‹ Logique et moraleChapitre 70 sur 352 · V. — LES THÉOMES OU GRANDES HYPOTHESES · texte numérisé non relu

V. — LES THÉOMES OU GRANDES HYPOTHESES

La part à' hypothèse , qui entre dans l'exposé systématique et déductif de nos sciences, a cette conséquence que cet exposé est la plupart du temps lié à la construction des grandes hypothèses qui embrassent tout le clin m p d'une science. Nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises, et nous avons vu leur utilité pour la découverte.

Ces grandes hypothèses, qui nesont plus comme les trois genres d'hypothèses déjà examinées un moment précis de toute décou-

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verte expérimentale bien qu'elles y président presque toujours d'une façon latente . sonl proprement des instruments d'exposition el de systématisation.

Comment l'esprit est-il amené a les formuler? Ne pourrait-il se contenter des << principes », qui rendent possible toute la déduction, H forment en quelque sorte la clef de voûte des constructions scientifiques? Ne viennent-elles pas doubler inutilement, sinon malheureusement, ces principes », puisqu'ils sont, eux aussi, les instruments de l'exposition et de la systématisation? Nous examinerons tout à l'heure cette opinion qui est, nous l'avons déjà vu, celle de quelques très grands savants. Mais en attendant, puisque ces hypothèses existent et ont toujours existé en fait dans la scienc analysons-les el rendons-nous compte de la pensée < ) 1 1 i a présidé à leur formation.

Les principes ont plus spécialement un raie logique. Aussi ont-ils une nature logique. Dans l'esprit du savant, le principe ue corn pond pas par lui-même à quelque chose de réel. Cequi correspond à quelque chose de réel, c'est la base expérimentale qui l'a suggéré, mais d'ordinaire infiniment étroite en face de l'extension donnée au principe, et beaucoup moinsexacte, beaucoup moins rigoureuse.

Le principe rectifie en général et simplifie les complexités que l'expérience brute nous forcerail à considérer. C'est un abstrait très éloigné des faits, le plus élevé de ces abstraits supérieurs que la psychologie considère comme de puis concepts de l'esprit.

Aussi faudrait-il se garder de leur donner une existence concrète, d'en faire des « choses », «le les hypostasier en un mot. Ils expriment seulement la possibilité d'une relation 1res générale entre une multitude de faits. Beaucoup s'en servent simplement comme d'une formule algébrique, d'un symbole, d'un logarithme. Ils ont une existence et une valeur essentiellement logiqiK

Or, si certains esprits peuvent assez facilement manier des abstractions de ce genre et se contenter au point de vue scientifique d'une satisfaction purement logique, la plupart ne peuvent s\ résoudre. Il ne faul pas oublier, d'autre part, que la sciencen'a pas seulement une fonction logique et une fonction utilitaire. Elle a aussi, elle a surtout une fonction théorique; elle veut nous faire connaître et comprendre les choses. Elle est, ou du moins voudrait être, un système de connaissances, «loue de représentations et de représentations concrètes, -la connaissance dune chose étant toujours une intuition concrète de cette chose, un moyen de se repr senter celte chose dans ses rapports avec les auln

Si lascience est vraiment, comme nous le croyons el comme m l'avons exposé jusqu'ici, un moyen d'atteindre une véritable

naissance de la nature — et non simplement un moyen d'agir sur Ja matière, ou d'y mettre un ordre logique subjectif, ne valant

que pour les seuls besoins pratiques de notre esprit, — il faut de toute nécessité appuyer Le's principes, hypothèses logiques et abstrait sur des théories, hypothèses intuitives et concrètes.

Il faut rendre compte des principes abstraits par des concepts de faits concrets, de telle sorte que les principes n'apparaissent plus que comme les lois hypothétiques, les relations hypothétiques d'une réalité hypothétique, mais que l'expérience devra peu à peu rectifier etvérilier, sans jamais la contredire. C'est cette réalité hypothétique qui fait l'objet des théories ou des grandes hypothèses^ de la physique, de la chimie, de la biologie, etc. Ce que les principes sont aux lois expérimentales, ces grandes hypothèses le sont aux laits expérimentaux. Elles ont, elles aussi, une base expérimentale, qu'elles rectifient et qu'elles généralisent infiniment. Le mécanisme traditionnel, par exemple, suppose que la matière tout entière n'est formée que de petits corpuscules, qui se comportent comme les masses visibles de notre système solaire, en obéissant aux règles de la mécanique rationnelle et ne possédant que les seules propriétés étudiées par celles-ci. Toutes les autres propriétés doivent petit à petit s'y réduire. Le cinétisme électronique lie ces corpuscules aux charges électriques dont les lois deviennent alors fondamentales. L'énergétique d'Oslwald suppose qu'il n'y a sous tous les faits que les différents genres d'énergie, uniques substances constitutives de tout l'univers. L'hypothèse de l'évolution suppose une transformation par variations continues ou discontinues des espèces les unes dans les autres. On pourrait dire sous certaines réserves qu'elle a représenté concrètement le vieux principe de la subordination des caractères dans les sciences zoologiques, etc.

Les grandes hypothèses, en somme, matérialisent ou mieux concrétisenlles principes; elles construisent des réalités dont ces principes sont les lois et qui rendent compte de ces principes. En ce sens elles vont plus loin dans l'hypothèse que les principes. Ce qui explique qu'il faut encore là plus de précautions qu'ailleurs pour former et admettre ces hypothèses. Le savant n'en prendra même jamais trop. Mais elles ont en revanche un pouvoir d'anticipation plus considérable, une plus grande puissance explicative et inventive. Elles donnent une plus grande satisfaction et une satisfaction plus philosophique à notre besoin de connaître et de savoir.

Lés grandes hypothèses servent à faire comprendre l'ensemble des phénomènes, à expliquer cet ensemble, et non, comme les hypothèses partielles, tel ou tel phénomène particulier. Elles donnent de la vie, et de l'unité h l'organisme scientifique.

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Elles sont extrêmement utiles, car elle- penne i te ni de coordonner les résultats déjà acquis, de Faire ressortir leurs relation-, d'exposer plus facilement cet acquis, et, enfin, d'avancer vers la décourte de faits généraux dont elles sont le substitut provisoire. En d'autres termes, elles s'efforceni de transformer les « principes logiques en lois réelles de laits réels, en cherchant à construire, puis ;i vérifier une conception des faits dont ces principes exprimeraienl les relations effectives. « L'emploi de ce puissanl artifice, dit Auguste Comte, doit être constamment assujetti a une condition fondamentale, à défaut <1<* laquelle il tendrait nécessairement a entraver le développement «le nos vraies connaissances. Cette condition, jusqu'ici vaguement analysée, consiste à ne jamais imaginer que «les hypothèses susceptibles, par leur nature, d'une vérification positive, plus ou moins éloignée, mais toujours clairement inévitable, et dont le degré de précision soit exactement en harmonie avec celui que comporte l'étude dee phénomènes correspondants. En d'autres termes, les hypothèses vraiment scientifiques doivent constamment présenter le caractère de simples anticipations sur ce que l'expérience et le raisonnement auraient pu dévoiler immédiatement, si les circonstances du problème eussent été pins favorables.

« Pourvu que cotte seule règle nécessaire soit toujours et scrupuleusement observée, les hypothèses peuventévidemment être introduites sans danger, toutes les lois qu'on en éprouve le besoin, et

même simplement le désir raisonne. Car on se borim ainsi à sub

tituer une exploration indirecte à l'exploration directe quand celle erait impossible ou trop difficile. ■<

La théorie de l'unité des forces physiques, la théorie moléculaire de la chaleur, la théorie électro-magnétique de la lumière, la thé rie mécanique de la vie, etc., sont des exemples d'hypothèses «le ce genre. De même les théories physico-chimiques générales, sommairement analysées à ta fin du chapitre précédent. La théorie de l'évolution est, du moins quant à son principe général, l'exemple d'une hypothèse générale, transformée, dans certains domaines, en lois scientifiques parla vérification expérimentale.

L'hypothèse a donc deux emplois différents, dans les sciem delà nature : particulière, elle est un procédé individuel d'invention; — générale, elle est un principe commun de systématisation qui a place durable dans la science. Mais, dans les deux cas, elle rest< une anticipation de Cexpérience, seulement d'une expérience h

m pi exe et très lointaine dans le second.

Ajoutons que rv deuxième genre d'hypothèse, les hypotln

uérales, <|ui prétendent à représenter par une anticipation fort

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lointaine de l'expérience, et par suite fort aventurée, tout un ensemble de phénomènes, sont fort discutées par certains savants qui voudraient que la science ne fui que l'exposé le plus économique et le plus exacl «les relations expérimentales des phénomènes. La déduction mathématique ne serait alors qu'un moyen formel d'exposer les découvertes expérimentales. En elle-même, elle ne sérail ni vraie, ni fausse (Duhem) comme les principes sur lesquels elle s'appuierait Voir sur tout ceci chapitre précédent, §v, et le présent chapitre, lins des § vin et i\ .

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