XIV PREFACE
les Codes germaniques qui ont régné sur le sol français. Mais ce ne sont pas les lois promulguées sur les bords du Rhône ou de la Seine qui nous apprendront comment vivaient nos pères, lorsque leurs tribus à demi sauvages campaient sur les côtes de la Baltique ou sur les rives de rOder. A l'époque où ces lois furent rendues, les Francs , les Goths, les Burgondes, assouplis par le christianisme, disciplinés par les rois, transportés sous le ciel du Midi, au sein des douceurs de la civilisation et du luxe des cités, avaient presque oublié les mœurs simples et rudes de leur première patrie. Si l'on veut connaître les Germains, il faut remonter pour ainsi dire par les mêmes chemins qu'ils ont suivis dans leurs conquêtes, il faut pénétrer jusqu'aux lieux mêmes d'où il sont partis, jusqu'à ces presqu'îles du Jutland et de la Scandinavie que Jornandès appelait « la fabrique des nations. »
Ce que M. Gide disait en si bons termes des anciennes lois Scandinaves en général, peut s'appliquer mieux encore aux lois suédoises qu'aux lois norvégiennes ou danoises. La Suède, en effet, est en retard de plus d'un siècle sur les deux pays voisins. Ainsi, pour ne donner que quelques exemples, l'esclavage était aboli en Norvège à la fin du xii^ siècle, tandis qu'il ne disparut en Suède qu'au xiv% l'usage des testaments s'introduisit en Norvège dès le xii* siècle , et ce n'est guère qu'à la fin du xiii^ que l'on admit en Suède la liberté de tester ad pias causas; l'œuvre de rédaction des coutumes commença en Norvège au xii' siècle, tandis que la plus ancienne des lois suédoises, celle de Vestrogothie , ne fut rédigée qu'au commencement du siècle suivant; enfin la substitution d'une loi unique aux diverses coutumes provinciales s'opéra beaucoup plus tôt en Norvège qu'en Suède.
L'état si longtemps slationnaire de l'ancienne civilisation suédoise peut s'expliquer par plusieurs causes, dont quelques-unes sont communes d'ailleurs aux autres pays Scandinaves. Les populations qui se fixèrent en Suède, Goths