DE L'INDUCTION
I . Position du problème. - La force probante d'un raisonnement inductifest, comme on l'a vu dans tout ce qui précède, tirée tout entière d'une constatation expérimentale, c'est-à-dire l'examen de quelques cas particuliers. VA il aboutit ;i une conclusion générale.
Qui nous garantit alors que la succession qu'il révèle est bien
Qstante el uniforme? Qui nous garantit que demain des expériences contradictoires ne viendront pas renverser laprétenduc né-
ssité de m>s conclusions? L'expérimentation ne vaut que pour cas particuliers sur lesquels elle a porté.
Tout <•'' qui '•-! induction dan- la science serait-il doue hypothétique, c'est-à-dire toutes les sciences, sauf 1''- -<-i<Mic<'- mathématiques? Ou, au contraire, l«* raisonnement induclif impliquerait-il des éléments que notre an ilyse a laissé échapper et qui lui conféreraient la certitude ?
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B. Les solutions. — à) Dogmatiques et métaphysiques. —
1° Uë numération complète des cas particuliers : le syllogisme nul actif .
— Ou pourrait d'abord prétendre que l'expérience nous fait connaître peu à peu tous les cas particuliers et qu'alors L'induction finit par avoir une certitude complète. Nous aurions un raisonnement de c^ genre:
Les phénomènes A, B, G,..., Z sont les seuls à avoir telle propriété a.
Or, les phénomènes A, B, C,..., Z sont aussi les seuls a avoir telle propriété b.
Donc a est la cause universelle et nécessaire de b, c'est-à-dire : toutes les fois que nous verrons a, nous verrons b.
C'est le syllogisme inductif, qui suppose l'énumération complète des cas où a et b sont donnés. Mais on voit tout de suite que cette énumération est impossible, parce que la quantité des cas que nous pouvons connaître, en présence de tous ceux qui se sont présentés et se présenteront dans l'infini du temps et de l'espace, est à peu près dans la proportion de zéro à l'infini.
2° La cause, au sens d'une for ce nature lie efficace, connue par l'esprit.
— Mais la notion de cause n'a-t-elle pas vulgairement un sens plus fort que celui d'une succession entre deux phénomènes? Ne croyons-nous pas, lorsque nous considérons notre volonté comme la cause d'un mouvement de notre corps, avoir l'idée confuse d'une création qui émane de nous, d'une force, d'une puissance active et efficace. Or, si nous concevons ainsi la cause dans la nature et si celle-ci produit, crée, par sa vertu propre, son effet, nous avons, sembie-t-il, dans la notion de cette force productrice, le fondement d'une induction nécessaire et universelle. Une expérience particulière, en nous montrant cette force, nous révèle une cause indubitable ; et, toutes les fois que nous la rencontrerons, nous serons certains qu'elle engendrera l'effet déterminé que nous avons déjà constaté. Un cas particulier nous montre ainsi une nécessité, une universalité inhérentes à la nature des choses.
C'est la théorie de Cousin et des Éclectiques et, jusqu'à un certain point, de la scolastique.
3° Le principe des lois immuables de la nature. — Mais une puissance créatrice doit être conçue comme libre d'agir ou de ne pas agir. De plus, la science moderne a renversé complètement la notion anthro porno rphique de cette cause efficace, qui imaginait les choses sur le modèle d'une volonté humaine.
Si les forces naturelles sont des causes créatrices, à tout le moins faudrait-il ajouter qu'elles agissent toujours de même façon et
Mil EIODE EXPÉRIMENTALE DIRECT E
qu'elles ne peuvent pas dévier de l'ordre immuable de la nature. Ce fut la théorie des philosophes écossais Beid, Dugald Stcwart, qui ajoutaient ainsi au principe de causalité un principe des lois naturelles, ou croyance en un ordre immuable de la nature ; mais ee principe ou bien n'esl que la constatation d'une succession uniforme dans quelques expériences déjà faites, et nous retombons sur le problème même qu'il s'agil de résoudre, ou bien a une autre origine. Nous sommes alors amenés a une manière nouvelle de po le problème de l'induction. (Test Kant qui Ta développée de la manière la pins explicite.
i-0 Théorie idéaliste : Kant et les idéalistes moderne*. - - En ana lysanf le simple rapport empirique de succession causale, nous ne pouvons pas trouver une justification de l'induction. Mais l'induction implique autre chose que ce rapport empirique. Elle implique vicissitudes. Ce principe est dn genre des vérités premières à l'aide desquelles Descartes explique la certitude des déductions mathématiques. Il est innéy a priori. C'est une loi de la raison : tout c • nous connaissons y est nécessairement soumis. L'induction estalora aussi certaine qu'une conclusion déductive, logique ou mathématique, puisqu'elle repose sur la nature même de notre conni sance, sur la constitution de notre esprit, sur une loi à laquelle l'univers, tel que nous le connaissons, l'expérience telle qu'elle nous est donnée, sont tenus de toujours se conformer Voir Métaphysique, ch. i.vn et surtout p. lu.V Cette loi, fondement de t induction est, d'après Kant. [e principe causalité. Les successeurs de Kant, en suivant d'ailleurs i laines de ses indications, ont ajouti principe celui de fini
qui, en organisant toutes nos connaissances en un système unique cl logique i donne une nécessité absolue et parfaitement intelligible à nos inductions [Lachclier . Bien entendu l'idée de finalité est non «'ii son sens vulgaire, mais en un sens Logique. Quand nous affirmons une conclusion inductive, nous apercevons un rapport réciproque entre l'antécédent el le quent; n«»us affirmons à la fois que le c tent sut édenl, cl que Vam it est à son tour terminé par le conséquent. Si l'an nt prépare le conséquent, c'est que le [uenl lui-même le terme ver.- lequel mi dirige l'antécédent.
■ et effet se déterminent mutuellement l'un l'autre. Le li qui les unitestdonc -aire el universel, i>m<{ifil> m1 peuvent
-ter l'un sans l'autre.
•aide rapportes! particulièrement manifeste dans les ph mènes biologiques : Un être vivant estle résultat, Veffet - d'un certain nombre d'organes ; mai-, à leurtoui
sont déterminées par le plan général de l'organisme qu'elles entretiennent. Le tout est l'effet des parties; mais, inversement, les parties sont l'effet du développement total.
Lorsque nous induisons, nous pouvons donc non- attendre s voir apparaître fatalement le second terme de la succession, parce que, sans lui, le premier ne nous aurait pas été donné. Il est subordonné dans les choses au second.
dette théorie n'a qu'un tort, c'estd'ôtre absolument métaphysique, et de postuler toute une théorie de l'univers. Psychologiquement, elle ne se fonde en aucune façon sur une analyse du phénomène, mental, qui ne nous présente jamais qu'un rapport de successi causale (Voir nn. °C> \ <d ' 31).
b) Toutes ces théories ont une défiance vis-à-vis de l'expérience qui a évidemment sa raison d'être au point de vue spéculait/ et m.éhiphysique, mais qui paraît bien exagérée au point de vue pratique Est-ce que nous n'avons pas toujours vu nos expériences confirmée-, lorsque nous avons pris les précautions nécessaires contre Terreur? Commentdouter alors qu'il en soit toujours de même? En prenant l'habitude invincible (St. MM) et vraisemblablement héréditaire (Spencer) de se lier à l'expérience et aux rapports de causalité (c'est-à-dire de succession et de coexistence) qu'elle nous présente, notre esprit n'a jamais été déçu. Pratiquement donc la science peut tenir des inductions expérimentalement contrôlées pour certaines, nécessaires et universelles.
11 semble impossible de dire sinon h un point de vue métaphysique qui est lui-même très douteux : «Le scepticisme est le fruit sans cesse renaissant de l'empirisme. »
c) Justification de l'induction. — 1° Le raisonnement inductif tend cependant vers une nécessité de plus en plus probante. D'ailleurs, quand nous parlons du raisonnement inductif, nous parlons d'une façon trop abstraite et trop générale. Tous les raisonnements inductifs n'ont pas une valeur égale au point de vue de la nécessité et de l'universalité : ils présentent, au contraire, comme une suite de degrés, qui peu à peu s'élèvent de l'analogie tout hypothétique à des inductions très simples qui nous paraissent absolument incontestables. En d'autres termes, si l'induction n'est pas en droit nécessaire et universelle, certains raisonnements inductifs, tels que ceux que nous rencontrons dans les domaines bien établis des sciences expérimentales, paraissent manifestement être tels.
A quel moment acquièrent-ils ce maximum de force probante et de clarté, et que se passe-t-il dans l'esprit?
2° La légitimité de l'induction est la possibilité d'une déduction
MÉTHODE EXPÉRIMEN l A I 1 : DIRE» I E
future. — Si nous analysons l'état psychologique, nous voyons que c'est lorsque cause et effet sont présentés en quelque sorte, comme un tout unique dans la conscience, et que nous ne pouvons pas penser l'un sans penser l'autre. «On a fail remarquer que le mot cause signifie quelquefois un antécédent, quelquefois un processus, quelquefois l'antécédent, le processus, et l'effet produit, pris tous les trois ensemble. Ce dernier sens est seul complet. Car, si la conception primitive populaire tend à restreindre la cause à l'antécédent, à ce qui agit, il suflit d'un peu de réflexion pour comprendre que la cause n'est déterminée comme telle que par son effet, que les deux termes sont corrélatifs, que l'un n'existe pas sans l'autre, ijifin, avec une réflexion plus approfondie, le processus lui-même, la transition, le passage (le lien) apparaît comme le point vital et le proprium guidée la causalité. » (Th. Ribot,/c.s' Idées générales, 203.)
Le rapport de causalité tend donc a assimiler les deux termes primitivement séparés dans la conscience, à montrer un pass naturel du premier au second, a devenir, en un mot, un rapport d équivalence ou d'implication.
Ce moment est capital dans La genèsedu raisonnement; carc'esl le moment où le raisonnement inductifpeut se transformer en raisonnement déductif et atteindre alors /Vriflfefice, la i Ué elTuniversalité complète^ autrement «lit satisfaire complètemenl notre raison Cf. cli. \i., § v. Conclusions .
L<' rapport de succession est devenu, en quelque sorte, un rapport d'équivalence, une équation, parce qu'il lie indissolublement les deux termes, en montrant qu'ils sont en eux-mêmes équivalents l'un à l'autre, ou mieux transformables l'un dans l'autre, même si cette transformation ne peut se faire qu'en un seul sens, et <i>t. comme on dit, irréversible.
En résumé, le raisonnement inductif devient nécessaire <ii universel quand il peut se transformer en un raisonnement déductif, seul mode véritable de démonstration. Le fondement de la nécesabsolue d'une induction, c'est la possibilité de la déduction.
C'est même là l'une des raisons qui ; ut le savant à donner
i ses résultats une forme mathématique, et les sciei revoir
cette tonne le plu> possible.
Mais il faut bien comprendre que ce qui fait toute la certitude par suite la valeur et la vérité de nos inductions, ce n'est pa possibilité de la déduction rationnelle en elle-même. C'esl bien plutôt que la possibilité de la déduction rationnelle ne fait que recouvrir l'évidence expérimentale qui la fonde. Elle n'en est que mie et la manifestation.
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