BAUD
La matrice peut être dans un état de sensibilité et d'exaltation spasmodique qui apporte obstacle à la fécondation par le resserrement de ses fibres et des parois du court canal qui va du museau de •tanche dans sa cavité. Ou bien U y a alors défaut de coïncidence entre l'éjaculation et le mouvement
spécial de réceptivité utérine. Ces mouvements utérins spasmodiques sont partagés par le bassin de la Femme et même par tout son organisme, en vertu des lois de sympathie. Lucrèce n'ignorait pas cela, puisqu'il a dit : « Est et aliud quod peto^ audiatis sine risu^ scilicet forma et ratio concubitus ; quia si mulieres in concubitu retractant clunes et fre^ quenter agitent^ non cohcipiunt. »
« Comme on le voit, dit Roubaud, non-seulement Texistence des spasmes utérins, mais encore leur coïncidence avec les spasmes cyniques ont étç depuis longtemps reconnues, et Ton s'étonne que, devant une explication si naturelle de la stérilité de certaines femmes, des écrivains se soient égarés à lîi poursuite d'une harmonie d'amour et n'y aient vu qu'une union mal assortie de tempéraments, <ie passions, d'inclinations. »
En parlant des obstacles à l'imprégnation, nous signalerons les excès copulateurs et les excès volaptueux^ qui peuvent nuire à la fécondité ou produire une Stérilité temporaire.
§ 2. — Troubles de Vovulation.
Dans les fonctions génératrices, les ovaires jouent, chez la Femme, un rôle analogue à celui des testi-
ouïes chez l'Homme. Par conséquent, leurs altérations de toutes sortes deviennent causes d'une Stérilité * presque toujours absolue lorsque le^ deux organes sont intéressés. L'indice certain que leur maladie n'est point grave, ou du moins qu'elle laisse l'un des deux ovaires dans son intégrité, c'est une menstruation régulière. Toutefois, de ce qu'une Femme est irrégulièrement ou pas du tout réglée, il ne faut pas conclure à son infécondité : le défaut ou les troubles de la menstruation peuvent tenir, en effet, à un simple état idiosyncrasique, sans que la santé générale en reçoive une atteinte qui retentisse sur la faculté de concevoir.
Il importe donc de distinguer les cas où l'absence des menstrues est sous la dépendance d'une affection des ovaires, et si cette affection est de nature organique ou simplement nerveuse. A cet égard, on peut formuler les lois suivantes :
« 1** La menstruation régulière, c'est-à-dire la sécrétion, le développement et l'expulsion d'une vésicule graafienne (V. p. 154.), peut, dansquelques rares circonstances, se produire sans hémorrhagie menstruelle, et cette absence être le résultat d'une idiosyncrasie. Dans ces cas où la Fécondation est possible, la menstruation est toujours trahie par quelque phénomène, soit général, soit local.
tt 2** La menstruation régulière, c'est-à-dire la se-
LA STÉRIUTE. 231
crétion, le développement et Texpulsion d'une vésicule de Graaf , peut se produire sans hémorrhagie menstruelle par suite d'un état morbide de l'utérus. Dans ce cas, la Fécondation est possible, eu égards bien entendu^ à la fonction ovarienne, et la menstruation est toujours trahie par quelque phénomène, soit général, soit local.
a 3® La menstruation régulière, c'est-à-dire la sécrétion, le développement et l'expulsion d'une vésicule de Graaf, interrompue ou supprimée par une maladie des ovaires, suspend ou tarit toujours l'écoulement cataménial, et cette absence de l'hémorrhagie menstruelle n'est ja7nais remplacée pe?nodiquement par un phénomène anormal quelconque. » (Traité de la Stérilité, p. 707.)
Il n'appartient qu'au médecin de pouvoir se rendre compte des diverses affections auxquelles il vient d'être fait allusion. Mais bien d'autres altérations ovariennes peuvent se rencontrer, telles que déplacements, hernies, corps étrangers des ovaires, lesquels, nécessairement, annihilent le pouvoir de conception, à moins que le trouble matériel n'existe que dans un seul organe, l'autre restant à sa place et sain.
On admet comme cause de Stérilité un avortement des vésicules ovariennes, mais c'est là un phénomène qui se passe dans la profondeur des organes
de la reproduction et qui ne sô manifeste pendant la vie par aucun signe positif. Le peu de lumière qui a pu être jetée sur cette cause particulière est due à Tanatomie pathologique, c'est-à-dire aux recherches faites après la mort.
a Les altérations des vésicules ovariques, dit Négrier, ont une cause prochaine commune, qui consiste dans un arrêt de développement. Cette suspension de révolution vésiculaire peut déterminer un véritable avortement des vésicules à tous les degrés de leurs transformations. Et cet avortement, selon qu'il est complet ou partiel, devient Toccasion d'inflammation grave ou de diverses altérations chroniques des ovaires, comme kystes, hydropisie, squirrhe, etc. »
Les troubles de l'ovulation sont encore causés par des états pathologiques des trompes de Fallope, tels que vices de conformation, lésions traumatiques, obstructions, oblitérations, et même par de simples lésions vitales consistant en un défaut de vitalité, en mouvements spasmodiques, etc. Mais sur ce point la physiologie est aussi peu avancée que la pathologie.
§ 3. — Obstacles à l'Imprégnation.
Que doit-on entendre par Imprégnation ? Ce mot
LA STERILITE. t ^^
doit désigner, ce nous semble, la rencontre du produit mâle et du produit femelle et leur mode d'union pour donner la vie au nouvel être. Or, ce sujet, aussi mystérieux que difficile à pénétrer, a été examiné au chapitre qui traite des phénomènes intimes de la Fécondation et nous y renvoyons le lecteur.
La question des obstacles à Tlmprégnation se confond avec celle relative aux troobles de Tovulation que nous venons de passer en revue.
Mais il n'y a pas que les affections organiques, physiques, traumatiques des organes génitaux qui empêchent la Fécondation de se faire ; il faut tenir compte aussi des lésions vitales de Tutérus et de ses annexes, de la part que prend la Femme au point de vue du plaisir, des excès de coït qu'elle commet, etc.
L'excitabilité du col de l'utérus ne doit être ni
trop affaiblie ni en excès. Nous avons déjà parlé de
la forme spasmodique de cette excitabilité, et c'est
la seule, au reste, qui puisse empêcher l'entrée du
sperme dans la matrice. Quelles sont ses causes ?
L'impresi^onnabilité de la Femme, le plaisir excessif
dans l'acte copulateur, les pratiques de l'onanisme
conjugal, c'est-à-dire le coit incomplet, l'excitation
voluptueuse sans réception de la liqueur spermatique ,
peuvent certainement la déterminer.
Quant à la diminution de cette excitabilité du col de l'utérus, elle reconnaît pour causes la faiblesse
23i FONCTIONS DE REPRODUCTION.
de constitution, la froideur de tempérament, les abus vénériens, Tonanisme, comme dans le cas précédent. ^ ' '
Roubàud a écrit un chapitre intéressant sur 1er excès copulateurs et les excès voluptueux au point de vue de leur influence sur Tlmprégnation. Nous allons le reproduire en partie.
« Avant les recherches de Parent-Duchâtelet, il était d'opinion courante que les prostituées étaient généralement stériles ; on ne se rendait pas un compte exact des motifs de cette infécondité, et, sans plus ample informé, on en faisait un attribut fatal de ce misérable métier.
« Parent-Duchâtelet ne se contenta pas de raisons aussi légères et il entreprit de donner une base solide à l'opinion, quelle qu'elle fût, que l'on devait se faire de l'aptitude des prostituées à la fécondation.
a Ses recherches l'amenèrent à des résultats bien différents de ceux sur lesquels reposait la croyance commune, et, s'il reconnut, en effet, qu'un petit nombre de prostituées parvient jusqu'au terme ordinaire de la gestation, il constata, qu'en général, ces malheureuses n'avaient point perdu l'aptitude à la fécondation. Soit qu'elles le provoquent par des moyens criminels, soit que les circonstances anormales de leur vie de débauche et de désordres le
favorisent, un avortement plus ou moins précoce est le résultat ordinaire de leur conception. Sans nous arrêter à Tavortement provoqué par des manœuvres coupables et dont personne ne met en doute la fréquence, je rappellerai, comme confirmant les idées que j'ai déjà émises sur les avortements précoces et dont j'aur.ai plus loin à étudier Pétiologîe, je rappellerai le passage suivant du livre de Parent-Duchâtelet, qui contient en même temps l'opinion d'un des hommes les plus compétents en embryologie, de M. Serres : « J'ai parlé plus haut, dit Parent- Duchâtelet, de l'irrégularité de la menstruation chez quelques prostituées et des interruptions que présentait chez elles cette évacuation dans une foule de circonstances ; ne pouirait-on pas les attribuer à une conception et à une véritable grossesse ? Cette opinion, qui a été émise devant moi par plusieurs médecins et physiologistes distingués, acquiert une grande probabilité par les observations faites par M. Serres, lorsque les prostituées étaient soignées dans une des divisions de la Pitié. Je transcris ici les réponses que cet académicien fît à mes questions : a Les pertes abondantes sont rares chez a ces femmes, mais les plus jeunes ont souvent des tt retards dans leurs règles, qui se terminent par a l'expulsion de ce qu'elles appellent un bondon. a Pendant deux années je ne fis pas attention a
23 G FONCTIOÎÏS DE REPRODUCTION.
« cette expression; mais, ayant dirigé mes recherches a sur l'embryologie, j'examinai avec soin ces proa ductions, et il me fut facile d'y reconnaître tous a les caractères de l'œuf humain. J'ai pu, dans un a court espace de temps, en recueillir un grand a nombre, qui tous étaient sortis à une époque qui a indiquait une conception de quatre à cinq se- « maines ; c'est toujours sur des filles de dix-huit a à vingt-quatre ans que j'ai pu faire ces observations (1). »
« Cette dernière phrase semblerait indiquer que l'exercice prolongé du métier de prostituée fait môme perdre le triste privilège de l'avortement précoce par l'absence complète de toute conception; cependant, il est d'une notoriété incontestable que, lorsqu'une de ces malheureuses dit adieu au lupanar, se marie ou rentre dans les conditions d'une vie régulière, non-seulement elle montre, comme toute autre femme, l'aptitude à la fécondation, mais encore elle retrouve la faculté de porter à terme le fruit de sa conception et de lui communiquer une vitalité qui n'est pas inférieure à celle des autres enfants. »
(l) De la prostitution dana la ville de Paris, 2» édit., t. I, p. 235 et 236.
§ 4. — Moyens de remédier aux causes de la
Stérilité de la Femme.
Ici, comme dans tous les troubles de l'économie, soit généraux, soit locaux, il faut avoir en vue l'axiome si connu en médecine : Sublata causa toU litur effectus! Ecarter les causes, tel est le premier roin qu'il faut prendre.
Mais est-il toujours facile de remplir cette indication impérieuse ? Malheureusement non, moins encore peut-être quand il s'agit des causes de la Stérilité que dans toute autre circons'ance. En effet, ainsi que nous venons de le voir, les obstacles à la Fécondation chez la Femme tiennent le plus souvent à des vices de conformation auxquels il n'est pas possible de remédier, ou à des maladies qui, en , modifiant la constitution^des organes sexuels, leur ont fait perdre la faculté d'exécuter leur plus délicate et importante fonction.
Cependant, certains états de la matrice, tels que l'inflammation , le catarrhe du col , les fiueurs blanches, les hémorrhagies, etc., surtout les déviations ou déplacements de cet organe, peuvent être combattus par un traitement approprie, de manière à restituer à la Femme le pouvoir de féconder qti'elle avait perdu temporairement.
Nous ne voulons pas empiéter sur le domaine de la médecine, eheore moins sur celui de la chirurgie, mais il nous sera permis de recourir à la tnécanique pour replacer, redresser et maintenir la matrice dans une position favorable à la réception du fluide séminal.
Ij élévation exagérée de Tutérusest rare, et quand elle existe elle se rattache à quelque autre affection qu'il faut combattre. — L'abaissement est trèscommun : il ne rend pas la Fécondation impossible, à moins qu'il n'y ait prolapsus ou chute de la matrice, — Le renversement est un état plus grave qui consisté en ce que le fond de l'utérus fait hernie par le col dans le vagin ; il est un obstacle radical à la Fécondation.
Quant à l'inciinaison en arrière ou en avant, on y remédie au moyen des pessaires, de l'éponge préparée ; et, si l'on a lieu de penser que la Stérilité n'est due qu'à ce genre d'affection, il est possible de la faire cesser en ramenant la matrice à sa position normale au moyen du toucher vaginal pratiqué peu avant les rapports sexuels et de façon à ce que l'organe n'ait pas encore repris sa position vicieuse lorsque le sperme sera lancé sur lui.
C'est dans ces cas si communs de déplacement de la matrice, sans autres altérations graves, que les médecins ordonnent les bains froids, les bains de
mer, les eaux minérales,, l'usage des ceintures hypogastriques, des bandages contentifs, etc., seuls moyens doués de quelque efficacité n'entraînant pas les inconvénients des procédés mécaniques.
hHnertie des organes génitaux peut, aussi, bien chez la Femme que chez l'Homme, devenir un obstacle à la Fécondation. Mais c'est là une cause transitoire et mal définie du reste. Les moyens de la combattre sont : un régime tonique, excitant, les baii\s de mer ou de rivière Tété, les frictions, Uhydrothérapie, quelques aphrodisiaques, etc.
Ju obésité est un signe de âéchéance de l'instinct de reproduction chez l'un et l'autre sexe, mais elle conduit bien plus vite la Femme que l'Homme à la Stérilité.
Nous entrons dans des détails que nous voudrions pouvoir passer sous 'silence, tant nous craignons qu*ils effarouchent de pudiques oreilles et de respectables et religieux principes. Mais nous ne devions pas commencer si nous ne voulions tout dire. En tout cas, nos intentions sont pures.
Une attitude nouvelle prise pour consommer l'acte conjugal peut déterminer une Fécondation vainement attendue de la position horizontale, qui est celle de PHomme couché sur la Femme. En effet, que le col de la matrice soit dirigé en arrière, le museau de tanche regardant le rectum, ce qui
est extrêmement commun, n*est-il pas possible que par suite du congrès à tergo, la Femme à genoux et appuyée sur ses coudes, PHomme en posture de
quadrupède, le pénis se mette plus facilement en rapport avec l'ouverture du col ? Nous avons plus d'une preuve que ce moyen, conseillé par nous, a donné satisfaction aux époux.
Les attitudes peuvent être variées, mai il ne faut pas que ce soit dans un but de luxure cynique, comme celle qui dirigea la courtisane Cyrène lorsqu'elle inventa les diverses postures que Tibère fît peindre dans une des salles de sa maisonde Gaprée.
Une union se montre-t-elle stérile, presque toujours on en rapporte la cause à la Femme. Ce n'est ni exact, ni juste. Sans doute, celle-ci, en raison de la structure très-complexe de son appareil génital et de la diversité des maladies qui peuvent l'atteindre, recèle en elle, plus fréquemment- que l'Homme, les conditions de l'infécondité; mais. du côté de ce dernier se rencontre une cause extrêmement commune et dont on ne tient pas assez' de compte : je veux parler de Vépididymite double^ c'est-à-dire affectant les deux testicules. Il est peu de jeunes gens, hélas! qui ne se soient exposés à contracterlablennorrhagie,qui ne l'aient eue même plutôt doux fois qu'une, et parmi eux un grand nombre ont été affectés d'orchite et de sa conséquence
presque inévitable, rinflainmation de répididyme. Or, nous avons dit déjà que l'engorgement chronique de cet organe met obstacle au cours du sperme, que tout au moins il prive ce liquide de sa propriété fécondante , consistant dans la présence des Zoospermes.
Le manque de Fécondation peut tenir encore, du côté de l'Homme, soit à ce que son membre est trop court, soit, au contraire, à ce qu'il a une longueur disproportionnée; dans le premier cas, le sperme peut ne pas aller frapper le col de la matrice, surtout s'il Côt très-élevê, et alors des essais de postures diverses sont permis; dans le second cas, c'est un effet contraire : la matrice est désagréablement titillée, ou bien le pénis verse la semence dans le cul-de-sac du vagin, soit en avant, soit en arrière, et l'imprégnation ne peut s'opérer. Ce qu'il faut faire pour remédier à cet inconvénient est trèssimple : l'Homme diminue la longueur de son organe au moyen d'un bourrelet en forme d'anneau, fixé à sa base : l'épaisseur de ce bourrelet raccourcit d'autant le pénis.
Y a-t-il des substances qui, ingérées dans l'estomac , aient la propriété de rendre la Femnie féconde? — Nous n'en connaissons pas. (V. Fécort" dite.)
LK CÉUBAT. 243