CHAPITRE I, VERSETS I ET
Afin de suivre plus facilement l'explication du texte, arrêtons-nous un moment sur les mots des deux premiers versets de là Genèse. Leur analyse étymologique exige une attention particulière , et leur puissance s'étend sur l'ensemble du récit cosmogonique de Moïse. Nous reprendrons ensuite ce récit avec plus de facilité et d^intérêt.
Ces mots sont : ÂLÉIM , BRA, BRAChlT, AT, ChMIM, ARTz, TEOU, BEOU, EÇhC, ROVE, MRÈPhT, iMIM.
iELOÏM j
ALÈIM :
Les FORCES, les puissances j les Dieux,
AL, signifie béUer, fort, force; eeux-ei et
celles-ci ^
Dieu'.
AL-É, force, Dieu*; ceux-ci et celles-ci » car
Dieu réunit les deux sexes '.
ALÉ-IM, les J or ces ^ les forts ^ leà Dieux , distingués par le signe de leur nazaréat, leur coiffure ^, lequel, a raison de Fétymologie du mot, ne peut être que le symbole d'AMON, les cornes ou le masque du bélier. Amon est le Démiourgos, le créateur du monde chez les Egyptiens; V artiste *.
Les puissances de la terre, les juges, La gradation de ces significations est sensible, facile à saisir, et n'a pas besoin d'être autrement développée.
BRA
Tailldiivt , eeupaiYSAty sculptaimi^ façonnaimt,
formaiEiit.
BR , est un couteau^ significatioii conservée
dans Tarabe M-BR; de BR-I, tailler , couper ;
> Genèse, 14, 18.
> Deul.,33, 17.
5 Voy. pag. 86.
♦ Nomb. 6, 7.
« Canl. 7,1.
ou LES DIEUX DE MOÏSE. 5
Une production y parce qu^elle se fait jour au-dehors, en ouvrant, en divisant, en coupant;
Un fruits la graine d'une plante;
Et tmjils.
BRÂ, tailler, couper, émonder, et purifier en
taillant , eh coupant ;
Emonder un arbre, le couper;
Former, façonner y donner une fournie nouvelle; sculpter. Per semitas Sapientijs exculp^it DOHiNus MUNDUM , dit le Jézi- 3ah, où livre de la création, attribué à Abraham.
C?rë«r, signification fausse ; les Septante ont traduit le mot BRA par epoièse 9 il fît. Ce sont les interprètes modernes qui ont donné à ce mot le sens de créer. Le sens intime du texte est donc que le môiide a été fait d'une matière préexistante, visible ou invisible, comme on voudra. — Le dogme seul a pu accoutume! à la signification plus fausse encore, créer de rlen^ attribuée au mot BRA dans presque tous les dictionnaires. Il le fallait bien , et pour son salut dans ce monde , et pour ne pas être qualifié un ignorant , un insensé : non confiteri quod ex nihilo?
CREA VIT OMNIA OMNIUM OPIFEX , DESI- PIBNTI£ EXTREMiE SIGNUtf EST, dit Saînt
Jean Chrysostôme.
6 JELOlMy
BRÉ 9 Manger^ parce que les idées de couper, de diviser et celles de manger se suivent :
ainsi , AGL y manger, a fait M-ÂCLT , un couteau.
BRIT , une alliance , parce qu'on coupait , on partageait en deux parts les victimes offertes pour l'alliance ' ; de BRT, par inversion , BTR , couper , partager en deux parts*. Ce dernier doit avoir eu aussi le sens de punir, perdre, livrer à la mof*t j comme en arabe y mais il est fort rare dans la Bible. Cependant ce sens résulte de l'observation suivante.
La sévérité des jugements de Dieu est exprimée dans le Nouveau Testament par un terme qui signifie fendre un homme en deux^. Dans l'histoire de Susanne, la même image se retrouve relativement à la punition que l'ange de Dieu réserve aux deux vieillards*. Ce genre de punition semble donc assimiler le coupable qu'on punit à la victime que l'on partage ainsi en faisant une alliance sainte. On pensait apparemment, ou Ton voulait donner a penser que la punition du coupable
' Gen. 15, 10.
* Même chap. et même verset.
^ Et dividet eum. dissecabit eum. (Math. H, 51 et Luc. i^, 46. )
4 Scinde t te médium* (Dan. 13, 55,59).
ou bES DIEUX DE MOÏSE. 7
resserre l'alliance de Dieu av€\: les bons.
Les ALÉIM , sur les monuments ëgyptiéhs, sont souvent représentés sou^ le symbole de PhTA, un des plus grands Dieux de TÉgypte.
Or, le mot PhTA ou PhTÈ est hébreu y et sa signification s'accorde avec celle du mot BRA. Ainsi :
PhTE , signifie tailler , couper^ développer ^ faire naître y graver ^ sculpter,
PhTYE, gravure^ sculpture :Vh\Jà'pevX èXve considéré comme un Dieu-artiste cosmogonique de premier ordre.
L'idée de couteau^ de couper et de tailler est liée également k celle de créer, dans le mot TzR ou TzOUR, un des noms de Dieu-artiste , Dëmioursue*
TzR , est une pierre dure et un couteau, parce
que les premiers couteaux furent des cailloux aigus et tranchants. Dans un bas-relief égyptien 9 à Elethyia, on voit un pécheur qui ouvre un poisson avec un instrument 9 dont la forme est semblable aux coins ou haches de pierre que Ton trouve partout. Cet instrument est probablement en silex. Le couteau avec lequel la femme de Moïse devait circoncire son fils était un couteau de pierre TzR • .
' Exode 4, 5.
8 JELOÏM 9
TzR y c'est former de quelqt$e matière que ce
soit j figurer^ sculpter^ modeler^ dessiner ;
CTest Vorigine et le principe de toute chose y du monde; la création;
Enfin ) c'est Dieu^ appelé le couteau , parce qu'il crée en taillant, en coupant, en figurant la matière.
Ces significations si remarquables éclairent la signification du motBRA et la rendent indubitable. Quant au symbole de la création , le couteau^ croiton que ce symbole eût prévalu avec tant de force sur le génie de la langue alphabétique s'il avait été inconnu dans la langue hiéroglyphique? C'est impossible.
BRAÇhlT :
En commencement d'être^ en ébauche.
Ce mot est ainsi composé :
B , est une préposition , RAÇh nous est connu , reste IT.
IT, est une forme chaldaïque^ pour IÇh '.
« On voit que Phébreu de Moïse ne repousse pas les expressions ehaldaïques , et cela est à remarquer.
ou LES DISITX DE MOÏSE.
— IÇh ou ISh est pour AlÇh et ÂÇh, comme IT est pour AIT et AT. C'est le eus , c^est notre terminaison — ent et le participe ëtont.
Mais IT ou AIT, IÇh ou AlÇh, désignent Y essence , la substance ( TOTzM ) Yipséité de rêtre ' .
AÇh, prononcé AÇh ou ASh, c'est la substance du feu ^ V essence du feu qui pénètre les corps , les dilate en les pénétrant, les génère , les anime et les produit à la vie ; ou qui leur donne la force et les génère à la santé j les rend à la vie. De là le nom de la femme ^ AÇh-É, et celui de l'homme AlÇh.
AT, prononcé AT, c'est Y essence particulière^
la substance propre d'un corps ou d'une chose. Il se place devant le nom de l'être ou de la chose dont on parle et sur laquelle porte l'action du verbe , parce que le nom n'est que le signe générique des objets, indiquant la forme ou l'idée extérieure , sans substance qui la fasse propre et particulière à tel individu. Son importance est si grande , que lui seul constitue VindividuaUté de l'être ou de la chose dont on parle; sans lui la dénomination de cet être ou de cette chose ne répond plus qu'à une abstraction. L'esprit le suppose
» Voyez les Dict.
nécessairement lorsqu'il manque au texte.
Il doit donc être traduit partout oii il peut rêtre , et souvent la puissance de sa signification éclaire tout le sens de la phrase. Cette nécessité avait été sentie mais mal exprimée par Tremellius, par Beze et quelques autres savants , qui l'ont rendu par ce^ celle, ces, etc. On ne comprend pas comment MM. G. et F.
ont pu lui attribuer cette signification.
Selon ces Messieurs, le premier verset de la Genèse devrait être traduit : lors^
que Dieu commença à créer ce ciel et cette terre tels que nous les iroyoïis aii|oiirfl'liui. M. Fabbé L. s'éloigne
davantage encore de la signification de
ce mot : d'abord il le déclare inlraduàr
sible^ et ensuite il en fait la préposition
ad y vers. Appliquez ce sens au verset
cité, et voyez si l'adoption de cette
signification est possible.
AT
Est donc la subslanccj V essence , ripséilé^y Vindwidualilé ; ce qui esl, ce qui conslilue la subslance Jigurée ^ symbolisée de telle chose, de tel être.
« Chr, Stocka, Ciav, Hnguœ sanctœ.
ou LES DIEUX DE MOÏSE. 11
GhMIM :
Les signes du ciel^ les constellations du ciel^ le planisphère du ciel, les deux ' .
ARTz :
La terre ) la terre blanche et aride, sans production et sans culture ; le pays , le lieu , remplacement , le sol.
* « ç. \ l Dans tous ces mots AR est
^^ ç^A Idonc radical pour désigner la
A¥> rv \? ^ ) terre, et la terre aride, stérile. AR — Q )la terre J ^ . . m . • .z A n /\ A ( \ La terminaison Tz n est aioutée
à~ ? q«e pour confinner celte si-
A A iZ 1 I •/! .•
/ \gnincation.
Xz I )
m ip. f indiquent la blancheur , la sécheresse ,
m p. ( Varidité. Tz est donc radical.
De AR et de Tz s'est formé ARTz, dont la signification forcée et radicale est une terre — blanche; — aride, desséchée , maudite, etc. Il y a en hébreu distinction entre la terre blanche, ARTz, et la terre rouge j ADMÉ. Ce dernier mot appartient k l'idée d'un pays cultivé , particulièrement affecté à l'agri-: culture. Ce mot a été formé en Egypte, et daps
■ Nous connaissons ce mot.
12 JELOÏM;,
la pensée de l'Afrique , dont le terrain , selon la remarque d'Hérodote, est rouge.
TÉOU ET BÉOU-
Je parlerai de ces mots célèbres dans les notes du second verset, et je place ici l'analyse étymologique pour n'avoir point k y revenir.
Ces mots sont forgés ; leur terminaison est une exception positive. Aucun mot hébreu, radical ou dérivé , n'est terminé en EOU. Je ne sais si cela a été remarqué , mais Inobservation était importante ; une si grande anomalie était un avertissement jpour ceux que l'étude mettrait sur la voie pour le comprendre et pour en profiter.
C'était leur dire d'analyser ces mots au lieu de les traduire , car s'il avait existé une expression pour faire sentir d'un seul mot ce qu'ils signifient, on ne les aurait pas forgés , on se serait servi des expressions BR et RQ , répondant aux idées de vide, de chose vaine , détruite^ ramenée à Véiut désordonné du chaos.
En décomposant donc les mots TÉOU et BÉOU, on trouve d'abord la terminaison £0U , qui dans l'hébreu est une interjection exprimant le malaise et le malheur; nous l'avons vue. — Puis on trouve T et B. — T est un signe terminal , il se prononce TOU, ou TO: aussi a-ton écrit TOU-ÉOU. C'est le nom de la borne désignant le point oii s'arrê-
ou LES DIEOX DE MOÏSE. 13
tent les prétentions k la possession, et où s'arrête l'être.
Le second, B, est un signe connu, il marque la contenance y la cavité d'un oh\et propre à contenir; d'oii lui est venu la force prépositive exprimée par en y dansj etc.
ÉOU est composé de £, exprimant Tidée de Yétre en général , et de OU, signe du doute , voix connue et dont j'ai expliqué la puissance et l'étonnante propriété.
Voici donc l'analyse synthétique de ces mots :
TÉOU ET BÉOtJ.