‹ ÆloïmChapitre 20 sur 70 · LA CONTINUATION · texte numérisé non relu

LA CONTINUATION

DE l'enseignement

ALLEGORIQUE ET GOSMOGONIQUE

Far l'auteur du premier chapitre de la OBHÉSB,

Le cinquième chapitre de la Genèse est la continuation de celui qu'on vient de voir. Gomme il ne contient que des noms propres et des nombres d'années y la forme de renseignement y la manière dont il est donné, est diiSerente.

Dans le premier , l'instruction a été figurée et mise en actioii pour être apprise par les yeux ; dans le cinquième j l'enseignement est verbal et ne s'adresse qu'à l'ouïe.

Néanmoins la rédaction de ces deux chapitres appartient k un seul et même auteur. Le mot ÂLËIM , les Dieux ou les Forces ^ y est employé isolément. Une espèce de parenthèse, au verset 29,

88 iELOÏM,

y introduit le nom de JÉOVÉ pour donner Fëtymologie du nom de Noé , et par une singularité qui trahit le copiste, on verra une addition du même genre au verset 25 du chapitre 4, imité du chapitre 5 , dans lequel chapitre le nom de JÉOVÉ est employé isolément ; le mot ALÉIM y est introduit, dans une parenthèse semblable à celle du quatrième , pour expliquer une des étymologies du nom de Seih.

Les expressions et les phrases du cinquième chapitre sont souvent les mêmes que celles du premier; Fhomme y est créé mâle et femelle, et il n'y est pas question de la femme. L'auteur , en parlant d'Adam , emploie les noms et les verbes qui s'y rapportent, tantôt au singulier et tantôt au pluriel , suivant l'esprit du premier chapitre.

Le titre de cette seconde partie annonce même ce changement dans le mode d'enseignement.

« Ceci y y est-il dit , est le récit des générations » sociales de Vêtre adamique. »

(( Lorsque les Dieux taillaient, formaient, scul- » ptaient l'être adamique, ils le formaient, scul- » ptaient en similaire intelligence des Dieux.

» Us les formaient, sculptaient mâle et femelle ; » et ils les bénirent. — Et le jour où ils les for- )) maient, sculptaient, ils les nommaient Adam.

Ch.r'BRA Ch. 5 BRA

ALÉIM ALÉIM

ADaM ADaM

B— TzLM, et vers. 26 C— DMOUT B-DMOTJT ALÉIM. ALÉIM.

ou LES DIEUX DE MOÏSE. 89

ZCR ZCR

UNQBÉ UNQBÉ

BRA— ATM BRA— M

» Adam à Fâge de cent trente ans engendra » similaire pensée j similaire inuUigence^ de bd et en )) omln'e de lui^ un fils qa*il nomma Seth. — Adam » yécut ensuite huit cents ans ^ et il eut des fik » et des filles. — et Adam ayant atteint 1 âge de » neuf cent trente ans y il mourut. »

Ce qu'il y a de très^ingulier dans ce cinquième chapitre, c'est qu'étant un tableau des généra^ tions d'Adam, il n'y est, comme on voit, nullement fait mention d'Eve , la mère du genre humain , la cause de ses erreurs , de ses maux , et le principe de la régénération chrétienne; on n'y parle point de Gain , le premier homme né de la femme, ni d'Abel, le premier homme que la mort ait frappé. 11 ne paraît pas que l'auteur ait eu connaissance de ces personnages qui jouent cependant un si grand rôle dans l'histoire des malheurs du monde. Il parle des fils et des filles d'Adam sans les nommer , et il les fait naître après Seth, dont la Genèse ne dit rien, sinon qull fat le père d'Enos, et que pour Eve il remplaça Abel.

Seth, auquel on n'aurait fait aucune attention sans les traditions orientales conservées en dehof^ dé la Bible, se trouve donc ici l'aîné des enfans d'Adam , et le seul que l'auteur juge digne d'être mentionné; cela n'est-il pas fort singulier. Or, son nom STh, ou plus correctement ShT, marque

90 2ELOÏM. ,

même cette priorité d'être , car ShT est le singulier de ShT — IM, qui signifie deux ou le second; ShT est donc le un^ le premier^ la base^ le J ondemeni sur lequel s'élève le genre humain et la société humaine. Cette étymologie que Fauteur affecte de mettre en évidence pour qu'on la remarque ' , renverse tout l'échafaudage historique qu^on voudrait élever sur la postérité de Caïn et d'Abel.

Il est bien difficile en effet de se tirer de là , si Ton tient à la lettre du récit contenu dans les chapitres 2, 3 et 4 de la Genèse. Et ce qui augmente la difficulté , c'est que dans les chroniques on ne compte également que d'après ce cinquième chapitre , c'est-à-dire qu'on ne nomme qu'Adam , Seth et Enos, et que Caïn et A bel sont omis. Cependant Caïn n'est pas un personnage dont on peut dire y il, n'a fait que passer et s'est évanoui, comme on le dit d'Abel ; ses descendants sont nombreux et puissants sur la terre.

La même omission existe dans les livres hébraïques de la Bible , et l'on peut à peiné citer quelques allusions contestables. Tobie et le livre de la Sagesse qui sont plus explicites , sont des livres grecs; le premier est une fiction; les juifs, les premiers chrétiens et Saint-Jérôme ne l'ont point mis au nombre des livres sacrés : le second a été composé depuis la version des Septante , plusieurs siècles après Esdras. Son témoignage ne compte pas.

« Ch." 5, V. 8.

ou LES DIEUX DE MOÏSE. 91.

Que résulte-t-il de cette étonnante omission dans un sujet si grave, puisque selon Saint-Augustin et Saint-Jérome fadversus pelagianosj , il a causé la perte entière du genre humain par la transmission d'un péché originel, dont avant eux on n'avait pas découvert la terrible et perpétuelle influence? C'est que les Pères de l'Eglise qui ont voulu expliquer la nécessité du christianisme par la chute d'Adam, ont commis une immense faute; c'est qu'ils ont compromis la perpétuité de la foi en armant le doute contre la vérité qui fait la base du christianisme ; c'est qu'en élevant (ce qu'on ne leur demandait pas ) , cette admirable institution sur une fiction cosmogonique , ils ont préparé une suite d'ébranlements dogmatiques qui se renouvelleront tant que la piété éclairée par la vérité sur cette fiction même ne reviendra pas aux principes de la primitive Eglise ; car id verunt quod prmum^ comine dit TertuUien. Leur opinion sur les conséquences de ce prétendu péché originel a pu ne pas nuire d'une manière sensible au christianisme dans les siècles d'ignorance et de crédulité populaire ; mais dans un siècle de lumière et de doute c'est autre chose ; il faut renouveller la croyance des apôtres et celle de leurs premiers disciples ; on était probablement aussi bon chrétien alors qu'aujourd'hui ' ,

" Parvulus trahit peccatum originale ab Adam j dit SainUAugustin, et; — Deus prœdestinat ad œtemam mortem, propter originale peccatum. — Quare infantuli baptizantur? dit Saint- Jérôme , ut eis peccata dimittantur, répond-il !

Pauvres enfants, il faut donc absolument que vous alliez au dia-

92 SLoiUj

L'épisode du jardin d'Éden ou Héden , et celui d'Àbel , ont donc été considérés par les prophè^ tes et par lest scribes hébreux qui les ont connus , comme des paraboles, des fictions^ des allégories ajoutées aui récits historiques de la Genèse ; mais ils ne les ont pas admis comme prémice indispensable de ces récits. Ces allégories n^étaient donc pftâ au Commencement jointes par le dogme à ces récits historiques y et elles n'en oitt fait partie que très-tard.

On attribue là rédactidii des chroniques à Esdras, après le retour de la captivité , plus de neuf cents ans apt^s Moïse ^ et moins de cinq cents avant J. C. ; donc à cette époque le poème allégorique

ble ; et pourquoi ? Parce que selon ce divum Augustinum , comme les théologiens l'appellent, non est ullîj Ullus médius locus utpossit esse nisi cum diabélo qninon est ùtan Christo, et parce que cEaTUM EST, c'est une chose certaine! apud Orthodoxos , pueras descedentes in originaii peccatosine SaptismOj desgekdere m

LOCDM CfCEIfDAM INFBRNUM W SUBTERRANEUM ÇUÎ HOmlnatur LIMBUS*

Cependant avant ce» deux Pères de l'Eglise, pendant quatre cents ans , il n'est pas question de ce péché originel avec ses horribles conséquences. On ne baptisait pas les petits enfants; ceux qui le fai^ient agissaient abusivement et par excès de xèle ; Tertullien, deux cents ans après Jésus-Christ, blâmait ceux qui cherchaient k introduire cet usage. Qu'on me permette une observation : Jésus fut baptisé ; avait-il lui aussi le péché originel? £t s'H fut mort avant sa passion I serftit*-il maintenant relégué à jamais dans les limbes, ou avec le diable^ selon Saint- Augustin? — Laissons donc, il en est temps, Saint- Augustin et Saint-Jérôme, et recevons le baptême comme le reçut Jésus , comme le reçurent les apMres et téoj left chrétiens pendant quatre siècles , c'est-à-dire comme une initiation au christianisme. Tout ne sera pas perdu , les hommes ne deviendront pas tous des méchants et des impies, parce que de pauvres petits enfants morts avant d'être baptisés ne seront plus la pâture du Goulu, ou ne seront plus retenus dans les franges j dans la lizière{ de Venter sans doute), en un mot dans les LIMBES.

ou LES DIEUX DE MOÏSE. 93

sur le paradis terrestre n'était pas reçu comme fait historique.

On convient aussi qu Esdras y homme de génie y esprit réformateur, revit la rédaction de toutes les écritures ; on n'ose avouer aujourd'hui qu'il Içs rétablit de mémoire, bien qu'il Taffirme , mais on accorde qu'il suppléa de cette manière à ce qui s'était perdu pendant la captivité; qu'il fit des changements dans le sens du texte , puisqu'on parle d'une tradition orale pour l'explication du sens intime. On pense même qu'il ajouta quelques mémoires nouveaux, ou que l'on avait oublié. Enfin on se fie à ses lumières , à la pureté de ses intentions, à son esprit prophétique, ce qi|ii veut dire à son talept comme écrivain ^istféf çomne éradit ; niais cela ne rend que plus embarasss^DO Tomission faite par lui au ccmm^eam^t des chroniques, omission si bien d'aecorà avec k plus ancien mémoire conaervé dans la Genèse '.

Il est donc trës^profaable que le dranae sur Adam et Eve et sur leurs enfants , apporté d'Egypte par Mol»e ou par un initié après lui , est un livre h part , et que ce livre ne fut reçu que comme une allégorie jusqu'au temps de la captivité. Esdras , parfaitement libre , parce que le peuple n'entendait plus l'hébreu , parce que les livres de Moïse

> Les 3% 3* et 4* chapitres de la Genèse sont plus difficiles à concilier, avec ridée que la raison doit se faire de la puissance et de la bonté divine , que le premier chapitre. Cependant les anciens hébreux n'ont défendu à la jeunesse que la lecture de celui-ci; preuve que les trois autres ne faisaient pas partie essentielle et dogmatique des livres hébraïques.

n^existaient plus que dans sa mémoire ou dans Texemplaire retrouvé et retouché par Elqieu, et dont lui seul avait connaissance, pensa pouvoir ajouter 9 coudre, attacher, car c'est le mot, ce livre aux récits qui composaient la Genèse; mais par respect pour la vérité historique , il ne fit pas mention de Gaïn et d'Abel dans ses chroniques. On doit lui savoir gré de cette discrétion , cependant il aurait mieux fait de laisser Fhistoire d'Âdam et' Eve , de Gain et d'Âbel former un poème séparé , ou même de la supprimer entièrement.

Les trois premiers versets du chapitre second exigent une attention particulière. Dans Tinten* tion du rédacteur ils font suite au chapitre premier ; ils ne se lient point k ce qui les suit. Leur composition eut pour but de justifier la sanctification du sabbat, ou septième jour de la semaine.

La rédaction en est étudiée, et la signification des mots a besoin d'être développée. On voit que ce fragment n'est pas du temps des chapitres 1 et 5 .

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