‹ Lois collectivistes pour l'an 19--Chapitre 8 sur 23 · IP'A · texte numérisé non relu

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liste. Je rêve d'une liste électorale bien faite, voilà tout : sauf aux membres d'uo même collège professionnel, qui auront ainsi le moyen de se connaître, à se rapprocher et à se sentir les coudes.

On ne me demandera pas, sans doute, de faire ici, article par article, toute uoe loi électorale. Que nul ne soit privé de son droit de suffrage, que le vote soit libre et sincère, que le dé])ouillement soit loyai, il sufTira. Pour assurer ce triple résultat, le socialisme trouvera aisément en Europe — pas eu France — des modèles législatifs qu'il adaptera facilement aux besoins nouveaux.

— Voilà donc noire conseil local constitué. Il se réunit au chef lieu de la circonscription, soit à dates fixes, soit quand il lui plaît. Chacune des deux sections travaille à part, soit sur les documents fournis par l'Administration, soit sur renseignements recueillis par chacun de se»

membres : mais les décisions déânitives sont toujours communes, et prises en séances plénières des deux sections. Il va de soi que séances de section ou séances plénières seront également publiques. Exige-ton que je dise quelle sera la méthode de travail adoptée, la division des sections en commissions, le mode de nomination des commissaires? Serviteur! nous avons, hélas! tout le temps d'arrêter le type des règlements intérieurs

de DOS eonieils. Mais, dès à présent, il nous est permis de prévoir quelles sont les règles générales auxquelles ils obéiront dans la conduite de leurs travaux.

Nous soinmes à la section de la consomniation. Chaque couseiller, Rvantson élection, aura, comme il est déjà d'usage, parcouru toutes les communes de son collège, et même visité toutes les maisons de chaque commune. Il se sera familièrement entretenu avec ses électeurs et ses électrices. Des explications auront été échangées en réunion publique. Bref, il aura pu faire et il aura faitamplemoissoitde renseignements précis. Lui sera-t-il donc si diOicile d'indiquer la somme des besoins de son collège? A bien dire, cette somme pourrait être obtenue par la totalisation des carnets de ménage : et l'on opérerait à coup sur si la tenue de ces carnets était déclarée obligatoire. Mais qu'ai-je dit? Ce serait une mesure inquisitonale et les radicaux, qui s'apprêtent à fouiller dans les papiers de famille pour asseoir leur impôt sur le revenu, nous la reprocheraient avec une juste sévérité. Aussi bien, et même sans lumières spéciales, on pourra se passer des carnets de ménage. Les conseillers municipaux actuels, les députés eux-mêmes, ne sont pas tous des hommes de génie : et cependant, les uns dans

toutes les villes à octroi et pour les objeta soumis aux larifs, les autres lorsqu'ils ont à évaluer le reudeineoldes impâts de coosommatioi), arrivent à déterminer, avec tiue approximation très suffisante, les chiQres probables des besoins annuels. D'après quelle règle établissent-ils leurs prévisions ? D'après la règle des moyennes, sans l'application de laquelle il n'y aurait, à l'beure actuelle, ni budgets municipaux, ni budgel national. Que cette règle soit souvent trompeuse, il n'y a pas à le nier. Mais il faut dire — et c'est justement le mérite des moyennes — que, te plus souvent, les erreurs commises se compensent et s'annulent, f Tout marche >, disait Victor Hugo, et le hasard corrige le a hasard u, Les moyennes, en régime socialiste, conserveront, j'imagine, toute leur valeur d'iodicalion. Ou pourra, d'ailleurs, en serrer de très près les éléments, mieux que M. Poincaié lui-même; les élus des conseils locaux disposeront d'informations puisées, par eux-mêmes à la source vive : en sorte que la part de l'erreur sera réduite au possible.

Donc, il ne faut pas exagérer les difficultés de la tâche. Une intelligence ordinaire, un esprit ouvert à la critique, de l'attention et de la conscience, telles sont les qualités qu'on demandera aux coqseillers de la consommation ; on pourra les recru-

des ateliers, usines, chantiers.... organisés utitionalement; elle indique, pour chacun de ces établissements itgricoles ou industriels, la nature des produits et les rendements probables ; elle propose, suivant les circonstances, soit des inoditications dans les modes de culture, soit la suppression de telle industrie qui n'aura donné que des résultats défectueux, soil la création de telle autre qui pourri) satisfaire avantageusement des besoins locaux ou nationaux. Quant aux domaines ruraux demeurés à l'état de propriétés individuelles, comme aussi quant aux établissements industriels, de jour en jour plus rares, qui pourront continuer à fooctiouner sous forme d'entreprises privées, quelles seront les attributions de la section? 11 serait illogique et contradictoire, tant que la législation et l'organisme collectiviste admettront ces deux genres d'entreprises, de les assujettir à la directiou de l'autorité économique du pays : à ce compte, ces survivances de l'ancien mode de propriété oeseraient, on l'a dit justement, que mensonges. Les propriétaires et entrepreneurs privés règierout donc à leur guise leur production : à leur guise, c'est-à-dire k leurs risques et périls, sous la sanction qui résultera de la taxation des produits, àlaquelle l'organisation générale ne leur permettra pas d'échapper. La section se bornera à constater

ce qu'a été, comme nature et rendement, la production privée au cours de l'aDuée précédente, et ce qu'elle promet d'être pour l'année en cours ; elle en déduira sans efiort, et en tenant compte s'il y a lieu, des transformations déjà annoncées, ce qu'elle donnera l'année suivaute. Ainsi la section pourra établir le total de la production locale, dans ses deux éléments difîérents : le premier certain. autant du moins que la certitude dépend des décisions humaines et sauf les mécomptes que la nature lient eu réserve, ce sera celui qui proviendra de la production collective et organisée ; le second simplement probable, ce sera l'apport des entreprises privées. '

Arrivés à cette étape du travail, réunissons noB deux sections en assemblée plénière. Cette assemblée contrôle et discute les chiffres proposés par les rapporteurs des deux sections. Elle entend, s'il le demande, le commissaire du gouvernement, comme nos conseils généraux entendent le préfet. Finalement, les décisions sont prises ; le couseîl arrâte les tableaux de la consommation et de la production, ce dernier divisé en deux parties, qui correspondent è la production collective el à la production privée. On met les deux tableaux eu regard, en sorte que le simple rapprochement Jait ressortir, pour la circonscription et pour

chaque produit, les excédents de la coosommation sur laproducLioD, ou inversement. Ce sera le pendant, en régime collectiviste, du budget primilil de nos conseils généraux et municipaux. En cours d'année, suivant le caprice des éléments, des consommateurs et des producteurs privés, on peut reconnaître la nécessité de modifier tes prévisions premières: il peut y avoir lieu de forcer ou de réduire tel ou tel genre de production. Aujourd'hui, pour opérer des modiâcations analogues, les assemblées locales ont à leur disposition le budget supplémeniaire ou rectificatif: on n'en refusera pas sans doute le héoéiïce aux assemblées locales du collectivisme.

Voilà donc la besogne faite: dans chaque circonecriptiou, les budgets économiques sont arrêtés. Par les soins des commissaires du gouvernement, ils sont envoyés avec un rapport, au mttihlèrf de la slalistique. Le rôle du ministre et de ses bureaux va consister à réunir eu un tableau d'ensemble tous les tableaux de circonscription, et à présenler ce tableau d'ensemble, avec son rapport, avec tous les documents à l'appui, au Consfil 7iational de ta coTtsommalion et de la production.

Gommeut sera recruté le Conseil national? Le procédé le plus simple et le plus sdr à la fois

parait consister à le faire élire par les membres des Conseils locaux: il semble bien qu'on doive obtenir ainsi une s^leclioo supérieure. CommeDt fonction uera-t-il ? comme les Conseils locaux, les ministres y tenant la place dn commissaire du gouvernement. C'est le Conseil qui, après avoir mesuré avec des f^aranties d'exactitude qu'il est impossible de nier, les besoins prévisionoels de la consommation, se prononcera sur les moyens indiqués pour satisfaire ces besoins; il statuera définitivement sur les propositions faites par les Conseils locaux, suppressions d'industries anciennes, créations d'établissements nouveaux, cbaagements des modes de culture, transformation ou augmentation d'outillage..., etc.. (1); il déterminera la nature et la quantité des produits qui devront être demandés à l'étranger, soit contre produits déterminés, soit contre espèces. Les décisions du Conseil national seront, par les soins du ministère de la statistique, trans-

(<| Si l'on veut poosser arec qoelque réOexIoD l'aiialfse , InUnae du trafnll des CoasftU loFaui ou national, od ^marquera qD'ils devront faire pntrer dans les prévisions ! raoBomnialioD toutes tes prérl^ions iinnaelles d'aufiracn- VblioD ou de reDouïellemenl du matériel, comme celles d'en- P.tretien ordinaire. Dans la complabllilé du collrctiv)^ r m'y aura pas d'article pour le capital de preriuer E êement.

r établit- ^M

mises pour exécutiou au Mviistire de. la production cl 4'- l'approvîsiovnemenL

Ce desgiQ d'ensemble ainsi préseuté, et sauf k en préciser plus lard les détails, donnons une première lois li) parole aux adversaires.

— « La tâche de vos Conseils, même et peutélre surtout des Conseils locaux, sera écrasante ». — Il est certain que ce ne sera pas besogne de fainéants. — « Mais alors comment comptezvous trouver des citoyens assez dévoués pour assumer pareil lardeau ? » — Nous comptons, cependant, au risque d'être taxés d'ingénuité, sur les dévouements civiques; nous coniplons aussi sur le prestige qui s'attacbe justement aux mandats électifs, et dont toujours nombre de gens seront jaloux ; enfin, pour ouvrir la porte à toutes les bonnes volonlés, nous rémunérerons toutes les fonctions électives.— h Toutes 1 » — Toutes. — « Mais cela pèsera sur vos budgets d'un poids écrasant )>. — Les élus qui ne coûtent rieu sont ceux gui codtentle plus cher: rappelezvous ce qui se passait dans les Cbambres censitaires, et considérez encore aujourd'hui las cosas de Espana. — h Enfin, et le point est d'imporn tance en aussi grave matière, qui vous garantit (' que le suffrage universel saura découvrir les « hommes vraiment utiles, et ne donnera pas sa

a confiance à des incapables, ou à des indignes?» — Messieurs, vous nous laissez sans parole.

Votre objcctioii vaut trop pour valoir quelque chose. Elle porte contre tes régimes électifs de touB les temps. Etes-vous républicains? Oui, n'est-ce pas? comme tout le monde. Pourquoi donc vouloir nous ramener au droit divin? Car il u'y a pas de milieu entre te suffrage populaire, avec tous ses hasards, et l'arbitraire d'une autorité instituée de Dieu. Comparez, d'ailleurs ; est-ce que, en dépit des railleries faciles, les élus actuels du peuple français ne sont pas infiuiment supérieurs, comme intelligeuce et comme moralité, aux couseillers du Tsar ou du Sultan 1 Loin de nous la pensée de flatter les hôtes du Palais Bourbon ! .Mais il faut reconnaître que, d'une façon générale et sauf de regrettables accidents, chaque parti y est représenté par son élite : le Parlement français peut, avec avantage, supporter la comparaison avec tout autre Parlement présent ou passé. Ainsi le suffrage universel, môme à l'état chaotique et rudimentaire, sait dès à présent faire de bons choix. Pourquoi supposer qu'un peuple éclairé, aflrancbi de toute contrainte, ayant à élire ceux de qui va dépendre dans une large mesure soQ existence quotitienne, portera syslëmatiqueraentses préférences sur des hommes tarés ou

sur des igaares?CeD'estpnsseulemeDt calomnier ce peuple, c'est lui prêter des pensées de suicide !

Ce dialogue terminé, ajoutou^ de notre chef une observation. Jusqu'à présent, dans notre dessin d'organisation colleclivisle, où a-t on vu apparaître les représentants non élus du pouvoir national? A la vérité, nous avons montré au sein des Conseils locaux et national les commissaires du Gouvernement et les ministres, qui peuvent y prendre la parole. Mais de quelle autorité disposent-ils 7 Simples agents de préparation et de transmission, chargés d'approvisionner les conseils des infor mations nécessaires, ils n'ont aucun pouvoir de décision. Le premier mot et le dernier mot appartiennent aux mandataires élus soit par le suQrage universel, soit par les groupements professionnels: onconviendradoncque, du moins jusqu'à présent, notre esquisse d'organisation ne laisse aucune place à cette tyrannie du pouvoir central dont s'efforcent de nous épouvanter les libéraux du capitalisme.

— Mais revenons au Conseil local, section de la production. Tout à l'heure, elle a déterminé la nature et le montant de la production : il lui reste à taxer les produits. On sait que cette taxation doit avoir pour base la quantité de Iravail social simple, ou de travail complexe, — multiple du

travail simple — qui se troare incorporée dans chaque produit : opérons d'après celte règle.

[| est tout d'abord certain que, pour les produits agricoles, le laxateur n'aura pas à se préoccaper de la fertilité plus ou moiosgrande et des qualités naturelles ou acquises dn sol : pas davantage, en maliëre industrielle, il n'aura à tenir compte da reudement plus ou moins grand de l'outillage : ce sera, en efiet, l'objet propre et ce doit être le résultat le plus certain de la Révolution, que de supprimer, dans la rémunératioQ du travail, toutes les inégalités proveaaat de Tilaégalité des moyens de production. En second lieu, il ne faut pas perdre de vue que chaque objet, — sauf ceux qui sont destinés à ta consommation et à l'usage i immédiat — est à la fois le produit d'une industrie \ et la matière première d'une autre. La Uine brute, par exemple, est le produit de l'élevage pastoral et la matière de la filature; la laine filée est la matière du tissage ; le drap est la matière de la coofectioD. n va de soi que le taxaleur collectiviste, — daus l'évaluation, par exemple, des filés de laine, — I devra négliger la valeur de la laine brute, dont, I eoil par lui-même, soit par le taxateur d'une autre circonscription, il aura été déjà fait compta au producteur pastoral. Autre exemple: laquantité de fer ou de cuivre employée dans une machine.

i» cousommatioD du charbon l'usure de l'outillage, entreront pour zéro daos la valeur de la machioe. C'est qu'en effet, les producteurs de fer, cuivre, etc., ont déjà reçu leur rétribution, et que loua ces objets ont été délivrés gratuitement, saufcompte à faire, à l'atelier de construction métallurgique (1) : lescompter aux constructeurs serait double emploi évident. Chacun n'ayant droit qu'à la valeur de son propre travail, le taxateur ne considérera, au regard de chaque objet, que le travail dépensé pendant la dernière phase de la production. Chacun comprend, ^ est-il même besoin de le dire ? — que la taxation ainsi opérée n'a d'eflet qu'à l'égard des travailleurs de celte dernière phase, non pas à l'égard du public consommateur. Aujourd'hui, le fabricant individuel, après avoir payé ses propres ouvriers, fait entrer dans son prix de vente, avec bénéfice, s'il le peut, le prix de toutes les matières premières employées dans sa fa.brication. De même les magasins nationaux, pour établir la valeur des produits qu'ils délivreront au public ou qu'ils

|1) Lfs ateliers de produclloa privée, lanl qu'ils no seront pas éliminéa lout i luit, oe pourront pas recevoir fçmluitement la inatiâre de leur industrie: 1» taxallnn portura iloiic Hur l'ensenible des proiluils invorpurès duns le produit défi-

atlribueront aux ateliers colleclifs, feront la somme des laxalioDs frii{;meDt;ures dont ils auront été l'objet au cours des diverses étapes de la (abricaIjoD. Simple opéraliou d'arithmétique industrielle, qui ne demaudera rieo à l'initiative des fonctionnaires ; ils auront à respecter, en les totalisant, les décisions prises par les taxateurs élus : ici encore, l'organisation socialislene laisse aucune place à l'arbitraire administratif.

Dès à présent, on m'arrête. — " Puisque votre (( taxation ne tient aucun compte de la riifléreoce « des moyens matériels de production, mais uniu quement du travail humain, vous allez créer « entre les travailleurs, au mépris de vos prin- (( cipes, l'inégalité plus flagrante. Avec la même « quantité de Iravail, un vigneron pourra se pro- (( curer dans le Bas-Languedoc quatre ou cinq « fois plus de vin que dans le Saumurois; un fl mineur d'Anzin h — c'est l'exemple classique — « aura trois fois plus de charbon que son cama- « rade deDecazeville ».

Qu'esl-à-dire, sinon que tel pays est plus propre qu'un autre à telle production ? On le sait : et les socialistes n'ont pas la prétention de changer les qualités naturelles du sol ou de modifier les climats, Mais cette variété mémo des régions eotralnera-t-elle nécessairement l'ioégalilé des

conditions d'existence? C'est loin d'fttre démontré. Et d'abord, pour cliaque région considérée isolément, notons que l'abondance d'nn produit spécial profltera non pas seulement aux travailleurs qui l'auront créé, mais également à tous les autres: comme moyeu de se procurer du vin, un bon national de dix heures vaudra autant entre les mains d'un serrurier de Béziers qu'entre les mains du vigneron lui-même. Si, d'autre part, oo compare deux régions, on constatera que, pour chacune d'elles, l'insufiisance de tel produit est compensée parl'excédent de tel autre; là ou le vin manque, le blé pousse à miracle, et tout tend â s'égaliser. Admettons, par surcroit, comme Usera plus bas proposé, que le transport des produits, depuis le lieu de production jusqu'aux magasins nalionaux, entre dans les frais généraux de la nation, en sorte qu'aucun produit n'en soit spécialement grevé : cet arrangement aura pour conséquence que, d'un bout à l'autre du territoire, les couditions générales de- la vie seront presque complètement uniformisées. Mais veut-on que, même dans le régime nouveau, la vie soit plus douce izi, plus rude ailleurs '.' Le socialisme déclare humblement que ce n'est pas son aSaire : il tend â supprimer et il supprimera les inégalités résult;int de* combinaisons hnmiitu's 'i"i "nt

créé le régime capitaliste ; il n'a pas l'ambition de réformer la nature.

Alors, dira-t-on,ce sera la poussée désordonnée vers les régions les plus favorisées ! Rien de pareil n'est à pré voir. On a dit que les Esquimaux préfèrent leurs glaces à toutes autres patries : el il est certain que, de façon générale, chacun est fixé dans son pays, par les souvenirs, les affections, les habitudes, les mille liens qui rattachent l'horame à la terre natale et aux compagnons ou témoins de son enfance. Le Provençal ne quittera pas ses plaines poussiéreuses et aveuglantes, tùt-ce pour les grasses et riches vallées de la Normandie; le Flamand préférera ses brumes aux horizons élincelantsdes Pyrénées : et nulle contrainte ne sera nécessaire pour retenir les hotiiTiics là où ils se trouvent le mieux. A tout prendre, de l'objection plus haut formulée, une constatation .se dcyaKe, toute à l'avantage de l'organisation socialiste. Les travaux des Conseils locaux, leur rapprochement opéré par le Conseil national montreront que tel produit local ne vaut pas l'eilort qu'il exige, pouvant ôtro à moius de peine créé ailleurs. On abandonnera donc pour des industries plus fructueuses celles où il se fait un inutile gaspillage de lorces humaines; et ainsi disparaîtront les derniers vestiges de la routine patriarcale qui deman-

dait à chaque domaine de produire, fût-ce à perte, toutes leschosesDéoessairesàla vie. Le socialisme s'inspirera mëtliodiquemeat de la règle déjà formulée par Virgile il y a quelque vingt siècles, et qu'il est impossible de suivre sous le régime de l'anarchie capitaliste : « Non omnis ferl oinnia tellus », toute terre ne produit pas tout, disait le poète. On demandera donc à chaque terre ce quelle produit le mieux : et ce sera l'applicatiou rdtiouoelle, non pas dans les limites restreintes d'un atelier ou d'une industrie, mais sur l'eng^mble de la production nationale, du principe, justement cher aux économistes, de la division du travail.

Pour tirer la coacitisioQ de ce qui précède, ne nous flattons pas d'avoir désarmé la critique. Dès lors que nous ne garantirons pas à tous les travailleurs, pour un même travail, les mômes moyens de con.sommation, on nous fera grief de manquera n nos principes .> ; il faudraitque nous assurions à tous non seulement l'égalité rigoureuse, mais même l'identité des jouissances : le socialisme exaspéré de nos censeurs ne peut se contenter A motus. Que si, au contraire, nous nous avisions de déclarer que les travailleurs de toutes régions seront strictement soumis au même régime, on uous accuserait de les coucher

tous sur le célèbre " lit de Procuste », qui a déjà fait les frais de tant de métciphores indignées. Résignons-nous donc aux iaévitables reproches : les défenseurs du capitalisme sont exigeants; rieo ne saurait les satisfaire.

Ne quittons pas eocore nos conseils locaux :

il peut être intéressant de les suivre de près dans leur besogne.

Ces conseils étant composés, en ce qui concerne la section de la production, des représentants des professions diverses, il ne faudrait point s'étonner si les élus de chaque groupe professionnel avaient tendance à exagérer la valeur des produits de leur spécialité. La correction nécessaire sera faite, non seulement par l'ensemble des élus de chaque groupe, mais surtout en séance plénière, par les élus des consommateurs, qui s'inspireraient directement et exclusivement de l'intérêt général : ainsi tombera ce qui pourra se rencontrer d'excessif dans les prétentions de chaque groupement professionnel. Et cependant il est possible de prévoir que, — particulièrement dans les régions où une industrie \ déterminée absorbe presque toute la main- I d'œuvre disponible — une entente se forme au ufieiu du conseil local pour majorer arlificielle- Iment la valeur des produits de cette industrie

spéciale. Pour paralyser les eflets d'un pareil accord, manifestement dirigé contre l'intérêt public, il suffira de donner au com missaire du Souverneroeut le droit de se pourvoir, le cas éc h êa nt, contre les décisions des Conseils locaux : ainsi aujourd'hui les préfets peuvent déférer au Conseil d'Etat les délibérations des Conseils généraux et des commissions départementales.

— Autre chanson sur le [néme air. « La taxa- (( tion socialiste a pour unique base le travail ; ({ peu importe la rareté d'un objet, l'impossibilité « de le reproduire à volonté : il ne vaudra que (I par la quantité de travail humaia qui s'y trou- M vera incorporée. De la sorte, il se peut que les u vins les plus renommés soient taxés à la môme H valeur que les plus affreuses piquettes. Dès « lors, comment choisir entre les amateurs des <i grands crus ? à qui le Rœderer ou le Clos-Vou- « geot ? »

Telle est l'objection que remâchent obstinément les économistes. Ils y attachent un prix énorme, et y reviennent sans cesse : au point, semble t-il, que, même si le socialisme triomphait sur tous les autres points, ils le repousseraient encore comme incapable de répartir également les pièces de grands vins entre tous les consommateurs. Osera-I-OD dire à ces hommes graves

que l'argument dit Champagne est uoe simple puérilité ?

Aujourd'hui le prix des objets rares — mettons le champague — après bien des fluctuatiODs et oscillations, arrive Déaumoins, à se fixer : les producteurs, Mme la duchesse d'Uzës, M. le comte de Montebello, établissent et fout connaître au public leurs prix courants. A qui le Clicquot cuvée 1905? A qui le Montebello carte noire?

Aux clients les plus diligents, à ceux qui font parvenir les premiers leurs commandes. Et tant pis pour les retardataires 1 ils se presseront davantage une autre fois. Les choses n'iront pas autrement en régime collectiviste : la valeur des grands crus sera fixée par la taxation, au lieu de l'être par les prix courants du producteur, et ce sera toute la dilTérence. Ils seront attribués noa pas aux plus forts enchérisseurs mais aux plus oftrants. Questiou sociale, cela VMM. les économistes veulent rire.

Four ne pas quitter ce sujet, considérons ce gui se passe aujourd'hui dans l'industrie de l'automobile. Les produits de cette fabrication peuvent être multipliés à volonté, moyennant le temps de travail nécessaire. Mais il se trouve que les besoins . du public croissent plus rapidemeut que les possibilités de la production : les commandes sontdonc

exécutées dans l'ordre des iDscriptioDs. Alors qu'arrive-t-il ? Le client inscrit en bon lauji, et peu pressé de sa nature, cède son tour à un amateur plus impatient : et cela ne va pas sans un honnête pourboire; on pourrait citer, parait- i), des hommes du monde, d'un tour d'esprit ingénieux, qui n'ont pas d'antres revenus sur cette terre. Il ne faudrait pas jurer que rien de pareil ne se passera en régime socialiste. La race des gens avisés n'aura pas disparu. 11 pourra donc s'en trouver qui se feront inscrire, peut-être en divers magasins nationaux, comme preneurs de toutes les pièces de Château-Yquem, de tous les pâtés de foie gras, de toutes les livres de truffes disponibles : ayant doublé les autres de vitesse, ils attendront, lucapables de consommer par eux-mêmes tant de bonnes choses, et obligeants comme M. Jourdain, ils en feront part aux amis qu'ils auront par la ville : et ceux ci à leur tour reconnaîtront tant d'obligeance par quelques pincées de bons nationaux, eu surplus de ceux qu'aura tirés de sa poche le prévoyant ami. Veut-on que les produits i-ares soient mis aux enchères? C'est la solution, — mauvaise, d'ailleurs — que suggèrent au socialisme des économistes miséricordieux. Nos gens avisés seront coude à coude, au premier rang du public, copieusement approvisionnés de bons nationaux :

k eux l'adjudjcntion, à eux les objets recherchés, qu'ils distribuerout ensuite comme ci-dessus. Ainsi les économistes seroul satisfaits 1 Dans le vaste etlumiDeux domaine au collectivisme, il se trouvera saus doute quelques coins obscurs où s'ébatlra la tenace mercanlilisrae, où sévira l'iQCoercitile fisprit de lucre : autant de débouchés qui demeureront ouverts ù MM. les juifs de toute coufessioa. Les socialistes ne s'en réjouiront pas : ils n'eu prendront pas non plus le deuil. Ce ne sont pas de pareilles misères qui pourroot troubler l'harmonie de l'ordre collectiviste. Trêve doacaux enfantillages, et ne parlons plus de l'argument du chantpagve !

Disons, cependant, dans un ordre de laits tout voisin, qu'un cas particulier se posera qui appelle une solution particulière. Il est des produits, plus ou moins précieux, demandant uae longue préparation, et dont la taxation est impossible jusqu'au moment où ils souleu étatd'ôtreulilisés. Prenons par exemple, le cbeval de trait, de selle ou de labour. Quels soins seront nécessaires pour le mener à bien ? Quelle quantité de travail social, utilementemployé, représentera le produita à l'âge adulte ? Nul ne peut le dire à l'avance. Il faudra donc que le produit soit taxé au moment même ou il sera présenté au magasin, dépôt ou

marché national. Aux jours fixés pour ta réception veut-on que le Conseil local tout entier soit sur les lieux ? ce sérail mettre en mouvement pour bleu peu une lourde machine. Le conseil pourra être remplacé par un délégué, ou une délégation ; et la taxe sera établie, sans débat avec le producteur, mais saul son recours devant le Conseil tout entier. Sera-ce une nouveauté? Tant s'en faut. C'est ainsi que fonctionnent dès à présent les commissions d'achat pour jes chevaux de remonte. Les officiers acheleurs taxent l'animal présenté, sans égard à la demande du propriétaire: ils le font même, parall-il, avec une telle conscience, que souvent le prix offert est supérieur au prix demandé. Le socialisme n'aura pas de peine à trouver des taxateurs expérimentés et consciencieux. Il n'aurait d'ailleurs qu'à faire appel à MM. les officiers de remonte : pourquoi pas?

Nous voici maintenant à un défilé où nous attend la critique, prête à nous mitrailler de toute son artillerie... qui fera long feu.

Il est possible, concède-t-elle. de représenter par un produit type, par une somme de travail elTeclué, l'heure de travail simple, et d'obtenir ainsi l'unité de valeur : cette unité sera, par exemple, la quantité de terre remuée en une heure par un manœuvre. Et le moment est venu de pré-

ciser, si taot est qu'il en soit besoÏQ, ce qu'il faut entendre parTuoité de travail. Il ne peut s'agir, bien évidemment, ni de la besogne accomplie en nne heure par un ouvrier remarquablement robuste et laborieux, armé d'outils exceptionnels, ni de celle qu'exécuterait, avec de moins bons instruments, un camarade paresseux ou malingre. Il s'agit de la quantité moyenne de travail fournie dans le temps donné, avec l'outillage moyen, par un travailleur d'une vigueur, d'une habileté et d'une activité moyennes. Ainsi l'étalon de la

valeur, l'unité de mesure s era l'heure de travai l social simple. Pas de difficultés sur ce point entre le socialisme et la critique capitaliste : prenons acte de cet accord.

Mais la même critique conteste qu'il soit possible d'établir un rapport entre le travail simple et l'une des formes plus ou moins complexes du travail qualifié. A son compte, quel que soit le genre de production, l'beurede travail vaut l'heure du travail. C'est ainsi, par exemple, d'après M. Maurice Bourguin jp. 16) que, « si l'on a pu cons- « tater qu'un travailleur moyen fabrique en une » heure un sabot convenablement creusé et u arrondi ». ce sabot moyen vaudra un bon de travail d'une heure. Pas de diflérenee, par conséquent, entre le travail du sabotier, — encore

fruste, il est vrai, mais exigeant tout de môme quelques couDaissanees spéciales — et le travail simple du casseur de pierres. M Bourguio entend que le socialisme soit acculé, au nom de ses principes mêmes, à l'obligation de ne point reconnaître qu'il existe des diDérences de valeur entre les difléi en les (ormes du travail productif. L'auteur ne dissimule pas que les socialistes, s'inspiranl de leur « Bible », admettent ces diflérences : mais il se flatte de les confondre eu quelques phrases, qu'il convient de citer textuellement :

(( Karl Marx dit bien, à propos des métiers qui H demandent une habileté particulière, que le trait vail complexe, communiquant au produit une « valeur supérieure, compte comme multiple du a travail simple. Mais son obsenation est faite M pour la société présente. Aujourd'hui, en effet, les B valeurs des travaux de différente nature, comme H toutes les valeurs, trouvent une commune mesure « dans le prix en monnaie métallique, et peuvent se « déterminer quantitativement. Mais, si l'on suppri- « mait les prix en monnaie, il faudrait apprécier u directement combien d'unités de travail simple se « trouvent contenues dans l'unité de travail complexe (I dusculptcur, duvidangeur ou dupêcheur d'Islande: « calcul impossible, parce que ces différents travaux (1 sont incommensurables entre eux »,

Voilà donc mis au clair l'unique point du débat.

Les écoDoiuistes prolesseiil que, si l'on supprime les prix en argeul, tels qu'ils s'établissent à travers tant d'incertitudes et de liasards dans la société aciuelle, il seia impossible de Irauver une mesure commuue à des produits ou a des travaux de dilTérentes natures ; que pourront-ils dire s'il leur est démootré que, dès à présent, t'équivateuce s'établit, en dehors des prix obtenus du ))ublic, sans intervention de la loi de l'oSre et de la demande, entre produits ou travaux des genres les plus divers, et que les procédés qui servent à l'établir sont entrés dans la pratique courante ? Or aucune démonstration n'est plus aisée.

11 existe, en eflet, dans notre organisation actuelle, de riires établissements industriels iiui ne fabriquent pas pour vendre, qui sont en ce sens soustraits aux lois de la production marchande : tels sont, par exemple, les ateliers de coastruc lion ou arsenaux de la guerre et de la marine. Ces étabtissenieuls ne recherchent pas une clientèle commerciale et des débouchés ; ils ne se préoccupent point de créer de la plus-value capitaliste; ils se proposent pour unique but de satisfaire aux besoins, par avance constatés, de la défense nationale. Par là, et quels que puissent être soit les mérites soit les vices de leur fonction ne ment intè-

rieur, ils participent dès à présent du caractère de l'orgaaisatioD collectiviste, àaas laquelle la productioD tout entière sous toutes ses formes sera comme réunieeD un immense et unique atelier, institué pour satisfaire aux besoins, par avance constatés, de la collectivitë nationale. Ainsi, dans nos arsenaux, ce n'est pas la faveur capricieuse du public, ce n'est pas la comparaison qu'il peut faire entre divers produits qui permet de diflérencier les salaires ou appointements à attribuer aux professionnels des divers groupes : et, cependant, le fait de chaque jour démontre qu'on peut arriver sans embarras à faire à chacun sa part dans le produit de l'œuvre commune. Simples manœuvres, usineurs, ajusteurs, tourneurs, chaudronniers, zingueurs, commis aux écritures, comptables, chefs d'équipe ou d'atelier, directeur et 60U5-dlrecLeurs, tous reçoivent des rémunérations variées, qui impliquent l'appréciation comparative de leurs services respectifs. La pratique, sans l'aide des indications que donneraient les prix de vente, fournit la réponse à la question qui trouble si fort MM. les économistes : « Combien l'heure de travail complexe ducontre- B maître représente- 1- elle d'heures de travail <( simple du manœuvre? » Que la solution soit toujours excellente, et s'adapte exactement aux

réalités, personne, certes, ne le prétendra. C'est aQcitre aux organisations ouvrières, par le débat avec l'autorité directrice, de ramener les choses au juste équilibre: en régime colleclivisle, où l'autorité aurait une autre origine et d'autres attributions, le même équilibre, comme on le verra, serait assuré par d'autres moyens. Mais ce n'est pas là le point. 11 nous suffit pour notre démoDStratioQ de constater que, sous le régime de la production non-marchande, des hommes de science, et qui se piquent de Tëtre, trouvent saus didiculté la mesure commune aux services les plus divers, ceux par exemple de l'humble cartouchière et du colonel-directeur.

Au surplus, qu'on ouvre nos budgets. N'y trouvet-on pas soit dans chaque compartiment ministériel, soit de ministère â ministère, le rapport établi entre les besognes les plus modestes et les travaux les plus relevés ? Nos législateurs n'ont pas le mojeu de comparer les services rendus par les divers agents de l'Etat suivant leur valeur marchande. Et, cependant, ils n'hésitent pas à poser des chiffres: tant pour le salaire du cantonnier, tant pour les appointements du directeur de l'enregistrement. Que la comparaison soit faite à l'aveugle, dans l'obscurité et comme à tâtons, qu'elle soil faussée par le

souci de l'intérôt de classe, c'est malheureusement trop certain. Il u'eu demeure pas moins que lou5 les ParlemcDls du nionde, — plus encore, toutes les assemblées éleclives — suivent iDcoDsciemment les règles de la taxation <M)llectiviate: faute de quoi, il leur serait impossible d'établir leurs budgets 1 II sera donc possible aux taxateurs socialistes d'adopter des méthodes rigoureuses et scientifiques, qui permettent de restreindre autant que possible le champ des iucertitudes et des erreurs.

Ici, l'attaque des économistes devient plus pressante. A Karl Marx, qui proclame que le travail complexe doit être compté comme multiple du travail simple (voir plus haut); à Rodbertus, qui pose très nettement le principe des tarifs différenciés (le Capital, p. 119) ; i tous les socialistes qui tiennent que leur maxime fondamentale : A chacun le sien, n'implique pas, et exclut au contraire, l'égalité de rétribution pour des travaux iuégaux, à tous on signifie l'injonctioa la plus brutale : (( Tout de suite et sur l'heure vous allez nous donner votre échelle de coefficients. Oui-dà ! .4 cette sommation cavalière, il serait possible de répondre, après les recherches appropriées, par des colonnes de chiHres, qui en vaudraient bien d'autres, — qui vaudraient notam-

ment la plup&rt de ceux qu'enrpgistrent tii^ues officielles : on pourrHit (ournircet aliment à la critique capitaliste, en se procurant le plaisir de lui faire abandonner sa voie et de feoRager dans des sentiers obliques. Mai» les socialistes ont trop le respect d'eux-mêmes et de leur doctrine pour se livrer à pareil jeu. On leur demande de faire, dès à présent, dans leur cabinet de travail, avec des moyens d'informations rudimenlaires, toute la besogne qui incombera plus lard aux Conseils locaux, éclairés, eux, par les lumières professionnelles de tous leurs membres, guidés par les indications du suffrage populaire, disposant de l'ample moisson de renseignements que leur fournira l'administralion socialiste ; en vérité, et Sans forcer les ternies, on se moque du monde ! A si dérisoire demande, c'est peut-être môme trop de répondre par un catégorique refus,

Est-ce à dire que nous nous dérobions, comme on nous le reprochera sûrement ? Les socialistes, — et je crois personnellementenavoir déjàdonné la preuve ici môme, — n'ont point pour coutume d'esquiver les problèmes. Ils ont donc tenu à honneur de rechercher par avance les règles qui présideraient à la taxation diflérenciée: il en est jusqu'à trois que, dès à présent, ils peuvent se flatter d'avoir tracées, à l'usage des futurs conseils

locaux, et sans avoir aiicuDemeat la préteotïon

(lentrepreûdre sur leurs décisions :

i" — L'un d'entre nous, Georges Renard, remarque tout d'abord qne, dans certaines industries, le nomhre des travailleurs peut être insuffisant pour satisfaire aux besoins de la consommation, si chacun d'eux ne fournit que le nombre moyen d'heures de Iravail. Fixant ce nomhre moyen à loOO paranuép, fîeorges Renard, suivant lecommentaire de M- Maurice Rourguin (p. 77-78} raisonne de la manière suivante : « Voici un

H métier où le nombre des travailleurs est

II insuffisant; pour satisiaire à la demande des « produits, il faudrait, par exemple, 4.500.1)00 « heures de travail dajis l'année, et les travailleurs " ne son' que 1000. Le travail que chacun d'eux << devrait fournir dans l'année, pour élever la (( production à la hauteur des besoins, serait de n 4.500 heures, c'est-à dire -t fois ta moyenne 1' sociale. Le coefficient de l'heurede travail sera (( donc 3 dans cette industrie i chaque heurede H travail sera payée 3 bons. » — Et c'est là, on en conviendra volontiers, un critérium positif et judicieusement choisi.

2^ — Les professions diverses comportent des connaissances particulières, un degré d'habileté, une virtuosité spéciale qui ne peuvent s'acquérir

— mi —

que par un apprentissage plus ou moins long, et même suivant les cas, moyennant une culture générale plus ou moins développée. 11 est parfaitement possible, sans risquer tlelomher dans l'arbitraire, de délerminer le lemps et l'eflort qu'il aura fallu à cliaque professionnel pour arquérir soit 80D aptitude spéciale, soit les notions ftéiiérales qui eu seront le nécessaire support. Rien de plus facile, dans le calcul de la valeur des produits, que de faire état de ces divers élément», eu lenaut comple de la moyenue de la vie, c'est-à-dire de la période de productivité moyenne de chaque travailleur.

3° — Enfin, la physiologie eHe-même viendra au secours de la sociologie et de ses statistiques. C'est seulement par suite d'une erreur grossière etcepeadant tort répandue, que les travaux puretneat manuels, — si t mt est qu'un travail puisse être purement manuel et n'exiger aucune intelligence, — soDt réputés représenter la plus grande dépense de force vitale. Dès à présent, la science permet de mesurer et de comparer l'usure que les dilTérents travaux causent à la machine humaine, la proportion suivant laquelle ils eu I abrègent !a durée, l'entretien et les réparations liQu'ils rendent nécessaires. Ces constatations Dîentiftques, déjà riehes d'enseignements pré-

oieiK, parviendroni ;i un (el degré rie précision que la science, auxiliaire du socialisme, sera iui, comme dans tous les antres di)Tn»iues, créatrice d'utilité sociale et ouvrière d'équilé.

Ainsi l'ensemble des Hécisiona des CoDseiU locaux, contrôlées el rectiliées a'i' y a lieu par le Couseil national, préHeotera pour les diverses cir coRScriptionsi le tableau des tarifications applicables à tous les produits sous la forme desquels se matérialisera l'activité natioDale. CEuvre colossale, répètera-t-on, et bien au-dessus des forces humaines 1 Colossale, si l'on veut, mais dont il ne convient pas de s'effrayer. Les difïlcuités qu'on y rencontrera seront aisément surmontabies: J'en atteste les travaux vraiment gigantesques qu'accomplissent déjà, dans le même domaine, soit certaines entreprises privées, soit l'administration nationale.

Qui n'a eu l'occasion de mesurer du refiard.el la curiosité de soupeser, les massifs volumes contenant les tarifa des transports en petite vitesse de DOS compagnies de chemins de fer ? Pourchaque objet, — el ils sont innombrables I — le tarif implique le calcul de ce que te transport de chacun d'eux représeute de main d'œuvre présente, usure du matériel, travaux d'écriture, responsabilités ftOcouruBs..., etc.. L'eaprit recule effrayé devant

les romplicatîoDB (?t les mioaties d'osé beso^oe. EUf^est couramment menée â bien par k adiDÎni>^lra|çiirs de nos Comp9ZDie5. qui ne p>! sent pas pour deo bourreaux de travdil, moTesnaat la préparation préalabti:^ d'un personoel de toactionnaireset d'employés, qui ne se recrute pas exclusivement parmi les ^éDÎesdont s'hooore l'homaiiilé. Il fauteroire que les Conseils locaux, dtarjCés d'une UtrificaboD non pas analogue, maïs ide»lique. ne succomberont passons le faix. Poursoi- TODS la comparaison. Aucun de nos complexes et multiples tarifa n'est exécutoire sans rbomolfl[K>~ tioD du ministre. Ils sont donc étudiés dans les bureaux du ministère qui ne sont poîut désignés comme le lieu géomélrique de rintellig^Dce laborieuse, iiii persoone encore, à notre conaaissaoce, n'a succombé aux excès du surmenag:e. Ils sont soumis, le cas échéant, au Comité consultatif des cbemins de fer. où figurent entre autres des parlementaires qui ne sont pas tons des spécialistes éprouvés. Enân. la décision est remise au ministre qui se trouve être, au hasard des circonstances, UD avocat, un docteur en médecine ou uo jouroat liste.

Dîra-t-oo que le eoDtrAle est illusoire, etqae ) cbosed, à tout prendre, se font au jugé? Ce rait prendre en médiocre estime l'une des

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iodustries rloot s'enorgueillit le capitalisme et

qu'on nous propose volontiers comme un inatjcessible modèle. Quoi qu'il en soit, les tirifs des Chaix, vaillent que vailleul.se prétendent rombiués pour sauvegarder les intérêts do commerce et de l'industrie, en même temps que ceux des Compni^nieg elles-mème>i : et tant bien que mal, ils y réussissent. Avec son mode de recrutement, ses connaissances spéciales, la sûreté et la variété de ses informations, est-ce que le Conseil national du régime sneialisie ne pourrait pas iaire aussi bien que M. Barthou ?

Encore ne Irouve-t-on aux volumes t'baix que les tarifs du service spécial des transports : ne se rencontrerait-il poiul par fortune, dans l'arsenal de nos textes législatifs, une larification complèle de tous les produits ? Elle s'y renconlre, et elle crève tous les yeux, — dont un très grand nombre, sinon la plupart, regardent sans voir.

Ouvrons, sans plus de recherches, le Bottin, le vulgaire Bottin. Il nous olîre, en un fascicule spécial imprimé sur papier vert, le Tarifyèni'ral iIps douanes françiiises : 634 articles, sauf erreur, sans compter les numétos bis, sans compter les subdivisions de nombreux articles Toute la production nationale y passe, ou peu s'en faut. Regardons d'un peu près notre Tarif général. Si ou le consi-

dërednDsIea droit* qu'il frappe sortes produits exotiques sans similiiires en Fritoce, il n'est autre chose <(u'uii instmineiil fiscal, ni meilleur ni pire que les antres. Mais, en ce qui concerne les autres marchandises, le tarif se propose de protéger la production nationale contre la rnucurreuce étrangère : c'est Ih raison même i\h notre régime douanier, c'est le but proclamé hautement par ceux qui se font gloire de l'avoir institué. Les droits sont donc calculés de telle sorte qu'ils permettent au producteur français de lutter à armes égales, sur le marché national, contre l'imiiortateur. Théoriquement, le prix de revient du produit élran(;er, iiugmenté de la taxe, doit être é]i;al au piix de revient du produit français. C'est dire que — implicitement, il est vrai, mais formellement — les auteurs du Tarif ont assumé la tâche de taxer loutn la production française. Et lorsque, comme il arrive fi-êquemmenl. ils abaissent ou relèvent un article de tarif, c'est qu'ils sont avertis d'un mouvement correspondHot dans le coût du produit étranger ou du produit français similaire, tjui donc a construit ce colossal édifice :' La roui mission des douanes de iS^i, présidée par .\1. .Méline. Qui, depuis lors, l'entretient en état? Les successives commissions < douanes, avec des présidents successifs. Sur

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quelles données'? Sur le"* document? statistiques fournis pHr les miuiatères du ramnierce et de l'agriculture. Et le socialisme échouerail la où réussissent des parlementaires quelconques! Il devrait dès à présent se résigner à se laisser pour l'éternité décréler d'impuissance! Tout de bon, le rét^ime futur psul se flatter de voir entrer dans ses divers conseils d'aussi puissants experts que M. Méline, ses succédanés ou satellites : il n'y a rieu là, qu'oQ en conrienne, de démesurément ambitieux.

— J'en aurais terminé avec l'ordred'idéesoù nous sommes, si, à l'occasion des conseils locaux de la production, on ne me suggérait une idée que je ne m'arroge pas le droit d'écarter sans discussion. Nous verrons plus tard que les rétributions allouées au personnel employé dans les services publics seraient réglées par des lois annuelles analogues à nos lois de budget, et qui seront naturellement l'œuvre des élus politiques du pays: le niioistère de la statistique, et le Conseil national de la production, l'un de ses organes, n'y intervieudrontque pour les renseignements à tour" nir. 11 semble bien que, par une sorte de parallélisme, les traitemeulBdes fonctionnaires ou employés lucayx doiveutétre fixés par les représentants élus des collectivités administratives. Cependant, des

( vos Conseils jusqu'à ia moitié de leur tâche I » — Voua cilles? — "Nous disons que, si vous I nous fivez montré ces Conseils taxant tant bien ( que mal les produite, il vous reste à nous dire ( comment ils taxeront les travaux : et c'est une ( obligation que nous ne vous laisserons pas r éluder ! i> — Je ne comprends pas, — « Noua « répétons avec M. Maurice Bourguin, et d'une t commune voix, que voire système exige, pour i son fonclionnement régulier, une rigoureuse égals Hlé toujouTit observée entre deux sommes d'unités « de valeur ; que la balance doit toujours être égale ( mitre la taxe des travaux et celle des produits « (Maurice Bourguin, p. 14) ; nous répétons fie w l'unité de valeur se fixe sur des donnéea différentes a pour le travail et pour te produit (ibid., p. 19) ; I qu'il est cependant indupensablequel'éiiuililire des M bims soit maintenu, et que, s'ilvenait àseivmpre, H toute la machine se détraquerait. » (ibid., p. 15). J'ai fait très consciencieusement eflort pour démêler la pensée qui pouvait se dissimuler sous cette phraséologie impressiounimte. Je déclare D'y avoir point réussi, el je crois bien, sans fausse ibumilité, que ce n'est pas de ma faute. Nos criti- ^ques auraieut-ils été, simplement, dupes des mots tiont ils jouent en grands artistes ? C'est la coovicffon à laquelle je suis arrivé.

Il laut, nous disent-ils. tnxer le travail. Si iB formule n un sens elle sis'iifip fiu'il faut déterminer la rùtribiilion ijui sera allouée fi chaciue IravaiWeiir, prix inilirid'irilemrnt. Il est évident,,—, et, sur ce point nous sommes d'accord avec dos I adversairas — que cette détermination ne peuij être (aile à l'avance, par masse et in ijUiho.

Chacun ayant droit à tout le produit, m<ij» riei^ qu'au produit de ^oii Iravail. c'est pour chaciial une question d'espèce, faudrait-il donc chaque] mois, chaque semaine on cliaqu» jonr soumettrai tous les cas individuels à l'appréciation des tax3rl leurs? Confessons, sans grand mérite, que ceï serait impossible ; concédons, par suite, que. si | celte taxation est essentielle au réiîime, c'est Idl régime lui-môme qui doit être condamné comme ] impraticable. Mai^^, justement, cette besogne ( impossible se trouve être en môme temps inutiio. j Inutile, parce que déjà failf. Au point où ooua | sommes, cela saute aux yeux.

On se rappelle, en efïel, d'après quelles règles 4 il a été procL'dé à la taxation des produits: | valeur de chacun d'eux représente la quantité d«J Iravail humain qui y est incorporée, avec cett pi'écision que, pour ceux des produits dont \tiM 1. fabrication coni porte plusii^nrsétjipps, la valeur jst déterminée, à l'égard du producteur, par

quantité de travail lournie pendant la dernière

étape. Ainsi le problème de la rétribution du travailleur est d'avance résolu : son titre, c'est le produit qu'il présente aux magasine nationaux, qu'il ne livre que contre remise de la quantité de bons nationaux fixésparla taxe. Ainsi taxation des produits et taxation du travail sont choses identiques et confondues, au point que l'on n'arrive pas à comprendre comment il pourrait y avoir désaccord entre l'une et l'autre. Le fantôme du déséquilibre dont nous épouvanteut les économistes s'évanouit dès qu'on l'approche. A la vérité des dilficultés peuvent naître, — moins redoutables daus l'ordre collectiviste que sous i de l'aQarchie capitaliste — (i des com- (( plicalions résultant des fraudes, pertes et détéi( rioratioDS, des bons non présentés et tenus en

1(( réserve, des échanges avec l'étranger, des Il amortissements prolon^^és, des travaux qui ne (' se matérialisent pas daus un produit, et du H mille autre causes qui apparaîtront daus la I' suite» (Maurice Bourp;uin, p. 14-15). Mais ce sont là choses aisées à prévoir, et la preuve c'est que M. Bourguin les prévoit. Pas plus que les autres laits d'ordre économique et social, elles n'échappent à la loi des moyennes ; il eu aura été leuu compte à la fois dans le calcul des besoins

géoérâux et (laos le règlemeni prévisionDeî de I) productiou: car c'est gurdesiloanées presque certaines, — aulHDl vaudrait dite certiiiiies — qu'on pourra délecminer en gros et la masse des produits à faire veuir de l'étrauger, et la moyeaue de l'épargnt.' aouuelle, et la quantité des services qui ne se concrètenl pas en produits. Y aura-t-il des erreurs? Certes! Mais ponrquoi admettre qu'elles oe pourront pas être réparées? Pourquoi vouloir que les cadres de la société collectiviste soient tellement rigides qu'ils ne comportent point, à l'exemple du régime actuel, et les budgets rectifir mn'/s (voir ci-dessus)" et les dépenses imprévues, soupape de sûreté nécessaire à toute organisation collective, et dont on aurait mauvaise grâce à noua refuser le t)énélice. Eu tout cas, on n'arrive pasà s'expliquer comment des difficultés de cet ordre, — même eo admettant qu'elles pussent jamais avoir la gravité qu'on leur attribue — impliqueraient l'obligation d'une taxation directe des travaitj. Obligation simplement imaginaire ; création de l'esprit où l'irréllexion a autant de part que le parti-pris inventif; chimère pure, en un mot, dont on ne doit pas s'inquiéter autrement, Ce qu'il faut indiquer, c'est la règle suivaut L laquelle la valeur d'un objet sera répartie entre BtOUB ceux qui ont contribué à la créer. Une masse

ae produits est présentée aux magasins naLionaux ; elle poi*te, infuse en elle-iiKÏme, une valeur produitepar les eflorls les plus divers: travaux semblables, Hgaux ou inégaux, d'un nombre plus ou moins grand d'ouvriers manuels ; travaux immatériels des coiitre-malires, écrivaius, comptables... etc ; tous éléments dont il a été tenu compte en bloc dans la taxation du produit.

Comment la valeur taxée sera telle distribuée entre les divers collaboraleurs de l'œuvre comniuae? Parla lorce des choses, comme il vient détre dit, ceci échappe aux Conseils élus : ce sera affaire aux travailleurs aOianchis d'établir entre eux la justice disiributive. Préparons-nous donc à entrer dans l'atelier socialiste, et à en étudier le fonctionnement.

Sans aucun doute; personne ne s'attend après ce que j'ai dit plusieurs fois de la vanité des descriptions anticipées, à ce que j'essaie, comme le ferait UD artiste ayant sous les yeux son modèle, de tracer le dessin de la production collectiviste. Comment se dislribuera-t-elle, soit sur l'ensemble du territoire, soit dans chaque région? Mou imagination refuse de se poser le problème- Je sais seulement, d'une fa^on abstraite, que. suivant les déci-

HtODâ ratsoDoées des autorités électives au collectivisme, ici on travaillera le fer, là le bois, ailleurs le cuir ou la laine ; dans uq endroit on extraira le cbarboo, dans un autre ou fera du vin ou du blé, ainsi de suite jusqu'à l'iufini détail : et je sais que chaque groupement de producteurs, — industriel ou agricole, peu importe, — connaîtra d'avance la valeur taxée des produits qui lui seront demandés par la nation. Dès lors, et pour arriver à la répartition des fruits du travail, il ne reste plus qu'à la déterminer drioa l'intérieur de chaque groupement. D'après quel les règles, suivant quel priocipe? C'est ici qu'on ne doit pas tergiverser. A la monarchie patronale il faut substituer la République du travail : si quelqu'un hésite sur ce point fondamental, celui-là, qu'il eu fasse son deuil, n'arrivera jamais môme à balbutier l'alphabet du socialisme. Donc, chaque groupement, atelier ou chantier élira son directeur ; il élira ses chefs de travaux ou contremaîtres; il fixera par son vole la part qui doit revenir à chacun d'eux, pour leurs services immatériels, dans le produit de l'œuvrecommune; fl fixera de la même manière, c'est-à dire pur un volt, répété aussi souvent que les circonstances f'oxigerool, eu tenant compte soit des heures de présence, soit des aptitudes de chacun, 1» part

du produit qui doit être attribuée à chaque membre du groupe, Que ce régime ait tous les incouvéaieuts du régime èleciii, cest l'évidence même: mais déjà nous ouus sommes expliqués sur ce point ; et, d'ailleurs, quel yutre système lui prèfèrerait-OQ ? N'aurait ou réussi à échapper à l'arbitraire patronal que pour se livrer à l'arbitraire administra lif?

Ainsi, après chaque livraison faite aux magasins nationaux, pour le compte d'un groupement producteur, par son directeur, préposé ou comptable, les bons nationaux qui lui seraient remis, en représentation de la valeur taxée de sa livraisou, seraient répartis entre lesmeuibresdu groupe, suivant l'état qu'ils auraient eux-mêmes arrêté. Des modèles de cet état pourraient être profiosés aux groupements parTautorité administrative, ces modèles n'ayant, bien entendu, qu'une valeur d'indication. Ces états ainsi délibérée en commun remplaceraient avec avantage les jeuilies de paie. ou carnets d'attachement, qui accompagnent, dans la pratique actuelle, les règlemeuls patronaux. Et si quelqu'un des membres du groupe, — depuis le directeur jusqu'au plus humble manœuvre, — jugeait sa situation trop précaire ou sa rémunération indigne de lui, il aurait la ressource d'aller chercher ailleurs meilleure fortune, sauf les

restrictJODs que des règlements ou des coatrats libreineot coasenlis pourruieut imposer à des velléités de retraite iotempestive.

— Et c'est ici le lieu d'indiquer commeot se recrutera ieut les travailleurs de chaque profession daos la Société collectiviste. J'ai sous les yeux des numéros déjà anciens de la Ketue Socw/isfe (1893- 189(j), dans leftquels Jaurès entreprend de tracer une ébauche de l'organitsation industrielle future. 11 prévoit la formation et la fédération de groupements professionnels dont l'accès, autant que j'en e juger, serait soumis à des conditions plus ou moins restrictives. C'est du moins ce que l'on peut légitimement induire des indications données par Jaurès, qui veut que ces groupements ou syndicats pourvoient, parleurspropresressources, à l'entretien, au renouvellement, au perfectionnement, — pourquoi pas à la premièreacquisitioo? — de leur matériel.

vident que des groupements de ce genre, ainsi propriétaires de leurs instruments de production, ne s'ouvriraient pas sans peine à tout venant ; ils se défendraient contre les tard-venus, plus étroitement fermés, plus jalou.<c que les anciennes jurandes et maîtrises; ils seraient comme des forteresses inabordables, sous les mura desquelles errerait, rapidement reconstituée, l'armée des sans-travail.

esais si, après dix ans écoulés, Jaurès a modilié sa couception : il faut, eo tout cas, la coddamner résolument, comme cootraire au principe même de dos doctrioes. Il est de l'essence du collectivisme que tout l'outillage uécessaire à la productioQ oationale appartienne exclusivement à la uation (1|. Ainsi, et dès ïors que tiul groupe, nul membre d'aucun groupe ue peut prétendre un droit privatif sur les instruments qu'il met eu œuvre, personne ne peut refuser à personne sa place au travail. Qu'un professionnel frappe à la porte d'un établissement natioual, ii suffît : la porte doit s'ouvrir d'elle-même. — « Mais comment s'assurer du savoir-faire du préfi tendu professionnel? n — En attendant que le collectivisme ait pourvu à l'organisation de l'enseignement professionnel, soin trop négligé par la République bourgeoise, — et aussi pour les travaux qui n'exigent aucun apprentissage préalable, — rien ne sera plus facile que de demamler au nouveau-venu un essai, comme cela se pratique dès aujourd'hui. — « Soit; mais, dans l'atelier « oâ il se présente, le nombre de travailleurs est

(1) Cei'i n'eet dit, rappelons-le, qne bous une double réserve : l'une nu proDt des proprléUirri inJiBÎdUfts, l'aulre au profit lien col lei'tiv liés HdDilnisIrativex, à qui la nation pourra attribuer, par d#lé|(aUon t ou]o ur> rAvocable, 1k «oId de gérer et de développer au besoin crrtaiaB services locaux.

( suffisant pour les besoins de la production : vat: t-il fiilloir en renvoyer un ? n — Pour résoudre la difficulté, ou propose le texte suivaut : « Tout H travailleur... a le droit d'être admis dans tout (( établissement national où s'accomplit un tm- > vail auquel il est apte. Si, au moment de sa (i demande d'admission, le nombre des travail- <t leurs est suffisant, et qu'il ne puisse 6tre indiqué « au demandeur par le Conseil local de la proi( duction un emploi, dans unautre établissement, « de l'activité spéciale qu'il veut utiliser, il sera (( admis dans l'établissement où il s'est présenté, « avec faculté pour les travailleurs decel établisrt sèment soit de réduire pour tous le nombre des Il heures de travail, soit de procéder par voie de (( roulement». Etnotoiisque notre chercheur de travail aura d'autant moins de peine à se conformer, le cas échéant, aux indications du Conseil local que, du moins dans ma conception des services publics en socialisme, le transport des personnes, de toutes les personnes, serait toujours gratuit. Eq tout cas, et si cette conception devait être écartée, la gratuité pourrait être de droit pour le cas spécial : elle existe, d'ailleurs, dès aujourd'hui, au moins à l'état embryonnaire. — «Alors, voilà notre pauvre homme exilé, déra- H ciné, roulé par les chemins comme feuille

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