‹ Logique la science de la connaissanceChapitre 11 sur 64 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

thodes, le premier rejette la déduction et conteste la valeur du syllogisme, M. Milldu moins pousse la logique jusque*là. Le second rejette Tobservation et refuse toute autorité à l'induction. Tous deux font violence à la nature humaine, conduisent au scepticisme par des voies différentes, et appellent une réforme sérieuse dans la théorie de la connaissance. Il faut h l'observation étroite et arrogante des écoles positivistes, opposer les lois et les conditions d'une observation légitime, montrer que l'expérience ne peut rien sans la raison, et qu*en conséquence elle prononce sa propre condamnation, en éliminant tout élément a priori des recherches scientifiques. Il faut à la spéculation arbitraire et déréglée des écoles panthéistes, opposer une spéculation méthodique et prudente, montrer que Tanalyse impartiale des faits qui nous apparaissent dans l'intuition, doit précéder la synthèse, et qu'en conséquence la déduction, sans Tappui et le contrôle de l'observation, est aussi impuissante à engendrer la certitude que l'observation sans la garantie de la déduction. L'analyse et la synthèse, développées isolément, en opposition l'une avec l'autre, ne jettent sur les objets qu'une lumière douteuse qui nous dérobe une face de leur nature et relève Tautre face. Toute exagération amène une réaction en sens contraire. G*est ainsi que les aberrations des écoles sensualistes sont Fexcuse de fidéalisme absolu, et que les extravagances des écoles idéalistes deviennent à leur tour un titre pour le positivisme. Il importe à l'honneur de la philosophie de franchir le cercle de ces notions étroites et paradoxales. Il faut enfin démontrer que la construction de la science exige le concours de toutes nos forces intellectuelles, le témoignage de toutes nos sources de connaissances, l'emploi de tous nos procédés d'investigation, que les solutions exclusives sont nécessairement des erreurs, que la vérité est au dessus du conflit des opinions contraires et peut seule les unir et les réconcilier.

PRÉFACE. XiX

L*éc)ectisine était dans cette voie, mais il ne s'est pas élevé assez haut pour faire face aux difficultés du moment. Le nom de la science n'est pas éclectisme, car cette doctrine manque d'unité, mais organismCy c'est à dire organisation de la vie intellectuelle, de la vie morale, sociale et religieuse sur la base de la raison et de l'observation, de la philosophie et de l'histoire, de l'autorité et de la liberté.

Un seul philosophe est à la hauteur de la situation. Krausc est encore peu connu en France, parce qu'il n'appartient pas au mouvement suscité par Kant et terminé par Hegel, qui seul a fixé l'attention dans ce pays, et qu'il a repris à nouveau l'institution de la science d'après la méthode cartésienne. Point de départ, principe, méthode, système^ organisation de la science considérée dans ses conditions, dans ses lois, dans ses formes, dans sa légitimité, tout a été soumis par Rrause à un examen sévère et traité avec une sûreté de vues qui peut défier la critique. M. Renouvier a reconnu l'importance d'un tableau de catégories, comme lois de la pensée, pour l'édification de la science; il signale avec raison les imperfections des travaux d'Aristote et de Kant sur cette matière et propose une liste nouvelle qui ne vaut pas les anciennes; il ignorait que cette œuvre est achevée depuis longtemps en Allemagne et qu'elle est réalisée avec un talent auquel des adversaires mêmes ont rendu un éclatant hommage, comme on peut s'en convaincre par l'ouvrage du docteur Erdmann sur l'Histoire de la philosophie moderne. Quoique la doctrine de Krause ne porte plus comme celles de ses prédécesseurs la pure empreinte de i^école germanique, elle n'a pas eu la chance encore de rencontrer un traducteur en France. L'Espagne a pris l'initiative à cet ^ard, grâce à M. Sanz del Rio, professeur à l'université de Madrid. Quelques parties seulement de cette doctrine, concernant la psychologie, le droit et la société, ont été présentées au public français par MM. Ahrens, Bouchitté, Pascal

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