CHAPITRE LXII
CONCLUSION GÉNÉRALE : RAPPORTS DE LA MÉTAPHYSIQUE AVEC LA SCIENCE ET LA MORALE
l. Rapports db la métaphysique avbc la bcibncb : aj La Bcience doit éliminer toute métaphysique; h) celle-ci doit subsister dans nn domaine qui lui est propre; c) et s'appuyer sur la science.
II, — Rapports db la mi r a physique bt i>k la morale. La morale tend a s'affranchir de la
métaphysique, mais eel loin d'yôtre encore parvenue. Le pourra t-eilejao III. . CSOMCl i SIOR : I-e mouvement de la pensée philosophique contemporaine.
1. Rapports de LA MÉTAPHYSIQUE avec la science. — Ces rapports sonl élucidés par l'histoire des méthodes scientifiques, par la théorie de la connaissance el par l'introduction à la métaphysique.
a) Ce qui a été dil de l'histoire des méthodes scientifiques et <le l'utilité d'une théorie de la connaissance montre que la science doit proscrire toute métaphysique et n'a aucun secours à attendre ni aucune critique à redouter d'elle : • Physique, garde -toi de la métaphysique » (Newton)] depuis la Renaissance la science ^'est développée d'une façon purement autonome.
b l'eut-on dire alors que la métaphysique n'a plus tl«i raison d'être thèse positiviste)? Le fondateur du positivisme, en instituant la religion de l'humanité, a montré lui-même que certains besoins et certaines croyances étaient légitimes; pourquoi interdire aux philosophes de vouloir, à côté des religions, y répondre dans la mesure du possible, par la raison? La métaphysique a sa sphère; pourvu qu'elle n'ait pas la prétention d'intervenir dans la pensée scientifique, elle aura son intérêt et, pour certains esprits philosophiques, sa nécessité (Voir aussi, chap. I. § n, R .
c) Si la science n'a rien à voir avec la métaphysique, peut-on en dire autant de la métaphysique par rapporta la scien<
1° Certains métaphysiciens fidi et mystiques le pensent. La
métaphysique n'est plus alors qu'un rêve de l'imagination, rôve
1 I IV LES l HÉ0RIE8 MÉTAPHYSIQ1
individuel et stérile poème, qui ne se recommandera que par son obscurité et ses difficultés ;
2° Pour la pluparl des esprits philosophiques qui admettent encore la légitimité de la philosophie à côté de la science positive, le monde ne peut pas plusse, scinder que nos facultés de connaissances.
C'est la raison qui élabore patiemment La science. C'esl la même raison qui, avec plus de témérité, essaiera, par ses hypothèses, de prolonger la science dans les domaines qui lui sonl inaccessibles. Mais, pour cela, qui ne voit qu'il faudra qu'elle parte des résultats de la science et n'avoue jamais que des conclusions qui soient compatibles avec ses résultats? La science doit donc être le point de départ et l'élément de contrôle de l'imagination métaphysique. A cette condition, la métaphysique d'ailleurs pourra toujours être intéressante, au moins comme (euvre esthétique, comme œuvre d'art (Voir chap. I, § m.)
II. Rapports de la métaphysique et de la morale. — Ces rapports sont élucidés par les discussions relatives à la nécessité d'une morale théorique (c'est-à-dire, en somme, d'une métaphysique) pour fonder la morale (cIi.xli à xliv) et par la théorie de l'action (ch.Lvm).
a) Il y a évidemment des avantages incontestables à ce que la morale se rende indépendante de la métaphysique, comme l'a fait la science.
La philosophie, nous l'avons vu, n'a jamais que des résultats hypothétiques, car elle ne peut pas les vérifier objectivement. Mais, plus on s'éloigne des faits et plus l'hypothèse devient hasardeuse. Faire dépendre la morale de la métaphysique, c'est abandonner une bonne partie de la certitude que nous sommes capables d'atteindre. Si nous ne pouvons avoir une certitude entière, ayons du moins toute la certitude permise.
Conséquence directe d'ailleurs, les théories métaphysiques varient constamment ; il n'y a pas deux métaphysiques identiques, car les préférences individuelles ont une énorme influence. La morale dépendante de la métaphysique varierait donc comme elle, et serait à la merci des préférences individuelles ; tandis qu'il importe, au contraire, pour les relations sociales et l'humanité, qu'elle soit aussi fixe et aussi inébranlable qu'elle peut l'être.
La philosophie rationaliste a toujours soutenu en somme la thèse de la morale indépendante. Pour Socrate, les stoïciens, Descartes, Kant, pour les positivistes, la morale est une spéculation rationnelle qui doit poser et justifier à elle seule ses principes. Elle peut avoir des affinités avec la métaphysique ; mais elle n'a pas, en tant que