‹ Lois collectivistes pour l'an 19--Chapitre 9 sur 23 · SS · texte numérisé non relu

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H morte ! » \ — Sans doute, vous voulez rire, bonnes gens ! C'est aujourd'hui que le sans-travail roule, comme vous dites, saus sou ai maille, sans espoir certain d'un autre logis que celui qu'il devra au secourable gendarme. — «Mais eoflu, et malgré toutes vos combioaisons, « il peut arriver qu'un spécialiste ne trouve pas de « travail de sa spécialité, et qu'il soit impropre à (I toute autre besogne: qu'allez-vous en faire? — Simplementceci : nous lui donnerons l'adresse de la caisse d'assurance contre te chAmage. Serait-il indiscret de demander où elle fonctionne aujourd'hui. Nous aurons prévu, nous, dans nos budgets socialistes, l'asgurance contre le chômage involontaire, au même titre que contre les autres risques auxquels sont exposés les travailleurs. Sans parler même du danger d'accidents, — car il est trop manifeste que la société devra réparation à ceux qui seront blessés comme aux familles de ceux qui seront tués ù son service (1)

(I) llestauperQu de dire que la législation socialiste ne ressemblera en riea i notre loi aclualie sur les accidents dj travail. Cette loi — obtenue au prix de qnels efTorls [ — se is y parvenir toujours, de réparer nou pas la totalité, mais la moilié du préjudice sutil par l'ouvrier. Aller plus loiD. a-t'On dit, ce serait imposer descbarges trop lourdes ù VinduUrie nationale. Lfi législateur républicain avouait ■insi lagénuinenl que, dans sa peosée, l'industrie nationale était représentée par le patronat seul : les cbargea ou les e pèsent que sur l'ouvrier ne comptent pas.

— supposons qu'uD fléau oaturel, un incendie, un malheur quelcoHque vienne ravir à un producteur le fruit de son truvail : il faudra qu'il soit iodeniDisé de sa perte, et il y sera pourvu sur les ressources générales, les éventualités de celte □ature ayant été prévues dans le compte des frais généraux de la production nationale.

Combien d'autres garanties ne seront pas oflertes aux travailleurs du collectivisme! Tous les établissements, usines, ateliers, exploîtalioDS agricoles, etc.. seront, on t'a vu, autant de Républiques électives, soumises seulement à la loi du travail, c'est à-dire aux nécessités de l'existence humaine, et à la taxation fixée par les élus du pays. Chacune de ces Républiques aura ses règlements, librement délibérés, librement votés, perpétuellement révisables. Heures de rentrée, de sortie, de suspension du travail, jours de repos, discipline intérieure, etc., autant de questions qui seront réglées souveraïuemeot par les producteurs professionnellement groupés. Disons en passant qu'il ne semble pas y avoir de place dans nne pareille organisation pour les associations I syndicales, — désormais inutiles, —et qu'il n'y ■ en aura sûrement pas pour la grève. Il est à pré- I voir que ces règlements intérieurs auront à stal' tuer, entre autres objets, sur les conditians d'ad-

mission (essais ou épreuves), d'exclusion ou de départ volontaire ; et l'on ne devra pas s'étouoer, dès lors qu'on conoait les faiblesses inbérentes à rbumauité, si, à ces divers propos, des coullits viennent à surgir. Un travailleur peut être victime d'uu relus d'admission, capricieux et systématique ; contre tel autre, une cabale se forme qui le fait exclure pour des griefs injustifiés ; un autre, à l'inverse, spécialiste difficile à remplacer, quitte à contre-temps ses camarades, paralysant par son départ brusque tout le travail de l'atelier. Dans tous ces cas, dans d'autres encore que l'on pourrait supposer, les intéressés auront leur recours devant le juge. Il faut, dans l'organisation socialiste, réduire au possible le domaine de l'arbitraire.

Et maintenant, mettons face à face, comme en un diptyque, le travailleur du régime collectiviste et le prolétaire de nos jours. A uetuî-ci, le sa/aire, toujours précaire et incertain, toujours, quel qu'en soit le chiffre, inférieur au produit ; la crainte perpétuelle du cli6mage ; le vasselage écoDomique, supprimant en fait l'usage des libertés élémentaires. A l'aulre, le produit, tout le produit, le produit toujours assuré de son travail; la garantie sociale contre le chômage, môme contre les fléaux de la nature, autant qu'elle peut résulter de la soli-

darité organisée; le travail libredans l'atelier libre; rBfTraDchissemeDt absolu de la coDBciençe. Prolétaires encore égarés, qiiaod aurez-vous fait résolument voire choix?. Jusqu'à quand vous laisserezvous afloler par la terreur, perfidement entretenue dans le peuple, de la caserne, du couvent, du ôdjnp collectiviste ? (1) Pour être vos maîtres, il vous suffit de vouloir : quand voudrez-vous ?

— Donc le collectivisme sera esseutiellement un régime de liberté. — Et cependant... oui, il y a un cependant ; inutile de dissimuler plus longtemps mes noirs desseins. Cependant, dis-je, il y a toute une partie de la nation, la moitié presque, dontje n'hésiterais pas à resteindrela liberté. Mais je tiens tout de suite à dire bien haut, que, particulièrement dans la question que j'aborde, j'exprime un avis strictement personnel, et que je risque fort d'ôtre désapprouvé par mes amis les plus chers.

Il) Il est tout à (ait remarquable, et on a souveot nolé, que les d^lenseura du capllalisme. — gens pieuK en génËral et lervents paliiDleg — sont loi't enclins à rapproelirr le bagne d'une part, la caserne et le couvent de l'autre. Asaiintlalion imprudente, qui n'est pas faite pour déplaire anx anti-militaristes el auK unll-cléricaux: elle ne sera ilésavouée ni par Hervé, ni par M Comb». Il est il'aulre part slunulier qu'oo prétende accabler te collectivisme en l'accusant de vouloir trHvallIeurs. La caserne serait-elle donc u lutâ rËvolutiooUiitre 7 Je croyais q

'ait-elle donc uue ^^m le existait déjà. ^^M

J'ai toujours considéré que, dans une société vraimeut humaiue, le travail du chef mâle de la famille, — que ce soil le père, le mari, le fils, le frère aîné — doit tîuflire à tous les besoins de la ioiinée ; à la femme — mère, épouse, fille ou sœur, — le soin, fort délicat et fort noble, d'aménager les ressources venues du dehors grâce au travail masculin. C'est la conception primitive de la famille ; je ne la crois pas cependant surannée, parce qu'elle est conforme à la nature immuable des choses. Le capitalisme, qui est révolutionnaire à ses heures, c'est-à-dire quand il y a intérêt, a fait bon marché de cette conception : il a arraché la femme à son foyer pour en faire la concurrente de l'homme. Premier résultat: pour le prolétaire de l'industrie, il n'y a plus de vie de famille. J'ai .sous les yeux un document des plus suggestifs, UD graphique tracé par un ingénieur socialiste, dont je tairai le nom, car il est encore attaché à l'une des exploitations de ta région de Courrières, aux sinistres souvenirs. Ce graphique représente — sous la forme de deux courbes — les heures de travail d'un ouvrier miueur, et celles de sa femme, employée dans un tissage voisin ; aux heures du repas, les deux courbes se rencontrent un juur sur six; et la marmaille, quatre enfants, grouille à l'abaudou. Voilà com-

irient le capitalisme est conservateur de la famille I Deuxième résultat: la concurrence de la femme avilissant le salaire de l'homme, et réciproquement, il arrive que la somme des deux salaires cumulés tombe au-dessous de ce que serait le salaire normal de l'homme s'il trdvaitlait seul: eu sorte que l'on n'a même plus à se poser la quesion de savoir si le travail de la femme dans son ntérieur ne vaudrait pas plus pour les sieus que son misérable gain du dehors; il y a perte nette, même en argent. L'Etat, patron modèle, a suivi exemple du patronat privé : il s'est procuré du ravail féminio au rabais, et cela fait dans nos 5 d'enviables ménages ! La malheureuse part e matin, pour son lointain bureau i avec, dans sa poche, quelque morceau de charcu- .erie avariée. L'homme, vers midi, aux environs de son comptoir ou de son usine, ira s'attabler dans quelque crémerie douteuse; et le soir, après un simulacre de repas hasardeux, ce sera la chute harassée sur le lit défait.

Non, en vérité, je ne puis admettre, malgré les objurgations de certaines féministes copieusement reniées, que, sous couleur d'assurer l'indépendance de la femme, il faille la condamner aux travaux forcés du dehors : et mon idéal, je l'avoue sans honte, est diamétralement opposé.

Si je le pouvais — j'enteads ni je le [louvais sims porter utteinle à la liberté et à la dignilé de ta femme, — je la conlÎDerais résolument dans tes besognes familiales : en régime capiraliste comme en répime socialiste, c'est et ce sera là son vrai domaine. — o Alors, s'exclamera-t-on, pas mèniB ; darnes télépiioaistes ! » — Surtout pas de lames téléphonistes. — tr Fermés, donc, les magasins de modes! Finis les grands ateliers de couture! Que vont devenir les élégantes milliardaires de Chicago ? » L'Amérique s'arrangera. Et nous, nous n'aurons plus la tristesse de rencontrer, dans nos plus somptueuses avenues, ces pauvres filles anémiées et hâves, gracieuses malgré tout par l'elTort soutenu d'un courage souriant, qui descendent des faubourgs aux heures matinales pour faire la fortune de M. Paquin. Les ISidineUes ! voilà tout ce qu'on a trouvé — un joli nom — pour les payer de leurs misères et leur faire illusion sur leur sort.

Eh oui ! je supprimerais, si je le pouvais, l'atelier Paquin et les autres : je suppute mal ce que les grands couturiers y perdraient, mais je sais fort bien ce qu'y gagneraient la morale et la race. — « Vous allez bien I Et les robes de nos femmes, et leurs chapeaux, qui va les faire? s — Belle question I Nos femmes, bourgeois que vous êtes !

C'est même déjà deveou ud sport dans le grâna jaubourg. Nos Françaises passent à juste titre pour avoir du goùl et de l'adresse : elles le feront voir. Et la toiletle de Madame vous paraîtra d'autant plus seyante qu'elle aura élé façonnée de ses propres mains.

En résumé, rien jusqu'à présent, dans ce qui a pu m'ètre objecté, n'a ébranlé mon ferme propos de défendre aux femmes, si je le pouvais, la pratique extérieure même des métiers de femmes.

Oserai-je me risquer à dire toute ma pensée? Je réserverais aux hommes jusqu'à l'enseii^nement public, non seulement parce que c'est un des métiers les plus épuisants, non seulement parce que, comme tous les autres, il distrait la femme du foyer, mais aussi parce que j'estime, avec nombre d'autorités pédagogiques, que l'bomme est plus apte que la femme à enseigner les enfants, aussi bien les fillettes que les garçons.

Ainsi,etdëslorsque, suivant mon opioioa bien réflécbie, la vraie vocation de la femme est la vie de famille et le travail dans la famille, c'est de la famille qu'elle doit normalement attendre les ressources nécessaires à son entretien : telle serait à ^ mon sens la règle idéale, dont la pratique devrait s'approcher le plus possible. Je n'béslterais donc t pas à écrire dans la loi que u tout travail autre que

a le travail familial ou personoel est interdît aux « femmes vivaot en ménage commun avec un « homme majeur de viogt-et-un ans ))(1). 11 semble même inutile de prévoir des dérogatioDs, qui pourraient être permises par l'autorité administrative ou économique : si l'homme est hors d'âge, malade ou sans travail, les services de solidarité sociale doivent pourvoir à ses besoins normaux, c'eat-à-dire en même lemps à ceux des siens.

Notons que la formule proposée s'attache seulement au fait constaté de l'habitation commuue ; peu importe la nature du lien, légitime ou non, qui unit l'homme et sa compagne : comment prévoir, en effet, le sort qui atteud, en régime socialiste, l'institutioa déjà désuète du mariage? Mais il y a les déshéritées, qui n'ont pas ou ne se connaissent pas de famille. Le vieux droit romain leur faisait une place auprès des agnals, même les plus éloignés : loin de nous la pensée d'enchaîner la femme au foyer de parents inconnus I ce serait lui faire la plus cruelle injure. Il y acellesque leurs parents repoussent : celles k qui les disgrâces de la nature refusent les joies de la famille ; celles, au contraire, qui en fuient les

(l) Cutte iDtRrdlcUon ne saurait s'appliquer aux lonctions âlecllvea, qui seraient accessibles aux luniiiiea comme aux bommes .

■ ïtô-

pourront, à l'abri des soucis vulgaires, dans une active et glorieuse solitude, s'adouner aux hautes recherches scieatiliques, 5e cousacrer aux œuvres de l'esprit ou au culte de la beauté : le collectivisme, s'il eût daté du XIX' siècle, ne nous eùl ravi ni Clémence Royer, ai M fo» Curie, ni Ceorge Sand, ni Sari^h Bernhardt.

Od connaît maiateuaDt la mesure dans laquelle, suivant moi, devrait élre restreint le travail des femmes, et la pensée dont s'inspirent ces restrictions. Il est peu probable que les femmes elles-mêmes en prennent ombrage : aux fémioistes intransigeants et exaspérés, elles sauront préférer leurs véritables amis.

Pour compléter ce qui doit être dit en cette matière |restrJctions à la Itberié ou pseudo-liberté du travail) il suffira de reproduire en sou entier le texte dont on n'a cilé plus haut qu'une partie : " « Tout travail autre que le travail familial ou « personnel est interdit : 1" Aux mineurs de dix- « huit ans des deux sexes ; 2" Aux femmes v ivant (i en ménage commun avec un homme majeur de « vingt-et-un ans ; 3" Aux mères depuis te com- « mencement du sixième mois de la grossesse « jusqu'après le trentième jour qui suivra la délivrauce ; 4° Aux majeurs de soixante ans des (( deux sexes. »

sans que leurs services se matérialisent : metteur en pages, correcteur, conducteur de machiues, etc.. On pourra y ajouter, ce qui sera fort du goût ries typos, tout ou partie de ce que le client paye à l'heure actuelle pour le bénéfice p;itronal, ou élnffes de l'imprimeur: à moins qu'on D'en lasse bénéficier l'auteur, ce qui serait fort de son goût. Après quoi, la valeur de l'ouvrage reçue, l'atelier se la partagera dans les proportions arrêtées entre camarades, suivant la règle qui est déjà de pratique courante en imprimerie. Car c'est merveille d'entendre nos adversaires dénoncer à grands cris l'utopie collectiviste] L'utopie? Mais elle est entrée dans les faits, elle se dresse devant nous, elle nous crève les yeux! La République de l'atelier? Elle existe, et c'est la Fédération du Livre qui en a édicté les lois. Veuton savoir ce que seront, — patrons en moins — les ateliers coUectivistua ? Qu'on regarde les commandites des typographes, lis peuvent donc être tranquilles, nos typosl Qu'ils ne craignent aucune difficulté avec la clientèle, démesurément accrue, que ne peut manquer de leur amener, sous la République collectiviste, le riëveloppemenl de l'instruction géuérale. la multiplicité des élections, la liberté sans limite de la presse, le (oisoQuemeut de la littérature socialiste.

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Autre écueil si;;iinté : commeot taxer les phoLograpbea? Car, de fait, on pourra socialiser la photographie — de même qu'on pourra tout aussi bien ne pas la socialiser, puisqu'elle ue comporte pas néceBRaiiement une oprïanisation patronale avec des salariés. Pourvu qu'on nous laisse, dieux bonsl la liberté du Kodak et du Verax I Mettons pourtant qu'on socialise; eh bien! on taxera. On taxera par avance, comme pour la typographie. Passons sur ces fadaises !

Mais Douj n'en avons pas fini avec ces professions « àcoDditions spéciales » qui préoccupent fort nos économistes. On sait avec quelle anxiété ils se demandeot qui s'adjugera, eu régime collectiviste, les bouteilles de Champagne; et nous avous rendu hommage à ce que ce souci a de relevé. Tout aussi auxieusemeot ils s'iutéresseat au sort des artistes peintres et sculpteurs : c'est se mettre mal à propos martel en tête. Une bonne fois, il faudrait voir à quoi tend le collectivisme, et quelle sera son œuvre. 11 supprimera la plusvalue capitaliste; il fent disparaître la prélibation patronale ; il abolira le salariat. Dès lors partout I où nous ne rencontrons ni capitalisme, ni exploi- Itetion directe de l'homme, ni salariat, nous ne nommes plus dans le domaine propre du collecti- I visme, L'arliwle peiritrea-t-il un patron ? Le sculp-

teur eat-il un salarie? Non, n'est-ce pas? Alors laissez-nous la paix : en 19.. tout comme en 1906, qui voudra avoir .'^on portrait en pied ou son buste traitera avec l'artiste à prix débattu; nous n'ea avons pas plus à dire. Au surplus, de quel droit les tenants delà bourgeoisie a'imposeraieutils comme défenseurs ofTicieux des artistes? Ma conviction est que l'art sous toutes ses formes s'épanouira dans la cité future eu magnifiques floraisons ; je suis assuré que les artistes y trouveront, avec une atmosphère plus respirable et des conditions de vie meilleures, l'appui nécessaire aux jeunes talents et la récompense des ettorts de la maturité. Je me trompe peut-être, et c'est nous, comme a dit Jaurès, qui serons les Barbares ? Soit. En tout cas je ne me trompe pas lorsque j'affirme que notre société actuelle est, pour les jeuDea gens qui seront un jour soo honneur, la plusabominabledes marâtres; qu'il leur faut a voir le cœur singulièrement vigoureux pour s'engager dans les rudes sentiers où sont déjà tombés tant de vaillaots. Allez, Messieurs les économistes, allez sur les hauteurs de Montmartre ou vers Montparnasse, allez la main tendue vers ceux qui mourroDt peut-être de faim avant d'avoir fait leur œuvre! Alors, mais alors seulement, vous aurez qualité pour parler au nom des intérêts de l'Art.

Et voici mainteo^nt la loDj^ue théorie des professionnels dont les services, réclamés seulemeut par iotervalles, ne se matérialisent pas. Eux aussi tourmeateat cruellement dos économistes : un petit eflort sulfira pour les tirer de peine.

Les médecins. — Ce ne sont pas des salariés, partant la Révolution ne les effleurera pas. Il se peutcependantqu'elleeu fasse des fonctionnairesà appointements fixes. La République l'a déjà tait, — avec des traitements dérisoires, — pour les médecins de ses hôpitaux. Il se peut qu'ils s'entendent pour unerémunératioD annuelle avec des collectivités administratives ou des groupements locaux: têts, dès aujourd'hui, les docteurs des Sociétés de secours mutuels : le docteur de l'ile d'Ouessaot, | payé par le Conseil général du Finistère : certains i autres, en assez grand nombre, payés sur des budgets municipaux. Il se peut, enfin, que leur profession conserve le double caractère qu'elle a déjà, profession libre avec attaches officielles. Tout cela est étranger à notre sujet.

Les portefaix. — Ils continueroot à goûter sans partage les douceurs de la loi de l'offre et de la i demande.

Les acteurs, chanteurs ou musiciens. — Il est 1 clairqu'ils ne pourront portera l'eatrepAt national I des tirades, des vocalises et des arpèges : aujour-

d'huî, quoi qu'ils en pensenl, ils ue sont pas des salariés, et le socialisme ne pourra qu'améliorer les conditions générales de leur existence. Les uDS eutreront dans les tliéiUres suhveiitiounés ; quelques-uns courront la province et d'autres l'Amérique. Bonne chauce à tous, au nom du socialisme 1

Les coifleurs. — Ici, j'hésite. J'entrevois très bien le'Iavatory socialiste : j'entrevois non moins bien le Figaro individuel. U faudra réfléchir longuement. On consultera Cbauviu, ancien député, patron-coi fleur, et, quoique patron, socialiste de tout repos.

Les avocats. — Infortunés avocats 1 Ce sont eux qui, pour la plus forte part, vont faire les frais de la Révolution. Car le Code civil s'abattra par grands pans de mur, et le Code de procédure et le Code de Commerce, et les autres I La matière à plaider va se rétrécir lamentablement. Si, malgré tout, les malheureux conservent encore quelques clients, ils se feront payer quand ils pourront, comme ils pourront : et cela ne les changera guère 1

Sérieusement, en quoi donc cela toucfie-t-il aux œuvres vives du collectivisme? On s'excuse de s'être attardé si longtemps a de pareilles futilités.

— Peut-être voudrat-on bien reconnaître dès

maiutenaiitque le colleclivismeDe mettra pas aux travailleurs la camisole de force. Mais, la liberté sauvée, reste la cause du progrè)i tndnstriel dont les économistes ont aussi assumé la protection : et il est certain que leur critique remporterait un sérieux avantage s'ils démontraient que le mode de production coilecliviate doit, par la loi même de son fonctionnement, condamner tout un peuple à la « médiocrité générale ».

Nos adversaires ne craignent pas de voir se tarir la source des inventions ; et, loyalement, ils font à ce sujet des déclarations que dous reproduirons tout à l'heure. Ce qui les inquiète, c'est le train oïdinaire des choses, la conduite normale des opérations de chaque jour. Ils se méfient à la fois et de ta faiblesse du personnel dirigeant, et de la nonchalance du personnel subalterne, qui ne connaîtraient plus, ni l'un ni l'autre, « l'excitation de l'intérêt individuel i». Que vaut, môme aujourd'hui, cette excitation, comme stimulant de progrès, comme ressort de l'activité laborieuse? C'est ce qu'il faut rechercher.

Tout d'abord, quant à la direction, considéroos les petits'et moyens établissements, où le patron, en quôte de profit, dirige, surveille, combine, s'ingénie, toujours k la tûche et toujours en éveil : il donne le maximum d'eflorts, auquel devrait cor-

respondrfi le maximum de résultils. Commeat donc Bs fail-il que, dans tous les domaines, les établissements de ce genre soient écrasés par la concurrence des (grandes exploilalions, déjà administrativenient organisées? ici, en eflet, le patron capitaltste, être collectif et anonyme, représenté par un conseil purement décoratif, abaudonne la direction pour ne conserverque le profit. L'entreprise est conduite en fait par un personnel d'employés : directeur, comptables, secrétaires, ingénieurs, contremaîtres, agents commerciaux, tous salariés, tous prolétaires. Salariés à gros salaires sans doute, prolétaires galonnés, comme on l'a dit : prolétaires tout de même puisque leurs fonctions sont précaires et instables, prolétaires n'ayant d'autre intérêt à l'entreprise que d'y conserver leur situation. Il faut les voir ces employés de loutordre.décbainésdans la bataille industrielle et commerciale ; il faut compter les coups qu'ils portent aux concurrents! Le petit patronat n'y résiste pas. Même dans les exploitations à monopole, ils font preuve de la même ardeur : tous les commerçants, tous les entrepreneurs savent avec quelle âpreté, souvent excessive, les intérêts des Compagnies de chemins de fer soûl défendus par leur personnel. M. Bourguin constate le phénomène, Qotamment à propos d'une administra-

doDner son pleto reodemeiit ? E pur si ntiumeT Ecoutez le socialiste américain, Uptoo Sinclair, doDtradmîrable roman, la/wn^/e, bouleverse en ce moniBDt l'âme anglo-saxonne. Il décrit une aciérie de Chicago ; o Quand on y songe, il est surpre- « nant que ces ouvriers prennent ainsi tellement « cœur à leur besogne. Ils n'avaient aucun intérêt (I à sa bonne exécution, étant payés à l'heure, et (' recevant exactement le même salaire, qu'ils (( travaillassent avec passion ou non. Qui plus V est, ils n'ignoraient pas que. s'ils venaient à se (( blesser, ils seraient purement et simplement H renvoyés et oubliés. En dépit de tout, ils n'tiési- « taient pas à employer les moyens les plus dan- <( gereux lorsqu'ils étaient les plus rapides, et ils « prenaient les raccourcis les plus périlleux pour Il courir à leur tâche ». Faisons donc confiance & la nature humaine: elle a dû s'améliorer depuis la chute originelle.

Elle s'améliorera encore: ou du moins n'est-il pas interdit de l'espérer, sans prétendre à une radicale transformation. C'est ainsi que, comme le remarque M. Bourgttin, « d'une façon générale, « on peut admettre que des homm es ayant cons- 11 cience de trav ailler pour la collectivité pren- « dront plus d 'intérêt à la production que de sim- II pies salariés au service de l'industrie privée ii.

Et voilà déjà une supériorité marquée au profit des travailleurs de l'ordre collecliviste. Serait-il inlérieur par d'autres cûlés ? Je veux croire que la seule passion du bien public, Tunique souci de rintérèl général ne serait pas suffisant pour mettre en mouvement toutes les forces du travailleur, le bénétice des efforts individuels étant comme dilué sur l'ensemble et inappréciable pour chacun. Mais les faits se présenteront, dans l'organisation collectiviste, sous une forme concrète et palpable. Chaque groupement d'aielier, quelles qu'en soient les dimensions vastes ou restreintes, sera, on l'a vu, un centre de production où les fruits du Iravail commun seront répartis entre les divers collaborateurs dans la proportion déterminée parle libre suffrage des camarades. Dès lors, chacun d'eux a un iolérôt, intérêt matériel et immédiat, à se pousser au premier rang, à faire distinguer ses qualités de force ou d'adresse, à conquérir par un labeur souteuu les situations les plus enviables de l'atelier: et cela suffira pour créer u[i couraut de féconde émulation, au grand profil de la production générale.

Il n'est pas non plus permis de négliger un des sentiments les plus indélébiles de l'homme : l'amour-propre. Amour-propre collectif, d'abord. Il est constant que tout groupement bumaio,

^meme lorsqu'il est Constitué par le pur basnrd, ne tarde pas à avcirson orgueil et s'oppose fièrement à tous les autres. Sans parler même des vanités de clocher, quel est le troupier qui n'a pas servi dans le premier régiment de l'arme, dans le bataillon de (er, daus la compagnie d'acier? Son escouade même ne soufTrait aucune comparaison. L'amour-propre d'atelier sera plus prompt à naître el plus vivare que l'amour-propre de pompOQ et de numéro. Quanta l'amour-propi-e iudividuel, qui en conlesterail la force? J'ai lu que, dans certains milieux ouvriers, on conseillait, comme moyen de lui te exaspérée contre le patronat, ce qu'on a appelé le sabotage. Je ne sais quel succès auront ces conseils : je doute, à bien dire, qu'ils réussissent auprès des travail leurs français, particulièrement des Parisiens, qui tiennent surtout il passer pour malins et fignoleurs : si jamais ils sabotent, ils voudront laisser savoir qu'ils l'ont fait exprès. En tout cas, le sabotage, le gâchage, le coulage volontaire, — quelque diversement appréciés qu'ils puissent être à l'heure actuelle — seraient en régime socialiste plus stupides encore que criminels. Dans l'atelier collectiviste, on fignolera à qui mieux mieux.

Enfin, pour apprécier la puissance de la

production socialiste, il faut tenir compte delà masse éDorme de forces aujourd'hui perdues qui seront ulilisées r tous les parasites de l'ordre actuel, tous les intermédiaires, tous les courtiers, tous les travailleurs qui se consument en e&oris stériles, — eflorts rendus nécessaires par les vices du régime — serout rendus à la production utile et eHective. Comment n'en résulterait- il pas, môme si la durée du travail est réduite dans des proportions que rien ne permet de prévoir, uD incalculable accroissement de richesses ?

Ainsi le collectivisme aura non seulement assuré, par la suppression de tout prélëvement parasitaire , la juste répartition des fruits du travail, mais encore il tendra constamment à élever, d'une façon générale, le niveau du bien-être et de la fortune publique. Non, non I il n'y a pas à redouter la « médiocrité générale ».

— Passons au domaine des inventions. C'est miracle, on l'a déjà dit, qu'il y ait aujourd'hui des inventeurs: singulière race, qui n'obéit pas, elle, à (I l'excitation de l'intérêt individuel. » Ces êtres étranges sont dépouillés d'avance du fruit de leurs inventions : ils le savent, ils y consentent et ils inventent tout de même ! C'est à confondre l'imagination d'un économiste.

Je lis dans un contrai — pris au liasard —

entre un ingéuieur et un iDdustriel : n II est bien entendu, » — c'est le patron qui parle — " que (( vous nous devez tout votre temps et toute votre activité, et que, comme conséquence, tout perlec- (( tionnement que voua seriez susceptible d'ap- (c porter à nos appareils et procédés, resteront (I de convention expresse, notre propriété exclui" sive. )> La clause est de style; elle est même suppléée dans le silence du contrat. Elle épargne aux patrons la peine d'inventer eux-mêmes; ils ont des nègres chargés de cette besogne.

Mais il faut connaître dans tout son beau le sort fait aux inventeurs. Viennent-ils à quitter la maison qu'ils ont enrichie par leurs veilles et leur ingéniosité : il leur est interdit, par contrat, d'entrer avant l'expiration d'un certain délai, au service d'une maison similaire. Si l'un d'eux manque ou parait manquer à cet engagement, voici comment on le rappelle à l'ordre : on lui signifie, sur papier bleu au timbre de la République, (( qu'il fait bénéficier la Société dans )i laquelle il est entré des connaissances spéciales « qu'il a acquises auprès des requérants, faisant " ainsi à ces derniers une concurrence imprévue I' et déloyale, leur occasionnant un préjudice « dont il leur doit réparation, n

Ainsi non seulement l'ancien patron a légale-

ment dépouillé son inveoteur de ses brevets: il prétend encore Texproprier de son cerveau, de ses coDMaiasaiices spéciales ! Tout au moins, pour employer des expressions strictement juridiques, il prétend avoir sur ce cerveau une véritable bypothèque, avec droit de suite. Voilà le régime. On conviendra aisément qu'il n'est pas fait pour encourager les inventeurs : et ceux-ci persistent, incorrigibles! Dans tes administrations publi ques, les choses vont comme dans l'industrie privée. On invente, on invente sans profit, obscurément et sans gloire. A considérer notre matériel de guerre, pour quelques inventeurs dont les auteurs sont connus du grand public, — le fusil Lebel, le nouveau canon Rimailho — combien d'autres sont demeurés anonymes I —anonymes, peut-être parce que collectives. — Qui donc me dira le nom du ou des savants à qui nous dei le frein hydropneumatique? Niprofit pécuniaire, ni renommée : tel est leur lot. Mais le génie de l'invention est incoercible.

Aussi M. Maurice Bourguin convient-il d'asseï bonne grâce que les inventeurs ne feront pas défaut au collectivisme. Le passage décèle uu certain embarras, bien explicable chez uu juriste

i connaît les misères des inventeurs : je le cite

tout entier, en m'excusant auprès de l'auteur de ce nouvel et assez large emprunt ;

i< Dans le même esprit d'impartialité ou se (1 gardera de dire que toute invention cessera « lorsque l'inventeur ne pourra plus tirer profit (1 d'un brevet ni exploiter sa découverte comme (( entrepreneur d'industrie. Il y aura peut-être, « dans le monde industriel, moins de travail- « leurs sacrifiant leur repos et leur santé à des <i recherches dont le succès ne donnera plus la i( fortune. » II faudrait dire, au moins pour la généralité des cas : dont le succès ne donnera plus la fortune aux autres, ii Néanmoins, sans <( parlerdes distinctions honorifiques qui pourn ront encore récompenser les auteurs de décou- M vertes utiles, l'amour-propre et le besoin « instinctif chez l'homme d'exerce r ses facultés (F naturelles, snfflroot sans doute à stimuler

génie inventif des hoi

<c science, des directeurs de la production et des H simples travailleurs manuels, h (p. 25).

Ce serait tout à fait bien, si l'auleur ne paraissait pas se méprendre sur les conditions nécessaires au fonctionnement régulier du régimecollectiviste. Il n'est pas nécessaire que ta Société refuse la délivrance d'un titre ou brevet constatant une invention ; i! n'est pas nécessaire qu'elle inter-

sur le public. Le socialisme changera toul ' (^l;i : d ésormais l'inventioti ser;i pour tous ud bieiifiiil. soit qu'elle diminue l'elTort nécessaire à la tabij cation d'un produit, aoit qîl'elle permette, à efîori ésal, d'en augmenter la quantité. Mais justement il peut arriver que, les limites de la consommation une fois atteintes, l'avantage de l'iavention ne puisse se traduire que par une réduction du travail, c'est-à-dire du nombre àea travailleurs. Faudra til donc, que, même dans la cité fraternelle, le progrès lasse, au moins temporairement, des victimes ? Diverses combinaisons peuvent permettre d'écarter un aussi Câcbeux résultat.

Ou bien les conseils locaux ne réduiront la taxe que par échelons, — dételle sorte, sans doute, que le public ne ressentira que peu à peu les heureux effets de l'invention, mais de telle sorteaussi que les travailleurs, chassés de le^. profession, aient le temps de chercher des voies nouvelles. Ou bien, suivant les circonstances, et pour faire immédiatement prolîterla masse de l'épargne obtenue, ou allouerait aux professionnels évincés l'indemnité de chômage appropriée. C'est la première de ces deux combinaisons qui sera plus bas indiquée dans le texte; l'autre se justifierait également par de bonnes rats

- Reste, pour ne rien omettre, la questiui

K — Reste, po

travaux a particulièreinent pénibles et répugnants ». C'est, si je compte bien, — en ce qui concerne le recrutement et la rémunération des travailleurs de l'ordre collectiïiste — la dernière pierre jetée sur notre chemin.

Et d'abord, quels sont les travaux u particulièrement pénibles »? Je frémis à la pensée des conditions effroyables dans lesquelles travaillent les mineurs ; et pourtant j'en sais qui ne quitleraienl pour rien au monde une profession dont ils ont l'orgueil. Les mineurs forment une arisiocralie. L'un me disait un jour avec une Serté visible : « Chez nous, monsieur, depuis plus de cent ans, (I de père en fils, toujours dans le fond, jamais en « l'air! » Heureuse Cartel — L'an dernier, par un soleil torride de juillet, deux couvreurs avaient travaillé tout le jour, chantant à pleine gorge; ils eurent la curiosité, eu quittant leur travail, d'entrer à la Cour d'assises toute proche. Après dix minutes, l'un était emporté évanoui, empoisonné par l'atmosphère de la salle; nous, professionnels, nous l'avions supportée huit heures sans eu être incommodés. — Qui dira jamais la souplesse et la variété des tempéraments humains?

Travaux répugnants? Sans doute ceux de tannerie sont du nombre: car rien n'est plus odieux que l'odeur des fosses où s'entassent les

IHrs verti. Je connais ud patron tanneur qui voulut un jour couvier son personnel k télébrer par une honnête ripiiille je ne sais quel agrandissement (le ses aleliers. La fête u exquise et fort bien ordonnée < se passa dans le grand liall de l'usine. On banqueta copieusement sur les fosses mêmes ; on dansa fort avant dans la nuit : un profane, rien qu'à pénétrer dans le hall, fût tombé à la renverse. La nature humaine a des ressources infinies et s'adapte à tous les milieux. En fait, lorsqu'on parle de travaux répugnants, OD a surtout en vue la vidange et le service des ëgouts. Parlons-en donc nettement pour dire: 1° que nos modernes ingénieurs, par le tout à l'égout, les chasses d'eau, les champs d'épandage, tendent à supprimer ces travaux, au moins dans ce qu'ils ont de malsain, el que la science de l'hygiène publique est loin d'avoir dit son dernier mot; 2" que, marne aujourd hui la Compagnie Lesage et la Direction des égouts ne chôment pas de candidats; 3° que, si c'était nécessaire, ces tr avaux spéciau x seraient plus for tement rémunérés. — Enfin, — ressource suprême autant qu'inutile — il y aurait la réquisition! Guesde n'a pas craint de le dire un jour à 1? tribune de la Chambre, et ce fut un magnifique tapage.

Parmi les beaux fils qui se récriaient contre

paraîUe violence, imposée au aom du devoir social, combien avaient sans maugréer, au oom du devoir patriotique, accompli sous l'uniforme les plus écœurantes besognes? Nevoquons pas avec plus de précision les souvenirs inalodorauts de la caserae.

Nous voici devant uu Vagasin national: c'est VEntrepôl île réception. Quel que soit le nombre des établissements semblables distribués sur le territoire de la République, l'édifice est vaste, si l'on a voulu l'approprier à sa destioatîon. Il n'abrite pas seulement, en eflet, des services d'ordre économique : réception des produits fabriqué» dans son ressort, approvisionnement auprès des autres entrepôts, distribution des produits entre les magasins de livraison, enregistrement des demandes, etc.. : il est eucore le siège d'une administration financière, confondue avec celle des services de réception, et qui remplace à elle seule tous les organismes fiscaux, toutes les régies de la République capitaliste. Ceci va s'expliquer sans plus de retard.

Nous venons de pénétrer dans le grand hall.

A l'un des guichets, le directeur d'une des exploitations socialisées du ressort présente au préposé

compétent un certificat qai lui a été délivré par l'agent réceptionnaire : se certificat constate qu'il aélé remis, soit dans les dépendances de l'entrepôt, soit dans un autre entrepét-succursaie, pour le compte de tel atelier, — de tannerie, par exemple, — situé dans telle commune, un nombre ou un poids déterminé de cuirs vernis. Le préposé consulte son registre de taxes, et fait le calcul du nombre de bons correspondant à la valeur des produits livrés. Va-t-il remettre au directeur d'atelier pareil nombre de bons? Non pas. Noire préposée la caisse doit tout d'abord faire office d'agent fiscal. Et voici te travail fort simple auquel il se livre.

Le Conseil local a taxé sans tenir compte des charges publiques : il a déterminé la valeur brute du produit. Mais le Parlement, sur les indications du ministère de la statistique, a décidé, que sur le montant prévisionnel de la production générale, il serait prélevé une certaine proportion, — mettons 12 0/0, pour la commodité de l'écriture et sans attacher aucune importance â cecliiHre — en vue de faire face aux charges nationales : c'est autant à déduire sur la valeur brute. Un avis, affiché bien en évidence, rappelle au producteur la loi votée par le Parlement : il indique spécialement la proportion pour laquelle figure, — tant qu'elle

r y figurera — dans le prélèvement de 12 0/0, le inotitaDt de l'indemoité annuellei à payer aux anciens propriétaires capitalistes.

Notre caissier n'a pas fini. Il sait que, dans la région de son ressort, il a été fuil certains travaux publics, par exemple uo chemin de ler régional ; que, pour exécuter ce iravail, le Conseil compéteut a obtenu l'autorisation de se iaire avancer use certaine quantilé de bons nationaux ; qu'il doit les restituer dans un certain délai, et que cela représente, pour chacun des établissements de la région, un prélèvement déterminé. — Ci 2 0/0 à ajouter aux il 0/0 qui vont au budget national : ce sont les « centimes liéparumeniaux ».

Enfin, notre préposé trouve sur le certificat du réceptionnaire l'indicatioa de la commune où ont été fabriqués les produits reçus. Un tableau spécial lui apprend que cette commune s'est fait faire, elle aussi, en bons nationaux, des avances restituables. Ci 4 0/0, pour « centimes commu-

L'opération est terminée ; elle ne peut pas avoir pris deux minutes. Le caissier déduit 19 0/0 de la valeur taxée, et compte le solde en bons nationaux, Le directeur sort, ses billets ou jetons en pocbe, pestant, suivant l'éternelle coutume, contre l'exagération des charges publiques. Si

bous l*écoutons, nous l'eotendroDS mâchonner: (1 C'est égal, ce passé est bien lourd, el celte iiqui- II datioD est bien longue. Eu verroas-nou3 jamais « la fin ? n Réflexion alarniaute pour les indemnitaires du capitalisme posthume. Noire homme se coDSOleeo se disant que, jamais au moins, sous une autre forme, il a'aura de relations avec un autre agent du fisc ; qu'il ne connaîtra ui contrAleur, ni percepteur, ai rat de cave, ni gabelou ; qu'il ne devra rien pour son tabac, son vin, son petit verre, ses allumettes et sa bière ; qu'il en unit d'un coup avec tous ses impôts, le national, le régional et le communal.

Cette pensée le remplit d'allégresse; et ses collaborateurs, — auxquels il court distribuer la manne, dans la proportion réglée par eux — ne manquent pas de partager sa joie. — Ainsi le collectivisme, grâce au mécanisme de ses magasins nationaux, aura pu réaliser automatiquement cette chimère radicale, l'iinpôl sur li rerienu ! Pas progresxij, il est vrai, quoique j/otfl/: mais chacun comprend pourquoi, dans l'organisation socialiste, on peut faire bon marché de la progression (1).

(I) Ou piiurrait ee di'maniier si, au moment de la remise HDx BDclens capital lates des bons représealaot \ear iodemnlté, le minUlére des bon» nationaux ae devrait paB leur tilrc

Tet est le système proposé pour l'acquit' des charges publiques. Peut-être aurait-on pu preadre les ctiosesà rebours: c'est-à dire qu'on aurait pu décider que les produits, après taxation par les Conseils locaux, qui dans l'hypothèse n'auraient pas tenu compte des charges publiques, à concurrence de ces charges, seraient majorés au moment de la livraison au public : ainsi peut-on dire, le fardeau pèserait non sur le producteur, mais sur le consommateur. Cet avantage, un peu fuyant peutêtre, — car, dans notre régime, la consommatioD de chacun sera sensiblement fonction de sa production — a paru compensé, et au-delà, par des iaconvénients certains, notamment celui-ci : les bons nationaux pouvant être utilisés n'importe où, il était impossible d'arriver par ce moyen à l'acquit des charges régionales ou locales. Il eût donc fallu créer des instruments de perception spéciaux. C'était, pour un résultat eu somme assez I mince, une lourde machine à monter.

H y a cependant à se préoccuper du consom-

■uppOFtrr le prélèveoieni [wur cliargps publiques qoe sublroot les procliicletira. Il semble hieri que ee prélèvement (erait douille emploi, «i du moliiH, suivant la bonne règle, on a ^labli rinilemnllé d'apréa le chinre du revenu net, •lëdoclion luile dei ehargr^ publiqu«H anciennes, tin second prélève ment, pourchargeH publiques nouvelles, eotsmerail 1' léelle-mAme.

lerail riadem- ^^M

mateur qui, tout en étant producteur, est iguort à ce titre par les magasins nationaux : médecins, artistes, avocats, etc. tous ceux (lui ne rendent que des services non matérialisés, ou que la loi autorisera, par exceptiou, à traiter à prix débattu avec leur clientèle. Ils ne peuvent évidemment vivre en privilégiés, dispensés decontribuer aux charges publiques. A leur usage, on établira l'impôt sur le revenu, global, progressif, avec déclaration, taxation et tout l'assortiment qu'on voudra. Je déclare pour ma part, accepler d'avance le projet le plus radical de tous les projets radicaux qui auront été présentés aux Ctiambres jusqu'au jour de la Révolution. Quant aux typographes et similaires, qu'ils n'espèrent pas échapper aux charges publiques : leur compte est réglé. S'il est nécessaire de faire passer par les guichets nationaux les bons que leur remettront leurs clienls, ou les y fera passer ; en tout cas, ils subiront le prélèvement.

En avons-nous fini avec l'entrepôt, instrument fiscal V Pas tout à tail. Il faut encore noter que l'entrepôt remplacera l'administration des douanes, comme toutes les autres régies. Sans rechercher si le législateur socialiste croira devoir maintenir des droits protectenrs ou même des droits de statistique, montrons que, le cas échéant, le mécanisme

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seils locaux de la consommatioa. Enfio, il aura à approvisioaner tes magasins nationaux de [m-aison situés daas son ressort, eo acheminant les produits vers les lieux où le public let? réclame, soit de l'eutrepAt lui-même, soit directement des lieux de production. Ceci vaut ù peine d'être dit, et l'ageucement de ce service ne présentera pas de difficultés insurmootahles. Elles sont nombreuses déjà, les maisons industrielles (]ui répandent, même directement, dans la France entière, et font parvenir jusque dans les plus humbles villages, les produits de leur fabrication ; et nos régies d'État elles-mêmes mettent très convenablement à noire dispositionle tabac, les allumettes, les cartes à jouer et les timbres-poste. Il y a doue là des organismes déjà existants, qu'il faudra seulement développer: quelques bons directeurs et chefs de division feront amplement l'atlaire. Où les recrulera-t-on ? Dans le personnel des administrations actuelles, dans celui des industries socialisées, et dans l'élite de ce personnel ; car des services aujourd'hui dispersés et émiettés, sans cohésion et sans lien, seront désormais fondus en un service unique, méthodiquement et rationnellement organisé, qui n'exigera pas autant d'agents; et l'on pourra choisir.

Les mêmes fonctions seront remplies par de

c'étaient jadis les Noucftles Ga/erfes, ' devenûeà magasio Dational; à l'imgle, uoe modeste boutique, peu tapageuse; c'est l'aacieo bureau de tabac, demeuré magasin aational; en face, débordant de l'intérieur sur le trottoir, ua amoncellemeat de victuailles : c'est l'ancien magasin A» comestibles, devenu magasin national; il est géré par l'ancien patron, dont la face réjouie montre bien qu'il n'est pas fâché d'être délivré du souci des échéances. Sur la grande 'place, le marché couvert: c'est le magasin national d'approvisionnement ; des fonctionnaires spéciaux — encore! — y reçoivent t^haque matin leaproduitM apportés directtimeût des campagnes. Partout, les produits sont livrés au public pour la valeur taxée, valeur

Cette description, dont je serais tenté de m'excuser, n'est point cependant inutile. Certains, en eflet, confondant sans doute les entrepôts et les magasins de livraison, semblent portés à croire que, dans la conct^ption socialiste, les magasins de livraison eux-mêmes seraient peu nombreux,

(1) Il esl très cerUlaemsDt aoperllu d'indiquer que la diflérence eotre la quHiiliIé de bons naUonaux délffrés aux lirai] ucli-urK et cMc qui est demandée aDx consomma leurs enéclianitedea produits reale a la didpoBlIlOD du iMiuverneineiil, et que c'est ainsi qu'li peut (aire laceanx cbargea publiques.

et COQ sidérant l'ensemble des magasins nationaux, que la masse des produits approvision nés soit, à toute heure, en c orrespondance exacte avec la ma sse des bons nationaux guise trouvera disponible entr a les m ains du public - Faute de qn^i, les plus graves dangers menacent l'ordre social et la rie mfime de la nation. Par exemple, les bons nationaux leaus en réserve par l'épargne peuvent sortir brusquement des bas de laine et se précipiter vers les magasins nationaux.

Qu'arrivera -l- il s'ils n'y trouvent pas leur contre-valeur en produits ? h La machine se détraquera», tout simplement. Il peut aussi arriver que les bons nationaux, épargnés ou autres, se portent eu masse sur tel produit, momentanément plus recherché: les magasins nationaux ne pourront suffire à toutes les demandes. Alors, c'est la n rupture d'iiquilibre i) entre les besoins d'une consommation spéciale et la production correspondante, — catastrophe moins terrible sans doute que le détraquement, mais bien fâcheuse tout de même. 11 faut noter que cet équilibre peut se rompre ici ou là, dans le Nord ou dans le Midi, dans une ville ou dans une bourgade, en sorte que la crainte qu'on en manifeste implique qu'on voudrait être assuré de trouver partout, tous les produits, dans tous les magasins nationaux :

Fraoce, en prenant son temps, femît face à toutes ses obligations. De même, mulalis viutandts, ai les magasins nationaux venaient à se trouver au dépourvu, ici ou là, faute de tel produit particulier ou faute d'approvisionoements généraux, ils prendraient leur temps, ils < s'arratigeraienl », — à moins que ce ne fflt dans le pays tout entier la détresse el la famine générale, encore une hypothèse extrême qui échappe à toute discussion.

Si, d'ailleurs, on avait la candeur de partager les appréhensions intéressées el factices qu'inspire aux défenseurs du capitalisme le fonctiounement économique du régime futur, quelle épouvante ne devrait-OD pas ressentir en présence des incertitudes de l'heure actuelle, où tout est livré à l'aveugle hasard 1 Nous n'avons aucun moyen de savoir, sinon par des statistiques suspectes, ce quegagnentannuellement dans leur ensemble les millions de producteurs français; aucun moyen de connaître la somme qu'ils ont la possibilité et l'intention de consacrer annuellement aux besoins de leur consommatioa ; aucun moyen de nous rendre compte si la produclion annuelle est suffisante pour Faire équilibre à ces besoins. 11 nous faudra donc vivre dans la perpétuelle terreur d'un cataclysme ? El que ue devrait on pas redouter

pourlecasoù les milliards accu mutés del'épargTiiS, rompant lout-à-coup leurs digues, se précîpittiraient eu torrent vers les dépenses immédiates de coDsommatioD? C'est du coup que la Diacliine sauterait eu l'air, au point qu'on o'ea retrouverait plus les débris. Tout va cependant, au moins avec une régularité relative, dont nos adversaires, — bizarre état d'esprit — (ont honneur à l'anarchie même du régime. Tout marche, parce que, d'une façon générale, la con.sommation d'un peuple est fonction de sa production, ou inversement. Cette loi fonctionne en l'absence de toute organisation : il serait simplement logique d'admettre qu'elle fonctionnera mieux encore avec une organisation même défectueuse, aussi défectueuse qu'on voudra l'imaginer. Eh! sans doute, il arrivera qu'un entrepôt manque d'un produit qu'il devra demander d'urgence ailleurs ; qu'un consommateur, même impatient, soit obligé du chercher sur la Grande Place ce qu'il n'aura pas trouvé dans la Grande Rue ; que le campagnard doive aller se fournir à la ville voisine: comme aujourd'hui, n'est-ce pas? et, à coup sur, moins fréquemment qu'aujourd'hui. Nos adversaires gagneraient à s'épargner des arguments qui. s'ils avaient une portée quelconque, porteraient surtout contre le f^ime existaul, mais qui, pour bien di

it contre le ^^H ire, malgré ^H

la pompe obscure et la soleunité voulue des formules. De sODt que pures oaivetés.

Avanl de sorlirdes mugcisiDs natioDoux, il me reste une dernière querelle à vider. Prévoyanl te C36, qui sera fréquent, d'un chaugemeDl daus la taxe d'ua produit, M. Bourguin écrit, page 19 :

(( Qunnd les coDdilions delà produclioo vieQT-. (c Dent à changer dans le pays, par l'elTet des cir- (( coustances atmosphériques, des progrès lech- « niques, ou de toute autre cause, les moyennes « sociales de productivité du travail, qui servent " de base à la taxation des produits, doivent être fl révisées. Mais pour ciue l'équilibre des taxes n subsiste entre travau.^ et produits, il faut que (I l'ancien tarif continueà s'appliquer aux articles <( emmagasiués uvaat la révision. Ces produits H doivent donc être écoult's dans la consomma- <( tion avant les attictes similaires qui portent le « nouveau tarif. »

Je rappelle que Ik où M. Bourguin écrit:

nioyeanes socialt-s, j'écris : moyennes sociales locaiet; que je n'admets pas qu'il y ait lieu de taxer les travaux quand on a taxé les produits, et que les mots «équilibre des deux taxes» sont pour moi dénués de sens. Ceci dit pour la bonne règle, je m'attache à la pensée exprimée : ir II faut que l'ancien tarif continue à s'appliquer aux

réquîlibre capitaliste. Alors, dira-t-oD, sur tel ou tel article vos magasius nationaux coureut le risque de se trouver eu déficit 1 C'est bien possible, quoiqu'il ne faille riea exagérer : de même qu'ils pourront se trouver en excédent sur tels ou tels autres. Oo fera la balance, en fin d'exercice, sur l'ensemble des magasins nationaux. Si, tous comptes arrêtés, un déficit apparaît, il y sera pourvu, sans grande innovation, par la voie du budget reçu ficalif ou àes crédits supplémentaires: en définitive, la collectivité nationale supportera, comme il est rationnel, les conséquences des aléas qu'elle aura dû prévoir — et qu'elle aura prévus — comme ne pouvant manquer de se produire daus le vaste atelier national. A tout prendre, la question se réduit à l'ouverture d'un chapitre spécial dans la comptabilité des magasins nationaux.

tc Justement ! » m'arrôte-t-on : (i Cette comptabilité, elle sera immense !» — Je supplie qu'on n'en doute pas, et je vais essayer d'en donner une idée- Je viens de jeter un regard craintif sur le décret du 31 mai 1862, portant règlement général sur la comptabilité publique. 11 ne comprend pas moins de 598 articles : encore faut-il dire qu'il disparaît presque sous la masse des lois, décrets, arrêtés, circulaires et instructions, dont il a

.i-;,iih>.qu;it,cai,s..),:r| |iiL> l;i i'niii|ilMhiliti'' Jf>siiiaga-| ^ iif ^l'ra lias cniiiiiiode à i'F'f;ler,alors| li devra R-iiiln' r;ii-nn loiilà l;i du mo^^^^nl île la in-tnliii'lini], eldHS(i|»i' tîsi^Cje la R4i.iHilii|iie, Vnjlà ,le>1uMui t.'9w^r^|^.<!uiu['OmM'ilii'Elal~<H'ia1iste.| S'ilTf réus^H^^ii (■(iiiili'iisiT *oi] rèiilnnent en| quelques articles, j'imiit^iiif iiu'il lU' lui i tenu riîTueur par les aiiinir;itfur-i juré- COiiiplaliilité publiqiiu. Mfiis je (Icmi^urr taut j'ai tni clans la vii^ueur et la iietleie ( (loclriiies, ilaiis hi puissance île siinplifu qu'elle-^ rontieiiiieiil, dans la disciplir donnent aux es[>rits! — que, quelle qi*' œuvre, elle ni' sera jamais, et de bien loin, aussil lijiillii.' ,|i[r rinipéiiélrable iiiaijui!?. [lius s ombr e! el [ilu.s ejiai'- i'|iji|iii- jnur, où s'égarent nus^^^f

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f EFFROYABLE COMPLICATION l

Voici le poi^ard de miséricorde.

Ceux-là même qui, parmi nos critiques.

croient devoir témoigner quelques égards à notre doctrine, se conduisent avec nous comme le sacrificateur antique avec la victime : ils couronnent le socialisme de Heurs avant de le conduire à l'autel, — où ils l'immolent avec ces deux mots, plus meurtriers à leur sens que l'arme la plus acérée : i EUroyable complication, i

M. Bourguin, que je me fais presque scrupule de citer si souvent, a interverti Tordre traditionnel : il joue tout d'abord du poignard. Avant même d'examiner, — sérieusement et impartialement comme il l'annonce — si la valeur basée sur le travail, qui est la pierre d'assise du collectivisme, est capable de jouer dans le monde économique le double rAle ■ d'instrument d'équilibre et de facteur de progrès * il brosse le tableau des besognes qu'auraient à accomplir les t conseils,

directeurs, inspecteurs, préposés, employés aux écritures » de l'orgauisHtion cillectivisto. Je cite : (( lis auront à comniaDder et à surveiiler « toutes les opérations de culture, d'extraction, « de fabrication, de Iransport et Je débit néces- (t sairesà la vie Datiouale. Ils recruteront et dirin gérant tout le personnel de la produclion et (' des transports. Ils régleront le nombre des tra- « vailleurs dans les ateliers el leur distribueront « les tâebes, renvoyant ceux qui deviennent inu- « tiles et les occupant ailleurs, suivant les varian lions des besoins et les capacités individuelles, « sans jamais laisser chaîner un travailleur. » AiQsi tout au long de deux pages compactes et énormes. Que le prétendu tableau soit une uauvaise charge, on peut en juger après avoir lu les chapitres qui précèdent : mais ce n'est pas le point. Je considère le résultat cherché : un a voulu épouvaater le lecteur, el l'amener à prononcer spontanément avant même la discussion annoncée, les paroles fatidiques : (i Effroyable complication ! » Ainsi, la victime est préalablement immolée : les fleurs viendront plus tard.

M. Bourguia a l'ironie massive. C'est un genre qui n'est pas dénué de puissance : qu'il me permette de m'y exercer avec lui. Je suppose donc I que nous nous sommes mis d'accord, lui et moi,

Tant sur la table rase, pour organiser de toutes pièces la société capitaliste actuelle. Et je suis désigné — choix flatteur — pour dire quels services seront nécessaires à son foDctionnement. Je commence :

Pour procurer à notre société les ressources dont elle aura besoin afin de faire face aux cbarges publii^ues, il faudra tout d'abord que des fonctioQcaires aient découpé le sol. tout le so! de la Répub]ii|ue, en parcelles grandes ou petites, quelques-unes infinitésimales, en indiquant pour chacuned'elles lerevenu qu'elle peut produire. Il faudra que d'autres fonctionnaires fixent chaque année l'impAt dû par chaque parcelle, eu employant des procédés difléreats suivant que la propriété sera bâtie ou non bâtie ; il faudra que les mêmes fonctionnaires évaluent le mobilier qui appartient à chaque particulier, et le taxent en conséquence ; il faudra que les mêmes fonctionnaires mesurent la quantité d'air et de lumière dont dispose chacun, et l'imposent suivant le nombre de ses portes et de ses fenêtres ; il faudra que les mêmes fonctionnaires apprécient, soit d'après certains signes extérieurs, soit autrement, lecfaiflre d'affaires que peut fairechaque commerçant ou industriel, et le frappent, pour qu'il ait ledroit d'ouvrir boutique, d'un impôt qu'on appel-

ente. Il faudra que d'à litres foDctiotmâîrë^ recouvrent les impôts établis par les précédents, en employant pour assurer ce recouvrement les nioyensdecontrainte les plus énergiques, tels que la vente du mobilier et des immeubles des redevables. Il fandra que d'autres fonctionnaires vendent au profit du Trésor public un papierspécial et fort cher, sur lequel devront être rédigées, sous peine d'amende, toutes les conventions qui se formeront entre particuliers, bail, vente, échange, partage, obligations. . . etc.; il faudra que les mêmes fonctionnaires perçoivent sur toutes les conventions un droit, qui sera rarement fixe et modéré, le plus souvent proportionnel et énorme, et que, pour surveiller le recouvrement de ces droits, ils aillent fouiller non seulement les archives des greffes, mais encore les minutes des notaires, pénétrant ainsi les secrets de toutes les familles ; il faudra que les mêmes fonctionnaires veillent à ce que, sur tout le territoire de la République, il ne s'échange pas entre particuliers une seule quittance sans qu'elle paie un droit au trésor, il faudra que il'autres fonctionnaires fassent le compte de tout ce qui se fabriquera en vins, bières, cidres, poirés, hydromels, alcools, et qu'ils s'arrangent pour qu'il ne puisse pas circuler en France un litre de boisson sans acquit des droits ;

il faudra que des foDctionnaires du même ordre surreillent la fRbricatiou du sucre, du sel, des cartes à jouer, eu teuaDt la maiu à ce que les particuliers et les cercles ne puissent passe servir des mêmes cartes. Il faudra que d'ai fonclionnaires se rendent dans les champs des planteurs de tabac, pour y compter le nombre de pieds au sillon et le nombre de feuilles au pied. Il faudra que d'autres fonctionnaires fassent sentinelle aux portes des villes, et puissent fouiller loures les personnes qui y entrent, s'ils les sus. pecteut de vouloir introduire des marchandises sujettes aux droits. Il faudra que d'autres fonctionnaires montent la garde sur toules nos frontières de terre et de mer, pour examiner au passage le moindre ballot de marcbandises venu du dehors. Il faudra que d'autres fonctionnaires recensent pour les imposer, les voitures publiques, automobiles, chiens et bicyclettes. Il faudra que d'autres fonctionnaires soient en permanence pour appliquer les peines d'amende et d'emprisonnement qui eoDt la sanction nécessaire des infractions relevées par tous les fonctionnaires précédents. Il faudra... Il faudra.,.

— Ouf 1 Je .souffle, nayanl pas la longueur d'haleine de M. Maurice Bourguin: mais je reprends tout aussitôt.

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