LES VIÉTII0DE8 DES SCIENCES PSYCHOLOGIQUES 11 SO< (ALES
Les langues, disait Max Millier, contiennent une psychologie pétrifiée. Les Irois grandes classes d'idiome — monosyllabiques, lutinantes, à flexions — correspondent à des formes différentes il" mentalité, quoique ces caractères différentiels soient loin d'être (ixés avec précision, et cela n'esl pas vrai seulement des races; les variétés de langues d'origine aryenne ou sémitique reflètent le mode habituel il»' penser et de sentir des divers peuple- : précis ou vague, net ou fluide, rationnel ou émotionnel.
L'histoire au sens ordinaire du mot, relie des dynasties, des révolutions, des guerres surtout dans les mémoires et biogra phies — nous montre les idées, les passions, les appétits prodigieusement agrandis par la scène du monde. Elle nous les présente en grossissement. Taine a pu écrire : expliquer une révolution,
-i faire une page de psj chologie.
Comment pénétrer dans l'intimité profonde el les variétés si nombreuses du sentimenl religieux sans l'histoire des religii sans elle on reste confina dans l'abstraction stérileet \i<le : on n'a qu'une psychologie arbitraire, tronquée el misérable.
Même remarque pour le sentimenl moral. C'est l'histoire des mœurs, des Législations, des institutions politiques et sociales ijui en fait comprendre l'évolution et ces variations, au cours des siècles, sur lesquels les moralistes de toutes ni lanl
disserté.
Comment comprendre la nature et la puissance de l'iraaginati* n créatrice sans l'histoire des arts. La littérature, en particulier, n elle pas un instrument d'analyse? el il ne manque pas de romanciers qui, a juste titre, se sont intitulés psychologues.
Enfin les sciences elles-mêmes sont indispensables pour comprendre l'évolution des id< lérales, ce qu'on a appelé l'histoire des concepts. Assurément ce n'esl pas l'analyse subjective et individuelle qui toute seule nous instruira mit ce point.
Sans insister davantage, on voit que la psychologie trouve partout à glaner et même à moissonner. Sans doute, il faut reconnaître qu'ici sa méthede esl beaucoup plus précaire el que l'interprétation est plus souvent probable que certaine. Il ne faut pas oublier qu'elle n'observe plus directement les hommes, qu'elle ne Ueint (ju'à lra\ ers leurs œuvres, qui ne sont que des signes dont la transparence n'esl pas toujours suffisante.» /</., p. 243, 244.
2* La psychologie comparée a pour matière la vie des animaux, I nfunts, «les sau\ des différent tl renie-
ment complexe chez n >ous un aspect beaucoup
plus simple chez le sau l'enfant ou l'animal. La
que nous iiMihmus entre eux el m u
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grands traits de la vi<- psychologie el ses facteurs primordiaux.
On peut y ajouter l'étude des cas spéciaux : les renscigneme que nous pouvons tirer des œuvres littéraires où l'artist< de peindre la formation, le développement, les actes de certains caractères (romans, théâtre), les biographies, les mémoires, qui sont autant d'observations.
« Tous ces matériaux permettent l'emploi de la méthodecompa
tive, qui n'a été introduite en psychologie que récemment à l'imitation des sciences naturelles. Tant qu'on est resté enfermé presque exclusivement dans l'observation intérieure, cette méthode n'a pu être soupçonnée. À la (in du xviii8 siècle, un analyste aussi pénétrant que Taine qui, en sa double qualité d'historien et de psychologue, aurait dû avoir un goût décidé pour l'élude de l'homme réel, concret, écrivait cependant cette phrase : « Pour connaître les Grecs et les Romains, éludicr les Français d'aujourd'hui ; les hommes décrits par Polybe et Tacite ressemblent aux gens qui nous entourent. » De nos jours nous pensons différemment, nous croyons que cette étude abstraite, réduite à quelques traits généraux, fait connaître l'homme et non pas les hommes ; nous croyons que tous les membres de l'humanité n'ont pas été jetés dans le même moule et nous sommes curieux des plus petites différences.
La méthode comparative a pour but de les établir. Par exemple, en face de la psychologie des peuples civilisés, elle place celle de< primitifs reconstitués d'après leurs croyances, leurs mœurs, leurs instiiutions, leurs langages, le développement inégal de leurs facultés où l'impulsion prédomine. Elle est donc un procédé propre delà psychologie individuelle ou collective, complémentaire de la psychologie générale.
A la méthode comparative on doit rattacher \d, méthode génétique qui, au fond, n'en est qu'une variété, une forme qui par sa simplicité fait mieux comprendre la nature et la valeur de ce procédé d'investigation. Elle a pour but de découvrir et de retracer les phases successives du développement de l'esprit humain dans l'individu ou dans l'histoire. Par elle nous comprenons comment il existe dans l'homme des instincts, des sentiments et même des concepts d'une solidité inébranlable, qui sont comme le squelette et l'ossature de notre constitution mentale, étant le résultat organisé d'expériences sans nombre, lixées et transmises par l'hérédité dans l'espèce et au delà d'elle dans les espèces. Elle nous montre que sur cette solide assise reposent d'autres manifestations de la vie psychique moins stables, semi-organisées. Enfin elle nous montre au-dessus des manifestations plus complexes, plus instables, plus rares, celles que la dissolution détruit les premières, parce
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qu'elles sonl les dernières formées. Cette introduction de l'idée <!<• genèse en psychologie, «•••H'1 substitution de l'hypothèse d'un d loppemenl lent à travers les espèces et dans l'individu — ce qu'on peu! appeler d'un seul mol la méthode embryologîqne — a contribué à l'éclosion de beaucoup d'ouvrages. Ceux qui, depuis une trentaine d'années, on! été consacrés à la psychologie «le L'enfant, peuven! être donnés comme exemple de la méthode génétique. On pourrait aisément en indiquer d'autres. W. p. 244, sq,
:i0 Mais e/est surtoul l'étude directe de raspect physiologique du fait psychique qui constitue la base solide de I rvation objective, el nous permet de remédier à Ions le^ inconvénients de l'ofa vation interne, de fonder d'une façon inébranlable la psychologie scientifique.
Elle corrige d'abord le manque de profondeur des analyses purement sui >jed i\ . s, en mettant à même de suivre un phénomène de conscience au delà des limites de la conscience. La vie consciente se dégrade en vie organique inconsciente et sorl comme par dedes phénomènes physiologiques. Le physiologiste, quand il l'ail la théorie des sensations et de leurs organes, des nerfs transmetteurs, des mouvements réflexes, des centres cérébraux et spinaliens, remonte de la conscience pleinement développée aux éléments el aux conditions de cette conscience.
En onde, les faits physiologiques sont fixes e1 stables; ils peuvent devenir les substituts heureux des faits instables donnés par l'observation interne. Us peuvent être observés enfin à loisir et en toute circonstance, à l'aide des instruments les plus précis, sans qu'il y ail à craindre les erreurs, les défaillances, les partis pris de la conscience individuelle. Ils nous ont révélé des éléments qu'on peut considérer aujourd'hui comme les concomitants inséparables el nécessaires de certains faits psychologiques dans l'étude de la mémoire, de l'attention, des émotions et des sentiments, des perceptions, etc. .
C. L'expérimentation en psychologie. — A côté de la psychologie subjective, prend place la psychologie objective et indirecte. Par celle-ci B'est introduit lï facile et fécond des méthodes
tpêrimentation : la psycho-physique et la psychologie physiologique, ijui expérimentent sur les faits de conscience ; la première, i leurs relations avec les conditions physiques de leur production : la deuxième, avec leurs conditions organiqu
1 La psycho-physique , « dans ces dernières ans étudie expé-
rimentalement la genèse et l'action réciproque des sens ti
les plus simples de synthèse représentative, les sentiments de
plaisir el de douleur, le temps rempli par ces Faits de conscience élémentaires et d'autres analogues ] < attention, réflexes, etc.
Elle a surtout procédé à des mensurations de la durée et de l'intensité des phénomènes, ce qui en permet une comparaison plus précise; et les instruments enregistreurs qui ont été imaginés pour cel objet sont des plus ingénieux.
2° La psychologie physiologique a un rôle beaucoup plus étendu et beaucoup plus fécond. Non seulement, comme on vient de le voir, elle observe un élément qui accompagne toujours le fait de coucience, mais encore, partout où on peut l'appliquer, elle est la vraie méthode expérimentale en psychologie.
En elï'et, si tout phénomène psychique est lié à des conditions physiologiques, si, en faisant varier celles-ci, on le fait varier d'une façon déterminée et en général continue, il suffit alors d'agir sur I conditions physiologiques. Et comme, pour ce faire, nombreux sont les moyens dont nous disposons, nousinsliluons de véritables expériences psychologiques. Ces moyens ont, il est vrai, des limites étroites dans le respect dû à la santé des sujets sur lesquels on expérimente.
3° C'est alors qu'interviennent la psychologie pathologique et les observations cliniques : « les lois de la maladie sont les mêmes que celles delà santé, et il n'y a dans celles-là que l'exagération ou la diminution de certains phénomènes, qui se trouvaient déjà dans celles-ci. ^(Pierre Junét.) La maladie nous offre des expériences toutes réalisées parla nature, etcertaines maladies, extrêmement importantes pour le psychologue — les maladies nerveuses — permettent, par la suggestion et X hypnotisme , qui sont actuellement employés avec un certain succès pour les guérir [psychothérapie), une expérimentation très fructueuse et très variée.
« Au reste, toutes les manifestations de l'activité mentale peuvent être étudiées sous une forme pathologique. Les perceptions conduisent aux hallucinations ; la mémoire a ses disparitions (amnésie , ses excitations (hypermnésie), ses illusions (paramnésie). La puissance volontaire peut être anéantie (aboulie), paralysée par les tendances impulsives. Tout le monde connaît les anomalies de l'association des idées chez les fous. La pathologie des opérations logiques et de l'imagination créatrice a été négligée. La dernière serait très difficile, le sain et le morbide étant quelque fois indiscernables, dans le monde de la fantaisie ; cependant je ne la crois pas impossible.
L'étude des troubles du langage et des signes de dépression est un des meilleurs exemples à produire pour montrer combien est
1. Ho/fding, p. 26. Voir ici les chapitres de psychologie relatifs aux phénomènes cités.