FRANCHISE ELECTORALE AUX FEMMES
Mon très honorable ami a soudainement manifesté une profonde sympaitlhie envers la franchise électorale des femmes de notre pays. J'ai toujours cru qu'il n'était pas très sympathique à ce mouvement, même jusqu'au milieu de la session actuelle, et que quelques-uns de ses partisans avaient eu beaucoup de peine à le persuader de partager leurs opinions sur ce sujet. Mon très honoralble ami a commencé par nous dire que les femmes de l'Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique avaient droit de voter aux élections fédérales. Je diffère totalement d'opinion avec lui à ce sujet. Je dis que les femmes de ces provinces, d'après la loi actuelle, n'ont pas le droit de voter aux élections fédérales. Donc, lorsque mon très honorable ami dit que nous privons ces femmes du droit de voter auquel elles ont droit, il parle sans avoir consulté les statuts, si, comme nous en avons le droit, nous suivons l'opinion des avocats de la Couronne et de toutes les autorités légales que nous avons consultés sur cette question. ^ Je ferai aussi remarquer à mon très honora'ble ami et à tous les déportés de la Gauche que la question d'accorder la franchise électorale à toutes les femmes du Canada est entourée de certaines difficultés, et des plus complexes, qui, d'après moi, ne peuvent être résolues dans le court espace de quatre semaines, limite vitale de ce Parlement. En recevant la franchise élctorale, les femmes deviennent les égales des hommes pour diriger et contrôler le Gouvernement de ce pays. Ceci est la conséquence logique et inévitable de leur émancipation graduelle des jours où la personnalité des femmes se confondait absolument dans celle du mari et où elles n'avaient aucun droit de se prononcer sur les affaires du pays, même lorsqu'il s'agissait de leurs propres richesses. Elles ne pouvaient pas signer le moindre contrat. Dans les affaires de l'Etat, ou même dans leurs propres affaires, on ne les considéraient pas du même point de vue que les hommes. Tout# ceci, c'est de l'histoire ancienne. Nous en sommes arrivés* à ce point: que les femmes du Canada ont droit à se prononcer dans les affaires de l'Etat tout comme les hommes; et, quant à moi, je m'engage absolument à appuyer ce projet. Cependant, j'ajouterai qu'il est nécessaire, avant de le mettre à exécution, de bien l'étudier à tous les points de vue. Je sais, de 'bonne source, que les femmes du Canada connaissent parfaitement la question.
Il faut considérer ceci: d'après la loi du pays, le civisme d'une femme anariée ne dépend pas d'aucune demande de naturalisation de sa part, mais dépend de la nationalité de son mari. Il n'y a qu'une légère exception, qui est devenue loi en 1914, pour la première fois. Voici le résultat de tout ceci: après le 1er janvier 1918, aucun homme ne pourra se faire naturaliser s'il n'a résidé au Canada depuis cinq ans. Jusqu'à maintenant, la loi n'exigeait que trois ans. Si une femme des Balkans, ou d'ailleurs, vient au Canada et si, après trois semaines ou trois mois de séjour ici, elle épouse un homme né au Canada, ou naturalisé sujet britannique, elle devient, par le fait même, sujet britannique. Par conséquent, à moins que nous ne prenions des précautions, cette femme étrangère qui épouse un Canadien ou un sujet naturalisé britannique, aurait droit à la franchise électorale sans avoir résidé au Canada, pour ainsi dire, ou après n'y avoir résidé que bien moins de temps que la loi n'exige pour les hommes. Messieurs les députés admettront donc que la question mérite d'attirer l'attention du Parlement. Je répète que les femmes du Canada s'intéressent beaucoup à cette question: des déléguées de l'Est et de l'Ouest ont même attiré mon attention sur ce sujet. Que faut-il faire dans ce cas-ci? D'après moi, le remède devra être celui-ci: si la femme doit jouir de la franchise électorale tout comme l'homme, dans la direction des affaires du Canada, n'est-il pas raisonnable qu'elle ait aussi le droit de choisir son propre civisme? Puisqu'elle jouit de la franchise électorale, cette femme doit avoir le droit de choisir sa propre nationalité. Quelle est actuellement la loi? Une femme qui a toujours demeuré au Canada, épouse un étranger, qu'arrive-t-il ? Cette femme n'est plus sujet britannique. C'est une injustice, surtout si nous devons accorder aux femmes la franchise électorale. Supposons, de plus, que nous laissions la loi de naturalisation telle qu'elle est aujourd'hui. Alors, toute femme née dans la Grande-Bretagne, ou au Canada, qui épousera uh homme d'origine étrangère, perdra immédiatement son droit de voter, parce qu'elle appartient, par son marriage, à la même nationalité que celle de son mari. Nous devons donc étudier très soigneusement les lois de naturalisation et accorder aux femmes étrangères qui viennent au Canada le droit de choisir leur propre nationalité, droit que la loi actuelle ne leur donne pas.