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Il s'agit toujours, il ne s'agit jamais que d'un raisonnemenl expérimental, ou, si L'on admet mieux, d'un raisonnemenl à base expérimentale.
C. Les principes. — Nous avons dit que toute cette systématisation déductiveélail suspendue comme le veut la méthode déduefn e cl en particulier la déduction mathématique, à certains postulats. Ceux-ci reçoivent le nom de principes et dominent par la généralité de leur application et de leur utilisation, sinon, comme il arrive aussi, par la généralité de leur- propre signification et de leur contenu, toute une science qui y suspend en quelque sorte l'ensemble de ses lois. Ces principes sont considères, au moment où on les emploie, comme la base rationnelle de celte science.
Or ces principes ne font-ils pas échec à ce que nous venons de dire et peuvent-ils être considérés comme; des vérités expérimentales ? Il semble bien difficile de l'accorder sans forcer le sens des mots. D'abord remarquons que lemot «vérité » serait fort mal choisi. Le propre de la métbode inductive, c'est d'aller du particulier au général : ce qu'il y a de plus sûr dans les sciences auxquelles elle préside, ce ne sont donc pas, les grandes généralisations, mais les propositions parliculières. Car les grandes généralisations sont toujours à la fois et d'acquisition plus récente, et surtout de vérification moins complète et moins facile. En particulier il arrive que, pour les plus hautes généralités, il n'y a jamais de vérification au sens entier du mot, car l'expérience de vérification devrait porter non seulement sur tont le connu, mais encore sur tout l'inconnu qu'on leur suppose aussi bien subordonné que le connu : car le propre du principe c'est de présider, an moins pour un temps, à la systématisation de toutes les connaissances qu'a acquise et qu'acquiert à mesure la science qui l'a adopté.
11 y a donc dans tout principe quelque chose qui dépasse l'expérience acquise. C'est une hypothèse, dont les conséquences ont jusqu'à présent réussi. Et ce qui le prouve, c'est qu'il n'est pas définitif, immuable, en tant que principe général de la science. Le principe de la conservation de la masse, et plus généralement les principes de la mécanique rationnelle qu'on considérait jusqu'à la fin du dernier siècle comme les bases nécessaires et suffisantes des sciences physico-chimiques, sont devenus insuffisants povr ce rôle. Ils sont descendus de leur dignité de principes suffisants à la signification de lois dérivées, nécessaires seulement dans un domaine pins étroit sous certaines conditions restrictives.
Mais on voit par cet exemple même qu'ils ne sont pas tombés tout entiers, lis restant vrais dans un domaine, entre certaines
Mil IIODE EXPÉRIMENTALE DIREC1 1
limites. Pourquoi? C'est que, s'ils n'étaient pas des vérités expérimentales dans toute V extension qiCon leur supposait, Ils étaient des vérités expérimentales dans un domaine plus borné; la science des mouvements pour des masses ne descendant pas au-dessous de (a
grandeur de l'atome chimique, H de vitesses inférieures au —
de celle de la lumière. Ils étaient, pour celte partie, des condens tions d'expériences passées. Pour le reste, ils étaient au contraire des anticipations d'expériences à venir qui, d'après la presque unanimité des physiciens d'aujourd'hui, ont infirmé cette extension.
Les principes sont donc des hypothèses logiques, à base expérimentale, il esl vrai, m;iis qui prolongent arbitrairement celte base à L'infini, et même souvenl la rectifient en faisant abstraction de | tites divergences considérées a <•«■ moment comme erreurs d'exp riences, mais que l'avenir montre au contraire être des erreurs témali<|iies. L'expérience consiste a les suggérer, et non à les vérifier, on à leur donner un contenu, un -«en» réel.
h Les principes timorés, simple traduction des faits, ne renferment pas assez d'espérance pour satisfaire notre désir de savoir et d'expliquer. Nous ne saurions nous contenter de lois sûres, mais infécondes; nous voulons bien risquer de nous tromper >i, à des chances plu» nombreuses d'erreur, nous pouvons ajouter l'espoir de grossir plus rapidement le trésor de nos connaissances. Nous tâchons de deviner par une généralisation hardie de- principes déparant l'expérience et par cela même indémontrables ; nous anticiponssurles faits; quelquefois notre audace est récompensée par une construction a priori qui se trouve être Y interprétation exacte de la nature.
Bacon nous dit qu'il ne faut point attacher «1rs ailes à l'entendement, mais au contraire du plomb qui le retienne et L'empêche «le s'élancer de prime saul aux principes h1- plus élevés, C'est qu'en effet la tentation est forte, après quelque- expériences, de chercher un système a prioriy duquel en pourrait ensuite déduire i<>u» Les faits par .simple raisonnement...; c'est ainsi qu'ont procédé ton- Les ancien-, c'est la eau-.- de l'échec pileux de théories audacieuses comme celle <\r*> tourbillons de Descartes, et de tant d'autres que non- voyons apparaître triomphalement pour s'effondrer, après quelques mois nu quelques années. Leurs auteurs i lit anticipe à l'excès sur L'expérience ; il» n'ont pas su choisir, parmi L'infinité des propositions générales contenant ton- Les faits connu», le vrai principe, celui qui interprète exactement la nature.
Mai», pour nombreuses que soient le's ss, l'audace esl parfi
couronnée de succès.
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Après avoir étudié le levier, La poulie, les machines simples peu nombreuses alors connues, — et avoir exactement énonc» lois particulières auxquelles elles obéissent, l'on a remarqué vers L 620 que toutes ces lois étaient des cas particuliers d'une régie pi us générale, à savoir : ce qu'on perden force, on le gagne endéplacement. 'Foules les machines inventées depuis, et le plus souvent môme en se laissant guider par ce principe, machines dont le nombre se chiffre par milliers, y satisfont exactement. Assurément pas plus du temps de Galilée que du notre on ne saurait donner une démonstration générale et a priori du principe du travail.
C'est évident puisque la démonstration a priori de sa vérité exigerait que l'on connût ce qu'il renferme, et tous les jours nous lui trouvons des applications nouvelles. L'énoncé de ce principe a don» été une heureuse divination; il s'applique à tant de faits, il éclaire tant de problèmes que douter actuellement de sa certitude serait folie.
A la vérité les découvertes du siècle dernier ont prouvé qu'il n'était pas assez général ; on l'a complété par une nouvelle et heureuse divination, on en a fait le principe de la conservation de l'énergie, qui jusqu'à présent domine la science.» (Bottasse, id.
En résumé les principes ne sont pas purement arbitraires, car ils procèdent à partir d'un fond expérimental certain. Mais ils ne sont pas la simple expression de l'expérience (loin de là), comme les lois particulières, parce qu'ils prolongent, jusqu'à embrasser momentanément tout l'inconnu, l'expérience qui leur sert de base.
Aussi les physiciens les emploient-ils comme guides, comme idées directrices, comme formes logiques, c'est-à-dire comme cadres qui peuvent servir à organiser et à rattacher les unes aux autres toutes les lois particulières, plutôt que comme expression brute d'une réalité matérielle. C'est en ce sens que certains d'entre eux [Duhem. par exemple) ont dit, peut-être avec quelque exagération, qu'un principe n'était jamais ni vrai ni faux. Il est certain en tout cas qu'il n'est pas dans l'esprit du savant de le considérer à la manière d'une loi particulière comme la traduction immédiate et fidèle d'un fait d'expérience et par suite de le soumettre dans son acception intégrale au seul critérium de vérité qu'admette la science expérimentale : l'expérimentation. AT. Poincaré a l'ait observer plus justement et plus modérément, que ce qui n'était ni vrai ni faux dans un principe c'était son extension indéfinie, ['universalisation de droit qu'on lui confère en en faisant une forme logique; mais il reste susceptible d'être vrai ou faux, confirmé ou infirmé par l'expérimentation directe, dans le domaine beaucoup plus restreint que comporte la loi expérimentale qui l'a suggéré.
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!l l'a ut donc plutôt considérer un « principe » comme une règle plus ou moins temporairement nécessaire dans L'édification de la science, que comme mie loi naturelle. Ce qui correspond mieux a une réalité matérielle susceptible d'être vérifiée, amendée ou infirmée par l'expérience, c'est, comme on le verra tout à L'heui la « grande hypothèse ». Pour nombre «le physiciens, elle est le soutien du principe, L'ensemble hypothétique «l»- faits qui, s'ils étaienl décelés un jour comme correspondant à la réalité, admettraient alors le principe comme la loi naturelle la plus générale qui les régit.
Un principe esl donc invérifiable directement par L'expérience. Il est de même indémontrable logiquement, puisque, par hypothèse, il sert de clef de voûte à toute démonstration et que, pour Le démontrer, il faudrait le déduire d'un principe plus général. I>'ailleurs, dans les sciences expérimentales, une démonstration apriori n'a aucune valeur et aucune place. Elle esl impossible. La mé- Ihode déductive n'y a de sens qu'à partir de l'expérience.
/>. Avantage de cette systématisation déductive. — Grâce à cet emploi général «le la déduction dans la science expérimentale, celle-ci tend à prendre et prend effectivement de plusen plus une forme rationnelle ei mathématique, qui a l'avantage de donnera la science une clarté, une rigueur logique, et en même temps une profondeur philosophique qu'elle est Loin d'avoir dans le stade purement empirique. La science nous présente vraiment aloi comme on disait au xvin' siècle, un tableau de la nature (du moins de oe que nous connaissons do la nature . Les mathématiques sont essentiellement Logiques. Elles non- fournissent le type de l'intelligibilité. Tout ce <|ui prend une forme mathénu tique acquiert par Là un aspect logique et devient plus intelligible.
us ne savons pas phi s, mais nous comprenons mieux; nous voyons mieux l'ensemble el les rapports de chaque partie à L'ensemble. De plus l'esprit s«. sent plus sûr ; sa certitude atteinl Bon maximum de fermeté; en un mot ses exigences en matière de connaissance sont mieux satisfaites. Car le mode démonstratif est le mode persuasif par excellence. On résume tous Lvantages, que présente la science expérimentale mise sous forme déduetive, en disant qu'elle est devenue rationnelle. Les principe- étant posés, le contenu de la s, ience s'en déduit Logiquement en constituant un système intelligible, rationnel.
Expliquer un fait, c'est en dernière analysé le ramener à un autre. Lorsque nous induisons, que irais établissons un Lien de causalité, c'est pour arriver, nous l'avons vu, rmuler une !
générale < 1 1 1 î nous permettra de ramener une multitude de faits & La relation qu'elle exprime. La loi est un principe explicatif par qu'elle est un principe de réduction, parce qu'elle fait dépendre un groupe de faits particuliers d'un fait plus général qui est la relation causale à Laquelle obéit ce groupe. Mais alors on voit que la forme déductive — qui ramène les lois les unes aux autres ou plus exactement qui met en évidence comment on peut rattacher les lois I unes aux autres, comment elles sont, du point de vue adopté, c'està-dire. des principes poses, les conséquences les unes des autre et réciproquement (si on les prend dans l'ordre inverse ,1e ons
les unes des autres, — est la forme explicative par excellence.
E. Conclusion générale sur la méthode expérimentale. — En résumé la méthode scientifique, telle qu'on la voit à l'œuvre dans les sciences expérimentales les plus avancées, <>t telle. croyons-nous, qu'elle se présente ou s'est présentée, avec des changements d'aspect considérables, selon la diversité tout aussi considérable des objets auxquels elle s'applique, dans le développement de toutes nos sciences, est la méthode inductive-déductive. Elle comprend deux temps bien marqués : 1° l'induction, qui implique elle-même hypothèse, expérience; 2° la déduction mathématique, par laquelle on rattache logiquement nos acquisitions inductives les unes aux autres avec vérification de celle forme déductive par le calcul d'un cas particulier et sa comparaison avec les données de l'expérience. Le critérium suprême est donc l'expérience.
C'est d'elle qu'on part pour induire ces lois générales, c'est à elle qu'on revient pour vérifier l'ensemble déductif dans lequel se rangent ces lois générales. Elle ferme le cycle quelle a ouvert. et par là donne son caractère distinctif et sa valeur à la certitude scientifique.