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contrait point ou presque point encore en Suède de grandes agglomérations de population d'où pût partir l'initiative de réformes. Les deux villes les plus importantes, Biœrkô et Sigtuna avaient été détruites, la première, au commencement du xi° siècle, l'autre en 1187. Les fondations de Stockholm s'élevaient à peine que Bergen était depuis plus d'un siècle une cité florissante. Au xiii* siècle, les villes de l'intérieur de la Suède n'étaient guère que des marchés de paysans (1). — D'un autre côté , la centralisation, qui avait pu produire en France d'heureux résultats sous les premiers Carolingiens, fut inconnue en Suède jusqu'au commencement du xiv^ siècle. Sans doute, les diverses provinces de la Suède proprement dite et de la Gothie étaient bien sous l'autorité d'un roi unique , mais l'union entre elles n'existait que dans la personne du roi : chacune avait, au point de vue législatif, conservé son entière indépendance. L'organisaiion profondément démocratique des provinces s'opposait à toute action sérieuse de la royauté sur la législation , et nous verrons bientôt que les réformes dues à l'initiative royale sont presque insignifiantes jusqu'à la seconde moitié du xiii® siècle. — La Suède qui s'était maintenue presque sans révolutions jusqu'à cette époque (car la substitution d'une royauté unique aux diverses principautés qui se partageaient le pays n'eut point de conséquences graves en raison de l'indépendance dont chaque province continua à jouir) , avait aussi été à l'abri de ces invasions qui bouleversèrent le reste de l'Europe , entraînant pour certams peuples la perte de leur liberté nationale et occasionnant en même temps des modifications profondes soit dans le droit public, soit dans le
(1) Amira , loc. cit. Pour désigner les places de commerce, on employait l'expression Kaujnng, Kôpinrj, qui forme aujourd'hui la terminaison d'un certain nombre de villes suédoises. Lorsque les villes se furent fondées en Suède, elles purent prospérer beaucoup plus facilement que dans l'Europe méridionale, car elles eurent beaucoup moins à lutter contre la féodalité.
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droit privé (1). On retrouve donc dans la Suède du xiii° siècle les Barbares de la première et très lointaine invasion, et on ne trouve qu'eux. « On peut affirmer, dit Wilda (2) , malgré l'incertitude qui plane encore sur la topographie des tribus germaines, que les contrées où Tacite (3) place les Cimbres, les Goths, les Suions, sont les mêmes que ces peuples occupaient encore au moyen-âge. » Si les races étrangères n'avaient point pénétré en Scandinavie, il en était à peu près de même , à notre époque, des idées étrangères. L'influence de la civilisation romaine ne se fît point sentir. Quant au christianisme , il ne s'introduisit que très tard en Suède, au xi° siècle. « A cette époque, les institutions nationales avaient eu le temps de se développer et de grandir et le clergé chrétien ne put les façonner dès le berceau, comme il l'avait fait pour les législations naissantes des Germains du midi (4). » La culture chrétienne ne fut longtemps que superficielle. La loi d'Upland , rédigée tout à la fin du xnf siècle, est encore obligée de poser en tête du livre de l'Église la prohibition du culte des idoles et la défense de « croire aux bois et aux pierres. » De même la loi de Gotland, de rédaction contemporaine à celle d'Upland, contient encore un titre sur « les sacrifices païens, » et sanctionne par des amendes les prohibitions qu'elle édicté à cet égard. D'autre part, le clergé fut loin, pendant les deux premiers siècles de l'introduction du christianisme en Suède, d'y avoir la situation prépondérante qui lui était reconnue dans l'Europe « méridionale, » suivant l'expres-
(1) C'est à cette cause notamment qu'on peut attribuer l'absence dans la Suède du xiii® siècle de toute institution féodale.
(2) Das Strafrecht der Germanen , p. 11.
(3) Il faut se garder d'ailleurs d'ajouter une foi absolue aux récits de Tacite notamment en ce qu'il dit des Suions, Germ., c. 44 : ce Apud illos... nec arma ut apud ceteros Germanos, in promiscuo, sed clausa sub custode et quidem servo. »
(4) Gide , loc. cit.
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sion de la loi de Vestrogothie. Le prêtre, dans la première rédaction de cette loi, est encore soumis au droit commun des citoyens, prœster skal i bondalaghum vœrœ (Mand. 5 : 1). Le célibat ecclésiastique ne fut introduit qu'au milieu du xiii'' siècle, et longtemps après on trouvait encore de nombreux prêtres vivant en concubinat (1). Cette situation, exceptionnelle pour l'époque, du clergé suédois, tint d'abord à la cause indiquée plus haut par M. Gide, et ensuite à la manière dont le christianisme s'introduisit et se propagea en Suède. Sans doute , ce ne fut point uniquement par la douceur et par la persuasion que la nouvelle doctrine s'établit ; mais, en Suède, le recours à la force brutale pour comprimer le paganisme ne fut que l'exception, et la croisade dirigée en 1123 contre les païens du Smâland ne fut heureusement qu'un fait presque isolé de sanglante persécution.
Pour toutes les causes que nous venons de signaler rapidement, il n'est point surprenant que le droit suédois, tel que nous le révèlent les différentes lois provinciales rédigées dans le cours du xiii^ siècle , ait un caractère d'antiquité très reculée et que l'on puisse , grâce à ces sources précieuses, étudier les Barbares dans leur organisation primitive, pour ainsi dire, et au moins aussi bien que dans les Codes germaniques rédigés en latin, soit en Gaule, soit en Allemagne, soit en Italie. Ce n'est pas à dire que, dans l'intervalle de plus de mille ans qui sépare l'établissement des Goths et des Suions en Suède de l'époque où leurs lois furent pour la première fois rédigées, des changements ne soient point survenus dans les institutions de ces peuples. Nous aurons l'occasion d'en signaler plusieurs, notamment la création delà nœmd^ celle du tribunal du roi, l'abolition du duel judiciaire, l'amélioration de la situation des femmes, la diminution des pouvoirs du père sur ses en-
(1) Il serable même, selon Amira, qu'il}' ait eu encore des évêques mariés dans la première moitié du xiii*^ siècle.