSIQUB8
seul»; constatation des relations certaines. L.-i systématisation, les hypothèses et leur discussion, l'évaluation des probabilités, partant l'étude
des conditions et de la valeur de La science et la critique qu'elle doil faire constamment d'elle-même, sont impliquées nécessairement par < attitude.
2° 11 ne faut pas oublier ensuite que nous ne faisons Que />>■>>/)<> conclusions. Comme on vient de le voir, c'est l'essence même des méthodes scientifiques de laisser les questions toujours ouvertes à des études complémentaires. Si donc c'est notre conviction personnelle que ces méthodes sont les seules qui permettent d'atteindre quelques vérités, cette conviction n'est, il faut le dire bien haut, dans l'état actuel des choses, qu'une conviction. Nous devons donc à l'attitude scientifique elle-même, qui postule la plus entière liberté' de penser, de laisser le champ libre aux autres efforts, pourvu qu'ils soient toujours prêts à s'incliner devant un fait contrôlé. Nous savons trop peu, pour regarder comme nuisible ou inutile que des tendances et des sentiments intimes, différents des nôtres, cherchent par d'autres voies leur satisfaction. La science a le droit de critiquer ces voies en toute indépendance, mais elle a le devoir aussi de se laisser critiquer, si la critique est loyale et sincère. L'absence ou la restriction des droits de la critique ou de la pensée serait la plus forte atteinte portée à la méthode scientifique elle-même.