D. — Que pensez-vous des quartiers de transition
R. — Ce serait une chose excellente. Je n'en connais pas dans les établissements ; mais il existe depuis quarante ans une société de patronage à Grenelle qui rend de très-grands services. Cette société, fondée par MM. Baillarger, Falret et de Larochefoucauld, consiste en une sorte d'ouvroir pour les femmes. Il n'y a pas, je crois, d'établissement analogue pour les hommes.
113. D. — Y aurait-il quelque utilité à ce que les aliénés sortissent à titre d'essai et fussent alors traités à domicile pendant une
certaine période de temps ? Gela se passe ainsi en Angleterre par une application de la loi des pauvres.
R. — Cette mesure serait très-utile. Les aliénés, au sortir des asiles, ont perdu leurs relations et leurs appuis; ils ont sou vent besoin d'aide et de protection.
114. D. — Croyez-vous qu'il soit utile de maintenir dans les asiles les aliénés incurables ?
R. — Les aliénés incurables sont ou des déments, ou des idiots, ou des paralytiques, ou des épileptiques. Certains idiots peuvent être laissés en liberté, mais seulement en province. Ppur les femmes idiotes, il est toujours nécessaire de les séquestrer à cause de leurs penchants sensuels.
Beaucoup de déments doivent être séquestrés. Ils crient, déchirent ce qu'ils trouvent et frappent ceux qui les entourent. Les paralytiques généraux ne peuvent être traités à domicile. Ils sont dans une agitation incessante, et même dans des familles très- aisées on a dû renoncer à les conserver.
J'ai pu parfois traiter à domicile des épileptiques aliénés ; mais dans la plupart des cas, je considère la séquestration comme nécessaire. On peut parfois laisser chez eux les aliénés chroniques ; mais c'est la minorité. J'en connais plusieurs en cet état qui mettent à la torture ceux qui les entourent.
M. Helbronner. — Cependant vous nous disiez que la séquestration et la société avec les aliénés, qui en est la conséquence, était sans danger pour les personnes saines d'esprit comme pour les aliénés eux-mêmes.
R. — Il en est autrement d'une personne qui n'a pas directement à souffrir de l'aliénation de ses compagnons et de celle qui soigne constamment un aliéné et doit supporter sans relâche les tortures qu'imposent les aliénés à leurs familles.
M. Pages. — L'idiot et le dément, même réputés tranquilles, ne peuvent-ils pas devenir tout à coup dangereux ?
R. — Effectivement. Des idiots souvent entrent en fureur, poussent des cris et battent ceux qui les entourent.
M. Pages. — Les idiots ne sont-ils pas souvent entraînés par leurs appétits sensuels à des actes de viol ou à des attentats à la pudeur?
R. — Très-souvent en effet. A Bicêtre, lorsque j'y suis arrivé, les actes contre nature étaient excessivement fréquents. Certains idiots abusaient de leurs compagnons et surtout de ceux qui ne pouvaient parler, les aphasiques. Je suis arrivé cependant à mettre fin à ces faits qui se produisent parfois dans les grands services.
115. D. — Que pensez-vous de l'organisation actuelle du service,
en ce qui concerne les aliénés qui ont été prévenus de crimes ou de délits, ou ont été condamnés pour faits antérieurs à leur aliénation?
R. — A Bicêtre, ils sont placés dans un quartier spécial. Leur sortie ne peut avoir lieu sans l'intervention de la préfecture de police.
116. D. — Avez-vous dans votre service des aliénés qui y soient depuis longtemps ?
R. — Certains y sont depuis quarante ans.
M. RiBOT. — Connaissez-vous des cas oii l'on ait fait sortir trop tôt des aliénés par raison d'économie?
R. — Jamais l'administration ne m'impose de sorties. Elle me demande parfois des renseignements et je donne mon certificat.
M. RiBOT — Ne pensez-vous pas que l'on use avec trop de discrétion du droit de faire des placements d'office ?
R. — Je l'ignore; mais depuis quelque temps on envoie à mon service un plus grand nombre de malades curables.
M. LE Président. — Je vous remercie, au nom delà commission, des renseignements que vous avez bien voulu lui communiquer.
M. Dagonet, médecin en chef de la division des hommes à T asile Sahite-Anne^ est invité à déposer :
117. D. — N'avez-vous pas été médecin en chef d'an asile départemental, avant d'être appelé à Paris?
R. — J'ai exercé pendant dix-sept ans les fonctions de médecin en chef de l'asile du Bas-Rhin.