‹ Logique et moraleChapitre 263 sur 352 · IÎ2 LES THÉORIES MÉTAPHYSIQUES · texte numérisé non relu

IÎ2 LES THÉORIES MÉTAPHYSIQUES

Un grand nombre de philosophes ont insisté sur les affinités delà religion et de la morale, du sentiment religieux et du sentiment moral, sur l'aide que le sentiment religieux peut apporter à la morale (sacrifice, sentiment de l'idéal et du devoir). La grosse question qui se pose et qui est loin d'être résolue esl en somme celle des rapports de la religion et de la morale, ou de la nécessité sociale de la religion. Peut-on, doit-on poursuivre l'affranchissement de la morale par rapport à la religion, sans danger pour la stabilité sociale? Est-il possible d'y arriver complètement? Le pragmatisme et le \ modernisme ont surtout insisté sur le rôle efficace en pratique de la religion, sur son utilité sociale. Mais cette attitude ne peut pas être partagée par ceux qui, attachés à la lettre môme des dogmes autant qu'à leur esprit, répugnent à poser la question religieuse sur un terrain pratique ; ils voient, en effet, dans la religion la vérité au sens scientifique et philosophique aussi bien qu'au sensmoral. Elle ne peut pas non plus être adoptée par ceux qui, affranchis de toute croyance religieuse, n'en ressentent aucunement le besoin, par ceux surtout qui ne reconnaissent dans le sentiment religieux qu'un sens confus de la réalité sociale. Ceux-ci peuvent voir au contraire un danger à laisser rattaché le sentiment social et moral à un sentiment dont la ruine (et le fait montre qu'elle est inévitable pour certains) peut entraîner parfois à son tour la ruine du sentiment social et moral.

On ne peut qu'attirer ici l'attention du lecteur sur ce problème complexe, l'un des plus importants qui se posent à la pensée contemporaine. 11 n'y saurait consacrer trop de réflexion et d'efforts.

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