RAPPORTS DE LA LOGIQUE
elle peut vérifier la manière dont ces propositions ont été obtenues et se prononcer sur leur rapport de conformité ou d'opposition avec les conditions générales de la méthode, de la systématisation et de la science. Le logicien n*a pas la sfcience infuse, mais a le droit de critiquer partout ce qui est contraire aux principes de la connaissance scientifique. Un physicien a-t-ii manqué aux règles de Tobservation ou de l'induction? la logique le constate, mais ne fait pas d'observations nouvelles sur des faits qui ne sont pas de sa compétence. Une définition est-elle vicieuse dans la géométrie, une démonstration incomplète dans la géologie? la logique les signale, mais n'en propose pas d'autres, faute d'arguments en ces iQaiières. La logique, en un mot, comme science générale de la connaissance humaine, est la science normale qui doit servir de guide et d'idéal à toutes les autres. C'est h ce titre qu'on l'appelle la science préparatoire, Propédeulique, et instrument ou l'organe de toutes les sciences. Nous ne savons pas encore si la logique elle-même est possible comme science, mais à coup sûr aucune science ne serait possible si la logique ne l'était pas. L'impossibilité de la logique renverserait la légitimité de nos connaissances en général, et rendrait vain dès lors tout espoir de saisir la vérité en quelque ordre de chqses que ce soit.
La logique n'est pas la science générale, sans restriction, mais une science générale, la science générale de la connaissance. Elle ne doit pas s'enquérir de la valeur objective de toutes nos connaissances, mais de la connaissance en général. Elle ne fait pas divorce avec la réalité, mais elle n'a pas non plus à démontrer la vérité de toutes choses. Il importe de bien préciser ces points pour s'orienter dans les spéculations logiques et pour reconnaître ce qui est fondé et ce qui est illusoire dans les objections que certaine école adresse à l'ancienne logique (1).
Hegel, qui reproche à la logique de s'être séparée de la métaphysique, en abandonnant toute recherche sur le fond des choses, pour s'en tenir aux formes pures de la pensée,
(1) A. Véra, Logique de Hegd, Paris, 1859.
tombe lui même dans Texcès contraire et arrive à confondre deux parties distinctes du savoir. Si Ton divise les sciences en historiques et philosophiques, s*occupant les unes des faits ou des phénomènes de la vie, les autres des principes ou des vérités générales et éternelles, la logique est avant tout une science philosophique; careile est la science générale de la connaissance, considérée dans son essence immuable, dans ses conditions et dans ses lois universelles. Elle abandonne à la psychologie expérimentale Tétude des faits qui marquent le devenir de la pensée, de Timagination, de la mémoire, et s'empare seulement de ce produit de la pensée qu'on appelle connaissance, pour l'examiner dans ses caractères essentiels. Mais la logique n'est pas pour celsL toute la philosophie. La philosophie a pour objets Dieu, le monde et l'humanité, tandis que la logique n'a pour objet que la connaissance.
Les premiers principes de la philosophie constituent la métaphysique, science générale de l'être, ontologie. L'objet de la logique fait partie de la science de l'homme et de la science de Dieu, en tant que la connaissance humaine provient du moi et qu'elle est fondée dans la connaissance divine, en tant que notre science, en d'autres termes, a sa raison dernière dans l'omniscience. La psychologie et la métaphysique sont à cet égard les sciences auxiliaires de la logique, car elles fournissent h tout notre savoir son point de départ et son principe absolu. Mais la logique résulte d'un autre point de vue qui indique mieux ses rapports avec la métaphysique. Les principes, en effet, peuvent être considérés soit en tant qu'ils existent, soit en tant qu'ils sont connus, selon la distinction qu'on fait entre la pensée et les choses. La logique repose sur ce genre particulier de principes, qu'on appelle principes de la connaissance {prindpia cognoscendi) . La métaphysique, au contraire, est la science des principes en général, en tant qu'ils existent (prindpia essendi). Or ces deux aspects se supposent mutuellement sans se confondre : la pensée doit s'accorder avec la réalité et la réalité est destinée à être connue par les esprits. De là la dépendance réciproque de la logique et de la métaphysique.
UTILITÉ DE lA LOGIQUE. 35
La logique relève de la métaphysique, puisque la science des principes en général est aussi la science des principes de la logique, en tant qu'ils existent. C'est pourquoi la logique peut être traitée comme une branche de la métaphysique, dans la partie synthétique de la science, comme déduction du principe absolu (1). Mais la métaphysique à son tour relève de la logique, puisque la science des conditions générales de la connaissance scientifique est aussi la science de la possibilité de la métaphysique, comme science. La métaphysique doit satisfaire aux lois de la pensée, comme la- logique aux lois de la réalité. Quand Tune et Tai/tre sont exactes, elles s'accordent nécessairement; mais dans le cas contraire elles se contredisent et ont le droit de se contrôler mutuellement. La logique alors attaque la métaphysique, en démontrant qu'elle manque aux règles de la méthode ou de la systématisation ; et la métaphysique réfute la logique, en prouvant à son tour que les principes qui lui servent de base sont des illusions, des hypothèses, sans fondement dans la nature des choses, et que les axiomes qu'elle réprouve ou qu'elle n'applique qu'en un sens sont à tous égards les vérités les plus incontestables, témoin la loi de la contradiction.