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MARIAGES INTEMPESTIFS ET DISPROPORTIONNÉS

Nous entendons par intempestifs les Mariages précoces et les tardifs ; et par disproportionnés les Mariages entre personnes dont l'âge de Tune dépasse de plusieurs années celui de l'autre.

Ces sortes d'unions sont blâmables, parce que, outre qu'elles portent préjudice à la santé des deux ou tout au moins d'un des contractants, elles donnent naissance à des enfants moins bien constitués et moins vigoureux. Hippocrate a dit : a Dans la semence même et de l'Homme et de la Femme, tout le corps fournit ; elle vient faible des parties faibles et forle des parties fortes. Nécessairement, l'enfant y correspond et il ressemble à l'un et à l'autre en quelque chose. »

§ 1". — Mariages précoces.

Nous avons déterminé, dans un précédent chapitre, l'âge auquel l'Homme et la Femme sont pu-

bères et nubiles. A cet âge le Mariage est permis ; mais c'est avec raison qu'on a fait ressortir ravantage de la Nubilité sur la Puberté (V. ces mots.) au point de vue de Texcellencedu fruit qui en provient. Non-seulement le manque de maturité des facteurs rend le produit moins beau et moins vivace, mais encore le mari trop jeune, emporté par la fougue de ses désirs, s'épuise dans des embrassements trop multipliés, et la femme, dontle développement physique n'était pas achevé, — car elle grandit encore après être réglée, — reste en arrière du complément de ses forces qu'elle était sur le point d'acquérir, et est plus exposée qu'une autre aux afTections de la matrice et aux accidents de la puerpéralité.

§ 2. — Mariages tardifs.

Jusqu'à l'âge de 40 et 45 ans, l'Homme conserve toute sa vigueur virile ; à 50 ans, il commence à la voir décliner. C'est qu'alors la sécrétion spermatique se ralentit, les érections ne sont plus aussi fortes ni aussi soutenues. L'imagination est encore vive, le cœur jeune et chaud, mais la frigidité organique commence. Voici donc l'heure de la retraite qui sonne. Nous ne prétendons pas toutefois

que, a passé 50 ans, rHomme se jette une pelletée de terre chaque fois qu'il se livre au coït, » comme Ta dit Pabbé Maury (Lettre à P. Portai). Il y a lieu, en effet, de tenir compte de la constitution, du tempérament, de rétat de santé générale des individus, car assez nombreux sont les exemples de vieillards qui conservent jusqu'à Tâge de 70, 75 ans, des far cultes qui nous sont ravies beaucoup plus tôt en général. Il est utile de répéter, néanmoins, que les fonctions génitales, à cause du, peu de modération qui préside à leur accomplissement, sont à tous les âges des causes de maladies.

Réveillé-Parise, dans son Traité de la Vieillesse^ a écrit des pages éloquentes sur les désordres auxquels s'abandonnent les Hommes vieux qui veulent sacrifier à Vénus :

a L*Homme, encore dans sa verte vieillesse, répugne longtemps à se croire tel qu'il est. Ses souvenirs , presque synonymes de regrets, sont toujours là dans sa mémoire et dans son cœur pour le tourmenter, car il jette sans cesse son regard en arrière, pour contempler à l'horizon lointain cette terre promise de l'amour et de ses plaisirs, où il serait si doux de vivre, s'il était possible d'y rester. Difficilement, il s'accoutume à l'idée que la haute prérogative de procréation lui est à peu près retirée, et il ne veut s'avOuer à lui-même que le plus tard

possible cet état de décadence dont le frappe la nature.

a Cette nouvelle manière d'être parait comme injurieuse, comme flétrissante, car il est bien peu d'individus capables d'accepter la vieillesse sans faiblesse d'esprit, sans trouble de raison. Le temps blanchit leur tête sans désenchanter leur esprit. D'ailleurs, un Homme bien constitué, que l'âge n'a pas encore accablé, éprouve encore des réminiscences perfides et tentatrices ; tout semble jeune en lui, excepté la date do sa naissance. Ses années sont dépensées, mais non sa force. Il s'avoue bien que l'aiguillon du besoin n'est pas aussi pressant qu'autrefois, qu'il ne sent plus cet excès de vie, ce feu, cette ardeur qui jadis embrasaient son sang et son cœur ; ma's il ne se croit nullenionl un athlète tellement désarmé, qu'il doive renoncer tout à fait à la lutte et au triomphe; et, comme dit Fénelon, le jeune homme n'a pas encore été tué chez lui. Beaucoup de vieux fous, d'étourdis chargés d'années, se reconnaîtront ici; je ne leur demande que d'être sincères. N'est-ce pas aussi le rôle avilissant de certains fats surannés, dont les disgrâces en amour sont méprisables et les succès complètement ridicules ? Quelquefois le mal est enraciné dans les habitudes; et, comme l'a dit un penseur de notre époque, le châtiment de ceux qui ont trop &imé

les femmes^ est de les aimer toujours. Il n'y a que des défaites réitérées, des maladies redoutables, la marche hâtive et précipitée de la vieillesse, qui apprennent enfin à Timprudent ce qu'il devrait savoir depuis longtemps, que le bien-être et la santé consistent, surtout à la dernière période de l'existence ^ dans le juste accord d'un reste de force, d'une raison éprouvée et d'une sage conduite. »

Tout ceci peut s'appliquer également à la Femme dont la vie sexuelle finit avec la disparition des règles. Vers 40 à 45 ans. elle cesse de voir^ bien que la menstruation dure au delà chez quelquesunes, et, signe de décadence génitale, elle commence à prendre de l'embonpoint. Le besoin du rapprochement sexuel se fait moins sentir ; ses préoccupations sont celles de coquetterie, de toilette, de désir de paraître encore jeune; mais si l'âme reste vive et le cœur sensible, les sens se calment, parce que les ovaires, qui sont le point de départ et la cause de leur excitation, cessent d'être le siège de ce mouvement vital qui produisait l'espèce de ponte mensuelle dont nous avons parlé.

Est-il besoin maintenant de longs discours et de brillantes phrases pour faire comprendre que les enfants issus de mariages intempestifs, c'est-à-dire trop précoces ou trop tardifs, ne peuvent être doués de qualités aussi excellentes que celles qui carac-

FONCTIOSS DE REPRODUCTION.

tériBent la progéniture issue découplés ayant atteint l'âge nubile et ne l'ayant pas dépassé depuis trop longtemps?

S 4. — Mariages disproportionnés

Un jeune Homme qui épouse une vieille Femme ou une jeune fille (^ui prend pour mari un vieillard voilà ce que nous appelons des mariages disproportionnés. I

Dans l'un et dans l'autre cas, l'union offre un double péril ; d'abord pour les époux, ensuite pour . leur progéniture.

Sans compter que de tels mariages sont inspirés par un sentiment qui tient de la luxure plutôt que de toute autre combinaison, et cela toujours de la part du contractant le plus âgé.

Tristes et scandaleuses sont ces unions qu'il serait désirable qu'une loi vint prohiber au nom de la morale publique, de la santé et du bonheur des conjoints, surtout dans l'intorêt de la socitité, parce ' qu'elles la dotent d'enfants chétifs qui ne peuvent concourir ni à sa défense ni à la satisfaction de ses besoins les plus impérieux.

Mariage estre un jeune Homme et une vieille ' Feïime. — Noua faisons remarquer tout d'abord

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que les expressions jeune Homme et vieille Femme désignent des conditions d'âge tout à fait relatives : ainsi une Femme de 35 ans est encore jeune, mais devient-elle réponse d'un Homme de 20 ans, nous disons que c'est une vieille Femme, et vice versa.

Voici ce que dit Debay, dans ce style intempérant qui a surtout assuré le succès de son livre :

a Lés jeunes gens que l'appât delà fortune pousse à se marier avec de vieilles Femmes, épuisent promptement leur vigueur lorsqu'ils ont affaire à ces Femmes déjà sur le retour, mais insatiables de luxure, et dont la partie génitale est une fournaise dévorante. »

Ceci paraît être en complète contradiction avec ae qui a été avancé précédemment, à savoir que Je feu de la concupiscence s'éteint, ou plutôt se calme à l'âge de retour chez la Femme. Mais, dans cette question comme dans tant d'autres, il faut avoir égard aux différences de constitution, de mode d'existence, etc.

Or, voici ce qu'il faut remarquer. La Femme qui s'est mariée jeune avec un Homme d'un âge proportionné au sien, celle surtout qui a eu des enfants qu'elle a élevés, qui, par conséquent, a connu les douceurs et les soucis du ménage, cette Femme assiste sans regret, en général, au déclin de ses désirs voluphieux, bien qu'elle ne soit point insen-

sible aux jouissances des sens, qui parfois même sont aussi vives que par le passé; mais, partageant la couche de son mari, elle demeure passive, presque froide, si celui-ci ne Texcite pas à se prêter à ses désirs.

Quelle différence quand il s'agit de certaines Femmes à tempérament ardent, et qui, veuves et privées d'un plaisir qu'elles ont savouré et dont la privation leur est devenue pénible, se marient avec un jeune Homme dont le souffle les embrase! Ces Femmes-là, certainement, pourront se sentir consumées d'un feu nouveau et prendre un rôle provocateur avec d'autant plus de licence qu'elles ont affaire à un mari plein de jeunesse, de force, et sur lequel elles exercent l'influence que donne la fortune, car c'est l'argent, l'argent de la femme, qui, seul, a pu déterminer le mari imprudent à contracter cette union.

Accompli dans ces conditions, le Mariage doit faire présumer que la lubricité est le mobile principal de l'épouse, tandis qu'au contraire, nous le répétons, l'époux obéit à un sentiment de convoitise, et se montre peu scrupuleux sur les moyens d'arriver a la fortune.

Mariage entre un Vieillard et une jeune Fille. — Dans des questions de ce genre, si souvent rebat-

tues, et toujours discutées sans résultat vraiment pratique, nous n'avons rien de mieux à faire que d'emprunter quelques réflexions aux auteurs qui nous ont précédé.

tt On a vu à toutes les époques de Thumanité, dit 1© D" Mayer, à partir des patriarches, comme on voit encore fréquemment aujourd'hui, de ces alliances qui répugnent à la nature, entre des hommes qui4ouchent à la décrépitude et de pauvres jeunes filles que les parents sacrifient à des intérêts de position ou de fortune. Il y a dans ces alliances monstrueuses, que nous ne saurions flétrir assez énergiquement, à considérer la situation réciproque des époux abusivement accouplés, et le sort de la progéniture qui peut en être le résultat.

Admettons pour un instant que le Mariage ait été conclu du plein consentement de la jeune fille, et qu'aucune pression étrangère n'ait été exercée sur

sa volonté, comme c'est la règle .cependant ; il n'arrivera pas moins que la réflexion et l'expérience amèneront de tardifs regrets, et d'autant plus poignants que le mal sera sans remède ; mais que la violence ou la ipersudision^ ce qui est souvent la même chose, ait été mise en œuvre pour obtenir l'aveu qu'exige la loi, la révolte n'en sera que plus prompte et plus véhémente. Dès ce moment, la vie commune deviendra odieuse à la malheureuse vie-

time, et des espérances coupables naîtront dans son cœur désolé, tant lui paraît lourde la chaîne qu'elle supporte. C*est qu'en efYet les amours du vieillard sont ridicules et hideux, nous Tavons déjà dit dans un autre endroit de ce livre, et Ton ne saurait assez plaindre l'infortunée que le devoir condamne à les subir. Qu'on y songe un instant, et l'on sentira, malgré soi, une répulsion comparable à celle qu'inspire seule l'idée de l'inceste. En réalité, tout est ici contraste, au physique comme au moral, et la chasteté est forcément absente, dans ces ébats où la brutalité des sens n'est point amortie et poétisée, en quelque sorte, par les élans passionnés du cœur. » L'union du vieillard avec une jeune Femme ne blesse pas seulement les convenances et là morale, elle empoisonne la vie de l'épouse sacrifiée et abrège celle du mari désaisonné qui cède aux séductions de la jeunesse et de là beauté. Il y a déjà danger pour l'époux âgé qui continue des rapports, pourtant bien modérés, avec la Femme qu'il n'a pas quittée dé sa vie; mais c'est bien autre chose assurément si le même homme contracte de nouveaux liens avec une Femme belle et dans la fleur de l'âge ; il veut tout naturellement faire acte de jouteur intrépide, se montrer jeune malgré les ans, et alors, transformant l'heure de la retraite en un réveil factice et forcé, il plonge bientôt ses organes à moitié flétris

et toujours surmenés, dans une atonie plus ou moins complète; puis, tous les autres appareils organiques, principalement le cœur, le système nerveux, les sens, ne tardent pas à devenir le siège de troubles graves.

Dans tout cela nous ne voyons d'atteint qu'un couple insensé et bien à plaindre. Mais leurs enfants, s'il en vient, quelle sera leur constitution, leur santé, leur rôle dans le monde ?

N'exagérons rien : il est certainement des fils issus de Mariages disproportionnés qui se sont distingués par des qualités intellectuelles brillantes; mais cela est rare ; le plus souvent, au contraire, les jeunes enfants qui ont pour père un vieillard se distinguent des autres du même âge. qu'eux par un air sérieux et triste qui contraste avec l'expression enfantine de ces derniers, engendrés par un couple rayonnant de jeunesse, de gaieté et de santé. Les bonnes femmes disent, en parlant des « enfants de vieux, » que ce sont « de vieilles âmes dans un jeune corps » ; elles prédisent même que ce corps n'aura pas une longue vie, et leur prédiction se réalise trèssouvent.

11 est inutile que nous nous étendions davantage sur ce sujet, d'abord parce qu'il est rebattu jusque dfins les romans, ensuite parce que tout ce que nous

pourrions dire ne guérirait pas les Hommes de leurs folies.

SECTION IV

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