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Pour assurer le fonctionnement industriel et commercial de notre société, il faudra, sous la loi delà concurrence, que chaque producteur aille traquer la clientèle : on verra donc, par le soleil ou la neige, sur nos voies ferrées et nos grandes routes, sur nos chemius vicinaux et nos sentiers de montagne, des nuées de jeunes hommes intelligents, laborieux, aptes à tout travail utile, sillonner le pays en wagon, en automobile, en voiture, à bicyclette ou à pied, et se consumer en efforts épuisants pour arracher des commandes au profit du patron. Il faudra, le plus grand □ombre des producteurs étant dépourvu du capital nécessaire, qu'il se crée des organismes destinésà le mettre à leur disposition, moyennant bonnes sûretés ; on verra donc s'ouvrir des banques et établissements de crédit, dont les chefs aidés de nombreux employés, auront à soupeser les garanties matérielles et morales que présentera chaque clieut. Il faudra, nul n'étant assuré du lendemain, nul n'étant à l'abri de certains risques toujours menaçants, mais auxquels la société voudra rester indiSérente, qu'il se crée, en dehors d'elle des institutions de sécurité ; on verra donc une foule d'Agents, instruits et actifs pour la plupart, s'ingéniera combler l'une des lacunes de roi^anisatioa .aociale, et dépenser leurs forces à faire souscrire
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des contrats d'assurance sur la vie. des polices d'assurance contre les accidents, l'incendie, la grèle..., etc.. Il faudra puisque le régime comportera la création de titres mohiliers et permettra l'agiotage, édifier des temples pour la spéculation : on Terra donc s'ouvrir daus nos villes la Bourse des valeurs et la Bourse du Commerce, champs à& bataille où le jeu fera chaque jour d'innombrables victimes ; c'est là que se dépensera sans profit sociaU'activité de milliers et de mil liersd'hom mes, agents de change, commissionnaires, courtiers, banquiers en coulisse, comptables, employés, etc. •
— Je pourrais continuer, je m'arrête ; est-ce que tout cela n'a pas l'air d'un rêve de dément? Est-ce que, si celle société n'existait pas, quiconque parlerait de l'établir ne serait pas conduit droit au cabanon? — Mais, nous dit on, elle a le mérite d'exister ! — Hé ! nous le savons : c'est môme pourquoi nous voulons l'abattre. Elle n'existe, on vient de le voir, cetle société h où le ma! s'épanouit »(1), qu'au prix d'un criminel gaspillage de forces et d'intelligences humaines. Et qui donc aurait le front de la défendre soit comme un modèle d'architecture simple, soit comme une cité de liberté ?
(I) Maurice Itourguin, toc. cil.
BOUS la seule loi du hasard ; d'établir la méthode là où règne l'anarchie; de substituer l'ordre au chaos; d'organiser, socialement et rationnellement, avec la moins grande dépense d'efinrts humains, avec le maximum de rendement et le maximum de justice, les services indispensables à l'existence d'une nation : et ce sera là, nous le proclamons hautement, la plus utile et la meilleure des simpli^cationti.
Ceci dit, qu'on ne nous prête pas le rêve de ramener l'humanité aux époques patriarcales, aux temps d'Abraham et des sociétés de pasteurs I Oui, le socialisme fera disparaître toutes les complications mauvaises, qui, nées des iniquités et des a bus, perpétuent les abus et les iniquités. Mais le socialisme ne s'interdit pas, il n'interdit pas par avancée sa législation de suivre, dans leur mouvement incessant, les évolutions de la vie moderne, de jour en jour pi us complexe. Des besoins nouveaux uattront, que la perspicacité la plus exercée ne saurait prévoir : il se créera donc des organismes sociaux en correspondance avec ces besoins. Faut-il s'en afOiger? Il faut s'en réjouir. Dans l'ordre social comme dans l'ordre physique. la simplicité n'est pas marque de supériorité, tout au contraire. Le mollusque est d'une structure plus simple que l'animal qui se désigne s
le Dom d'komo sapiens. Il faut que les amoureux de simplicité à outrance en fassent leur deuil : les sociétés humaines marchent vers la complica- (ioD. Naguère encoreils pouvaientadmirer comme type de société simple celle qui vivait soua le sceptre du roi BéhanziD:on est eu train de la compliquer. Nos simplistes doivent se trouver mal à l'aise dans la société capitaliste : l'air de la République sociale ne sera pas meilleur pour leurs poumons. Peut-être leur restera-t-il la ressource d'aller loger chez les Papous.
Je me hâte vers la fin.
J'en ai terminé avec les queslioos qui touchent à ror^çiinisation delà produclion collectiviste et à la répartition des produits, les seules.â bien dire, sur lesquelles les esprits curieux et hostiles nous demandent compte de nos conceptions. Avec juste raison, ils se préoccupent à un degré moindre, de ce que seraient, en régime socialiste, la constitution politique, l'institution judiciaire, les lois électorales, l'organisation municipale, législation sur l'état des personnes et le droit civil proprement dit. Sans doute, dans ces divers domaines, la transformation fondamentale du mode de propriété ferait sentir son influence et aurait sa nécessaire répercussion: mais il faut constater aussi que la plupart des innovations, sinon toutes, que nous apporterions en ces matières, n'impliquent pas le triomphe préalable du socialisme, et qu'elles pourraient être réalisées dès à présent, s'il se rencontrait une majo-
rilé de radicaux logiques et résolus, sans que le capitalisme ea filt le moins du monde ébraDié. Nous n'aurons donc à donner, à l'égard de cea innovations et sans même vouloir les envisager toutes, que des indications rapides et sommaires .
Constitution politique. — Une seule Chambre, plus de Sénat. QuaU au pouvoir exécutif, il serait organisé de la manière suivante : (( Les ministres sont désignés par les élus delà nation. — Ils nomment parmi eux uo président, qui H remplit les fonctions de clief du pouvoir exécutif, « — Ils sont solidairement responsables devantlea «élus de la nation. » C'est uo simple projet d'extrême gauche, déjà plusieurs fois soumis au Parlement. Le socialisme n'y mettra son empreinte particulière que par la création de deux ministères absolument nouveaux : i" celui de la statistique ; 2" celui de l'approvisionnetnent et de la distribution, dont relèveraient les magasins nationaux. Deux autres ministères,celui delà ;^o(^uctton et celui des communications et transports, recevraient des attributions nouvelles, tout en conservant celles qui sont actuellement dévolues aux deux départements du commerce et des travaux publics. Le ministère des finances deviendrait, avec des lonctions réduites, le ministère des bons
jttonaitx, ea comnauntcatioo réglée avec le service des magaeias oatiODaux, qui serait l'iDStnimeQt de ses perceptions. Le ministère de l'intérieur prend raitlenom de ministèredelas^curil/pwfeiique pour bien montrer que, désormais, le pouvoir n'a plus à gouverner les hommes, ni à faire les élections. Enfin le ministère de la guerre s'appellerait, comme il est naturel, le ministère de la défense naltonale. Quiint à certaines modalités plus ou moins importantes du régime constitutionnel : système de votation, scrutin uninominal ou scrutin de liste, renouvellement partiel ou intégral de la Chambre, ce sont matières à controverse qui seront examinées à loisir.
Dépenses publiques. — Elles seront prévues pour les différents ministères, et votées par la Chambre, sur les prévisions de ressources indii par le ministère de la statistique, centralisant tes renseignements qu'il aura recueillis luimême des deux ministères de la production et de la distribution. En cette matière, quatre observations seulement paraissent utiles à préciser :
1" Au titre du ministère des transports, il faudra prévoir toutes les dépenses qu'entraînera la circulation des produits entre les divers entrepôts et magasins nationaux,depuis le lieu de production
jusqu'au magasin de livraison, cesdépenses entrant dans les trais fçénéraux de la collectivité: c'est ainsi que le comprennent même les contempteurs do rés^ime socialiste. L'un d'eux écrit, en eflet : n Une partie de l'approvisionnemenl des objets fl de consommation échappe aux producteurs « d'objets de ce geure : c'est la partie représentée (1 par les bons que prélève la société pour cou- « vrir le [prix des matières, l'amoriissemement (f de l'outillage et les frais de transparu. Elle sert « à la consommation des producleurs de moyeos i( de production et des transiiorleurs, qui l'ac- » quiërent de leur travail au moyen des bons H que la société a prélevés à ces divers litres {( pour les leur allouer, n
â° Il faudrait également, — du moins à mon sens — prévoir au même titre le transport gratuit des personnes sur tous les réseaux terrés appartenant à la nation. Il y a longtemps que, sur toutes nos routes, les droits de péage sont abolis : il y a vingtsix ans qu'on a supprimé les droits de navigation sur nos canaux : pourquoi maintenir les mêmes droits sur les voies (errées? A la vérité, le transport parchemin de fer exige, en dehors de l'entretien de la voie et de l'usure du matériel, «ne . dépense actuelle de (orce motrice et de travail humain : mais ne faut-il pas aussi entretenir et
empierrer les routes, entreteair et curer les canaux? N'y a-t-il pas là tout un personuel à rétribuer, lugéDieurs, conducteurs, cantonniers, éclusiers, etc.? Evidemment, lit diipeuse est plus forte sur les voies ferrées t mais c'est une question de plus ou de moins, non pas une dilTèreaee essentielle. Craindrait-ou les abus possibles? Je crois cette crainte cliimérique : car en voyage, il n'y a pas seulement les frais de route qui comptent, il y a toutes les dépenses nécessaires à la vie ; et bien rares sont et serout, à tout prendre, ceux qui voyagent pour leur plaisir. Veut-on qu'ils soient nombreux, malgré tout, à certaines époques et surtout dans certaines régions? Je m'applaudirais que la gratuité des transports, — pendant la saison des vacances, auxquelles torts Us traniUleurs ont droit et qu'il sauront prendre — favorisent leur envolée vers la mer ou vers la montagne — M Quel encombrement, quelle cohue, quelle bousculade dans les gares 1 » — Heureux encombrements! Ils ne se produiront pas sans raison, et l'adminislratioD pourra les prévoir, mieuxque ne le font aujourd'hui nos Compagnies. Je tiens fermement pour la gratuité absolue.
3° Il semble bien, après les travaux décisifs des spécialistes les plus autorisés, comme le capitaine Moch et bien d'autres, - que les forces défensives
4° Je viens de relire l'admirable chapitre 33, — admirable entre tant d'autres merveilles — dans lequel Karl Marx expostï la Théorie moderne de la colonisaiton. Il indique, avec une aveuglante clarté, les conditions rigoureusement nécessaires pour qu'un Européen puisse s'enrichir dans les colonies modernes : il laut qu'il y trouve, ou qu'il y amèue du vieuK monde, des émigrants dénués de ressources, et déjà tombés en salariHt ; ou bien il faut qu'après avoir, par la violence soit matérielle, soit légale, exproprié les indigènes de tout ce qui leur permettait de vivre une vie indépendaute, il les réduise à la condition de salariés. Aux colonies comme en Europe, l'existence d'une classe de dépossédés est indispensable à la forraatioD du capital. Doue, une question se pose, inéluctable. Le socialisme peut-il, adaptant à son usage une parole que la légende prête à (5ambetta, se laisser diriger par cette formule : u L'anticapitalisme n'est pas un objet d'exportation»? Le socialisme peut-il avoir une politique coloniale ? A tout le moins ue devra-t-il pas, même en répudiant toute conquête nouvelle, songer aux compatriotes établis sur les terres lointaines et leur maintenir la protection sur laquelle ils ont compté? Question troublante, oii les principes les plus certains entrent en lutte avec les senti-
méats, et qui tourmeote, je le saie, bien des conscieDCes socialistes. Je a'ai pas voulu la traocher : et, dans réuumératioa des charges publiques, je fais figurer les dépenses coloniales.
Droit civil : âonations, tflstaments, .successions. — Combien de titres du Code vont s'eHoadrer? Contrat de mariage, privilèges et hypothèques... d'autres encore. Combien subiront des modifications profondes? Mariage, divorce, paternité, etc.. Combien d'articles, à travers les divers titres, seront supprimés ou remaniés? Je n'entreprendrai pas ici d'en faire le compte. Mais comme j'ai indiqué, au cours de ce travail, que le socialisme ne comportait pas nécessairement la suppression de l'héritage, non plus que du droit de donner ou de léguer la propriété privée, j'ai formulé cette proposition dans un texte.
Organisation judiciaire. — Elle a pour base l'élection : mon projet est encore un projet d'extréme-gaucbe. Il déclare les iemnies ëligibles aux fonctions judiciaires.
Je me suis attaché à donner aux prévenus et accusés les garanties nécessaires contre la détention préventive ; aux justiciables civils comme aux autres la garantie d'une libre défense. J'ai main-
tenu la faculté d'appel, non sans hésitation. Avoués et avocats sont, bien entendu, supprimés... par prétention. Les avoués s'en consoleront peut-être : car, propriétaires qu'ils sont de leurs charges, leurs revenus sont, pour une part, d'origine capitaliste^ et ils seront indemnisés. Mais les avocats I Le projet comporte au surplus des dispositions d'ordre technique, dont le commentaire ferait longueur : il suffira qu'on puisse en lire le texte à la fin de ce travail.