‹ Logique et moraleChapitre 84 sur 352 · I. - MÉTHODE D'OBSERVATION INDIRECTE EN PSYCHOLOGIE · texte numérisé non relu

I. - MÉTHODE D'OBSERVATION INDIRECTE EN PSYCHOLOGIE

A. Observation interne ou directe. — Il semble, il est vrai, pour la psychologie, que l'observation interne (point de départ nécessaire, puisque le caractère fondamental et spécifique du fait que nous voulons étudier, c'est d'être interne) suffise à nous faire connaître les faits ; mais cette opération est particulièrement difficile.

Ses difficultés. — 1° D'abord les faits de conscience ne sont pas stables et fixes, comme les objets qui se prêtenl à l'observation externe : « Au moment où mon attention esl éveillée par un phénomène produit dans ma conscience, celui-ci peul être déjà mit le P<.'mt de changer ou môme de disparaître tôul à fait. » (Hôffding, Psychologù

^° Ensuite l'observation interne nécessite une sorte de dédoublement de r observateur ; il subil un état quelconque, et en même temps il se regarde le subir. L'expérience prouve que dédoublement est possible et fréquent Mais n'altère-t-il pas le phénomène observé? Oui, puisque « l'énergie dont dispose la\ie consciente se trouve ainsi partagée, et chacune dr> parties est natui lement plus faible que l'étal total et indivis. » ld.) N'y a-t-il pas où ce dédoublement est impossible? <• Quelques-uns des phénènes psychiques les plus originaux et Les plus importants, coin un1 méditation profonde, la perception sensible vive, l'admiration, nour, la peur, etc., sont justement caractérisés par une absorp- ■ complète, qui rend impossible une semblable division. » Enfin, I facile de s'illusionner soi-même, de voir des éléments, qui en réali -de toutes pièces, par la volonté de les voir ; de

ssir les autres outre mesure, ou de les diminuer, etc. L'attention particulière que l'on accorde «à ces pbénbmèi est elle-même une cause de trouble. L'impartialité de l'observateur } donc peu de garantie dan- l'observation interne. 3° Il est vrai que la mémoire peut apporter un remède à ces

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inconvénients. Par le souvenir, on peut, observer à plusieurs reprises Lemflmeétat psychologique, ce qui remédie à son instabilité. On peut rectifier et corriger ses premières observations, observer enfin après coup les étals tjui ne permettaient guère le dédoublement nécessaire de l'observateur. « Tandis qu'on éprouve les phénomènes, il Tant se contenter de ramener en quelque sorte Je filet à terre, avec tout ce qu'il contient... Mais les événements qui nous auront frappés par leur intensité et leur clarté demeureront dans le souvenir et pourront être étudiés grâce à lui... Nous pou\ nous transformer en botanistes moraux, qui mettraient soigneusement de côté tout ce qui intéresse notre observation et notre intelligence psychologiques, tandis que nous passerions vite sur tout ce qui n'a pas de valeur de ce genre. » (Jd.) Mais ce correctif, quoique très utile, est insuffisant; car la mémoire altère toujours quelque peu le fait qu'elle nous rappelle ; elle est sujette à de nombreuses défaillances ; elle est enfin abolie dans certaines circonstances pathologiques.

4° De plus, et nous arrivons ici à un vice radical, l'observateur ne peut jamais que s'observer lui-même ; son observation est donc tout individuelle, et nous savons qu'il n'y a de science que du général. Rien ne nous garantit, à cause du caractère, des tempéraments différents de chaque psychologue, qu'ils sentent et éprouvent des états identiques dans des circonstances analogues. Le champ de l'observation interne est donc beaucoup trop restreint en étendue. Non seulement elle ne vaut pas pour tous les hommes, mais encore il y a d'autres êtres conscients que les hommes, les animaux supérieurs par exemple, et comment passer de nous à eux?

5° Enfin, si elle est restreinte en étendue, elle l'est beaucoup en profondeur. Elle se manifeste bientôt comme un instrument très imparfait d'analyse : « Trop souvent on ne peut clairement discerner chacune des parties constitutives des états de conscience que s'il est possible de procéder expérimentalement » (/r/.), en isolant par des moyens spéciaux certains facteurs, en supprimant ou provoquant certaines causes.

Or, avec l'observation sur soi-même, non seulement la plupart du temps cette opération serait impossible, mais encore elle resterait toujours sans contrôle, donc sans valeur. D'autre part, l'observation subjective s'en tient forcément aux faits donnés dans la conscience : « mais la conscience n'est pas un monde absolument clos ; à chaque instant de nouveaux phénomènes surgissent que, du seul point de vue de la conscience, nous ne pouvors pas dériver de quelque chose d'antérieur. Toute sensation nouvelle

LES MÉTHODES DES SCIENCES PSYCHOLOGIQUES El SOCIAL!

semble naître de rien. Nous pouvons sans doute suivre ses transformations el ses effets dans la conscience ; mais nous ne pouvons rien dire sur la manière dont elle \ a pénétré au début. » ld.y 29.) En particulier l'origine d'un fait de conscience doit <Mrr souvent cherché dans une combinaison de lait- inconscb nts.

(>" Enfin, L'observation interne a le défaut capital «le négliger

le processus physiologique qui faitpartie intégrante du fuil psychoio-

ique. Or ce processus n'est accessible qu'à ['observation externe;

o{ celle-ci doit nécessairement prendre place à cuir de lu première

dans les méthodes d'investigation psychologique.

Nous voyons donc que nous sommes obligés de recourir à des procn/<:s indirects d'information connus sous le nom cf observation objective.

B. L'observation indirecte et externe. — Ce n'est qu'une fois que le phénomène a été constaté et bien détermine par l'observation subjective que l'on doit faire intervenir les procédés objectifs, a- il ne faut pas oublier que la caractéristique du l'ail psycholo gique est toujourssofl retentissement dans lu <■<,!)<< irn,r .

« Mais avec les précautions critiques que (ouïe méthode exi{ l'observation extérieure élargil infiniment le cercle de la psychologie;elle permet «le généraliser, ce qui esl le caractère indispensable de toute science.

Toutefois la psychologie ne peut être assimilée aux sciences des corps inorganiques comme la physique et la chimie: elle étudie de- individus. Il n'existe pa>. dans l,i réalité, un homme en général ou des animaux en général ; il n'y a que des individus distincts, impénétrables l'un pour l'autre. La psychologie générale étudie les fonctions qui sont communes à tous; perception, mémoire, im.i. nation, affectivité, etc. : mais ces fonctions varient suivant le- individus, les races, les lieux, les époques : Il faut donc qu'elle se complète par une psychologie individuelle. <'n s'y livre avec ardeur depuis quelques années, en étudiant les caractères et des questions analogues

// Psychologie objective individuelle. — « Pour constituer cette psychologie, on a préconisé et pratiqué deux procédés dont la | valeur mérite d'être discutée, ce -oui les tests et les enquêtes ou questionnai!

I. — • La méthode des tests épreuve consiste dan- la détermi nation, (die/ un homme normal, de- caractères physiques et \ chiques qui lui sont propres. Les premier- essais de ce genre ont été publiés aux États-Unis en 1897. Il- forment la base de l'anthro-

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pométrie dont nous n'avons pas à nous occuper. D'après I"- promoteurs de ce procédé, les tests ont une grande valeur pour déter minci' la nature el la portée des variations individuelles et des différences de classes. Ils sont instructifs surtoul quand il- peuvenl fournir des résultats statistiques et sont appliqués à des groupes élèves de différents âges et de différents sexe-, classes Laborieuses ou pauvres, gens de loisirs).

Nous laissons de côté les tests relatifs au corps pour ne mentionner que ceux qui impliquent à un degré quelconque des (acteurs psychologiques.

Recherches sur la capacité sensorielle : exemple pour l'oreille, sa finesse, étendue des sons qu'elle peut percevoir, exactitude à déterminer la hauteur d'un son; — sur la capacité motrice (énergie, étendue, rapidité des mouvements, etc.) — sur la capacité perceptive : par exemple pour l'oeil, percevoir les plus petites différences de longueur, de surface. Plus psychologiques sont les expériences relatives à la rapidité mentale (réaction à divers stimulus;, à la ménation à l'association des états de conscience, à l'attention, à l'imagi moire, ou faculté d'invention.

Pour ces derniers cas, la valeur du test parait assez faible, car elle consiste en faits tellement simples (par exemple compléter une phrase interrompue d'une manière correcte et intelligible) qu'on ne peut préjuger si la conclusion qu'on en tire est légitime pour les opérations complexes. Ces déterminations sont faites en général d'après Tune des trois méthodes employées par la psychophysique des cas vrais et faux, des erreurs moyennes, des plus petites différences perceptibles (cf. notre chapitre sur la sensation.)

La méthode des tests a donné des résultats très appréciables pour la constitution de la psychologie individuelle et même pour des applications pratiques à la pédagogie. Mais ces promoteurs ont une tendance à en surfaire la valeur. Or il convient de remarquer que les statistiques et pourcentages n'ont qu'une apparence de rigueur scientifique; d'autre part, ce procédé de mesure appliqué aux formes supérieures de la vie psychologique, même à la mémoire et à l'association, a fortiori aux opérations complexes du raisonnement, de la construction Imaginative, aux passions, etc., ne sont pas toujours efficaces : ils sont trop simples, trop restreints, souvent superficiels, sans garantie suffisante et ils ne peuvent être toujours acceptés comme adéquats à la réalité.

II. — « Sans que je puisse en fournir la preuve, l'enquête appliquée aux faits de psychologie comme procédé intermédiaire entre l'observation et l'expérimentation me paraît d'origine anglaise...

Dans cette méthode, je distingue deux formes très différentes

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