SUR LA CHIMIE ACTUELLE
Aujourd'hui, je crois l'avoir montré par les considérations qui précèdent, rédifice théorique de la Chimie est, dois-jc oser le dire, bâti sur un sable mouvant.
Lïnccrtilude, en effet, règne sur ses bases essentielles, et plus particulièrement sur la valeur fixée pour les équivalents.
D'une manière générale, on conslate en Chimie une certaine confusion en matière de composition intime des corps simples. On y parle à la fois d'équivalents, de poids moléculaires, <le poids atomiques. Les équivalents sont déduits, par les uns, de la considération des poids; par les autres, de la considération des volumes. L'accord est loin de régner en ce qui concerne les notations chimiques et les formules des corps.
Les équivalents, les poids atomiques adoptés pour les divers corps simples peuvent donner des certitudes pour leurs rapports, mais leur valeur intrinsèque n'est pas établie.
J'ai montré qu'il y a lieu de faire des réserves sur les diverses méthodes suivies pour la fixation de cette valeur.
J'ai fait voir, notamment, que la méthode volumétrique, ce guide de la Chimie moderne, est l'esclave de la température et de la loi de Mariotte. Elle repose, en effet, sur ce qui s'observe dans les conditions toutes relatives de notre vie sur le globe, conditions que des lois suffisamment formelles ne relient pas à la vérité des conditions absolues. M. Berthelot l'a compris, lorsqu'il dit mélancoliquement (Sur réchelle des températures et sur les poids moléculaires, Annales de Chimie, 6® série, i885, t. IV, page 84) :
Au milieu de ces chan^cMueuts ince^ssanls et progressifs des gaz réputés siuiples, sous riufluence des hautes températures, que deviennent nos conventions et nos hypothèses atomiques sur le nombre des molécules, hypothèses construites seulement d'après les données observées au voisinage de la temix3rature ordinaire? La constitution des particules dernières de nos corps élémentaires
ponrra-l-elle désormais être ainsi siinplifu'O arbitraircmenl? En fail. rétudc approfondie des chaleurs spécifiques, invo([uées napfuère à l'appui de ces hypo llièses, celte élude, dis-je, tend h établir que la chaleur, qui dissocie les molécules comix>sées en leurs élénienb, s*e\ercc pareillement pour désajjréger les groupements, sans doute bien complexes, des particuh^s qui constituent les matières mêmes appelées jusqu'ici élémentaires.
Je Goiilinuc rexaineii des bases incertaines de la Chimie.
J'ai fait ressortir que la loi de Dulong et Petit, maintes fois invoquée, même en matière de iixation des équivalents, n'est pas exacte.
J'ai fait voir, enfin, que riiypothèse d'Avogadro, sur laquelle la Théorie Atomique tout entière repose, est erronée. Cette hypothèse a été admise un peu au sentiment. Je crois avoir démonlré sa complète inexactitude. Que reste-t-il, dès lors, de Timmensc corps de doctrine, d'ailleurs si profond, si beau comntb déduction, bâti sur elle?
Si je pénètre dans le détail, je trouve, dans le domaine actuel de la Chimie, d'autres causes d'erreur.
Parmi elles, je vais citer au premier rang celle relative à TéquivalcMil de Toxvffène.
La Chimie tout entière s'est développée dans l'hypothèse que réquivalentenpoidsde l'oxygène est 8, lorsque, en réalité, il est 2.
Ku égard à Pimportance considérable de l'oxygène en Chimie, cette erreur, on peut le dire, présente de la gravité.
J(î prends un exemple :
M. (irimaux, dans son ouvrage. Théories et Notations chitniqnes (p. ().")), se proposant de rechercher le poids moléculaire dePacide carbonique, s'exprime ainsi :
Soit ;i (iélerminer le poids moléculaire de Tacide chlorîquc, qui n'est pas volatil et (lui se décompose dès fio",
l/ariahsc montre que le chlore, riiydrojîène et l'oxy^çene sont dans les rai)- |K)rts (1(; 35,5 de (U, 1 d'il, liS d'O, c'est-à-dire i atome de chlore, 1 d*li>(Irogène, 3 d'oxjjjçène. La formule la plus simple serait donc CA O'il.
L'auteur démontre que c'est bien la formule qu'il faut adopter.
Mais je demande quelle est cette analyse dont parle l'auteur?
(U's \S d'oxygène sont-ils le résultat d'une pesée expérimentale, ou ne dérivent-ils pas simplement de l'hypothèse qui assigne le nombre 8 à l'équivalent de l'oxygène?
Si les 3 nombres résultent de pesées, il faut écrire le corps
irC^Cl , tandis que si 35,5 veut dire simplement CI, si 48 veut dire simplement 000, si i veut dire H, la formule sera toujours Cl O* H, mais les rapports de ces trois corps seront
Cl 0' H
On voit par cet exemple quelle influence exerce sur la Chimie l'erreur commise sur l'équivalent de l'oxygène.
11 est rationnel que les 2 corps simples les plus importants de toute la nature, ceux qui fournissent le plus de combinaisons, l'hydrogène et l'oxygène, aient pour équivalents i et 2.
Toutes les formules où entre l'oxygène sont affectées de Terreur qui a fait prendre pour son équivalent 8 au lieu de 2. Tous les rapports de poids établis entre l'oxygène et les autres corps, quand ils sont déduits, non de l'expérience, mais des théories fondées sur la valeur 8 de l'oxygène, sont, en effet, inexacts. Les dénominations de protoxyde, bioxyde, et autres, sont appliquées à des corps autres que le vrai protoxyde, le vrai bioxyde, et autres. Enfin, les formules erronées ont conduit h. des lois de la combinaison des corps, qui sont elles-mêmes erronées en même temps qu'elles ont masqué les lois véritables.
On le voit, tout l'édifice est atteint.
Mais les grands matériaux, œuvre de puissants génies, restent.
11 faut réédifier.
On aura désormais une base meilleure.
Les lois véritables des combinaisons des corps ressortiront de la rectification des formules actuelles.
Cette rectification donnera sans doute des surprises qui, au premier abord, pourront faire hésiter. On ne remplace pas 0 par O^, Al par Al 0, et autres, sans que les formules qui en résultent ne puissent parfois se compliquer (tout en se simplifiant aussi, d'ailleurs, en d'autres cas).
Mais la simplicité doit être repoussée quand elle ne sert qu'à masquer une complication qui est dans la nature des choses et dont la raison, d'ailleurs, se retrouve à l'analyse. Et puis une formule n'est pas compliquée parce que tel ou tel élément apparaît arec un exposant élevé, si l'on trouve en même temps aux
nouvelles formuler que j'indique l'avantiige incompuialtlc d'olK les diflërenls ternies de séries régulières et par cela uirni' l'expression vraie des phénomènes de combinaisons, en mëmB p lenips qu'elles font ressortir, par des rappnx-hentenls, les v^ labk-s lois de ces comliinnii^ons.
Quelle que suit la forme simple ou complexe que prend les formules chimiques transformées selon les nouveaux équin lents, j'espère qu'elles auront le double avantage d'exprimer e v/'Hlables lois des combinaisons et de lixer dértiiitivemetit ] nointion chimique.
Je termine ces eonsidéralinns en rappeliml ici, avec nne îni tance nouvelle vu son importance, une remarque d'un caracl général, que j'ai déjà signalée.
Le point de vue inexact où, à mon sens, on s'est placé, a i de raisonner comme s'il n'v avait que nous dans l'Univers, ■ qu'il n'y ait pas d'autres conditions de lem|)éruhire et de pression que celles qui sont à notre portée, d'autres conditions favorables aux combinaisons des corps que celles que nous avons inventée* et appliquées dans nos laboratoires. Il ne faut janiuis pei-dre c vue que ce que nous avons appelé i- les condilions normales { température et de pression >i sont en réalité, dans l'échelle absolm des températures et des pressions, des conditions absolumei quelconques.
Eu nous basant sur les résultats obtenus dans les condition> normales de t<^mpérature et de pression, nous faisons, si jo pui* m'exprimer ainsi, une certaine Chimie des hommes au lieu de , faire de la Chimie en ^^énéral, nous faisons tme Chimie relati au lieu de fuite la Chimie absolue, une Chimie apparente au lit de faire de la Chimie réelle. Nous devons forcément, de la aori nous éloigner beaucoup, dans certains cas, de la vérité.
Quand on recherche l'absolu, comme je le fais dans ce iravi il faut se détacher de l'atmosphère relative où l'on vit, i) faut i séparer du globe terreslre et envisager l'ensemble des globes i l'Univers, qui nous présentent, aux points de vue de la presslo et de ta lempérnlure. des états qui varient sur une échd immense.
Il n'y a pour cela qu'un moyen, c'est de raisonner sur l quantitt'.<i absolues, non sur des quantités relatives.
niée*
jolv^l
rOr. dans les combinaisons chimiques, les corps se combinent pouls invariables, eu égare! au carartî-re absolu de la loi des poids.
La loi des volumes se buse, an cimti'iiire.snr des volumes relalils, Done. 1^ loi des poids, seule, doit èlie adopléc. I 11 n*\ a que les équivalents en poids qui soieni admissibles ioniine expressions des phénomènes ubsolus. La loi des équivalents en poids étant mainlenanl connue, les iviints, sans doute, n'auront plus d'hésitation, et baseront désor- ■tais la Chimie sur les équivalents en poids. ) La base certaine que j'oiTre aujourd'hui à la Science me parait pviter les Savants à reprenihe depuis l'origine toutes les expélences sur lesquelles la Chimie est fondée, h revoir tous les Kmonts essentiels, tels que poids Bijécifiques de riivdrogèiie, de bxygène. de l'air, de l'eau, les altérations de la loi de Mariottc, ^ tant d'autres, à lixer d'une manière définitive la uomenclature I corp-s simples et de leurs équivalents, et à établir à nouiau toutes les formules des corps composés de la Chimie. F Plus partieulifTemcnt. j'exprime le vœu que les expériences lont les résultats servent de bases fondamentales h la Chimie, soient faites et refaite» avec des méthodes assez sftres pour que loua les doutes soient levés et que la certitude soit acquise.
Tous les équivalents sont déduits les uns des autres. Ils se tiennent donc tous. Si on en modifie un. on porte un trouble d'autant plus profond chez les autres, que le corps doni l'équivii-
til est modifié a joué un plus grand riMe dans la détermination 8 autres équivalenis.
Cette remarque montre le puissant inlérôl qu'il > à à déterinei" avec une exactitude rigoureuse les éqin'vatenis des corps ii jouent le principal rAle en Chiniir. Les équivalenis doivent élre établis à nouveau avec d'autant plus lie soin, que certains Chimistes ont pu, sur la foi des probabilités nées des fonnules déjà acceptées comme vraies, forcer un ^Beu le résultat de leurs expériences, en vue de faire cadrer avec ^Htt formules les formules nouvelles par eux recherchées. ^^n)'une manière générale, la Chimie quantitative doit être l'efaite ^^B fond en comble à la faveur des équivalents nouveaux, qui ^^■présentent des poids formels, et qui offrenl loulr reititude. La
AylJ riiboiiit: -«iiivKLi.K lie i.\ liiiuiE.
simplificution ïni^vilublp qui en résultera fera, on peut en Hiv (■ertïiîii d'avance, ressortir les lois restées cachées jusqu'ù cej<iiir en même temps qu'elle permettra d'expliquer beaucoup d'iinn malies que rine\actiluiic des équivalents a dû semer a c>iai|ii' pus de la Chimie moderne. Les Uns nouvelles qu'on découvrir,, serviront elles-mêmes de poinU de départ pour de nouvPriin progrès, irai lieu de penser que l'introduction dans in Scienir des ^ruis équivalents des corps simples ménagera aux savnnld'heureuscs surprises.
Quand on aura Tait la révision expérimenlale détînilive diéquivalents. il pourra arriver que. accidentellement, ainsi qw' cela se manifeste sur ma Série actuelle, deux corps diffcrei]!aient le même uomiire premier pour équivalent. On en concluni ou qu'il y a erreur d'expérience, ou que l'un des deux corps n'o' pus un corps simple. On cherchera lequel des deux doit céder l' placeàraulre. et l'on pourra cherclier avec contiancc à décorapo-ti celui qui aura été éloigné. De même. lorsque l'équivalent d'im corps réputé simple sera, d'une manière certaine, un nomhri- (imi premier, on en conclura que celte réputation est fausse, cl •>» le soumettra aux actions énergiques de décomposition.
Le jour où la Série des équivalents sera définitivement arrôln par la Science, les lacunes qui pourront s'y trouver indiqueroiii aux Chimistes quels corps, désignés par leurs équivalents, nmi' qucnl et doivent t'tre cherchés.
J'ai la confiance que, h la suite de iclle re\i.«iiin général'', l'accord s'établiia entre tons les savaiUs sur la nomenclature cl la notation chimiques.
Au lieu-de m'at larder dans d'autres ordres de recherches, je croine pouvoir mieux faire qu'offrir dès aujourd'hui ces prénùssP! à la Science, convaincu qu'elle pourra il bref délai y recueillir une ample moisson de connaissances nouvelles, (lui établiront
définitivement la Chimie sur les hases inébranlables de I*e. litude et de ia vérité.