‹ Lois collectivistes pour l'an 19--Chapitre 7 sur 23 · NATIONAUX L · texte numérisé non relu

NATIONAUX L

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poussée des lois qui semblent appelées à régir la production et la répartition collectivistes, on oous crie : n Quelle outrecuidance ! N'avez-vous pas (( honte de vouloir régenter par avance une (( société dont, de votre propre aveu, le mécar( uisme intime et même la physionomie exté- « rieure vous échappent ? n Si, au contraire, et justement pour les raisons de cet ordre, nous nous condamnons à nous taire : h Tout heau, ji nousdit-OD, « c'est vous mettre trop à l'aise! Vous « nous la baillez belle avec vos théories ; vous ne H serez quitte envers nous que si vous nous mon- '( trez tout au moins à quelles règles générales (( obéirail pratiquement la production coilectifl visle. Le moment est venu de parler, exécutezif vous. Votre silence serait votre condamnation.» Puisque je devais me heurter à l'un ou l'autre de ces ëcneils, j'ai délibérément fait mon choix, et c'est le premier que j'aflronte. Je vais donc essayer de dire, me plaçant en présence de la société capitaliste actuelle et la supposant brusquemeut transformée en société collectiviste, tenaat compte des tendances qui sont dès aujourd'hui manifestes, de leur développement probable ou des courbures qu'elles peuvent subir, des mœurs, des habitudes, des nécessités sociales, je veux essayer de dire quelles sont les régies

législatives, — et celles-là seulement — qui me paraissent devoir présider, soit à l'orgaDisatioD de la production collectiviste, soit à la dîstributiop des richesses produites par le travail coinmum.

Contre tout dessin de société collectiviste, les critiques abondeut. On les trouve sous la plume des écrivains les plus divers. Les uns, après avoir pris la peine de se renseigner sur notre doctrine, la discutent comme une chose de conséquence, daQS uu esprit vraiment sclentiflque et avec un sensible respect. Chez d'autres, c'est l'intérêt de classe qui l'emporte : il les aveugle, même à leur insu. Eulin, on a dirigé contre le socialisme, soub forme de romans descriptifs, de petits libelles purement idiots,— je ne trouve pas d'autre expression — miracle de dédain grotesque et d'ignorance infatuée : le modèle du genre est peut-être le irof( de l'Allemand Fichter, — personnage de marque, s'il vous plaît 1 chef du groupe progreasisle au Reichstag — ique M. Verly, de Lille, a pieusement transposé en mauvais français. J'ai, bien entendu, négligé ces inepties. Partout ailleurs, chez tous les écrivains dignes de ce nom, j'ai recueilli tous les arguments dont font couramment état les adversaires du socialisme. Si j'en ai omis quelqu'un, c'est par mégarde, et je m'en

excuse. Je me suis étudié à les ramasser en faisceau, il n'eu pas atténuer la lorce : et, pour la clarté mftme de ce travail, je ne veux pas le pousser plus <<vaDt, sans les avoir énumérès, comme la préface nécessaire du chapitre qui commence. Voici donc ces argunieuts, mis, autant que je l'ai su, en pleine lumière :

1° Le système tout entier repose sur la conception socialiste de la valeur: il implique nécessairement la^axation^paH^aiitorité c^^ fois des produits et des travaux. Ce sont là deux séries d'uoilés de valeurs diCéreules, dont les sommes, néanmoins, doiveut être mathématiquement égales : car, suivant que le total des produits taxés serait inférieur ou supérieur à celui des travaux taxés, il y aurait ou bien des travailleurs qui ne trouveraient pas à échanger leurs bons contre des produits et qui mourraient de faim, ou bien des magasins regorgeant de produits en excédent, et sans utilisation possible, Or, it l'unité Je vuleurse fixe sur des données diOérentes pour le travail et .pour le produit. (Maurice Bourguin, les Systèmes socialistes, p. 19). Si donc il est possible d'admettre, en théorie, que l'on puisse obtenir l'égalité mathématique entre les totaux des deux séries de valeur parallèles, il sera impossible dans la pratique d'arriver à ce résultat : et le système croule.

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roBt aux dépens du public, ce qui est inadmissible : ou bien, dans l'hypolhèBe inverse, ils seront constitués eu perte, ce qui détraquera toute la comptabilité nationale. Et comme, par la force des cboses, les tarifs seront essentiellement instables, il se trouvera que, presque toujours, les consommateurs paieront les choses, comme on dirait aujourd'hui, plus ou moins qu'elles ne valent au moment où ils les achètent. Mieux vaut, à tout prendre, le régime actuel où, à travers lea fluctuations que le régime socialiste n'évite pas, les marchandises soiit au moins payées à leur valeur vraie du moment, telle qu'elle est fixée par le libre jeu de l'offre et de la demande.

4° Comment s'y prendrat-on, avec la taxation d'après le travail, pour faire un choix entre les co mpétiteurs qui se disputeront les produits rares, les objets précieux qu'il est impossible de multiplier à volonté ? Bijoux, pierreries , joyaux historiques, œuvres d'art, vins de grand cru, truBes duPérigord.appartiennentaujourd'hui au plus oITrapt, et cela nous fait une faconde justice. L'argent fait la loi, do nc on échappe à l'arbitraire. En régime collectiviste, à qui réservera -t-on ces objets recherchés ? Est-ce la fantaisie de Tautorité qui fera loi? Ou procédera- ton par voie d'ecchères, au risque de bouleverser tout le système?

5° Il est nécessaire de maintenir l'égalité rigoureuse au moins entre les travailleurs d'une même catégorie, par exemple les producteurs de blé l'heure de travail du laboureur des hautes vallées a la liiême valeu r que celle du paysan beauceron. Mais la productivité des deux travaux diflère.

D'où il suit que les producteurs, à travail égal, n'auront pas droit à uue quantité égale de leur produit spécial, ui. dans reosenible, de la masse des produits: et l'on aura simplement substitué des inégalités nouvelles aux inégalités du régime actuel ;

6° S'il est possible, pour des produits ou travaux de même nature, de varier la taxation suivant la qualité, on ne trouvera pas de commune mesure entre des travaux ou produits essentieltemeDl diflérents. Que vaut, par exemple, l'heure de travail simple du manœuvre par rapport à l'heure du travail qualiQé du ciseleur? Le taxateur social i aie sera impuiasaut à répoudre à cette question : c'est l'avorteroenl du système ;

7° Il sera impassible, avec la taxation collectiviste, de déterminer la rémunération due à un très grand nombre de travailleurs : par exemple, ceux dont le travail ne se matérialise pas en choses palpables, les ingénieurs, architectes, c tremaitres ou conducteurs de travaux.

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tables, les portefaix, les garçons de café..., etc., exception faite cepeodant puur ceux d'entre eux qui seront affectés à des travaux publics, et dont la rétribution sera fixée par la loi ; par exemple, encore, ceux qui ne travaillent que par intermittence, au gré des besoins de leur clientèle, et qui ont, dans les intervalles, à s'entretenir dans la pratique de leur métier : médecins, portefaix, avocats, coiffeurs, vétérinaires, acteurs, chanteurs et musiciens, ministres du culte..., etc. Dès lors qu'ils n'ont rien à porter aux magasins nationaux, comment les taxera-ton ? Faudra-t-i! en faire des fonctionnaires?

8" Les collectivistes" disent aujourd'hui au paysan qu'il n'a plus que l'illusion de la propriété: ils prétendent, pour le séduire, lui en assurer les réalités. Il n'y a là qu'un trompe-l'œil, sinon une hypocrisie. De la propriété, en régime collectiviste, le producteur rural individuel n'aurait pas même l'ombre; car il ne serait pas maître de r égler à sa guise sa producti on. Il devra, dans le choix de ses cultures, obéir aux ordres de l'auto^ rite, qui, chargée de pourvoir à tous les besoins de la consommation nationale, ne saurait laisser en dehors de son champ d'action les propriétés dites individuelles:

9° La production collectiviste sera extrêmement

coûteuse. Les travailleurs, n'étant plu) par l'aisuillon de l'iiilérêt personnel, se désinlé- 1 resseroDt de leur tàclie ; le seiitimenl de la solidarité collective ne pourra les décider à deB-l efforts dont ils ne tireront qu'un avantage ialioî- , tésimal. Le coulage, le gaspillage atteindrootl d 'effroyables proportions. Plus d'initiative, plusl de recherches, plus d'ioveutious : c'est l'arrêt f brusque et définitif de tout progrés; c'est la | déchéance et la mort de tout ud peuple;

jO° Comment, avec la taxation du travail, assurera-Ion l'exécution des travaux particulièrement pénibles et répugnants ? Ou ne-lrouvera personne pour les faire, et les socialistes eux-mêmes pensent qu'on serait obligé de recourir à la réquisi; 1 tjogj.

11° Ce seront des administrateurs élus qui auront à déterminer les besoins de la consommation et qui régleront eu conséquence l'ordre de la production. Pour avoir été élua. ils ne seront pas de ven us in faillibles. Aujourd'hui, quand no chef d'entreprise se Irompe, il en soutire seul, non pas tout le corps social. On frémit, au contraire, à la pensée de la répercussion qu'aurait sur l'existence même d'un peuple collectiviste, une erreur de ses élus, ou un simple mécompte. I.es plus grands génies seraient à peine égaux à la tAche

exigée des autorités économiques du 'coileclivisnie. Si mÉme ces géoies se rencontrai eut, le peuple saurait-il les discerner dans la foute ? S'il les disceruait, ne reculeraieut-ila pas devant les responsabilités ?

1S° Dans l'atelier comme dans la natioD, la direction appartiendra à des ctieis élus. Que po urrat-on attendra de paieilschels ? Ménagements et défaillances envers la masse des travailleurs dont ils dépendent; complaisauces et faveurs pour les amis; sévérités et rigueurs pour les adversaires : ce sont les mœurs ordinaires des chefs temporaires et élus, toujours soucieux de leur réélection plus ou moins prochaine. Il n'y aura pas de direction, pas d'autorité dans les ateliers du collectivisme;

13" Le régime implique une centralisation de fer, et une tyrannie sans exemple dans le passé. L'autorité nationale réglant à soo gré 1» productioD et la distribution, il ne reste plus rien à l'individu, ii Toute manitestation d'activité indi- « viduelle ou collective, même de l'ordre iutellec- « tuel et moral se traduisant par un usage ou une « consommation de choses matérielles, toute « liberté, liberté de la presse, liberté des élections, « liberté de réunion, liberté des théâtres, liberté « de l'enseignement, liberté religieuse, se trouve

« soumise à l'arbitraire des personnages préposés (L à la direction des foDCtioDS économiques. » (Maurice Bourguin, les Systèmes Sodalixtes, p. 70) ;

14" Enfin le collectivisme refusera au producteur même la liberté la plus élémentaire, la liberté de ses mouvements. Suivant les besoins, arbitrairement déterminés, de la production, il sera soit attaché comme par un carcan à son banc d'ateliec, prisonnier du Work-house national, forçat de la galère collectiviste, soit ballotté de ville en ville et roulé comme la feuille morte. Adieu le droit n d'aller et de venir », que la Constitution de 1848, avec une simplicité touchante, mettait au premier rang des droits garantis I Pire que celle des casernes et des couvents, telle apparaît la discipl ine collectiviste : pour le travailleur, le collectivisme, c'est alternativement le bagne ou le vagabondage.

— Je crois avoir fait bonne mesure aux détracteurs du socialisme : leur compte y est. Je me Qatte d'avoir aligné en belle ordonnance leurs arguments favoris, sauf quelques autres billevesées plus négligeables. Je n'entreprendrai pas de les discuter dans l'ordre même où ils viennent d'être présentés, parce que souvent la môme réfutation vaudra à la fois contre plusieurs arguqui sont contenus l'un dans l'autre. Je

prie simplement nos adversaires, — et avec plus d'insistance encore mes lecteurs, — de vouloir bien prendre patience jusqu'à la fin de ce chapitre '. nous ferons alors la balance des comptes.

A la base de l'édifice, nous mettrons des conseils lo caux de la consommation et de la vroducUon. CoQseWs électtls, cela va sans dire ; car il répugnerait au principe républicain qu'ils fussent composés d'agents désignés par l'autorité nationale. Et c'est déjà répondre à l'un des griefs que l'on fait au socialisme : il n'est pas nécessaire que tous ceux qui participent à la direction de la production collectiviste soient des fonctionnaires d'Etat ; c'est même le contraire qui est vrai.

Par qui seront élus ces conseils locaux ? Ici il y a lieu de distinguer.

Chacun est également capable d'apprécier, bien ou mal, — plutôt mal d'après nos adversaires, c'est entendu — les besoins probables de la consommation. Chacun, quelle que soit sa profession, mange, boit, s'habille, se chauSe, dort,

voyage, lit etc. D'où il suit que les membres

des conseils locaux, section de la consommatiou, doivent être élus par le sufirage universel. L'administration, au besoin la loi, découpera le terri-

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