‹ Logique [microform]Chapitre 20 sur 88 · VI · texte numérisé non relu

VI

LMdentité, en physique, du continu et du discontinu. « La matière, dira4-on, est ou absolument ce continue, ou composée de points. Non, dans le « fiiit elle a ces deux caractères à la fois. La quancc tité continue est vu même temps discontiiuie. » entwcber ifr bic ÎOIatcric fc^kcl)tl)in centinuirliè obcr pnttuell; fie l)at akr în bcr tW beibc :BcMimmun3Cu (xui, 39). ®ic outiniurlidjcauantitat i|l abcr cbcn fowoblbiêctct (vi, 201).

L^identité de Lépicurisme et du stoïcisme. « L'épici curisme arrive au même résultat que le stoïc isme. « Son but, son résultat a la même élévation, et lui « est tout à fait parallèle o Un^ ce fommt eit^cn--

iiià) baffclbc ^:Rcfiilfat Ijcrauë^ aU bci bcn Stoifcm

5t)r 3wcct unb ^}kfultat fcmit auf iilcid)cr .*:cl)Cj unb

qanj farallcl mit bcr tloifd)ca ^^M)ilo[opl}ic (xv, 453).

L'identité du positif et du négatif en algèbre.

ce On croit qu'il y a une diflerence absolue enire

« le positif et le négatif. Non , les deux sont en

PRINCIPE D'IDENTITÉ

a eux-mêmes la même chose, et Ton pourrait « nommer positif le négatif, et réciproquement. » %m SPofititjcn unb 3îcgatit)en meint mmt cincn abfolutcu Untcrfd)icb ju l)ûbcn. 9îcibc juib inbe§ rtnfid)baflelbc unb man fonntc bcè^alb bûê ^ofitit»e aud) baê'^îeqatit^e ncnncn, nnb cbcnfo umqefcl)rt (vi, 240). Ceci serait très-vrai quant aux noms conventionnels donnés en géométrie aux axes coordonnés. Mais le sophiste ne l'entend pas seulement ainsi, car il en conclut que 3 moins 8 font onze et que -|-r— ;i'=27. @o jînb [xx — 8-|-3 {ibcr()ûupt cilf (ïinl)citcn torl^anbcn.... ©0 i|î

L'identité de Vnctif et (\u passif en économie, par cette raison riue « ce cjui ( st pr/ssi/ponr l'iui « est aclif pour l'autre. » "ISûê bci bcm êincui, aie ^c^ulbncr, cin ^Jîcqativ>c$ ijl, baffclbc ifî bci bcm Sinbcrn, bcm ©laubigcr, cin ^^^o(ltil>c§ iv, 53, et vi, 9^0 ).

« Quand l'actif et le passif se compensent et « donnent zrro^ on n'en a pas moins son capital po- « sitif, comme dans l'équation -|-/7 — a:=:a. » ^cnn fcinc actifc unb paf\'m SBcfîimmung fid) and) jur "Jhill rcbucirtcn^blcibt crftcnêpoêitit^cB^apitaljûlB-f-''^— '^^^^^ï

Hegel pose aussi , si nous pouvons en croire nos yeux, une identité que l'on ose à peine énoncer, c'est celle du soleil et de la lune. Ici nous ne vou-

2«2 LOGIQUE BU PANTHÉISME

Ions rien affirmer. Nous ne soutenons pas que Hégel enseigne cette identité. Nous citons seulement le texte , écrit dans un langage qui sera expliqué ci-dessous. Le lecteur jugera. « Quelque chose est « en soi Vautre de soi-même, et trouve dans cet . autre sa limite. Que si l'on demande maintenant ce la différence entre quelque chose et autre chose , « on trouve qu'ils sont mnne chose : identité que « le latin exprime fort bien par les mots aliud^ Cl aliud. Vautre, opposé à quelque chose, est lui- « même quelque chose , et c'est pourquoi nous ce disons quelque chose cT autre; de même que le ce premier quelque chose , opposé à Vautre , est « lui-même Vautre de l'autre. Quand nous disons ce quelque chose d'autre , nous nous figurons que « quelque chose , pris en soi , est simplement ce quelque chose^ et que la détermination qui le « présente comme autre chose est purement accicc dentelle et extérieure. Par exemple, nous nous ce figurons que la lune, qui est quelque chose ce d autre quant au soleil , pourrait exister si le ce soleil n'existait pas. Dans le fait, cependant, la ce lune , en tant que quelque cliose , a son autre a en elle-même... « (,vr, 182, voir ci-dessous n. v). Donc puisque quelque cfiose et autre chose sont toujours mmie chose, comme le démontre ce para-

PRINCIPE D'IDENTITÉ

graphe, il s'ensuit bien que le soleil et la lune sont même chose ; d'autant plus que la lune a le soleil en elle-même , puisqu'en général que/que chose a toujours en soi-même autre chose.

Enfin l'identité de l'erreur et de la vérité. <c L'idée, en se développant, pose en face d'elle- « même son contraire, une illusion, et son activité c< consiste à enlever cette illusion. La vérité ne (( peut sortir que de cette erreur , et ici est le fon- « dément de notre réconciliation avec l'erreur , « comme avec le fini. Vautre^ c'est-à-dire l'erreur, re en tant qu'absorbé, est un moment nécessaire (c delà vérité ^«

On ne comprend le sens complet de ce passage qu'en remarquant qu'il ne s'agit pas de détruire l'erreur ou le fini , mais de l'absorber et de Tidentifier. « Car, dit Hegel ailleurs, l'idée est l'unité « de l'idéal et du réel , du fini et de l'infini, de « l'âme et du corps. « ©ic ^bcc alêbic 6in()citbcB5bcc[= Icu iinb 9îcclcu, Dc^ gnbhdjcn unb Uncnblid^cn, bcr @cclc imb bcê £cibcè( vi, 388 ). De sorte que l'erreur, étant

* îDie ^\>tt in il)rem ^^rojc^ mad)t fid) fclbfl cine 2aufd)un(j, fcçt cin ^Inbcrcô fid) flcgcniiber, unb i\)x 2l)un beflfl)t barin, biffe îaufd)un^ auf= jul^ebcn. Tkvlx au* bicfcm 3rrtt)um ^e^t W 2î?a|)rt)cit !)crt»or unb l)ierin Ufflt bie 25cr(ol)nuni^ mit bcm 3ï"ï'tl)um unb mit ber (?nblid)tcit. Ibat Slnbcréfepn obcr bcr 3vitl)um, aU aufcîetjobfn, ifl felbfl ein notbwcnbiejer SOîoment bcr 2Bal)rl)eit. (vi , 384.)

jg^ LOGIQUE W PANTHÉISME.

même chose que le fini , doit . comme le fini , être fondue dans l'infini , mais non anéantie . Pour mieux entendre tout ceci , .1 faut se rappeler le sens sacramental du mot enfr.er (oufl?cbcn) , qui est le ressort général du système de Hegel. Hegel définit ce m^t comme signifiant à la fois suppnr»er et conserver; et il loue beaucoup la langue allemande de donner à ce mot ce double sens sans lequel le système de l'identité serait impossible. «Remarquez ici , dit-il, le double sens de notre „ mot allemand >.>/r.er (a«fl)cbc«). Par enle.rr «nous entendons d'abord supprimer, ""i . « comme quand nous disons qu'une loi ou une „ institution est supprimée (aufgcDckn) • Mais enU- „ „.,- veut dire aussi consen'er , maintenir, comme . on dit qu'une chose est bien en/e.ée. Ce double .. sens du mot, qui le rend k la fois négatif et af- « firmatif, n'est pas un effet du hasard, et ne doit „ point du tout être regardé comme un défaut de . notre langue, ou une source de contusion , c est „ au contraire une preuve de son esprit specu- „ latif transcendant , qui l'élève au-dessus des .1,- „ l.rnmes de la raison vulgaire '. - Vous avez la

k™.*» fÎeben ,» «innem. «««r a«f.,.b.„ .n,,,.n mr e.n.ol

PRINCIPE D'IDENTITÉ

toute la clef du système hélégien : affirmer et nier simultanément par le même mot. Ce mot est la vraie clef du système de l'identité.

Et qu'on ne nous accuse pas de tronquer les textes et de les altérer, quand nous les citons en partie. Nous ne citons que ce qui est nécessaire; mais nous citons le sens de l'auteur. Par exemple, la plus (tonnante des identités de Hegel , après celle de Fètre et du néant, qui n'est pas contestable, est celle du bien et du mal. Or, nous citons de lui ce texte : « Le mal^ réfléchi en nous.,,, est même

c( chose (pie la bonne intention du bien jj ®ûê

2îôfc aie bic innci'tîc 9îefïcxion . . . ijî baffclb'c, waê bic gufe ©cfinuung bcê ©utcn .... Le texte complet est ceci : « Le mal,, comme réflexion profonde de ta subjectifs vile en elle-même,, opposée li F être objectif et f( mnversel, rpu pour elle tiesf qu apparent^ est la « même chose que la bonne intention du bien

« ABSTRAIT. » ®a§ %iu aU bic inucrtîc ^Jîcfîcrion bcr

cin(i5cfc0, fine ©iuvidjtung , u. (. w., fej)cn auf3et)obcn. SBeitcr l)ci§t banii iibcv aud; aufl)cbcn fo oicl ab aufbetpal^rcn, unb wir fpredjcn in bicfcm <è'm\\ '^(coow, bajj cttraè xoù\){ ituf^cl)obcn fci. 2»iefer fvvad)C|ebrauci)^ lid)c X*i)vvcljînn, wonac^ bajfflbc 2Bort cinc ncqatbe unb pofîtiDc Sebcutunq l)at, barf nid)t ab jufdUig antjcfcl^en, nod) ctwa o^ax bcr 6prad)c jum Sorrourf (jcmad^t wcibcn, ab jur "Serwivrun^ Scranla|Jung (}cbenb, fonbmt c^ ifl bavin bcr ubcr ba* bloè vcrflimbigc ©ntwcbcr^Dbcr l)ijiauô|d)rcitcnbc fpctfuUuivc ©cij^ unfcrcr 6prad;e ju crtcnncn. (191. VI,

LOGiQlt: DU PANTHÉISME.

eubjcctimtàt infid, ge^cn b«8 Objective «ub îlUflcmciuc, baê iljr nur ec^ciii ift, ijî batTclbc, ma bic gutc 0c|iunuug bc8 att^raftcn (>îut«n (vu, Sgo).

On pourrait reprocher ici la suppression du mot ahstrait. Ce sérail bien à tort, puisque cette suppression, loin d'altérer la p.nsee de l'auteur, aftaiblit plutôt c- que nous voulons prouver, et c'est aussi pourquoi nous y revenons. Qu est-ce, en effet, pour Hegel que le bien abstrait, Veïre abstrait, etc.:' C'est le bien pur, l'être pur ; c est le bien non réuni à son contraue, le mal. C'est le bien pur, le bien immédiat, le bien en lui-même. Le bien concr.t, pour le sophist.-. c'est le bien reconnu pour ulentuiue à son contraire, le mal; comme r.Hrc concret est l'être reconnu comme identique à son contraire, le néant. Ceci est dan. tous les ouvrages de Hegel le sens constant, continuellement répète, des deux mots abstrait el coua;i. \ussi, pour lui, le bien pur, sans mélange pris en lui-même, est exprimé par les règles et lois morales données par b conscience. Cys. ce qu'il affirme . n parlant <1,^ M.ph.stes, nous 1 avons vu. C'est Ik le bien a/,s,-ail, qu'il dit .Hrc identique au mal. Le bien concret, du reste, ne vaut pas mieux, car le bien concret, c'est ce .pie donne la volonté uni^. rsdle (vn, 388). Or, cette

PRINCIPE D'IDENTITÉ

volonté universelle, ce bien, est droit et devoir tout aussi bien qu il a est pas droit et devoir. S^fî bcr allqcmciuc ^illc, baè ©utc, ^Jicc^t imb ^^fUc^t cbcn fo \vt>\)\^ aie mé) nic^t (vu, Sgo).

Donc le texte que nous avons traduit ainsi : {( Le mal réfléciii en nous... est même chose que la « bonne intention du bien, » nous pourrions le traduire plus énergiquement, comme il suit : « Le « mal réfléciii en nous, comme opposition à la vo- « lonté universelle, est même chose que le bien pur, « le bien en lui-même. » C'est exactement le sens de Hegel, par suite duquel, au reste, il montre, dans cent endroits de ses ouvrages, le plus profond mépris pour la morale; méprisant ceux qui l'établissent, louant tous ceux qui la détruisent, plaisantant Socrate comme inventeur de la morale bourgeoise, et affirmant que ce qu'il y a de plus louable el de meilleur dans Épicure, c'est sa morale. « La partie la plus décriée de toute la doctrine « d'Epicure, c est sa morale ; c'est dès lors sa partie « la plus intéressante; mais Ton peut dire aussi a que c'est le meilleur côté du système '. »

3|t ©pitm-'ô 2?îoial baè Scvfdjricnfie fcincr £cl)ic, unb bal;er aiid) baô 3utfrc)l[antc|lc; abcr man fanii a\xé) fa^cn, fie i|"l baè Scjîc \>axan. (XIV, 144.)

ZoO

LOGIQUE DU PAI^JTHEISME

PRINCIPE D'IDENTITÉ

il n'y a donc pas d'équivoque. Hègei pose toutes les identités que nous avons dites, dans le sens où nous les présentons.

Il est doue établi, qu'eu pratique, la sophistique contemporaine, eu posant Tideutité dt^> contradictoires, détruit à la fois le piiucipe d^identité et le principe de contradiction, c'est-à-dire qu'elle détruit le fondement du syllogisme, et le fondement même de la propuMlion, qui est la pensée même,

la parole même.

U'àïs comme ceci, quoique prouvé, est incroyable, nous insistons, et nous allons montrer les textes où Hegel piocède théoriquement à cette attaque, et répudie toute la Logique connue jusqu'à ce jour, comme absurde, contradictoire et désormais

ruinée.

« Lii formule du principe de l'identité, dit Hegel,

a est celle-ci : Tout est identique avec soi-même, ou « bien J=J. ou bien, prise négativement (le prince cipe de contradiction) /( ne peut pas, en même a temps, être et ne pas être J. Or cette formule, au

lieu d'être une vraie loi de la pensée, n'est que la loi du raisonnement abstrait. La forme même de cette proposition est en contradiction avec son contenu, puisque toute proposition promet une différence entre le sujet et l'attribut, et que celleci ne fournit pas ce que promet sa formel.. « L'école dans laquelle seule de telles lois sont encore conservées a, depuis longtemps, par sa Logique, qui promulgue sérieusement de telles lois, perdu tout crédit, soit aux yeux de la saine et commune raison, soit aux yeux du penseur=*... La théorie de l'identité est de la dernière importance. Il faut bien s'entendre sur le vrai sens du mot, c'est-à-dire, qu'avant tout, il faut savoir qu'il ne doit plus être question de l'identité abstraite, c'est-à-dire de celle qui n'est identité qu'avec exclusion de la différence. C'est là le point qui sépare toutes les mauvaises philoso-

ï 2»cr eû(î bcv 3bcntitàt lautet bemnad; : SlUcô ifi mit fic^ ibentifd^ ; A — A; unb ne^ati»: A tann nid>t juglcid) A unb nïà)t A fcpn. — 2>iffer Qxi^, |latt tin wat)rcô 2)cnt()cfe0 ju fcijn, i|l nic^tô aie \>(i{> @cfc0 bfft abjlratten SJcrflanbcé. 2)ic gorm beô sBa^H roibcrfvridjt it)m fdjon (clbjl , ba cin vraij aiid) eiucn Untcrfc^icb jtt>ifcï)cn ©ubjch unb ^rabitat tocrfpric^t, biefcv abcr baô nid)t Uijlict, waè fcine Som forbert. (vi, 230.)

" 2)ic edjiile, iw bcr alletn fold^c (Befe^e gcltcn, \)at ftd) langfl mit il)riT fiogit, welctjc bicfelbe ernfl()ûft vortra^t, bci bem gcfunbcn 9?icnr fd;enucr|lanbc, wie bci ber 25ernunft um bcn ^rcbit gcbradjt. (vi, 231.)

290 LOGIQUE DU PANTHÉISME

ce phies de celle qui mérite seule le nom de phi-

« losophie'...

Il Oo formule ainsi le principe de contradiction : « De deux attributs contraires, un seul conscient à et la même chose... On ne voit pas que ce principe, « qu'on appelle aussi le principe du troisième ex- « clu (principium exclusi tertif), est le principe de <! la raison déterminée», qui, voulant échapper à « la contradiction, y tombe au même instant. On „ nous dit : A doit êt^ -H A ou A : pas de mi-

« lieu. Mais en parlant ainsi, ce milieu est déjà « posé, puisqu'on a commencé par dire A, lequel « n'est ni plus A ni moins A, et est en même temps « et plus A et moins A^. »

' (f* ifl t>on groger SSJi^tigrcit, fid; ûbct bir wat>rc SBcbcutun^ ber Sbentitât gcijkis ju wcrfianbtflfn, woju bann Dor aUcn îDingen ge^ôrt, U% bicfclbc iiic^t blD* al* abfhratte Sbrntitit. b. i). nic^t a\^ JbentitÂt mit îluffdjlicjjuna bc* Untcrfd)irbc* auf^efa^t roirb. T>m i(l bcr 1>untt TOoburd) ftc^i aUc fd)lcd)tc 1>l)ilofov^ic »on bcm unterfc^cibct, waft allcin bcn «Hameii bcr ^i)Uof«>î)t)ic wbicnt. (vi, 231.)

, Hegel appelle raison déterminée celle qui n'affirme pas ridenlité des contraires, et qui dès lors détermine quelque chose comme étant ou comme n'étant pas.

I 2)er ea^ bcft ©e.qcnfa^e* mt tx au(^ aiUgcbriKfl worbcn ifl .

n 3m mti etitgcsrnaefctîten ^xhUtaUn tommt bm €t»a* mv b«* « (ginciu unbt*aiebttcin2>nttef..... 2>cr 6aOc* au*5efdMencn !Dritt€u(*) ifl ber 6a0 bc* beflimmlcn îDcrjlaube*. bcr bm 2Bicbcr(vrud)

(•) Principium exclusi tcrtii.

PRINCIPE D'IDENTITÉ

Essayons de nous rendre compte de cette attaque au principe d'identité et au principe de contradiction. Plus A et moins A signifient l'aHirmation et la négation directement contraires ; comme, par exemple : « Je mourrai demain, ou je ne mourrai pas demain. » La logique ordinaire dit que ces deux propositions contradictoires s'excluent; que si Tune est vraie, l'autre est fausse ; pas de milieu. Le sophiste, pour échapper à cette évidence, trompe l'œil par une apparence d'algèbre. Il dit que l'affirmation c'est plus A^ que la négation c'est moins A, et qu'entre l'une et l'autre il y a un milieu qui n'est ni l'un ni l'autre, ou qui est l'un et l'autre, comme on voudra, et qui est A. L'auteur ne dit pas que quand, en algèbre, on pose A, cela veut dire nécessairement, inévitablement et toujours plus A, ce qui anéantit sa fraude. Mais sortons de l'algèbre où Hegel n'entend rien. Le principe de contradiction , en Logique , signifie que, étant donné un attribut A, par exemple, l'attribut bon^ on ne peut dire d'un même sujet que l'une de ces deux choses : // est bon, ou : // nest pas bon; il

t»tm fid) abt)altcn will, wnb inbcm er Wh t()ut, benfclbcn be^cï^t. A fott cntroebcr + A obcr — A fcpn; bamit i(l fdjon ba* 2)rittc, 'bCih A m^^ti fprod)cn, wclc^cfr webcr-f-nod) — iji, imb brtô eben fo wol^l ç^yx^ al*-f-A unb aU — A gcfe^t i|^. (vi, 239.)

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LOGIQUE DU PANTHÉISME

PRINCIPE D'IDENTITÉ

faut, OU l'affirmer ou le nier, pas de milieu. Hegel soutient qu'il y a toujours, entre le oui et le non, un milieu et une conciliation possible qui affirme et qui nie à la fois l'un et l'autre. Or, essayez de former, avec l'attribut ùon, ces trois propositions dont la Logique nie la troisième. Voici la première : Diet4 est bon. Voici la seconde : Dieu n est pas bon. Comment formerez-vous la troisième, en n'y mettant ni plus J, ni moins Â, mais A tout pur, sans oui ni non ? Essayez : formez une proposition dont le sujet soit />/6//, l'attribut bon, mais sans oui ni non. Évidemment vous ne pouvez parler.

Mais essayez cependant de parler et dites : Dieu bon, La Logique alors vous répond, comme l'algèbre : Quand on dit Dieubon^ cela veut dire Dieu est bon. Quand rien n'est explicite, c'est l'affirmation qui est nécessairement sous-entendue, comme quand vous posez A en algèbre, c'est poser plus J II est donc absolument impossible de former une troisième proposition entre les deux, qui les concilie. Il n'y a que deux propositions possibles, dont l'une est vraie, l'autre fausse, voilà tout. Il est absolument vrai que Dieu est bon. Il est absolument faux que Dieu ne soit pas bon. Il est absolument vrai qu'il n'y a pas de milieu entre ces deux propositions. Il est absolument vrai qu'un

triangle a trois côtés ; et absolument faux qu'il n'ait pas trois côtés; et absolument vrai qu'il n'y a pas de milieu entre l'une et l'autre assertion, d'est le principe de contradiction, ou principium exclusi tertii^ lequel régit inévitablement et toute parole et toute pensée.

Comment donc Hegel se tire-t-il de là ? Il vous l'a déjà dit, mais vous ne l'avez pas compris. Il s'en tire par un principe que, le premier, il a introduit dans la science, et qui transforme la Logique, le principe du troisième survenant, principium tertii interi^enientis.

On ne peut se défendre ici d'une réminiscence des Lettres Provinciales. Qu'on se rappelle l'étonnement du provincial, lorsque le casuiste lui nomme le Mohatra. — Le Mohatra, mon père I... — Je vois bien, dit le casuiste, que vous ne savez ce que c'est ^ Les deux interlocuteurs viennent de convenir que, dans un cas donné, prendre l'argent serait un vol. — Donc on commet un vol si on prend l'argent, dit le provincial. — Pas précisément, reprend le casuiste. — Mais comment? — Par ce principe qui ne vous était pas connu : le Mohatra!

' T. I, lettre VIII, p. 139.

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LOGIQUE DU PANTHÉISME

PRINCIPE D'IDENTITÉ

Or, le Mohatra est ici le principe du troisième smvenani^ par lequel il existe un milieu entre voler et ne pas voler, tout en prenant l'argent.

Avouons donc que nous ne savons pas non plus ce que c'est que le principe du troisième sun>enant. Il faut nous en instruire. On nous l'a pourtant déjà dit : le troisième survenant, c'est A, qui survient entre plus J et moins A, c'est-à-dire, entre oui et non. Nous avons déjà vu, il est vrai, qu'il est impossible de former une proposition sans oui ni non, ou que, si l'on essaye d'omettre l'un et l'autre, c'est toujours oui que l'on sous-entend, et que chacun entend à l'instant même.

Comment Hegel fera-t-il donc la troisième proposition survenant pour concilier les deux contradictoires, par exemple entre Dieu est bon, et Dieu n est pas bon? Le voici : il nous a dit que A n'est ni plus J ni moins A, mais il a ajouté aussitôt, ce que l'on n'a pas aperçu, peut-être, que A, par cela même, était en même temps et plus A et moins A. Donc, rien de plus facile que de formuler la troisième proposition survenante, et la voici : Dieu est et n*est pas bon.

Tel est le Mohatra logique de Hegel. Mais le sophiste ne voit pas que la troisième proposition n'est pas une proposition, mais deux propositions

que, pour abréger, on prononce de suite sans répéter le sujet. Ce sont les deux propositions contradictoires, entre lesquelles rien du tout n'est intervenu. Et, en effet, l'une demeure absolument vraie, l'autre absolument fausse, comme par le passé ; de même que si l'on disait : Un triangle a et n'a pas trois côtés.

Hegel soutiendrait-il qu'on peut dire : Tel homme est bon et n'est pas bon ? Il suffirait alors de remarquer que deux propositions contraires, quand il ne s'agit plus de Dieu ni de géométrie, c'est-à-dire de la vérité absolue, mais d'un être contingent, d'un être complexe, d'un homme, par exemple, peuvent s'énoncer sous différents rapports, mais non pas en même temps, sous le même rapport : l'une est vraie sur un point, l'autre sur un autre point. Cet homme est bon jusqu'à tel point, non au delà : où est ici la contradiction? Son cœur est bon et sa tête ne l'est pas : ce sont deux sujets différents, cœur et tête. Donc ce n'est pas du même sujet qu'on affirme deux attributs contraires. Le principe de contradiction demeure donc vrai sans aucune exception. A ne peut pas, en même temps, être et ne pas être A, comme Hegel le formule luimême en le niant.

Selon lui, les contradictoires sont identiques

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LOGIQUE DU PANTHÉISME

PRINCIPE D'IDENTITÉ

absolument, et la même chose peut s affirmer et se nier en même temps, dans le même sens et sous le même rapport. Il loue Platon de l'avoir entendu

« Platon exprime (|ue tautre^ le m'ij^atif^ le non a identique, est en même temps l'identique, et cela « sous un seul et même rapport. Ce ne sont pas « seulement des laces différentes du même objet, a qui demeurent en contradiction avec elles- « mêmes. » (Hist. philos., p. ai3. Tome XIV.)

II faut bien entendre que, selon la doctrine, deux objets différents sont identiques par le point même où ils diffèrent. C'est ce que le dernier des hégéliens' exprime par cette formule du plu^ haut comique, mais que l'auteur dit sérieusement : « En a quoi deux choses sont-elles différentes? Cesi en a quoi est leur identité. »

Mais veut-on savoir comment Hegel, après avoir renversé, comme il s'en flatte, le principe de l'ancienne logique, établit son propre principe et le démontre directement?

On ne le peut pas croire sans les textes; on ne le croit plus quand on n'a plus les textes sous les yeux.

Voici donc cette démonstration.

Soit un objet quelconque : je dis que cet objet est identique à tout autre. En effet, soit un second objet différent du premier. Ce second objet est l'autre, à l'égard du premier; mais le premier est r autre, à l'égard du second. Donc ils sont f autre tous les deux.

Donc ils sont identiques : par ce principe de l'ancienne Logique, que deux choses identiques à une troisième sont identiques entre elles.

Telle est cette facétieuse démonstration.

Vous voyez ici le rôle du troisième survenant (principium lertii intenfenientis), dans la dialecti- (jue de Hegel. L'autre est ici le moyen terme qui unit les deux objets différents, et en démontre l'identité. C'est ainsi que toujours l'identique et le non identique sont identiques.

Dira-t-on que nous ne citons pas exactement ? Mais c'est Willm, son impartial et patient historien, qui comprend ainsi l'argument.

rc Telle est, dit-il % la subtile déduction du prin- « cipe fondamental de Hegel. Elle repose princi- « paiement sur cette assertion sophistique, que « quelque chose de déterminé, en devenant un au-

M. Midielet de Berlio.

' Willm, t. IV, p. \ 60.

PRINCIPE D'IDENTITÉ

« tre, ne fait que revenir à soi, parce quil est luia même un autre quant à fautrr, et par consé- « quent identique acre lui, »

Veut-on le texte même ?

Pour l'intelligence de ce textt», il faut prendre le mot quelqiw chose, comme si c'était un nom

propre.

« Dans son rapport à un autre, que/que chose est « déjà lui-même im aulre quant à celui-ci; de a telle sorte que, si quelque chose passe à un au- « tre état, étant déjà identique à ce qu'il devient m (les deux n'étant pas jusqu'ici autrement détercc minés), quelque chose, en devenant un autre, ne a fait que revenir à lui-même. Ce rapport à soi, « qui subsiste dans le passage et dans le changea ment, constitue véritablement l'infini, ou plutôt a l'infinité. En d'autres termes, du point de vue « négatif, ce qui est changé est tau tre ^ il devient « r autre de l'autre. Ainsi l'être se trouve rétabli, « mais comme négation de la négation : il est alors « être pour soi

« etwa* ifl im 25crt)âltni§ ju eincm Sinbcvcn, (elb|l fd)on tin Slnber m gegen baffelbe, foii|l bo ba*, in weld^c* e* ûbergcljt , ganj ba\\dbt i(|, wû* btt*. m[à)€t ûbertjf l)t — beibc Ijabc n Uine wiitcrc , aie eine unb bicfdbf SBeflimmunfl, fin Slnbere* |u (ctjn — fo <)et)t Ijicvtnit ctwa5 in (cinem im Ùbcrâc^en in flnbcrc* nur mit {ié) felbfl jufttmmcn, unb biefe

Ceci paraît-il trop obscur? voici un autre texte. Prenez toujours quelque chose pour un nom propre.

(c Quelque chose est en soi l'autre de soi-même, « et quelque chose a cet autre pour limite objec- « tive. Nous demande-t-on quelle différence il y a « entre quelque chose et autre chose, il est visible « qu'ils sont tous les deux la même chose (bûf bcibc a baffclbc |ïnb); identité que la langue latine rend a fort bien par l'expression aliud aliud. Autre chose « en face de quelque chose ^ est lui-même quelque « chose y et c'est pourquoi l'on dit quelque chose « d'autre; de son côté, le premier quelque chose, « étant déterminé, est lui-même autre chose en face « de l'autre chose ' . »

Sejicl)ung Ùbcrgc^en unb im Slnbcrn auf fid) felbfl ifl bic »at)r()aftc UnenbUd)feit. Dbcrne^qatii) betvad)tct, \oab werânbcrt wirb, iftbaèSlnbere, eô wirb "bab 5lnbcrc beô Stnbcren. 60 i|1 baô 6ci;n, aber al* ^Zegation berUcgation wicbcr IjcrgcfleUt unb ifî baô î^ùrfidjfci^n. (VI, 186.)

' dèxxoKXb ijl an \\d) txib Slnbcre (cincr fclbjl unb bcm ^twaô wirb im Stnbern feinc (Brcnjc obj chi». Çragcn mx nunmcl)r nac^ bcm Untcr^ d)ieb 5»t*d)cn bcm (Bixoab unb bcm Slnbcrn, fo jciqt th fi(^, ba^ bcibc baffelbc finb, wclc^c 3bcntitât bann aud) im £ateinif(^cn burd) bic 25cjcidjnun^ bcibcr ab aliud-aliud auégcbrûd't ifl. 2>aô Slnbcrc, bcm dèiwa* gci}cnûbcr, ifl felbfl cin (ïtroa*, unb wir fû^cn bcmgcma^ : (itxoab Slnbcrcé; cbcnfo ifl anbcrcrfcit* ba*©ifle (èixoab bcm (jlcid)faU* aU (5twa* bcfltmmtcn Slnbcrcn gcgcnûber felbfl cin Slnbcrcà. S33cnn tt>ir fa^cn : ^tvùOih Slnbcrc*— fo flellcn wir une gunddifl t)or, (?ttt)aè, fur fid) ^cnomr

LOGIQUE DU PANTHÉISME

C'est ainsi que quelque c/iose et autre chose sont identiques, puisque quelque chose est autre chose^ et qu'aw^r^ chose est quelque chose.

On ne saurait trop multiplier les citations sur ce point; c'est là le principe fondamental de Hegel, principe qu'il prétend avoir démontré sans réplique. Voici donc encore cette démonstration tirée de sa grande Logique (2* édit., t. I, p. 116). Les mots soulignés dans notre traduction sont soulignés dans le texte. Ici la démonstration est triomphante, et tout à fait claire.

a En premier lieu, quelque chose et autre chose a existent l'un et l'autre ; donc ils sont tous les « deux quelque chose,

€ En second Iku, chacun des deux est en même « temps autre chose, peu importe celui des deux « qu'on appellera d'abord quelque chose. En latin, « quand ils se présentent l'un et l'autre dans une a proposition, tous les deux s'appellent aliud. On a dit alius alium; on dit alter altérum. Si nous

'ii J

mcn, fnî ntir €t»a*, «nb bic Bcflimmun^, fin Slnbfre* ju (eijn, tomme bcmfclbcn nur burc^ cine blo§ iufeerlid)e 25ftrad)mn9 ju. SQJir mcinrn (0, j. S5. bcr 9Konb, mié^tx etwa* Slnberc* tfl Q\h bic 6onne, t'omit »ot)l mal (et)n, wcnn bie ©onne nié^t xohxt. 3n bcr 2t)at abcr t)at bcr SOvonb (al* etwo*) fctn îlnbcm an i^^m fclbfl, unb bic* mo(^)t fcinc Cnbli(^tcit au*. (VI. 182.)

PRINCIPE D'IDENTITÉ

« appelons A un certain être, et B un autre être, « B d'abord est par là déterminé comme autre. « Mais A est en même temps tout aussi bien C autre « de B. Tous les deux sont, au même titre, autre a chose,

« Donc tous les deux, soit en tant que quelque « chose, soit en tant c{vl autre chose, sont bien tou- « jours mejue chose. »

Le texte allemand de cette démonstration fondamentale du système de Hegel est à la fois trop clair et trop précieux pour ne pas trouver place en entier dans notre propre texte. Jl faudrait le savoir par cœur; c'est la meilleure de toutes les réfutations de Hegel.

eemaê «nb ?lnbcrcê ^xwi bcibc crfîcnè ®afct)cnbe obcr

3wci(cng ijî cbcn fo jcbc ciii Stnbcrcê. gê ifi glçidjqul. tig, n?clc(;cê jucrjî unb Hof barum (ïtwaê (jcnannt îvirb (im Sûtcinifc^ca, mena fie in cincm eatjc t?crfommcn l)Çi§cn bcibc aliud^ obcr gincrbcu 5(nbcrcn, alius alium; bci cincr ^C(]cnfci(iafcit ijî bcr Sluâbrucf: alter alterum analog). <5Bcnn xo'xx ciu ®afci)n A ncnncn, baê aubère abcr Bj fo ifî 3unaci))î B al3 \i(xl angcre beftimmf. ?(bcr V ifrcbcn fofc!)r U% ?lnbcre be§ B. 93cibc fuib auf ^(cic(;c ^cife auc() 2ln0cre. -:Bcibc jînb )oa>oI;i nlê gtiuaô aie auc^ al§ Slubcreè beliimmf, ^icrmit baffcibe.

LOGIQUE DU PANTHÉISME

Or, ce qui est vraiment incroyable, c'est que la démonstration burlesque qui vient d*être exposée, et sur laquelle repose tout le système, est appelée par Hegel et ses disciples « une démonstration l)ien « simple, mais irréfutable'. »

Nous ne la réfuterons donc pas. Mais nous allons voir ce que pense Âristote sur ce sujet.

Ici se présentent trois curiosités à la fois. La première, c'est qu' Aristote a connu et décrit le système de Hegel. La seconde, c'est qu'il la parfaitement jugé. La troisième, c'est que Hegel, qui le sait bien, admire passionnément Aristote, et que les hégéliens se disent fils d' Aristote, aussi bien qu'ils se reconnaissent petits-fils des sophistes.

Le dernier fait ne peut plus nous surprendre, car si Aristote contredit directement Hegel sur tous les points, il s'ensuit qu'il dit la même chose, par cela même que les contradictoires sont identiques. Mais alors pourquoi Hegel ne peut-il supporter Cicéron, qui le réfute d'avance sur plus d'un point?

* î)if gani einfac^fn, httrum Mcttcidjt unf^^nbarcn, abcr unroibcr- If glidjen SHfflcfioncn, bif im § 95 mt^altcn \mh. (vi. 189.)

PRINCIPE D'IDENTITÉ

Pourquoi lui reproche-t-il son ineptie, sa fadeur et sa platitude, pendant qu'il prodigue la flatterie à Aristote, par lequel il est accablé sur tous les points ? C'est qu'il a eu peur d'Aristote, et qu'il n'a pas osé mettre ce nom-là contre lui. On n'en voit pas d'autre raison.

Cicéron, et c'est ce que Hegel doit trouver fort mauvais, réfute dans Epicure le principe du troisième survenant, que ce dernier n'a pas su formuler, mais dont il a senti le besoin, comme tout sophiste : « L'épicurien, dit Cicéron, résiste impu- « demment à l'évidence ; c'est ce que fait Épicure a au sujet du oui et du non, dont on affirme, quand « on pose la disjonction, que l'un des deux est a vrai. Epicure a craint qu*en accordant unepro- « position comme celle-ci : ou Épicure viiTû demain, « ou il ne vivra pas, l'un des deux ne fût nécessaire ; « et il s'est résolu à nier la nécessité du dilemme. « Y a-t-il une stupidité comparable à celle-là * ? » Mais c'est d'Aristote qu'il s'agit.

» Tarn impudenter resistere.... Ibid. Idem facit contra dialecticos : a quibus cum traditum sit in omnibus disjunctionibus, in quibus aut eitom, aut non poneretur, alterutrum verum esse; pertimuit ne si concessum esset hujusmodi aliquid : aut vivet cras, aut non vivct Epicurus, alterutrum fieret necessariumj totum hoc, aut etiam, aut non, ne^^avit esse necessarium. Quo quid dici potest obtusius? (De Nat. Deor., \, xxv.)

LOGIQUE DU PANTHÉISME

PRINCIPE D'IDENTITÉ

Ij

:it

Hegel, disons-nous, pour fonder le panthéisme, détruit toutes les lois de la raison et ses deux procédés. Or, en tant que détruisant le syllogisme, il est clair qu'il doit avoir affaire à Aristote; en tant que détruisant la dialectique, c'est Platon qu'il rencontrera.

Voyons si Aristote a prévu Hegel, et comment il le juge. Mais d'abord, voici l'opinion de Hegel sur Vristote.

Hegel nomme âristote « un des plus riclies, des te plus profonds génies qui aient paru dans le m monde : un homme auquel nul autre, dans au- « cun temps, ne saurait être comparé... de tous « les philosophes celui envers lequel on a été le (c plus injuste, et auquel la stupide tradition attrift bue des doctrines qui sont précisément le cona traire des siennes... Du reste, il est à peu près

« inconnu*. »

Cela posé, nous disons, — et nous pesons bien nos paroles, — qu'il n'y a pas un seul point essentiel du système de Hegel qu'Aristote n'ait connu, n'ait décrit, n'ait dévoilé, n'ait contredit absolu-

« ^in SDlann, bem feincScit dn©lci(t)e* an bic ecitc ju (IcUen ï)ût... Uinm ^pt)ilt)fopt)fn fo x>id Unrcd)t (\n{)an worbcn (ifl) burd) ^anj Qt=

bantenbff îrabitioncn benn maw \d)vùbt il)m 2infid)tcn ju, bic qc^

rabc ba* <?ntgegcnflc(c^c fcinc i* ^t)tUfovl)icfmb.... fogut ab unbcrannt, (xiv, 264.)

ment, n'ait qualifié d'absurde, et n'ait traité avec le plus profond mépris.

On comprend la possibilité de cette réfutation, écrite vingt-trois siècles d'avance.

Aristote avait sous les yeux les sophistes, pères de Hegel, que Hegel reconnaît comme tels. 11 avait sous les yeux Heraclite, dont Hegel dit : « Il n'y a « pas une seule proposition d'Heraclite que je n'a- « dopte dans ma Logique. » Enfin le profond génie d'Aristote avait en face de lui la réalité de l'esprit humain et la possibilité psychologique de la double tendance de l'esprit vers la lumière de l'être ou les ténèbres du néant. Il a compris, décrit et absolument condamné les tendances ténébreuses des sophistes, qui sont les mêmes dans tous les temps.

Voici donc ce que dit Aristote au sujet du principe d'identité, ou du principe de contradiction qui nous occupe ici, principe dont Hegel affirme qu'il n'est plus soutenu que par la scolastique, laquelle, par cela même, a perdu tout crédit, soit aux yeux du sens commun, soit aux yeux du penseur.

« Le principe certain par excellence, dit Aris- « tote % est celui au sujet duquel toute erreur est « impossible (Trepi r.v ^tatj/euGÔrvat â^uvarov). En effet

» Met. m [iv], 3. Nous suivons ici, et souvent ailleurs, la savante traduction de MM. Pierron et Zévort.

306 LOGIQUE DU PANTHÉISME

a le principe certain par excellence doit être le plus « connu des principes, et un principe qui n'ait rien c( d'hypothétique, car le principe dont la posses- « sion est nécessaire pour comprendre quoi que ce « soit ne peut être une supposition. Enfin, le prin- « cipe qu'il faut nécessairement connaître pour ce connaître quoi que ce soit, il faut aussi le pos- « séder nécessairement, pour aborder toute espèce « d'étude. Mais ce principe, quel est-il ? Le voici : « // est impossible que le même attribut appartienne ce et n'appartienne pas au même sujet, clans le « même temps, sous le même rapport, (To yàp aè-ro « à|jLa ÛTuàp^ew îcal *p, ÙTrapyetv, ût<îuvaTov tô> auTw xaTOt Cl TO aitTo.) N'oublions ici, afin de nous prémunir w contre les subtilités logiques, aucune des conte ditions essentielles que nous avons déterminées ce ailleurs.

« Ce principe est, disons-nous, le plus certain « des principes. C'est celui-là qui satisfait aux conir ditions requises pour qu'un principe soit le prin- « cipe certain par excellence. Il n'est pas possible, « en effet, que personne conçoive jamais que la « même chose existe et n'existe pas. ( 'ASuvatov ykf CI dvTivaouv TaÙTO uTroXa(jL6flcvetv eivat, xai (avj eîvai.) Héra- « dite dit le contraire, selon quelques-uns ; mais K tout ce qu'on dit ainsi, le pense-t-on? Que si,

PRINCIPE D'IDENTITÉ. 307

« d'ailleurs, il est impossible que le même être ad- « mette en même temps les contraires (et il faut « ajouter à cette proposition toutes les circon- « stances qui la déterminent habituellement); et si « enfin deux pensées contraires ne sont pas autre « chose qu'une affirmation qui se nie elle-même, il « est évidemment impossible que le même homme « conçoive en même temps que la même chose est « et n'est pas. Il mentirait donc, celui qui affirme- « rait qu'il a cette conception simultanée ; puisque, « pour ravoir, il faudrait qu'il eût sim.ultanémeni « les deux pensées contraires. C'est donc au prin- « cipe que nous avons posé, que se ramènent en

« nature, le principe de tous les autres axiomes. « Certes, ceci ne laisse rien à désirer. Aristote, on le voit, affirme, de la manière la plus catégorique, précisément le contraire de tout ce que dit HégeL Mais on va voir de plus ce qu'il pense de ceux qui n'admettent pas le principe en question, c'est-à* dire ee de certains philosophes qui prétendent que « la même chose peut être et n'être pas, et qu'on « peut concevoir simultanément les contraires *. «

x«i CîtôXaixêàveiv oSttoç. (Met. m [ly], 4). ' ^^ '^'"*»

Celui qui soulient de telles choses, dit Aristote, « est un homme qui détruit la possibilité de la pa- .rôle, et qui persistenéanmoins à parlera.

Voilà qui est de main de maître! Il est impossible de rien dire de plus profond, de plus complet sur Hegel. Aristote développe ainsi sa pensée : « Quant à nous, nous croyons qu'il est impossible « d'être et de ne pas être en même temps ; et c'est à « cause de cette impossibilité que nous avons déu claré que notre principe est le principe certain

« par excellence ' . »

« Il est aussi quelques philosophes qui, par igno- « rance, veulent démontrer ce principe; car c'est « de l'ignorance de ne pas savoir distinguer ce qui « a besoin de démonstration de ce qui n'en a pas (( besoin. Il est absolument impossible de tout dé- « montrer: il faudrait pour cela aller à l'infini; de « sorte qu'il n'y aurait même pas de démonstra- « tion. Or, s'il y a des vérités dont il ne faut pas « chercher la démonstration, qu'on nous dise quel « principe, plus que le principe en question, se

ce trouve dans ce cas.

« On peut toutefois établir par voie de réfutation

III (ir), 4.)

PRINCIPE D'IDENTITÉ. 309

« cette impossibilité des contraires. Il suffit que a celui qui conteste ce principe attache un sens à (c ses paroles. S'il n'y attache aucun sens, il serait « ridicule de chercher à répondre à un homme qui a ne raisonne pas, et qui est privé de raison : ce « n'est plus un homme, c'est une plante*. »

Celui qui accorde que les paroles ont un sens, celui-là, dit Aristote, accorde ce principe : qu'il est impossible d'être et de n'être pas en même temps. Pourquoi? « Parce qu'il est hors de doute que le « nom seul d'une chose signifie que telle chose est « ou qu'elle n'est pas; de sorte que- rien absolu- « ment ne saurait être et n être pas de telle ma- « nière'"... »

Ailleurs, Aristote revient sur ce sujet : « Il y a « un principe, dit-il, relativement auquel on ne peut « être dans le faux. Voici ce principe : Il n'est pas « possible que la même chose soit et ne soit pas en « même temps, et de même pour toutes les autres « oppositions absolues. Il n'y a pas de démonstra- « tion réelle de ce principe, parce qu'il n'y a pas « de principe plus certain que celui-là 3.

' P. 67. *'E(Txi 8* àTcoôecÇai èXeyxxixwç xaî Tcepl xouxou 6u àôuvatov àv (lovov xl Xe'YYi à àfiçiaêrixwv âv tï (lyjeév, ^eXoTov xô ÇrjxeTv Xoyov, Tcpôç xôv fxTiôevè; Ixovxa Xoyov, ^ (AYjeéva ix^i Xoyov. "0{Jloioç yàp çux^j) à xoioùxo; ^ xoioûxo;. (Ibid.)

» Met.' III |iv], 4. - 3 Met. x [xi], 5.

LOGIQUE DU PANTHÉISME

c Quant à celui qui dit que telle chose est et cf n'est pas, il nie ce qu'il affirme, et par conseil quent il affirme que le mot ne signifie pas ce qu'il

« signifie'. »

Donc, précisément, comme nous Tavons fait, Aristote montre que Hegel, par son principe fondamental de l'identité des contraires, cesse d'attacher un sens aux mots, et détruit absolument la possibilité de la parole et de la pensée,

n Évidemment, dit Aristote, l'opinion de ces n hommes ne mérite pas un examen sérieux. Car « de fait, ils ne disent rien. Ils ne disent pas que « les choses sont ainsi ou qu'elles ne sont pas « ainsi, mais qu'elles sont et ne sont pas ainsi en a même temps. Puis après, vient encore la négation «c de ces deux assertions, et ils disent qu'il n'en est « ni anisi ni pas ainsi, mais qu'il en est ainsi et pas

« ainsi'

Il semble vraiment qu Aristote ait lu Hegel, et qu'il ait en vue ce passage, cité plus haut, où Hegel

• «O 8^ Xéywv elvai to^to, xal jx^i elvai, toûto 5 ÔXwc etvai çnfflv, o5 ç^div. "OctÔ' 5 (HiîJLafvei xo'jvojia, touto ou (pn«i onjxaCvetv. (Met. X [xi],

'i "AtJia 8è çavepôv Sxi nepî oOosvfJç Itti Tipôç toûtov ii ffxé^iç, O06èv vàpHret. OOxe yàp oOxoç, oGx' oùx oîixco; Xé^et, àXV oSxto; x£^ xaU.y. oûxco;. Kai irâXtv je xaûxa àTtôçaatv àjitça,. ôxt oûô' oîix«ç, oOxe ou/ ouxcoc létfii, «XV o'jxwç xt xal oùx oîixwc. (Met. Ill [iv], 4.)

PRINCIPE D'IDENTITÉ

dit qu'il n'y a pas seulement p/us A ou moins A^ c'est-à-dire que les choses sont ainsi ou pas ainsi^ mais qu'il y a encore A qui est à la fois plus A et moins A; c'est-à-dire que les choses sont et ne sont pas ainsi en même temps : mais que, de plus, ce même A n'est encore ni plus A ni moins 4; c'està-dire quil n'en est ni ainsi ni pas ainsi ^ mais qu il en est ainsi et pas ainsi. On le voit, Aristote avait traduit Hegel.

Partout il affirme avec insistance que ceux qui nient le principe de contradiction ne peuvent « ni « articulerunson,ni discourir; car en même temps « ils disent une chose et ne la disent pas. Or, s'ils »( n'ont conception de rien, s'ils pensent et ne pen- « sent pas tout à la fois, en quoi diffèrent-ils des « plantes'?

(( Telle est la doctrine des philosophes qui se « disent de l'école d'Heraclite (dont Hegel admet « toutes les propositions sans exception). Telle est « celle de Cratyle, qui allait jusqu'à penser qu'il « ne faut rien dire : il se contentait de remuer le « doigt '. »

' Et ûè ôfjLoto); àiravxe; xai '|/£uôovxat xat àXrjôtî Xe'Youaiv, ouxe 96éYY6- (xOai, oûx£ EiTceîv xw xotouxw èaxiv. "A[jLa yàp xaOxot x£ xal ovi xaOxà Xéyei. El 5è (iY)6èv u7ioXa(Aêàv£i, àXX' ôp-oitoç ©rexai xat oùx orexat, xt' âv Sta-pepévxw; lyoi xwv tceçvxoxwv; (Met. m [iv], 5.)

* 'Ex yàp xaûxTQÇ xti; \jno},y\^eu)z è5'r.v6ri(T£v fi àxpoxocxiQ ôo^a ttôv eîpT)-

LOGIQUE DU PANTHÉISME

Mais, dira-t-on peut-être, ce malentendu entre Hegel et Aristote vient de ce qu'Aristote ne connaissait pas le principe du troisième survenant, inventé par Hegel. Qu'on se détrompe. Aristote connaissait parfaitement ce principe. On va le voir.

Le grand législateur de la Logique pose d*abord, en ces termes, le principe vrai {principium exclusi iertii), ce principe qui, d'après Hegel, est un principe contradictoire en lui-même : « Il n'est pas « possible, dit-il, qu'il y ait un terme moyen entre « deux propositions contraires. Il faut nécessaire- « ment affirmer ou nier une chose d'une autre. Cela a deviendra évident si nous définissons ce que c'est n que le vrai ou le faux. Dire que l'être n'est pas ou « que le non-être est, voilà le faux. Dire que l'être ce est et que le non-être n'est pas, c'est le vrai ; de « sorte qu'on est nécessairement ou dans le vrai ou (c dans le faux, selon qu'on dit de l'un ou de l'autre « quilest ou quil n'est pas. Mais il est clair qu'on « ne peut dire de l'être qu'il est ou n'est pas : ni du « non-être qu'il est ou n'est pas ^.. Les opposés

{j.£v(i»v, "h tw/ f a<yx6vTwv i^potxXtiTiCetv, xal oïav KpatvXoc etxEv, 8c tô TcXivTttlov oiiôèv wETo 8eîv Xlyeiv, &3àà tôv SdxtvXov èxCvei iiôvov. (Met. m [iv], &.)

* »AXXà (A"?lv O'jSe iiexaÇw èvTiçâ«jicii<; èxôcx^'^o" «^vai ovÔbv • àXX' àvàYxiri tj çàvai ri àitofàvat £v x»ô' évàç Atioûv. AtiXov U npwxov (aIv ôpi<j{xévoic, ii TÔ iltfih xai 'l'tûôo;. Tô \ih yàp Uym x6 8v {i^i «tvai , tj toûto etvai,

PRINCIPE D'IDENTITÉ

« par contradiction n'ont point d'intermédiaire. « La contradiction est en effet l'opposition de deux « propositions, entre lesquelles il n'y a pas de « milieu (iib. x, cap. 7).

« Tout ce qui est intelligible ou pensé, la pensée « l'affirme ou le nie ; et cela, elle le doit évidem- « ment, d'après la définition même du vrai et du (( faux. Quand elle prononce tel jugement affirmatif « ou négatif, elle est donc dans le vrai. Quand elle « prononce le jugement contraire, elle est dans le (f faux ^ . »

Si on admet « ce troisième survenant (elvat tI p.e- « Ta^ù TYiç àvTt9a(je(oç), on devra dire que cet inter- « médiaire existe également entre toutes les propo- « sitions contraires^ à moins qu'on ne parle pour « parler. Alors on ne dirait ni vrai ni non vrai. « Il y aurait un intermédiaire entre l'être et le non- « être... 11 y aurait même un intermédiaire dans le « cas où la négation implique son contraire. Ainsi « il y aurait un nombre qui ne serait ni pair ni ima pair ; or cela est impossible. ^ On le voit, Aristote

^eOSoç- xè tï tô Sv etvat, xal xô (atî 5v [lii etvai àXrjeÉç. •ÛcrxE xal ô Xe'Ytov eivai r\ {xy; elvai, àXT)eEua£i, •rj4/euCTexai. 'AXX' oûxe xô 8v Xe'Ygxai jxri elvai, Ti etvai oûxe xô firi ôv. (Met. m [iv], 7.)

« 'Ext Tcâv xô ôiavoyjxôv xal voTixàv i\ ôiàvoia r^ xaTàçYjffiv ri àiro^Y^di» xoyxo S' a ôpi<7jjL0Û StjXov ôxav àXrjOtûei r\ <|/cûSexat. "Oxav (xèv cbôl auvdri çâaa Yj àTcoçâaa àXyi6£Û£i • ôxav 5è (î)6l, ^l^euSexai. (Ibid.)

LOGIOUE DU PANTHÉISME.

If

a connu le principe du troisième survenant, et en a jugé la valeur. Ce principe poserait un nombre qui ne serait ni pair ni impair, ou, comme nous l'avons dit, un triangle qui aurait et qui n'aurait pas

trois côtés' .

a L'opinion que nous combattons, dit toujours « Aristote, a été adoptée par quelques-uns comme « tant d'autres absurdités.

a Du reste, la pensée d'Heraclite, quand il dit que a tout est et n'est pas, semble être que tout est vrai ; a celle d'Anaxagore, quand il prétend qu'entre les « contraires il y a un intermédiaire, est que tout € est faux. Puisqu il y a mélange des contraires, le « mélange n'est ni tel ni tel; on n'en peut donc « affirmer rien de vrai'. »

Mais voici où se montre toute la profondeur d'Aristote : c'est qu'il aperçoit et le point de départ et toute la marche et toutes les conséquences du système; et il les analyse avec la dernière précision et la plus grande délicatesse.

» "Eti itapà •nâaaç h% zUctt xàç àvTiçdffUC. d V-'h ^^ov evexa U^txtxi.

"Ûate xal owte àX-nUûnu tI; ovt' oùx àXr.OEuaei • xai uapà to ôv êatat

"Eu tv ôaoïç yévemv i\ àttoçaffi; xo Èvavtiov ÈmçépEt, xal £v toutoi; satai, otov iv àpiô|iot; oûte uepitxô;, ouxe où Tceptito; àpi6(i6;- àXX' àZvvaxov. (Met. III [iv], T.)

» "EoixeS* & ti£v HIpaxXiixou Xôyo;, Xeifu» it«vxa etvai xai iir) elvai, «itavxa àXYiQiî itoiâv • à ô' 'AvaÇaTÔpow, etvat xi i^exa^y trj; ivxvçiaew;*

PRINCIPE D'IDENTITÉ

Il en voit le point de départ dans cet abus de la raison, dans ce rationalisme des sophistes qui pensent qu'on peut rendre raison de tout, qui cherchent le premier principe, et croient qu'on peut y arriver par voie de démonstration ; qui veulent se rendre raison de choses dont il n'y a pas de raison. C'est parce qu'ils cherchent la raison de tout (Sik to iravTwv >.oYov CYiTetv) qu'ils admettent l'existence d'un intermédiaire (ti (jLSTaÇù Tviç àvTtçacgwç). Pour eux, il y a un intermédiaire entre l'être et le non-être (xal Trapoc to ôv xal to [jlyi ov £(jTai)'.

K Ce n'est pas tout. Si toutes les affirmations con- « tradictoires relatives au même être sont vraies en « même temps, // est évident que toutes les choses « seront alors une chose unique. Une galère, un « mur et un homme, doivent être la même chose^. » Hegel a tiré et avoué cette conséquence en affirmant l'identité absolue de toute chose.

Aristote analyse ici les dernières racines de l'erreur. U dévoile cet esprit sophistique absolu qui se sépare de l'être et de la vérité, en se repliant arti-

œffxe Tiàvxa ^euôtî. "Oxav ^àp {aix^^^» oùxe àyaÔov oûxe O'jx àyaBôv xô jxÏY[xa' ôjorx' oùSèv eîweTv àXy;6É(;. (Met. m [iv], 7.)

• Met. III [iv], 7.

^ "Exi el àXyiÔei; aî àvxtçâffci; a(xa xaxà xoù aOxoù irSorai, StiXov wç âTtavxa laxai Ev. "E<rxai apa xo aùxè xal xpir,priç, xal xoi^o;» xal dfv- Opwitoç, El xaxà Travxôç xi -rj xaxa^YJffai y) àiroçY)arat èvôéxexai, (Met. m [IV], 4.)

316 LOGIQUE DU PANTHÉISME

ficiellement sur la raison pure, abstraite de toute donnée. Il montre que cette folle raison, à force de chercher elle-même, elle seule, parvient à se séparer même des principes nécessaires qui la supportent et la font vivre : suicide profond de la pensée, analogue à l'acte mortel qui, dans la vie morale, sépare Fâme de Dieu, pour la replier en elle seule, et lui oter ainsi la vie. Chose admirable, Aristote voit toutes les conséquences de cette mort intellectuelle!

Il voit parfaitement au fond de cette doctrine le panthéisme : c'est-à-dire l'identité de tout. « Si Ion « part, dit-il, de la proposition de Protagoras d'où « résulte que les contradictoires sont vrais en « même temps, on arrive à l'identité de tout'.

« Nous parvenons ainsi à la proposition d'Anaxa- « gore: Toutes les choses sont mémechose^. Toutes « les choses seraient alors une seule chose ; comme « nous l'avons déjà dit, entre un homme, Dieu et « une galère, et les contraires de tout cela, il y au- « rait identité*. »

« "Eti el &XiiOst( aï àvTiçàaci; <5|xa xctxk toû «ùtoîS iià<iai, 2tiXov &ç finavta laxai !v... xaOàiifp àvàyxfi toi; tôv OpcûTayôpou Xé^oudi Xôyov. (Ibid.)

» Rai YÎvKtai ôtîj t6 tow 'AvaÇaYOpou, ôtxoû nâvta xpi^f**"^»- (Met. Ili [iv], 4.)

î Kal tcdtvta Ô' àv ûy^ 6v, £>aitep xai itpoTipov efptiTai* xai tavrov latai %r\ àvepwnoç, xai ©«èç, xoi tpiifjpri;, xoi al àvnçàaetc aùrwv. (Ibid.)

PRINCIPE D'IDENTITÉ

Voilà donc bien le panthéisme auquel les hégéliens arrivent en affirmant l'identité de Dieu, de l'homme et du monde. Sur quoi le Philosophe fait cette remarque profonde, que ces sophistes n'ont vraiment pas l'idée de l'être, 'c L'objet de leurs dis- « cours, dit-il, c'est donc, ce semble, F indéterminé ; « et quand ils croient parler de l'être, ils parlent « du non-étre*. » N'est-ce pas précisément pour cela que Hegel dit que l'être pur, pris en lui-même, c'est le néant? 11 sent que l'être, dont il croit parler, c'est le néant.

De sorte que, dit Aristote, «si ce qui constitue « l'existence de l'homme, c'est ce qui constitue a l'existence du non-homme, il faut bien que ceux « dont nous parlons disent que rien n'est marqué « du caractère de l'essence et de la substance, « mais que tout est accident ^. >»

Aristote, qui vient de montrer le panthéisme dans cette doctrine, y voit aussi l'athéisme, qui est même chose. «Pour réfuter ces philosophes, dit-il, on « n'a qu'à leur démontrer qu'il existe une na-

* Tô àopwTTOv ouv loixaffi X^yeiv, xai olôfievoi tô ôv Xe'Yeiv Trepi toû (jl^ ôvTo; Xéyoyat. (Ihid.)

' El ô' êarai aÙTw xai tô Ôirsp àv0pt6iTtp elvai, Sirep \i.^ àvÔpwTrw eîvat. Xi Ôirep {Jiri elvai àvOpw7;ai àXXo earai. "û^t' àvayxaîov aÙToT; Xéyeiv, Ôti ovôevè; ëarai toioûto; eiôixô; xai oùcritoÔYjç, xai àei tw ÛTroxeijxévw Tipoa- 71plAoa{iévo; Xoyo;, àXXà TiavTa xam CTUjAêeêrjxô;. (Met. m [iv], 4.)

LOGIQUE DU PANTHÉISME

PRINCIPE D'IDENTITÉ

(f ture immuable, et les convaincre de cette exîs- « tence ^ f

« En effet, ceux qui admettent l'existence simuln tanée, dans les êtres, des contradictoires et des « contraires, ont conçu cette opinion par le spec- « tacle des choses sensibles..., en voyant toute « cette nature toujours en mouvement;... mais a nous leur disons qu'il faut concevoir, dans le « monde, l'existence d'une autre substance, qui n n'est susceptible ni de mouvement, ni de des- « truclion, ni de naissance *. » Ces profondeurs nous fontcomprendrePadmiration de saint Thomas etdeson siècle pour le grand logicien.

Aristote voit donc que l'idée de Dieu ruinerait cette doctrine, empruntée à de grossières et vagues apparences, malgré le cri de la raison. Il voit les sophistes essayer de se former un principe des choses qui soit à la fois Vélre et le non-étre (l'identité de l'être et du non-être), principe qui leur permette de paraître comprendre comment quel-

1 "Eti Se ôî^Xov, êxi %a\ irp6; toOtou; xaùià toi; rtéXan XexÔéîaiv èpoû- {jitv. *0ti y«P ^«y'^iv àxtvTiToç Tiç çOei;, Ôetxxéov aOxotç, xal iceiaTÉov «ùToûç. (Met. m [iv], 5.)

=» •EXi^Xuôe Ôè ToT; Ôiatitopoûaiv oûttj ifj SôÇa éx tcÔv aWÔYjxwv • i^ (lèv toû £(&« xàc àvTiçâcrei; xal tàvavTta {jTtàpxeiv...7ci<iav ôpwvtEÇ xoL'ÛTfi'v xivoufxévtiv T^v çuaiv... Iti ô* à6<*><J0iii£v aÙToùç 07coXa|i6àv£w xal (xXXviv oOaiav elvai xwv ôvxwv, ^ oûxs xUTQat; hitâpyei, oOxe ç ôopài oSxc Y^veaiçti wapàîtav. (Met. ni [iv], 5.)

que chose devient. « Car s'il n'est pas possible que rc le non-être devienne, il faut que dans l'objet « préexistent l'être et le non-être ^ » Aristote aperçoit donc cet étre-néant de Hegel, qui est son principe des choses, qui est son Dieu, qui est le devenir; et il réfute la possibilité de ce devenir, parla raison que nous avons donnée nous-même. « Voici, te dit-il, la conséquence de ce système : Prétendre « que l\'lre et le non-étre existent simultanément^ « cest admettre t éternel repos, plutôt que V éternel « mouvement (l'éternel devenir de Hegel); il n'y a <c rien en effet, dans le système, en quoi se puisce sent transformer les êtres, puisque déjà tout est « identique à tout ^. »

Aristote est ici au centre du système, et il s'y établit pour eti détruire radicalement le principe même. C'est à quoi il consacre tout le huitième chapitre du IX' livre de sa Métaphysique.

La question est celle*ci : Ce monde, que nous voyons devenir, devient-il par lui-même et à partir de rien ? Est-ce un germe qui, comme le dit Hegel, se déploie seul à partir du non-être et du

^ « Et oùv jxr) èvSe'xexai YeveVeai xô ixyj év, itpoûîrijpxév ôtxotwç xo upSyiia a|ii?w 6v. (Met. m, 5.)

^ Kal xoi ye <rw|igaiv£i xotç (îc|ia çàaxouaiv etvai xal ^^ etvat, ^psjielv [xâXXov çàvai Tiàvxa, \ xiveTaGat. Ou yâp èaxiv el; â xi {iixaêàXXei- (ÎTîavxac Tfàp ÛTiàpxei 7iôt<ji. (Met. III, 5.)

120 LOGIQUE DU PANTHÉISME

simple possible, ou bien, comme le dit la raison, est-ce un germe que développe une force préexistante déjà en acte? Cest la question de Tantériorite delà puissance à l'acte, ou bien de Facte à la puissance. En langage ordinaire, cela veut dire: Le monde s>st-il développé à partir de rien et sans rien? Le monde sVst-il développé à partir de rien, mais par Dieu? Hegel croit que tout ce qui est se développe spontanément à partir de rien, sans rien, et que ce tout en croissance est Dieu. \ oilà son athéisme panthéistique, et le fond même de sa pensée. Aristote montre qu'il n'en peut être ainsi, et que Tacte est toujours antérieur à la puissance. Mais ce point capital se rapporte surtout à la seconde partie de cette discussion, où il sera question delà dialectique et du premier principe des choses. Nous y renvoyons le lecteur,

Aristote aperçoit encore cette monstrueuse conséquence du système de Hegel que notre pensée crée les choses : « de sorte que rien n a été, rien ne « sera, si quelqu'un n'y a pensé auparavant (oki' n o{;Te YÉyovgv ouTe Ecxat oùfiàv, pScvoç xpo^oÇaGavTOç). » Aussi, comme nous l'avons annoncé, Aristote ne traite qu'avec le plus profond mépris le sophiste qui enseigne ces absurdités. Pour lui c'est un menteur (ô 4te^^tu<i{i.évoç)-, ou bien une plante (optoç y«P

PRINCIPE D'IDENTITÉ

<puT(o 6 Toio'jTo;); une chose qui ne pense pas (oOÔàv yàp hSéyBTOLi voetv), qui ne parle pas (ouÔàv yàp T^éyei) qu'il serait ridicule de réfuter par des raisons^ puisqu'il ne raisonne pas, et n'a pas de raison (yeXoîbv To ^TiTetv Xoyov, irpoç tov ^rfie^oç e^^ovxa >.oyov, ;q (XYiÔéva é'^ei >.oyov); et dont enfui la doctrine effrontée ( âxpaTou >oyou) ne mérite pas un examen sérieux (irepl oùSevoç

£<TTt TTpô; toOtov 71 CKe^j^tç) (l).

Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'ajouter quelque chose à ce jugement d'Aristote, motivé comme nous l'avons vu. Le juge est bon et compétent, nullement récusé par le condamné luimême, qui le nomme au contraire le plus grand des philosophes. H suffit de résumer le jugement d'Aristote en deux mots : Le point de départ de ce système, c'est le rationalisme absolu^ qui veut penser comme Dieu sans recevoir le principe nécessaire, indémontrable et imposé, de toute démonstration ; le moyen, c'est la négation du principe de l'identité ou du principe de contradiction, en d'autres termes, c'est la destruction même de toute parole et de toute pensée ; le résultat, c'est le panthéisme et l'athéisme.

Il est triste, convenons-en, pour un si hardi no-

» Met. m, 3, 4, 5, 0, passim, 1. L.

LOGIQUE DU PANTHÉISME

valeur, et pour ses fiers disciples, de se retrouver ensevelis tout entiers, et depuis vingt-trois siècles, dans Aristole.

Cuvier, sur quelques débris d'ossements, reconstruisait les monstres du passé. Âristote, sur des fragments futurs de grand sophiste, a reconstruit le monstre à venir. Il en a décrit tous les membres, en a distingué les organes, en a connu les mœurs, en a dit la génération, et Toffre aux yeux si complet et si conservé, qu'on pourra voir et étudier, jusqu'à la fin des siècles, la merveilleuse monstruosité dans les pages du grand philosophe.

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