‹ Logique la science de la connaissanceChapitre 27 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'objet de <la connaissance

L'objet de la connaissance est aussi multiple que la réalité : il embrasse d'abord tout ce qui est connu, ensuite tout ce qui est intelligible, et Tintelligible n'est-il pas tout ce qui est? Certes, nous ne savons pas encore tout ce qui existe dans l'espace, dans le temps, dans lé monde entier, mais ce que nous ne savons pas actuellement, ne le saurons-nous pas un jour, et quelques-uns de nos semblables ne le savent-ils pas déjà ? J'entends par intelligible, ce qui est accessible à la pensée des êtres raisonnables, et je n'ai garde de confondre les limites de mes connaissances avec celles de la connaissance humaine. Existe-t-il un objet qui ne soit pas intelligible, qui né puisse être connu d'une manière quelconque, vraie ou fausse, complète ou partielle? Il serait impossible de décider la question, sans empiéter sur la métaphysique, mais il importe, au moins, d'en comprendre le sens.

Un objet qui ne serait pas intelligible aurait cela de particulier qu'à la différence de tous les autres, il ne soutiendrait aucun rapport avec la pensée. Il existerait en lui-même, mais non pour la conscience; il serait pour nous comme s*il n*était pas. Personne n'aurait jamais soupçonné son existence, et en conséquence il n'aurait reçu de nom dans aucune langue. Car tout ce qui est nommé est objet de la pensée et peut être connu; tout ce qui est affirmé ou nié dans une proposition estintellipfible. Les langues sont donc un critérium public de l'intelligibilité des choses : ce qui ne se trouve pas dans un lexique, pourrait bien exister sans être connu, mais à coup sur ce qui s'y trouve est connu, qu'il existe ou non. Voilà un point important, et au dessus de toute contestation, si Ton fait abstraction du caractère scientifique de la connaissance; cette simple observation, tirée du sens commun et de la valeur de toutes les langues, comme expression de la pensée humaine, suffit déjà pour écarter les objections nombreuses que font beaucoup d'auteurs contre la possibilité de ^connaître certaines parties de la réalité. Que ces objections se produisent au sujet de la vérité et de la certitude, je le conçois ; mais au sujet de la connaissance même, qu'elle qu'en soit la valeur, elles ne sont plus admissibles. Si nous ne savions rien de la substance, de l'infini, de Tabsolu, de Dieu, de l'essence des choses, comment ces termes se trouveraient-ils dans nos langues^ Qui les aurait créés? Est-ce Dieu ? Mais alors ils correspondent à quelque chose de réel. Est-ce l'homme? Mais alors ils représentent au moins nos pensées et accusent exactement l'état de nos connaissances.

L'objet de la connaissanqe est donc une chose quelconque, finie ou infinie, possible ou réelle, simple ou composée, spirituelle ou physique. Pour qu'un objet soit connu, il ne faut pas qu'il se présente dans tejle ou telle partie du temps, il suffit qu'il puisse être. La connaissance li'exelut aucun mode de l'existence, ni le possible, ni le réel, ni le nécessaire. Les impossibilités mêmes sontdéterminables dans la science. Il n'y a pas de motif non plus pour renfermer toute la connaissance humaine dans les limites du monde, pour supprimer

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rinfini et l'absolu commeobjetsdelapensée. On nesaurait prononcer cette élimination avec quelque apparence de raison, sans s*appuyer au moins sur la notion de la connaissance. Mais qu'est-ce que la connaissance, sinon un rapport entre la pensée et un objet? Quel objet? Un objet quelconque. Pourquoi l'un plutôt que l'autre? Pourquoi l'esprit humain ne serait-il en relation qu*avec des choses finies? Parcequ'il est fini lui-même, dit-on : le fini ne peut comprendre Tinfini. Voilà l'argument : l'infini est incompréhensible! Un instant! Si par incompréhensible vous entendez inabordable aux sens, je l'accorde; mais outre les sens nous avons la raison. Si par là vous entendez inépuisable, j'en, tombe d'accord :il faut une intelligence infinie pour épuiser l'infini. Mais si vous entendez par incompréhensible inaccessible à la pensée, inintelligible à tous égards, je le nie et je vous mets en contradiction avec vous-même. Quand vous dites que l'infini est incompréhensible pour un être fini, n'avez-vous pas présentes à la pensée deux notions : celle du fini et celle de l'infini, et ne jugez- vous pas que la seconde dépasse infiniment le contenu de la première? Or ce jugement atteste que vous connaissez à la fois le fini, l'infini et leur rapport, et que de plus vous les connaissez en vérité, car vous affirmez justement q\ie ce n'est pas le fini qui contient l'infini, mais l'infini qui enveloppe le fini. Vous vous laissez égarer seulement par la valeur du mot « comprendre » que vous appliquez à la connaissance. Comprendre, c'est tantôt contenir, tantôt connaître ; mais gardez-vôus de conclure de ce rapprochement que la connaissance exige un rapport de contenance entre le sujet et l'objel; sinon vous arriveriez à cette conséquence idéaliste que tout ce qui est intelligible subsiste dans le moi, que le moi est tout et contient tout, comme l'assure Fichte. L'objet de la coilnaissance est présenta la conscience, sans doute, mais il ne cesse pas d'exister .en lui-même, et reste ce qu'il était avant d'être connu. La connaissance implique simplement une relation entre le sujet et l'objet; cette relation Qst possible et peut-être nécessaire entre le fini et l'infini, et en ce sens l'inflifii n'est pas plus incompréhensible que le fini. Comment pourrait-on disserter sur l'infini, soit

pour éCablir OU pour contester sa réalité, si Tinfini n*était pas un objet de la pensée ? Mais les théologiens, direz-vous, écrivent des traités sur les dogmes , et les déclarent néanmoins incompréhensibles. Je ne me charge pas de présenter la dérense de la théologie, ni de démontrer l'existence des dogmes inscrits dans tous les systèmes religieux; mais je répète qu'une chose ne doit pas exister réellementhors de nous pour devenir un objet de la pensée, car nous pouvons imaginer Timpossibie et réfléchir à nos propres créations; la question de Texist^nce objective regarde la science; il s*agit maintenant, non de la valeur de notre pensée, mais de sa portée ou des objets qu'elle, peut atteindre. Du reste, si Ton insiste sur l'objection^ j'ajouterai par anticipation qu'il n'y a pas d'erreur absolue, que les dogmes mêmes ont un sens raisonnable et intelligible qui peut être accepté par lés adversaires aussi bien que par les partisans des révéla* tions divines (1).

Il ne parait pas aisé de diviser les objets de la connaissance, car ils embrassent tout ce qui est, et comment opérer le partage de l'ensemble des choses? Le problème x^ependant se simplifle, si l'on veut s'arrêter à quelques grandes lignes de démarcation et recourir au procédé dichotomique. Il y a d'abord des choses ou des êtres (voilà Ja pensée la' plus générale que nous possédions), il y a des choses qui subsistent en elles-mêmes et d'autres qui n'ont pas d'existence propre, qui n'ont qu'une existence relative ou qui n'existent que par rapport à autre chose : nous appelons les premières mè^ stances, et les secondes propriétés, modes, accidents, en un mot, détermination» de la substance. L'espace, le temps, le mouvement, les Torces spirituelles et physiques, par exemple, n'existent pas à part des êtres auxquels on les attribue; ou peut bien les concevoir isolément et lôs analyser tour à tour, mais c'est là une abstraction de l'esprit qui n'est pas con* forme à la réalité. Toute propriété suppose une substance, mais elle ne la constitue pas. Comment se défendre de penser qu'il y a quelque chose qui soutient les qualités et les

(1) J. Reynaud, PhHoBophiertUgieuie, Terre et Cid, Paris, 1854.

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modes; et comment admettre que la substance ne soit que la simple réunipn des propriétés, un pur agrégat de choses dont aucune ne saurait subsister sans un sujet auquel elle adhère? Il se peut, sans doute, qu*il n*y ait pas plus de substances sans attributs que. d'attributs sans substances; nous ne prétendons pas qu'il faille séparer, mais distinguer ces deux points de vue, comme on distingue entre un organe et ses fonctions. La première question à poser au sujet d'une chose qifon se propose de déterminer est donc celle-ci : est-ce une substance ou non? Dieu est-il l'ordre du monde ou l'Être qui existe en lui-même? Le temps est-il* ce qui change ou la qualité de ce qui change? C'est ainsi que nous avons fixé la notion de la connaissance. Prendre une propriété pouf une substance, c'est hypostasier.

Quelques auteurs modernes, adoptant le point de vue de Kant, pensent que nous ne connaissons les substances que par leurs manifestations. M. Stuart Mill est de cet avis. Mais il ne parle de la connaissance que d'une manière incidente, è propos des termes du langage. Les qualités comme les substances, dit-il, ne sont connues de nous que par nos sensations ou par d'autres états de conscience, y compris nos pensées. L'auteur du reste ne paraît pas disposé à supr primer les substances (1). Un autre écrivain va plus loin. La substance est une idole, dit M. Renouvier; il n'y a point de substance, parce que la substance c'est la chose en soi, dépouillée de toute qualité et <]e toute relation, c'est le néant. La substance, ajoute-t-il, n'est connue que par son attribut; le moi, par exemple, n'est représenté que par la pensée, comme être jpensant; et l'attribut lui-même né se manifeste que par' ses modes; nous ne connaissons nullement notre pensée ou la pensée, mais seulement nos pensées. Bref, « nous' ne connaissons que des phénomènes (3). » Si cette dernière proposition, qui est le principe de l'auteur, était exacte, il faudrait renoncer à toute conception scientifique,

(1) J. Stuart Mill, A 8yitem oflogic, bock i, chapt. m, gênerai results. 5 th. ed.LondoD, 186S.

(S) Cb. Rentfovier, E9sai$ de critique générale, I, § 13. Paris, 1854.

6S KOnON DE U CONNAISSilNCE.

car aucune science ne peut se résigner à décrire des phénomènes, c*est à dire des apparences, des faits variables et contingents. Les mathématiques ont la prétention^ de déterminer, sans même recourir à Tobservation, les propriétés éternelles et nécessaires de Tespace, du mouvement, des quantités; les sciences naturelles recherchent les propriétés invariables des corps organisés et de la matière en général; les sciences philosophiques étudient Tessence ou la nature des choses. À quoi bon saisir des phénomènes fugitifs, si la connaissance doit s'arrêter là, si sous le fait passager on ne peut rien fixer de stable et de permanent? La plaisante histoire vraiment si les savants, au lieu de dire : les corps s'attirenl, les carnassiers se nourrissent de chair, allaieni proclamer gravement qu'ils ont vu quelques corps qui tombaient, qu'ils ont entendu parler de quelques chats qui mangeaient des souris, et s'ils ajoutaient, de peur^e se compromettre, que ces phénomènes ne prouvent absolument rien au sujet des propriétés attribuées par les métaphysiciens à ces prétendues substances, à ces fantômes qu'ils appellent des corpset des chats. Les animaux en ce cas seraient aussi habiles que nous. Pour la brute, en effet, il n'y a que des phénomènes ou des manifestations sensibles; pour l'homme, il y a autre chose, il y a des éléments généraux, des principes, des. lois que l'on formule dans la science. Les phénomènes mêmes ont leur essence, et M. Renouvier, tout comme les dogmatiques, aspire à les analyser en eux-mêmes, quoique rien, à son avis, ne puisse être connu en soi. Gomment un penseur peut-il soutenir un système aussi paradoxal? Eh quoi ! L'esprit et la pensée sont une collection de modes, un flux perpétuel de phénomènes toujours différents, et vous songez à faire un livre, et vous amoncelez propositions sur propositions pour définir cette apparence qu'on nomme le moi, pour déterminer d'une manière immuable les conditions et les limites de la pensée, de toute pensée humaine ! Ne voyez-vous donc pas que vous écrivez contre vous-même, que tous les principes que vous posez sont la condamnation de votre thèse? Nous ne connaissons que des phénomènes, et vous exposez Içs lois des phénomènes comme fins de la

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connaissance! Une loi est-elle donc aussi^un phénomène? Et si nous connaissons des lois, et s'il y a, eu outre, des * catégories qui président invariablemeai à Tactivité de l'intelligence, comment se peut-il que les phénomènes. soient les seuls éléments de nos connaissances? II y a quelque malentendu là-dessous. En effet, le phénomène change d'acception aussitôt qu'il arjHve en présence de la loi. Il existe maintenant des « phénomènes généraux, »des ce phénomènes composés produits d'une manière constante, » chose « qui peut sembler bizarre, dit l'auteur, à ceux qui bornent 1^ nom de phénomène aux seules données de l'expérience sensible et divisée (1). » A la bonne heure! Les phénomènes ne sont plus des phénomènes; mais alors que deviennent les conséquences déduites d^s phénomènes réels? S'il y a des phéno- . mènes généraux et constants, qu'on appelle lois, pourquoi n'y aurait-il pas aussi des phénomènes de phénomènes, qu'on nommerait substances? Si l'épithète de phénomène peut s'appliquer « aux abstractions et aux idées de genre, » pourquoi ne conviendrait-elle pas également aux idées absolues (2)?

Voici la question. Connaissons-nous des phénomènes? Oui. Ne connaissons-nous que des phénomènes? Non, nous connaissons encore les lois des phénomènes, nous connaissons l'essence ou les propriétés des choses, qui ne changent pas, tandis que les phénomènes changent sans cesse ; et comme les phénomènes supposent des propriétés dont ils sont les manifestations, variables, les propriétés à leur tour supposent une substance à laquelle elles appartiennent. Tous les savants sont d'accord sur ce point. Les phénomènes, dit l'un, sont des modifications ou des changements introduits dans une substance ; ils sont le passage d'un état ou d'une manière d'être à une autre. Si, par exemple, un corps se liquéfie, le phénomène n'est pas la fusibilité, mais la fusion, c'est à dire l'opération par laquelle le solide de-

•(1) E$$ais de critique générale, § 18.

(2) La Science de Vâme dans les limites de l'observation, Introd. cbap. ii, et 1** pact. chap. m.

vient liquide ou passe d*un état à un autre. Point de phéno- "mène sans propriété ni sans substance. Tout phénomène est une propriété en acte, toute propriété est un phénomène en puissance (1). La physique et la chimie, dit un autre, ne connaissent la matière que par des propriétés qui sont les causes immédiates ou éloignées de tous les phénomènes qu*elle présente à notre observation (3). Mais s'il était vrai que nous ne connussions que des phénomènes, serions-nous autorisés à conclure qu*il n'existe pas de substance? Non, sans doute : la connaissance n'est pas l'existence, et les. limites de notre savoir pourraient ne pas. coïncider avec les modes de la réalité.

Ces éclaircissements suffisent pour le moment. A la question posée : que connaissons-nous? nous répondons : des . substances et des propriétés, et par propriétés nous entendons toutes les modifications qui peuvent affecter les substances. De là la division des sciences en sciences matérielles, qui s'occupent des substances ou des êtres, et en sciences formelles, qui traitent des propriétés ou des relations des choses.

Quelles substances connaissons-nous? Le moi et le noumoi. De là une division nouvelle, très importante pour la logique. La connaissance du moi est dite immanente, parce que tous ses éléments, sujet, objet et rapport, se réduisent au moi. La connaissance du non-moi par contre est transcen-dante, parce que son objet dépasse la sphère de la conscience individuelle. La première a cela de remarquable que l'objet et le sujet sont un seul et même être et que ie rapport du sujet à l'obiet consiste, par conséquent, en une relation .interne du moi avec lui-même. Il ne semble pas qu'on puisse élever des objections sérieuses contre la valeur de cette sorte de connaissances. Il en est autrement de la seconde espèce, ob l'objet n'est plus renfermé dans le sujet, où la *

(1) L.-A. Gruyer, Essais phUosophiqfêes, 1. 1, chap. i, des phénomènes en général. Paris, 1855.

(i) M.-E. Chevreul, Lettres sur la méthode en général et surla définition du mot FAIT, IV. Paris, 1856.

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connaissdnce exprime dès lors un rapport entre deux choses étrangères Tune à l'autre et constituées peut-être d*après des lois différentes ou contraires.

Quelles substances contient de nouveau le non-moi ? Des corps, des esprits, des êtres formés par l'union d'un esprit et d*un corps, c'est à dire des êtres animés ou vivants. De là les sciences physiques, les sciences psychiques et les sciences biologiques. L'homme, sujet pour lui-même et oftjet pour les autres, appartient à chacun de ces groupes de substances, comme corps, comme esprit et comme être d'harmonie formé par l'union de l'âme avec la matière. Comment la pensée de ces différerfts objets se développe-t-elle en nous? Nous ne connaissons d'abord qu'un petit nombre de corps, célestes et terrestres^ organisés et inorganiques, accessibles à nos sen^; mais l'étude de l'astronomie, de la géologie et de la physique, en multipliant sans cesse les distances, les périodes et les nombres, nous amène à dépasser les limites de Tobservation et nous fait supposer, à tort ou à raison, que tous les corps, distribués en systèmes solaires, ne forment qu'un seul tout, appelé Nature ou monde corporel, et que ce tout pourrait bien être infini dans son genre, infini dans l'espace, dans le temps, et condposé d'une infinité d'astres ou de corps. La pensée du inonde sjrirituely que nous opposons au monde physique, suit la même progression ; nous réunissons en un tout les âmes avec 'lesquelles nous sommes en relation sur cette terre, et nous arrivons graduellement à soupçonner que la création renferme une infinité de substances semblables, que le monde moral, en d'autres termes, n'a pas moins de plénitude ni de perfection que la matière, et qu'il est également infini dans son genre. Les esprits et les corps s'unissent entre eux et peut-être à divers degrés : la nature humaine présente cette union sous sa forme la plus complète et la plus intime; les animaux peut-être la réalisent dans des conditions plus imparfaites et d'une manière inconsciente. Quoi qu'il en soit, parmi les êtres qui ne sont ni purs esprits ni pure matière, nous distinguons les hommes, et la pensée ie Y humanité suit les mêmes phases de développement que les objets précédents.

Nous rangeons dans l'humanité tous les hommes qui vivent soit sur la terre, soit sur d!autres globes habitables dans Tespace, et quoique nous ne puissions observer qu*un certain nombre de nos semblables, nous sommes portés à croire que Thumanité est infinie dans son genre, comme le monde physique et le monde spirituel, dont elle offre la synthèse, ou qu'il existe dans la création une infinité d'êtres raisonnaBles à différents degrés de culture. Nous reconnaissons donc trois ordres de substances transcendantes : des substances matérielles, immatérielles et mixtes, et nous classons ces substances en trois genres, le genre nature, le genre esprit, et le genre homme,' que nous considérons comme infinis chacun dans son domaine. Ces trois genres réunis formeai le monde ou l'univers, le cosmos, objet de la cosmologie.

Ne connaissons-nous pas d'autres substances encore? Nous n'en apercevons aucune autre dans les limites du monde; mais en considérant que les esprits, les corps, les hommes sont des êtres finis, et qu'un genre, alors même qu'il s'étendrait h l'infini, n'est jamais qu'un genre, c'est à dire une partie de la réalité, nous sommes obligés de nous élever au dessus du monde et de concevoir un quatrième objet, la substance infinie et absolue ou l'être de toute réalité, que nous appelons Dieu. Une collection de genres ne peut satisfaire la raison à la recherche des causes ; nous affirmons que tout se ramène à l'unité et qu'il existe en dehors de la 3érie des êtres bornés, un être qui est la cause de toutes choses, qui n'est plus renfermé dans un genre, ni opposé h quelque autre essence, qui est enfin l'être infini et * absolu à tous égards. Nous pouvons sans doute nous tromper à ce sujet, mais à coup sûr nous avons connaissance de Dieu, et tous les peuples qui ont un culte sont dans la même situation.

tel est l'ensemble des substances qui se présentent à notre pensée, quelle que soit du reste la valeur objective des notions que nous nous formons de Dieu, de la nature, de l'esprit et de l'humanité. Toutes les substances qu^3n a jamais signalées rentrent dans l'une ou l'autre de ces

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catégories. M. Mill, qui s*est également proposé de rechercher toutes les espèces de choses exprimées par des noms, ne cite que deux substances, les corps et les âmes. Que pense-t-il donc de Dieu (l)?-r- Prenons maintenant le second terme de la division.

Tout ce qui n*est pas substance est détermination d*une substance. Parmi ces déterminations, on distingue les propriétés, qualités ou attributs, d'une part, et de Tautre, les actes^ états, phénomènes ou accidents : les propriétés sont les manières d'être invariables delà substance; les phénomènes, ses manières d'être variables, parlant temporelles; les uns et les autres expriment l'essence, quoiqu'on réserve ordinairement ce mot pour désigner les attributs fondamentaux des choses. L'essence se manifeste dans les qualités, les qualités dans les actes, et l'être est à la fois l'ensemble de ses actes et de se^ qualités. Si je fais, par exemple, un triangle rectangle dont les côtés aient 15, SO, 28 millimètres, les propriétés de cette figure consisteront dans les rapports déterminés qui existent tant entre les angles qu'entre les carrés des côtés; les accidents, dans la grandeur des deux angles aigus et dans la longueur des côtés; les premiers caractères appartiennent à l'essence du triangle rectangle en général, les seconds, à l'essence du triangle individuel qui a été construit. En ce sens, les états accidentels font partie de l'essence et sont eux-mêmes des propriétés, des propriétés contingentes, de pures possibilités qui se sont réalisées. Cest une propriété pour chaque triangle d'avoir des côtés de telle longueur plutôt que de telle autre; c'est une propriété du moi de se trouver en ce moment dans telle ou telle situation déterminée.

Toute substance a des propriétés en rapport avec son essence ou plutôt la constituant : une substance finie a des propriétés finies, une substance infinie des propriétés infinies. Je ne sais comment un auteur a pu se figurer que les substances immatérielles ne se distinguent entre elleà que

(1) J. Staart Hill, A System oflogic, bock i, chapt. m. Things denoted by names. Lèndon, 1868.

par les propriétés des corps auxquels elles sont unies et qu'elles se confondraient nécessairement ensemble si elles vivaient séparées de la matière (1). La psychologie enseigne les propriétés de Tàme ; la physique, la chimie, la mineralogie, les propriétés des corps. L'individualité permet de discerner entre elles les substances de même espèce.

Il y a divers ordi^es de propriétés. Les divisions principales concernent les propriétés simples et relatives, les propriétés fondamentales et dérivées, les propriétés génériques et. individuelles, les propriétés universelles et particulières.

Les propriétés simples sont celles qui affectent les substances considérées en elles-mêmes,. abstraction faite de toute relation externe; telles. sont l'unité, l'identité,, l'activité, la force, le temps, l'espace. Les propriétés relatives sont celles qui appartiennent aux êtres, en tant qu'ils sont en rapport entre eux, et qui en conséquence supposent au moins deux termes; telles sont la causalité, l'utilité, la connaissance, l'union, le mouvement. Voyons quelques applications de cette division. Les modes de l'existence sont des propriétés relatives ; une chose n'est pas possible ou impossible, nécessaire ou contingente, en elle-même, mais seulement pour tel ou tel être. La possibilité, la réalité et la nécessité indiquent comment une chose existe par rapport • à une autre; la relation est-elle unique, e*le est nécessaire; admet-elle plusieurs cas, elle est possible; est -elle effectuée, elle est réelle. La longueur de la circonférence, par exemple, est nécessairement déterminée par celle du rayon; la longueur des cordes est arbitraire; en dessinant un cercle et , une corde, on réalisera à la fois une nécessité et une possi- . bilité. Mais la longueur de la circonférence n'est nullement nécessaire en elle-même, elle est indépendante de l'idée du cercle en général et n'a de rapport unique et constant qu'avec le rayon donné. — Une autre question intéressante qui concerne les propriétés relatives, est celle qui fut soulevée par Origëoe au sujet de l'origine du monde. Ce grand penseur remarqua qu'on accorde généralement à Dieu cer-

(1) P. Poulin, Qu'ezl'ce qw l'homme? Qu'est-ce que Dieu?

tains attributs qui impliquent relation avec Tunivers, et démontra qu'étant donnée Téternité de Dieu et de ses attributs, réternité du monde s'ensuit rigoureusement. Dieu est cause et providence, par exemple. Or la cause suppose un effet et la providence ne se conçoit qu'avec un ensemble d*étres soumis h une direction supérieure, comme la paternité est inséparable de la filiation. La causalité et la providence divines entraînent donc Texistence du monde et des êtres finis. Mais Dieu n'est pas devenu cause et providence à un moment déterminé, il est la cause et la providence éternelles, sinon il aurait reçu un accroissement de qualités, ce qui est en contradiction avec la nature de Tétre tout parfait. Si maintenant . il n'y a point de cause sans effet, point de cause éternelle sans un effet éternel, il faut bien admettre que le monde n'a pas eu de commencement dans le temps. Pour combattre cette conclusion on doit contester les prémisses. — Aux propriétés relatives se rattache encore la théorie du jugement et du raisonnement. Ces opérations, en effet, n'ont pas d'autre objet que de déterminer les relations des substances entre elles, des propriétés entre elles et des propriétés avec les substances. Quelques parties de la grammaire peuvent s'expliquer par la même distinction. Le substantif est le mot qui exprime les substances ou les qualités hypostasiées. L'adjectif désigne les propriétés; cette définition générale suffit, car elle embrasse tous les cas. La division qu'on fait de l'adjectif en qualificatif et déterminatif, correspond à la division des propriétés en simples et relatives. Les qualificatifs donnent les propriétés simples, inhérentes à l'objet ou considérées comme telles; les déterminatifs indiquent les relations plus ou moins accidentelles et variables de l'objet dont on parle, soit avec le moi comme sujet possesseur, soit avec la position du sujet dans l'espace, soit avec les objets de même espèce au point de vue du nombre et du rang; les adjectifs numéraux manifestent cette relation ' d'une manière précise; les adjectifs indéfinis d'une manière vague ou indéterminée.

Il y a ensuite des propriétés fondamentales et secondaires, des propriétés matérielles et formelles, des propriétés coula LOGIQOB. — I. 5

stitutives et consécutives. Les propriétés fondamentales 8*appellent communément essentielles^ par opposition aux qualité^ secondaires qu*on dit accidentelles. Il faut se tenir en garde contre remploi de ces termes; il conviendrait, pour éviter toute équivoque, de les remplacer par les mots génériques et individuelles. Les attributs fondan^ntaux, en effet, inséparables dé l'objet , sont communs au genre entier, tandis que les attributs secondaires ou les modes ne se trouvent que dans les individus, accompagnés de traits particuliers qui distinguent chaque être de ses semblables; mais au fond les uns et les autres appartiennent à l'essence, et marquent la différence entre l'essence du genre et celle des individus. Les caractères anatomiques du cheval, par exemple, sont de l'essence de cette espèce de pachydermes ; la taille, la force, la couleur, les défectuosités appartiennent à l'essence individuelle, réalisée dans le temps selon les circonstances ou les accidents qui marquent la vie d'un être fini. La pensée, le sentiment, la volonté sont des facultés fondamentales inhérentes à tous les êtres raisonnables : propriétés génériques; les erreurs, les passions, les vices sont au contraire diversement partagés entre les personnes : propriétés individuelles. Les premières sont immuabies, indélébiles, éternelles; les secondes, variables, temporelles et susceptibles de modifications. Les erreurs s'effacent, les passions se calment, les vices se perdent, à mesure que l'homme se perfectionne; mais si l'individu est un être complètement déterminé, qui doit avec des moyens bornés s'efforcer d'atteindre un idéal de perfection absolue, il aura vraisemblablement toujours la propriété de se tromper et de faire le mal, et cetle possibilité devra encore se réaliser de quelque manière dans toutes les phases de son existence. Les propriétés individuelles ne semblent donc être que des manifestations originales des propriétés génériques ou des appropriations singulières et accidentelles des qualités qui appartiennent à tout le genre. En ce sens, il n'y aurait pas de propriétés purement individuelles ; en d'autres termes , ces propriétés ne seraient que des modes, des manières d'être des propriétés générales et communes. Raison de plus

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pour ne pns isoler les phénomènes des propriétés, comme nous l'avons déjà fait observer. Que sont la grandeur, Tagilité, les dispositions spéciales d'un animal, sinon Tindividualisation des qualités qui se trouvent dans son espèce? Les Taits sont des propriétés en acte.

Les propriétés matérielles et formelles regardent le fond et la forme des choses. Si l'on entend par fond llessence, le quaiy et par forme le comment ou la manière d'être, toute chose, substance ou propriété, paraît avoir une forme, comme elle a une essence, et peut alors être considérée à la fois dans ses qualités matérielles et formelles. L'espace et le temps, par exemple, sont des propriétés fondamentales, mais quel genre de propriétés? Ce sont des formes ; Tespaco est la forme de la matière en tant que continue; le temps est la forme de tous les êtres en tant qu'ils sont actifs ou qu'ils se modifient. L'éternité est la forme de ce qui est immuable. La volonté est une propriété matérielle de l'esprit, dont la forme est la liberté. La science à son tour est une propriété de l'âme et une propriété matérielle comme l'art; mais la science de nouveau a une forme et un fond. Le fond de la science est la connaissance , et la connaissance doit être vraie et certaine pour avoir une vertu scientifique. La forme de la science est le système, et le système a pour conditions l'unité, la variété et l'harmonie, qui sont les éléments de toute organisation. Les propriétés matérielles de la science, considérée dans son ensemble, sont donc la connaissance, la vérité et la certitude; ses propriétés formelles sont Tunité, la variété et l'harmonie. L'harmonie implique l'union et la drstinction, elle exclut la confusion et la séparation ; de là cette formule de l'organisation : unir sans confondre, distinguer sans séparer (1). Même distinction dans les détails de la logique : le jugement et le raisonnement n'exigent qu une vérité formelle, vis foi^œ, résultant de l'enchaînement des notions et non de leur valeur intrinsèque; la définition, la division et la démonstration réclament en outre

(1) Esquisse de phUo^hie morak. Introduction. BruieUes, 1851.

une vérité matérielle, vis materiœ, provenant de Taccord de chaque notion avec son objet.

Les propriétés ont aussi leurs propriétés. La connaissance, par exemple, est une propriété de la pensée; la responsabilité une propriété de la volonté; la continuité, une propriété du temps, de Tespace, et la divisibilité une propriété de la continuité. Les propriétés immédiates ou primitives dans ce cas se nomment constitutives, et les propriétés de propriétés, qui constituent les attributs qu'elles qualifient, sont simplement consécutives au sujet de la substance à laquelle elles s'attachent. La responsabilité, par exemple, est un attribut consécutif de" l'âme, et constitutif de la liberté.

Il y a, enfin, des propriétés communes ou universelles qui paraissent convenir à toutes choses, et des attributs propres ou'caractéristiques qui n'appartiennent qu'à une seule classe d'objets. La conscience de soi, par exemple, avec la personnalité, la liberté, la perfectibilité et la vie rationnelle qui en dépendent, est un attribut propre de l'homme parmi les êtres finis; l'unité, l'identité, l'activité, la causalité sont des propriétés communes qui se rencontrent à quelque degré dans tous les êtres vivants. C'est là une distinction du plus haut intérêt pour la logique et pour la métaphysique. Pour définir les choses, il faut donner leurs propriétés, mais lesquelles? Les propriétés communes seules ne permettraient pas de distinguer l'objet ; les caractères propres seuls ne permettraient pas de le classer : il faut donc réunir les attributs communs et propres. Mais tout objet n'a-t-il pas une quantité innombrable de propriétés? Il faut donc faire un choix. Or la logique a une méthode très sûre pour résumer en quelques mots tous les attributs fondamentaux, constitutifs, communs et propres d'un objet : en vertu de la théorie de l'extension et de la compréhension, les propriétés de l'espèce comprennent aussi les propriétés du genre, de la famille, de l'ordre; on peut donc omettre ces dernières et indiquer toutes les propriétés communes en désignant le genre le plus proche. Quand on dit, par exemple, que le chien est un carnassier, on n'a plus besoin d'énoncer qu'il est un mammifère, un vertébré, un animal, un être organisé.

l'objet de la connaissance. 73

Il suffit d'ajouter au genre le caractère particulier qui distingue Tobjet pour donner une définition à la fois simple et complète. C'est ainsi qu'on dira du cercle : ligne courbe dont la courbure est homogène ou toujours la même; le premier trait signale le genre ; le second la différence.

En métaphysique, on peut se demander s'il existe véritablement des attributs universels et des attributs propres. Nous ne sommes pas en mesure de résoudre cette question. Les attributs propres pourraient bien être comme les qualités individuelles une appropriation de caractères plus généraux; cependant cette appropriation même devrait avoir sa raison dans l'essence propre de chaque objet et serait déjà un élément suffisant de distinction. Il y aurait donc toujours, sinon des attributs .propres, du moins des manifestations particulières des attributs communs. Voici la portée du problème : s'il y a des attributs propres, ils sont ajoutés aux attributs communs ; s'il n'y en a point ou s'ils ne sont que les attributs communs manifestés d'une certaine manière, à telle ou telle puissance, toutes choses, esprits ou corps, hommes ou bêtes, ont un nombre égal de propriétés, sans cesser d'être distinctes. Ce qu'on appelle sens intime dans Tesprit, par exemple, serait au fond la même chose que la cohésion dans la matière : l'une et l'autre propriété indiqueraient le rapport d'un être avec lui-même, mais ce rapport se déterminerait, d'une part, selon Tessence de Tesprit, et de l'autre, selon l'essence de la matière. De même la pensée et la lumière, le sentiment et la chaleur, la volonté et le mouvement, l'amour et l'affinité seraient des expressions analogues d'une même propriété, réalisée sous deux formes diverses dans le monde physique et dans le monde moral. L'esprit et le corps eux-mêmes seraient des termes équivalents, des organismes homologues qui représentent sous deux faces opposées, comme les sexes, une seule et même nature. En un mot, tous les êtres proviendraient de l'Être et auraient ses propriétés à quelque degré, chacun selon sa propre essence. Telle est au fond la théorie de l'unité de substance, qu'on aurait tort de confondre avec le panthéisme, puisqu'elle ne fait qu'exprimer cette thèse religieuse que

tout a sa cause en Dieu et porte les traces de son origine, «c Ex ipso et per ipsum et in ipso sunt omnia. »

Qu on ne s'étonne pas que cette question des propriétés communes nous jette dans le courant de la métaphysique : c'est la question des catégories ou si Ton veut de l'analogie universelle, qui a séduit tous les grands esprits. Les catégories, en effet, désignent depuis Aristote, qui a créé le terme, les attributs communs de toutes choses, c'est à dire les ])oints de ressemblance qui existent entre tous les objets de la pensée. Tout est semblable à tout, s'il y a réellement des catégories, en même temps que tout diffère de tout : les choses se ressemblent par leurs propriétés communes, et se distinguent par leur essence propre, qui modifie ces mêmes propriétés. Les attributs de Dieu se réfléchissent dans le monde, les êtres finis sont faitsà Timagede VÊtre infini, la pensée même correspond à la réalité et les lois de la connaissance sont conformes aux lois générales de la création. Tout est construit sur le même plan, et dès lors tout peut se reproduire fidèlement dans la conscience. Les catégories contiennent le secret de la méthode : qui les possède peut tout connaître, en analysant toutes choses avec ordre d'après l'évolution des éléments les plus simples et les plus fondamentaux de la pensée. La science est acquise quand unobjet est complètement déterminé sous tous les rapports. Comment procéder à cette détermination pour ne rien oublier d'essentiel? En examinant successivement l'objet du point de vue de chaque catégorie. Les catégories, enfin, sont une topique logique : elles sont les « lieux communs » de la philosophie, c'est à dire une base et un moyen pour le dév^ loppement scientifique de la pensée. Les lieux eux-mêmes sont une application des catégories à l'art oratoire, application qui doit attendre ses perfectionnements ultérieurs des progrèls de la logique.

Le premier système bien connu de catégories est celui d'Aristote. Les mots, d'après le Stagirite, ne peuvent exprimer que dix espèces de choses. Il y a donc dix genres de l'être ou dix points.de vue sous lesquels on doit envisager la réalité. Et comme le premier aspect embrasse les autres et s'ap-

plique & tout ce qui est, les catégories sont véritablement des attributs universels ou communs. Du reste, Àristote ne suit aucune marche méthodique pour découvrir les catégories. Mais, quelque incomplètes qu*elles soient, elles ont rrayé la voie, elles ont nourri la pensée pendant tout le moyen âge, elles sont encore un travail digne d*aclmiration. Voici les dix catégories :

ovo'ioe,

essentia.

ressence;

roffôv,

quantitait

la quantité ;

n-otôv,

çualiiiu,

la qualité ;

Trpoî Tl,

reUtiio,

latelation;

TTOV,

l'espace;

TTOTC,

quando.

le temps;

xeto-Oai,

siiuê.

la situation;

ïxetv,

àabitut.

la manière d'être;

TTOlfîv,

aetio,

l'action;

nàv^iiy.

pattio.

la passion.

La première catégorie est celle de l'être ou de Tessence qui est au Tond de toutes les autres, parce qu*il y a de Tétre partout, et dont les autres ne sont que les accidents ; elle seule existe en elle-même et sert de sujet commun à tous les attributs que Tentendement peut affirmer. Ces dix genres, dit Àristote, ne se résolvent pas les uns dans les autres, mais s*unissent simultanément en un même sujet : la qualité n*a pas de quantité, le temps n*est pas Tespace, mais chaque objet possède une quantité et une qualité et se manifeste à la fois dans le temps et dans Tespace. Les catégories sont les éléments les plus simples de la pensée et du langage, elles sont irréductibles, elles n'ont pas de genre supérieur et ne peuvent, en conséquence, se définir; mais elles ont leurs affections, leurs accidents, qui les différencient dans les divers sujets oii chacune se réalise. Toutes aussi ont leurs oppositions, qui s'expriment sous la. forme de la contradiction, par Taffirmation et la négation, ou sous la forme de la coatrariété. Les contraires (ra tvavTîa) qui affectent toutes les catégories sont l'être et le non-être, l'un et le multiple.

le même et Tautre, le semblable et le dissemblable, Tégal et rinégal. La puissance et Tacte, autres contraires, se rapportent à la qualité, à la quantité et à l'espace (1).

Il est aisé de voir ce qui manque à ce tableau de catégories comme méthode, comme unité et comme enchaînement ou combinaison d'idées. La puissance d'abstraction d'Âristote y domine : les catégories ne s'unissent pas entre elles, comme les idées de Platon. Il serait également facile de critiquer les détails du système : les quatre premières catégories sont fondamentales et seront reprises dans la suite; les autres sont plus ou moins accessoires et accusent la préoccupation d'Àristote de considérer l'individu comme la base de toute réalité. La passion, la situation, la manière d'être ne s'appliquent qu'à des êtres finis; l'espace ne convient qu'au monde des corps.

Aux dix catégories (prœdicamenta), on peut ajouter les cinq catégorèmes (prsedicabilia), qui les complètent. Ce sont : le genre, yévo;, l'espèce, «^i^^V, la différence, (^la^opà, le propre, Wtov, et l'accident, <rv^€£6flxéç. Ces termes universels comprennent les divers ordres de relations qui existent entre deux choses, sujet et attribut. L'animal, par exemple, est un genre par rapport à Thomme, et l'homme est une espèce par rapport à l'animal. La raison est la différence qui distingue cette espèce des autres : c'est l'excès de la compréhension de l'espèce sur celle du genre. Énoncer le genre et la différence d'une espèce est le but de la définition, qui fait connaître l'essence de l'objet. Le propre dérive de l'essence; l'accident y est étranger : l'un sera, par exemple, pour l'homme la faculté de parler, l'autre la couleur (2).

Le tableau de Kant est mieux coordonné. Les catégories y sont représentées comme les formes de l'entendement, c'est à dire de la faculté de juger. Elles correspondent donc aux

(1) F. Ravaisson, Essai sur la métaphysique d'Aristote^ l. I., part, m, llv. III, chap. I. Paris, 1837. — Barthélémy Saint-Hllaire, la Logique d'Aristote, 1. 1; Paris, 1838.

(2) J. Stuart Mil], A System oflogic, bock i, chapi. vu, H^ edil. London, 1862. — Tl). Reid, Analyse de la logique d^Arintote.

diverses espèces de jugements et sont elles-mêmes des concepts supra-sensibles, impliqués dans toutes les opérations complexes de la pensée. L'erreur de Kant, en ce point, consiste à s*appuyer sur la division vulgaire des jugements, sans même chercher à la compléter et h la réformer, pour découvrir les éléments les plus simples de rintelligence. Les catégories ne sont pas postérieures , mais antérieures au jugement. Voici d*abord le tableau des jugements :

]. Quantité.

Jugement singulier,

• particaiier,

• universel.

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