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CHAPITRE SEPTIÈME

LE CELIBAT

Le Célibat est l'état d'une personne nubile qui vit sans s'engager dans le Mariage.

Chanté et célébré par les uns, attaqué et bafoué par le plus grand nombre, le Célibat a occupé les moralistes, les philosophes et les économistes.

C'est que si le Mariage, comme nous le verrons, est devenu, dans toute société civilisée, une coadition suprême de santé, de régularité fonctionnelle, de protection mutuelle entre l'Homme et la Femme, le Célibat, qui est l'état opposé, est logiquement considéré comme indiquant de l'égoîsme et des tendances- morales à l'affranchissement des règles de la bienséance et des liens de fidélité.

Les partisans du Célibat vont jusqu'à prétendre

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que c'est l'état propre au génie: Platon, Anacréon, Lucrèce, Virgile, Horace, disent-ils, furent des célibataires; Bacon, Gœthe , Lafontaine, etc., ne prirentépouse qu'après avoir produit leurs pi us beaux ouvrages. Le mariage, ajoutent-ils, est l'état dans lequel doit vivre le commun des mortels, car telle est l'alternative : ou faire des livres, des œuvres de génie, ou se contenter de faire des enfants. .

Cela peut être très-spirituel et même receler un grain de vérité ; mais le Mariage, malgré les assauts qu'il essuie, non-seulement de la part de ses antagonistes, mais encore de la part de ceux qui en ont reconnu les avantages (car il est de mode de se moquer des maris), reste debout et demeure en honneur.

Vous dites, messieurs les détracteurs de l'hyménée, que Te génie est célibataire. Mais si le génie est une névrose, presque une* maladie, comme le veut lé D' Moreau (de Tours), le mariage perd-il beaucoup à ne pas avoir ces hommes illustres dans son giron ?

Quelques-uns vont jusqu'à invoquer l'opinion des princes de TEgMse catholique, saint Paul en particulier, qui était et voulait rester célibataire. Toutefois, le catholicisme a envisagé le Célibat sous un jour tout différent. Tout entier à sa foi et à sa sublime mission, saint Paul a pu dire à ses fidèles:

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» Je désire que vous soyez semblables à moi ; celui qui se marie fait bien (car il vaut mieux se marier ((ue brûler), mais celui qui ne se marie pas fait encore mieux. » Mais nos célibataires comprennent-ils à la façon de saint Paul -la vie en dehors du mariage?

Pris au sérieux, c'est-à-dire avec abstinence absolue de rapports sexuels, le Célibat peut certainement devenir la source d'une foule de maladies; mais encore a-t-on singulièrement exagéré ses méfaits. S'il n'est pas strictement observé, il n'est qu'une hypocrisie, un manteau qui cache un fond d'immoralité. A ce double point de vue, il est condamnable de par la physiologie et la morale.

Nous verrons bientôt ce qu'il faut penser du Célibat ecclésiastique.

Ce chapitre sera divisé de la manière suivante: P le Célibat est nuisible à l'individu; 2<> le Célibat est nuisible aux maris et à la société ; 3^ le Célibat conduit aux habitudes pernicieuses de l'onanisme ; 4^ il est la cause la plus fréquente et la plus efficace du satyriasis et du priapisme, de l'hystérie et de la monomanie erotique; 5® ce qu'est le Célibat religieux.

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§ P'. — Le Célibat est nuisible à l'individu. Tout être animé obéit fatalement aux lois de sa

nature : il mange, il digère ; puis il éprouve le besoin de la défécation qui est aussi obligatoire que celui de prendre des aliments ; ses reins sécrètent de Turine, qui s'accumule dans la vessie ; et lorsque celleci est remplie, le besoin de Texcrétion se fait sentir, il faut y obéir. ^

De même pour les fonctions de Pappareil génital : elles doivent s'exécuter selon le vœu de la nature, sous peine pour l'individu devoir survenir des troubles plus ou moins graves dans cet appareil ou dans sa santé générale.

Il est vrai que, pour ce qui concerne cet ordre de fonctions chez l'Homme, la nature peut d'elle-même donner cours au produit de la sécrétion testiculaire, et cela a lieu le plus souvent pendant le sommeil. Ainsi est évitée la rétention forcée du fluide spermatique dans ses canaux et réservoir. Bien plus, dans les cas où il ne se produit pas de pollutions spontanées, le sperme sécrété repasse, par un travail de résorption, dans le torrent circulatoire ; mais alors, disons-le, le feu de la concupiscence ne s'en montre souvent que plus ardent et le combat entre la vo-

lonté de résistance et Paiguillon des sens n'en devient que plus dangereux.

Il se peut qu'une forte contention d'esprit, des exercices corporels fatigants , des principes religieux sévères, affaiblissent l'instinct génésique pour un temps indéterminé ; mais tôt ou tard, en général, la nature reprend ses droits. La réplétion des canaux spermatiques, la résorption du fluide qu'ils contiennent, agissent comme une sorte de ferment, qui imprime à l'individu une vie, une vivacité et même une odeur toute particulière qui trouble le calme habituel de son âme.

Zimmermann dit que les effets de l'abondance de la liqueur séminale ressemblent à ceux de son épuisement ; mais cela ne peut avoir lieu qu'après de longues années de continence, alors que la constitution tout entière s'engage dans la lutte.

On a prétendu qu'en Angleterre, sur vingt personnes qu'un tœdium vitœ portait au suicide, plus delà moitié se composait de célibataires. Ceux-ci, au surplus — c'est une remarque qui a été faite partout, — payent à la mort un impôt proportionnellement plus fort que les hommes mariés.

Diaprés les statistiques les mieux établies , il résulte que parm^ les célibataires de 25 à 45 ans la mortalité est de 28 pour 100, dans un laps de temps donné, tandis que parmi les hommes mariéa du

même âge elle n'est que de 18 pour 100. A 60 ans, sur un nombre de 100, il ne reste en vie que 22 célibataires contre 48 hommes mariés.

Les registres de décès de plusieurs capitales montrent que sur 100 suicides on compte 67 célibataires Quant aux statistiques criminelles, il y a 62 célibataires sur 100 prévenus .

Baglivi affirme que, toutes circonstances égales d'ailleurs, les maladies des personnes chastes prennent un caractère plus grave que celles des personnes mariées. Nous n'avons pas observé des faits qui confirment à nos yeux cette dernière proposition, bien que nous soyons depuis plus de 30 ans médecin d'un établissement hospitalier exclusivement destiné aux prêtres. Il est vrai que les pensionnaires ont généralement atteint l'âge où les fonctions spermatiques sont bien affaiblies. J'ajouterai cependant que j'ai vu un prêtre dont la chasteté était absolue et qui, ayant eu à lutter toute sa vie, a fini par mourir lentement d'une éruption générale chronique d'exzéma et de pustules.

Bien que les Femmes ne sécrètent pas de liqueur séminale, les rapports sexuels ne laissent pas de les débarrasser d'un excès de fluides propre à faire taire les impulsions de l'instinct génésique. Elles ressentent, dans le Célibat, de plus nombreuses indispositions que l'Homme, à cause de la complexité de

leur appareil génital, et surtout de leur plus grande impressionnabilité. Ces indispositions, ou plutôt ces maladies, consistent dans Tirrégularité ou la suspension des menstrues, dans les flueurs blanches, le cancer de matrice, les maux de nerfs, la chlorose,'etc. , sans compter Thystérie , la nymphomanie, auxquelles nous consacrons plus loin un article spécial. On prétend que peu de filles parviennent à un état avancé. Hippocrate, après avoir parlé des maladies auxquelles les vierges sont sujettes, leur recommande de se marier le plus tôt possible. Mais la vérité est qu'on a beaucoup exagéré la gravité et la fréquence des troubles occasionnés chez les Femmes célibataires par la privation des jouissances des sens ; si Ton disait des jouissances platoniques, on aurait plutôt raison, car la Fjemme vierge souffre, non pas de sa chasteté, qu'elle supporte mieux que l'Homme, mais de ne pas aimer ou de n'être pas aimée, surtout si l'amour divin n*occupe pas dans son cœur la place du sentiment génésique.

§ 2. — Le Célibat est nuisible à la morale et à

la santé.

Arrivé à l'âge nubile, l'Homme est attiré vers la Femme par un penchant irrésistible. Il n^y a d'ex-

cepiions à cette loi que parmi les célibataires religieux dont l'esprit est fortement tendu vers Tétude des dogmes de la religion.

Donc, quand, vivant dans ïe monde, THomme ne contracte pas mariage, c'est qu'il est mû par un esprit d'égoïsme ou par un système de conduite immorale. Ce sont ces deux considérations qui, chez les Hébreux, ont fait regarder le Célibat et la Stérilité comme une sorte d'opprobre.

L'abandon du Mariage est un signe de démoralisation. L'institution courait les plus grands périls chez les Romains, lorsque Auguste, dans sa vieillesse, fit une série de lois pour la remettre en honneur. Il était trop tard: le peuple était corrompu, et la décadence commençait,

Montesquieu a dit : « Moins il y a de gens mariés et moins il y a de fidélité dans les Mariages, d Le Célibat et donc un danger pour les mœurs.

Au point de vue social, le Célibat n'a pas de moins grands inconvénients. Marc (Dict. des Se. méd. ] nous dit que sur 100 célibataires mâles, il en est 10 au plus dont le congrès soit fécond. La stérilité des Femmes célibataires est bien plus grande encore. Or, si l'on porte ordinairement le nombre d'enfants qui naissent dans la règle par mariage à celui de 4, il en résultera que, dans un espace de 25 à 30 années, durée commune de la fécondité féminine,

100 célibataires auront frustré la société de 360 citoyens. Est-il guerre meurtrière, ajoute l'auteur, dont, les résultats, funestes pour la population, puissent être corhparés à celui-ci ?

Ce n'es^ pas tout, Téloignement des Hommes pour l'union conjugale favorise les Mariages tardifs et les unions disproportionnées d'âge. Or, les premiers sont très-souvent stériles et les seconds produisent des fruits de moins bonne qualité, ainsi que nous le verrons en parlant du Mariage entre jeune Femme et vieil Homme.

Le Célibat provoque J'Homme et la Femme à l'onanisme ; il est une cause puissante du satyriasis et de priapisme chez le premier, de l'hystérie et de la nymphomanie chez la seconde, — Consacrons quelques lignes à ces habitudes vicieuses et à ces états morbides.

Onanisme. — C'est l'excitation des organes génitaux et la recherche de la sensation vénérienne en dehors des rapports normaux. Ce nom est formé de celui d'Onan, personnage bibli([ue à qui est attribuée cette habitude vicieuse. L'Onanisme est assez commun chez les enfants et les adolescents de l'un et 'l'autre sexe, surtout dans les pensions ; il n'est pas étranger aux adultes, principalement chez ceux qui ont peu de goût pour le mariage. Il produit des

effets pernicieux, non pas tant par la perle du fluide séminal, qui n'existe d'ailleurs pas chez les enfants et les Femmes, que par Texcitation nerveuse spéciale, réréthisme et Tirritation des organes génitaux qu'il entretient et qui troublent plus ou moins profondément les fonctions nutritives et les fonctions nerveuses normales.

L'Onanisme produit la maigreur générale, malgré la persistance de l'appétit, la pâleur de la face, avec une sorte de cercle bleuâtre autour des yeux, l'altéralion des traits, la susceptibilité nerveuse, la paresse intellectuelle, l'inaptitude au travail, un penchant à la mélancolie, à la dissimulation, la recherche de la solitude, une expression de la physionomie particulière, une sorte de propension à fuir les regards des autres hommes.

Ce n'est pas tout : plus tard l'Onanisme détermine chez les Hommes adultes la Spermatorrhée (V. ce mot.), des pollutions nocturnes et mêmodiurnes avec tous les accidents qui les accompagnent. Cependant on a exagéré les conséquences funestes de celte iionteuse habitude : elle est si commune, en effet, que, sil'onavait dit vrai, les générations seraient en pleine décadence, au double point de vue de la santé individuelle et de la Fécondité en général.

Néanmoins, les effets de l'Onanisme n'en sont pas moins fâcheux sur l'état physique et -moral dos en-

fants, et même des adultes. Pour citer un seul exemple, le poëte Malfilâtre est mort épuisé et victime des plus tristes caprices de la passion solitaire, (c II a raconté à un denses amis, dans les dernières circonstances de sa vie, qu*il ne manquait jamais d'aller le dimanche, le lundi et le jeudi aux jolies fêtes du îRanelagh, à Passy ; que là il recueillait avec avidité les plus gracieux types féminins qu'il pouvait remarquer, qu'il en analysait les perfections en poëte d'une imagination antique, puis, qu'en les rassemblant, il en composait un être idéal avec lequel toutes ses forces s'épuisaient. C'était une hallucination qui n'avait de terme quedansl'extrême syncope. Malfilâtre a reconnu que la manie qui causait sa mort était plus puissante que sa volonté. »

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