VI. -- OPERATIONS ACCESSOIliKS DES OPERATIOiNS INDI CTIVES
A. Définitions empiriques. — Autrefois la définition et la classification jouaient un très grand rôle dans les sciences de la nature. Actuellement ce rôle n'est plus qu'un rôle tout à fait accessoire.
Jadis, en effet, la méthode dialectique avait pour Lut essentiel de donner une définition des choses et de les classer. On considérait la nature comme un ensemble de propriétés et d'êtres figés dans une hiérarchie de genres et d'espèces immuables. On supposait que l'esprit humain était capable de saisir l'essence, la nature profonde, éternelle et invariable des choses et qu'on eu pouvait alors déduire tontes leurs autres propriétés sans jamais avoir à revenir sur ces définitions premières.
Aujourd'hui nous avons une conception tout a fait différente de la science. Celle-ci cherche surtout à établir des relations, des lois entre des faits. La définition n'est plus qu'un procédé accessoire, et au lieu d'être la fin de la science, comme le disait Aristote, elle est plutôt une formule provisoire qui permet, au début de lu recherche, soit une délimitation de la signification d'un mot, soit une délimitation des phénomènes que l'on veut étudier, ou au cours de lu recherche, un résumé des connaissances acquises et, parfois aussi, des hypothèses utilisées.
1° Les dé /initions de mot consistent à établir d'une façon claire et distincte le sens des mots qu'on emploiera au cours d'une recherche, de façon à ce qu'il ne puisse y avoir aucune équivoque créée par le langage dans les opérations, exposés, raisonnements et conclusions qu'elle comporte.
En un sens toute définition est une définition de mot, car elle assigne un mot pour l'expression de certains faits. Mais on réserve plus strictement ce nom aux définitions préliminaires dont nous
Mhl [IODE ËXPÉRIMEN I A.LE DIH1 l I B
allons parler et qui tout en circonscrivant L'objel dune recherche, fixent en même temps el par là m£me le sens des vocables qui \ seront employés.
On appelle définitions de choses^ celles «jui. portant directement sur des faits, sont des résumés de connaissances.
Définitions préliminaires. — Tout fait ou tout groupe de faits ilniis la nature consistant en un ensemble de propriétés qui les ca ractérisent, les sciences de la nature étudient ces propriétés caractéristiques et cherchent à établir entre elles des rapports. Parmi ces propriétés certaines sonl des données directes de l'expérience. C'est une de celles-ci qu'on prend d'ordinaire pour caractériser le fait ou le groupe de faits qu'on va étudier; elle leur servira pour ainsi dire d'étiquette. El la meilleure définition qu'on en puisse donner procédera par appel s l'expérience directe immédiate, a l'intuition sensible des phénomènes.
Connue ces propriétés ont entre elles des rapports, on peut, dans une large mesure, choisir arbitrairement entre elles. Les théories scientifiques qui ne sont que le système de ces rapports permettront ensuite de passer de celle que l'on a choisie aux autres. Le savant se laisse guider dan- ce choix par la commodité théorique, ou par l,i propriété qui est la plus apparente, la plus facile à saisir, ou la plus habituellement retenue.
Cette propriété sert alors à caractériser d'une façon préliminaire le fait ou le groupe de faits que l'on étudie. On caractérisera, par exemple, le groupe de faits dils électriques par l'apparition dans certaines conditions expérimentales d'une propriété attractive ou répulsive dans les corps qui manifestent ces phénomène
Définitions, résumé de connaissances. — A mesure que la science étend le cercle ^\^> relations qu'elle découvre, elle enrichit celle définition préliminaire des faits qu'elle a, à son aide, délimités, -•il complétant la première propriété commune prise connue point de départ de lotîtes les nouvelles propriétés découvertes. La définition peut nous donner ainsi le résumé d'une connaissance de plus en plus étendue par rapport aux faits définis.
On comprend aisément que la définition, résumé de connaissances, ne puisse être ni Immuable, ni définitive. Elle se transforme sans cessée mesure que l'induction et la démonstration nous font péné trerplus avant dans l'essence du phénomène. Elle est progressive et provisoire. Elle ressemble souvent à ces charpentes destinées à disparaître lorsque le monument sera achevé telle était la définition des cétacés quand on les rattachait aux poissons : de la chaleur ou de l'électricité quand on les considérait comme des (luides ; de la lumière dans la théorie de l'émission; etc. .
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II. Classifications. — A mesure que chaque phénomène esl mieux connu et par conséquent plus exactement défini, il se situe aussi «l'une façon plus précise : il se classe d'une manière plus uellc. Il résulte <le là qu'à chaque instanl nue science peul dresser une sorte de tableau général de classification des faits qu'elle étudie, qui s'appuie sur les définitions qu'elle en peut donner el a la même valeur qu'elle. A un ensemble de définitions correspond toujours une classification.
(Test surtout dans les sciences naturelles qu'on utilise les classifications.
Le principe de toute classification esl celui que le naturaliste Cuvier a nommé principe de subordination des caractères. 11 y a dans tout être et dans tout fait naturel des propriétés qu'il possède en commun avec plus ou moins d'autres êtres ou d'autres fait-, c'est-à-dire qui sont plus ou moins générales; par suite, parmi c propriétés, certaines se trouvent subordonnées à d'autres plus générales, en ce sens que les premières ne se rencontrent jamais sans les secondes, mais que celles-ci peuvent fort bien exister sans Ifpremières : les caractères du félin impliquent nécessairement les caractères du mammifère ; mais les caractères du mammifère peuvent exister sans les caractères du félin, et avec d'autres caractères subordonnés, comme chez les marsupiaux, les lémuriens, etc.
De même un mouvement vibratoire peut donner, selon son amplitude, sa vitesse et son milieu, un son, telle ou telle lumière colorée, de l'électricité, etc. Mais il ne peut y avoir de son, de couleur, d'électricité, etc., sans un mouvement vibratoire. Ces phénomènes sont donc des espèces particulières d'un genre de mouvement ; leurs propriétés spécitiques sont subordonnées au genre de mouvement lui-même.
Il est à peine besoin de dire que, tant qu'une science n'est pas achevée, ses classifications sont provisoires et imparfaites, comme les délinitions sur lesquelles elles s'appuient. Or une science n'est jamais achevée, voilà ce qui paraît le plus certain.
L'ordre de subordination peut être erroné ou confusément perçu. Aussi, lorsqu'au début Ton connaît fort mal les faits et que Ton en donne des délinitions fondées sur des apparences, beaucoup plus que sur leur nature réelle, dit-on que la classification résultante est artificielle. On exprime par là qu'elle est simplement effectuée pour la commodité pratique des recherches, mais qu'elle ne représente pas un ordre réel des phénomènes.
Ce n'est qu'à mesure que l'on connaît de mieux en mieux les faits que la classification devient de plus en plus naturelle.
ME! UODE EXPKRIMEN l lLE DIREC1 E
Mais une classification reste toujours artificielle par quelques tés, parce que l<is phénomènes naturels rie semblent pas constitu des espèces fixes et absolument tranchées, au contraire de ce qu'on croyail jadis. Les choses évoluent constamment, sont dans un devenir perpétuel. Par suite les transitions entre les cho ni
insensibles. Il y a dans la nature une continuité <jui rend arbitraires nn^ distinctions comme nos définitions. On [e voit surtout dans les sciences naturelles, qui aujourd'hui sonl toutes pénétrées, comme on l'a noté au chapitre précédent, par les théories transformistes.
Une bonne classification ne peut donc être qu'une classification génétique et retracer la façon dont les faits se déterminent les un- les autres dans la nature, se construisent 1rs uns à partir des autres, ou se relient les uns aux autres. Une classification dans les sciem naturelles, où seulement -die aune importance véritable, chercheà être un arbre généalogique.