VII. — LES SCIENCES NATURELLES
La théorie de l'évolution a donc complètement transformé ce qu'on appelait autrefois les sciences naturelles : l'étude des formes sous lesquelles se manifeste la vie : zoologie, botanique. Ces sciences, au lieu de rester de simples descriptions et classifications des espèces supposées immuables, descriptions et classifications qui absorbaient autrefois toute l'attention des savants {Buffon, Linné, de Jussieu, Cuvier, Geoffroy Saint- Hilaire), sont devenues explicatives. Les types spécifiques sont l'effet de causes assignables.
Aussi les principes de classification, qui jadis constituaient toute la méthodologie de ces sciences (principe de la subordination des caractères, de de Jussieu; principe des corrélations organiques, de Cuvier, déduit du principe des conditions d'existence ou des causes finales : un trait de conformation donné en appelle et en exclut nécessairement d'autres; principe des connexions organiques, de Geoffroy Saint- Hilaire, déduit d'un prétendu plan de composition de tous les êtres vivants), s'ils n'ont pas perdu toute importance, n'ont plus qu'une valeur accessoire et dérivée : ils ne sont plus des causes, mais des effets. Et le grand principe de classification, c'est l'arbre généalogique des espèces.
Mais la théorie de l'évolution a encore pénétré le monde inorganique : les sciences naturelles des corps inorganiques : minéralogie, géologie, astronomie physique, ne sont plus uniquement descriptives et clasbificatives. Elles sont, elles aussi, explicatives.
Sans parler de cette hypothèse hardie qui découvrirait dans les espèces chimiques simples les résultats de la combinaison évolutive
HISTOIRE DE LA MÉTHODE DE8 SCIENCES DE LA NATURE
des éléments d'une matière première identique, il est incontestable que les corps simples se elassent en familles par leurs propriétés analogues, et que cette classification semble bien se rattacher à leur structure et à leur poids atomique (loi de Mendeleef .
Mais c'est surtout la géologie qui est devenue évolutionnisle. Jusqu'à la lin du xixe siècle, on croyait que les différents aspects géologiques de la terre étaient la trace de créations successives, manifestant des intentions providentielles [théorie catastrophique de Cuvier), s «les formations successives guidées par I- uses
finales. Aujourd'hui tous les phénomènes géologiques sont expliques par l'action des causes naturelles et antécédentes, des causes telles qu'on les conçoit en physique : ce sont les modifications nécessaires des corps dont la terre est composée, par l'effet de leurs réactions mutuelles. Notre terre évolue, comme un être vivant, sous l'action du milieu, c'est-à-dire sous l'action des agents mécaniques, physiques et chimiques, au milieu desquels elle se trouve placée.
Sa surface, en particulier, est modelée par les agents atmosphériques ou intérieurs. La succession des âges géologiques n'est autre que l'histoire de cette évolution.