CHAPITRE TROISIEME
Piura ambîgua, sed cognitu non ahiurda*
Nons arrivons à la partie la plus intéressante de la parabole ou allégorie hébréo<-égy tienne. La note qui termine l'explication du chapitre pré* cèdent doit avoir placé le lecteur sur la route qui mène au sens rationnel de ce nouveau chapitre. Nous devons nous attendre à quelques obscurités» Mais si le sens intime tel qu^il va se produire enfin à la lumière ne nous paraissait pas suffisamment clair, ou assez indépendant de la lettre, qu'y aurait-il là dVxtraordinaire? Le sens de la lettre entre aussi dansFintention de Moïse , puisque c'est ce sens qui fait sa parabole , et pour qu'il la suive jusqu'à la fin, pour qu'il -lui donne un dénoûment ne peut-il pas avoir été forcé d'interrompre le sens intime? Je ne dis pas qu'ici cela soit; je demande si cela ne peut pas être : nous verrons si cela est- Il est bon que le lecteur soit prévenu ; il faut qu'il entrevoie la cause des difficultés qui pourront se présenter , afin qu'il sache que nous ne devons pas être arrêté par elles.
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Si ces difficultés se présentent , en effet , elles pourront résulter encore de la signification de quelques mots, aujourd'hui, vague, incertaine, oubliée peut-être. Depuis trente siècles le sens intime de ce récit est un mystère fait pour être caché à tous, excepté aux chefs du peuple ; depuis Yiiigt siècles les chefs du peuple eux-mêmes ne voient plus ce sens dont ils savent Texistence , et qu'ils repoussent avec effroi lorsqu^il veut se faire jour à travers quelques expressionsdu texte. Seraitil donc étonnant qu'aujourd'hui la signification tout-à-fait perdue de certains mots, ou embarrassée par le voile allégorique, ou par de nouvelles inflexions grammaticales et orthographiques , contrariât notre marche?
Le mot essentiel , le mot caractéristique de la partie du récit que nous allons étudier est NEÇh. Le sens littéral de ce mot , sens voulu par la parabole , et par conséquent parle dogme, soitisraëlite , soit catholique , eât SERPEirr. Cette signification n'est pas primitive, propre et radicale dans ce mot. Elle ne lui a été donnée que par suite de l'jusage qu'on a fait du serpent ou du symbole du serpent dans la science relative à la divination en général, et de celui qu'on en faisait pour la divination appliquée aux individus; divination qui n'était primitivement que Yépreuve à laquelle on soumettait Tinitié, afin de connaître sa discrétion et son caractère. Aussi, NEÇh signifie-t-il généralement tenter , éprouver^ chercher à savoir; chercher A savoir le mal, éprouver à mauvaise intention] c'est
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le rôle de Shalhan, un des Âléim ; d'où NeÇh-A , séduire j tromper quelqu'un y lui tendre des embûches ^ le désoler, l'opprimer.
Ramenant cette signification du mot MEGh a notre allégorie, il devient évident qu'il s'agit maintenant de soumettre Finitié aux épreuves ^ aux tentations; de lui envoyer le Peïrazôn , le Sha-tan, V esprit qui se jette à la traverse^ le tentateur^ le tendeur d'embûches, l'ennemi, l'adversaire, l'insidieux.
On ne peut douter, après tout ce qu'on a vu, que cette histoire du Paradis terrestre , d'Adam et d'Eve , et du Serpent , soit une allégorie relative à l'initiation égyptienne; mais comme cette parabole avait passé du sanctuaire de l'Egypte dans les archives des prêtres israëlites , comme la première obligation imposée aux Hébreux était c/e ne point prononcer le nom des Dieux étrangers , on aurait tort de demander à ce récit la dénomination même des Dieux égyptiens. Moïse, auteur de la défense, l'obséira rigoureusement pour lui-même ; les Jui& dans le désert ont servi généralement les Dieux étrangers et particulièrement ceux qu'ils servaient en Egypte ; ils ont poussé la chose jusqu'à exiger un simulacre d'Apis, et néanmoins ces Dieux n'ont jamais été nommés par Moïse.
Dans ce poème , dans cette parabole apportée d'Egypte ou par Moïse, ou par quelqu'autre Jils du Temple, appelé hors de ^Egypte, le narrateur observe la même réservé. Après avoir fait connaître le lieu de l'initiation , les enseignements
donnés aux initiés, les devoirs, les obligations qui leur sont imposés , il lui reste encore à représenter rinitié remplissant ces devoirs et soumis par conséquent aux épreuves du temple.
Pour que ces épreuves eussent lieu, il y à:vftii dans le voisiilagé des grands feniplies égyptiens , ceux oii Vàn peut supposer dès collèges plus célèbre^ et pair conséquent dés înttiatioiis kla science, ufi petit temple réservé pour Typhxnt, et qui était appelé à cause de cela Typhonium. On le retrouve eiïcoi^e exîs^nl à Philoe , k Edfou, àDënderàh, etc. Nou9 allons donc quittel* en quelle sôrl!e He ^àiid temple et passer dans ce Typhofiium.
lei Fauteur se trouvait toucher au synJbble qui exprimait Tennenii , rinsidimix , radversaii*e , le génie dU mal enfin , et il fkllàit le ih^Cli^eil scënè^ Or, il 1-a fkit, niais en déguisant lé rtbm de ce ûïauvais génie , en le couvrant par un autï*e nôM'dont la signification est k peu près la même.
Le mtal moi^l, comfaie toute idée morale, avait son symbole dans la nature , dans lé monde physique. Ge symbole, pour le mal, était le froid, les ténèbres de l'hiver; on le rej^résentait conséquémment par le serpent septentaionAl dont le signe figuré existait dans le ciel des constellation^. C'était le célèbre TyPhON ; le célèbfe OROUM , ORYM, ARYM et AHRYMANE. Son nom TzyPhOUN, TzyPhOOUN et TzyPhON, déjà vu ch. 2, v. 17, est un mot hébreu qui, indépendamment de la signification radicale que nous lui avons reconnue , CELUI QUI ENSEIGNE LE DOUTE , désigUC CU cf-
2'VoLpl ,k. j^^ ^^ y^^j.
cAcuf 3 fireaJiLonle^
TTPROV
( tfw* ^h^dioua^ut téAU/) .
SYMBOLES TTPHÔHIENS
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fet le serpent, le septentrion, le septentrional, Via-^ sidieux , le caché , l'adversaire : il est sumomnié le RÉvÉ^ÂTEU|i, suivant Finterprétation reçue du nom égyptien dom^é par Pharaon à Joseph.
Typhon éta|t représenté en opposition même par sa forme ayec le beau et par conséquent avec le bon. On lui donnait souvent uir vent&b énorme, un ombilic saillant. Ce n'était point pur caprice d'artbte : tout avait sa raison* Ce ventre exagéré désignait l'inclination vicieuse , le penchant à mal faire et à l'impiété ;. car les Égyptiens attribuaient k leur VENTRE, à leurs enJtr ailles, le penchant qui les entraînait vers le mal. — Si dum vioebam de-liqui aliquid^ quod non oportebai, edenikiy vel bi^ bendoj non per me pcccavi, sedper hœCy. disait un des embaumeurs, pour le mort, en montrant les entrailles du défunt extraites du cadavre pour être jetées avec exécration , et chargées de malédictions dans le fleuve '. C'est à quoi fait allusion le vers. 9, chap. 7 de Michée. — Miser ebitvr nos tri finviscerabitur nostrij, et projiciet in profundum maris omnia peccala nostra^ Ce qu'on explique à cause du mot REM, qui signifie entrailles, et miséricorde — non VENTREM per quem peccarunt^ sed peccata ipsa in profundum maris Deus projecit,
La langue hébraïque elle-même, formée pour les mystères des temples et pour toutes les pratiques religieuses, a conservé le souvenir de cet anathème. Nous venons de citer REM^ obtenir miséri-
* Porphire^ cité par Larcher^ trad. d'Hérodote^ tom. -9^ 353. Voyez ci-dessus , pag. 149.
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carde par les entrailles; elle nous donne encore QËB, qui signifie VENTRE, entrailles^ et qui désigne la MALÉDICTION , Vexécratton dont on les chargeait ; V action d^ appeler sur elles les châtiments mérités par les défimts, de vouer au tombeau; nous verrons que la punition infligée au serpent pour malédiction ' ; que Tarrêlqui le condamne a ramper mr lé y^vtkz , est là même une trace de cet usage , et de cette opinion sur le principe du mal quant à Fhomme. On comprendra donc maintenant , je pense , pourquoi, dans cette parabole, l'épreuve à laquelle Finitié devait être soumis était symbolisée par un mot qui exprime dans son sens littéral rACTiON