MARIAGES CONSANGUINS
Toutes les considérations physiologiques et d'ordre pathologique auxquelles donnent lieu les unions consanguines se rattachent à la condition organique qui fait que les manières d'être corporelles et mentales passent des ascendants aux descendants, c'est-à-dire qu'elles ont trait à Vhérédité,
On sait que les caractères extérieurs de l'individu se transmettent par voie d'hérédité aussi bien que les modes fonctionnels de ses organes. Il y a des familles ou des races où l'on observe la transmission d'un seul caractère qui en est le signe distinctif, comme, par exemple, le nez chez les juifs. Darwin attribue les transformations successives dos individus et dos races à la transmission aux descendants
des caractères imprimés aux ascendants par les climats, les habitudes, les lieux.
Les instincts, le sens moral, ridyosyncrasie sont également héréditaires.
Si donc, dans lé mélange de deux sangs de race différente, chaque facteur transmet au produit les dispositions physiques et morales qui lui sont propres, on conçoit que cette propriété soit renforcée dans le cas où les conjoints sont d'une même souche. Mais, comme nous Pavons déjà dit (page 71), la consanguinité morbide ne doit pas être confondue avec la consanguinité saine, et il ne faut pas mettre à la charge des unions consanguines les états maladifs qui sont du ressort de l'hérédité morbide.
Assimilant la génération à l'hérédité, la plupart des médecins ont admis indistinctement l'hérédité de toutes les maladies.
Dans son livre : Du danger des Mariages comsangûins^ F. Devay a non-seulement admis cette proposition, mais il accuse plus spécialement les unions consanguines des méfaits qui doivent être mis à la charge de la loi d'hérédité. Passer en revue les maladies attribuables à ces sortes d'unions, ce serait nous engager dans le domaine de la pathologie, et nous n'en avons ni le loisir ni la misfion.
Bornons-nous à citer les conclusions de l'auteur que nous venons de nommer, non sans répéter '
préalablement que Devay est trop pessimiste à l'endroit de la consanguinité.
a 1^ Les Mariages consanguins sont essentiellement opposés à la physiologie humaine, à la nature de THomme : Tinstinct naturel les repousse. De temps immémorial, les mœurs et les préceptes religieux de divers peuples ont réagi contre ieur coutume.
« "^^ 11 ressort de l'expérience fondée sur un trèsgrand nombre de faits' que ces Mariages compromettent l'espèce humaine par la stérilité et par les infirmités et les maladies qui peuvent atteindre les enfants, lorsque ces mariages sont féconds. Il paraîtrait qu'il est de leur essence de produire des anomalies de l'organisation, des arrêts de développement, la surdi- mutité, l'obtusion de l'intelligence, etc.
« 3** Cependant, sous le rapport sanitaire, il faut établir une distinction entre un Mariage consanguin isolé et ceux qui se répètent. L'influence de la consanguinité peut épargner la première génération, mais, presque à coup sûr, elle n'épargnera point les autres.
a 4° Là où la consanguinité se répète, la famille déchoit sous les rapports de la beauté, de la force physique et de l'intelligence. Là se rencontrent en foule les anomalies d'organisation, le& difformités.
Tidiotie, raliénation mentale, etc. A cet état de choses doit inévitablement succéder Textinction. Ces faits sont autant prouvés par Texpérience médicale que par Tétude des races, Tethnographie et l'interprétation de certains faits historiques.
a 5° Les Mariages consanguins pourraient être considérés, à la rigueur, comme une infraction à riiygiène publique, et réclamer ainsi la surveillance du législateur. Mais, en présence des difficultés que, dans Tespèce, soulèverait cette intervention, il vaut encore mieux agir par persuasion, éclairer la raison de tous sur leurs véritables intérêts, signaler les dangers. Il faut, en un mot, agir sur Fopinion publique de manière que celle-ci amène à la longue une réprobation universelle de la consanguinité dans le Mariage. »
SECTION VI
RAPPORTS CONJUGAUX, CONTRAINTE MORALE, ONANISME CONJUGAL, SYSTÈME MALTHUSIEN.
A ne considérer que les lois de la nature et les préceptes d'une saine physiologie, il faut écouter Tinstinct qui nous porte à l'accomplissement d'une des plus impérieuses fonctions, quand cet acte est
légitimé par le Mariage. La religion nous recom* mande le même devoir : Croissez et multipliez, dit. une parole divine.
Mais il faut compter, à ce qu'il parait, avec l'économie sociale; il faut voir auparavant si la terra pourra suffire à nourrir tous ses enfants, dont la multiplication s'accroit, dit-on, en proportion géométrique, tandis que les produits ne suivent dana leur accroissement que la proportion arithmétique.
De là est né le Malihusianisme, système économique de MalthuK, qui se résume tout entier en ces quelques mots : nécessité de mettre obstacle à l'augmentation de la population, qui doit être nécessairement limité par les moyens de subsistance.
Les obstacles qui s'opposent ou doivent s'opposer à cet accroissement successif, l'économiste anglais les classe en deux grandes catégories : 1° les obstacles préventifs, 2° les obstacles destructifs.
S 1". — Obstacles préventifs.
Les obstacles préventifs, d'après Mal th us, sontfaciles à comprendre : l'Homme doit éprouver une . juste crainte de ne pouvoir point faire subsister ceux qu'il aura fait naître; ces considérations doivent em-' pêcher les Miiriages précoces, pousser à l'abstinence du Mariage et recommander la contrainte morale.
Quant au libertinage, aux passions contraires au
vœu de la nature, à la violation du lit nuptial, en y joignant les artifices employés pour cacher les suites de liaisons criminelles ou irrégulières, ce sont des privatifs qui appartiennent à la classe des vices et que Malthus se borne à condamner sans s'en occuper davantage.
Le D' Alex. Mayer, très-partisan du système malthusien, examine une à une les conditions qui doivent être considérées comme moyens préventifs : ces conditions sont la contrainte- morale, les obstacles légaux, les obstacles par modifications organiques de la Femme, les rapports conjugaux en dehors de répoque propice à la conception, les artifices de rapports sexuels, etc.
La contrainte morale ou moral restreint^ selon l'économiste anglais, consiste à s'abstenir de tout rapprochement, ou à ne rien omettre de ce qui pourrait rendre l'union féconde. Si telle est la véritable signification de ces deux mots^ nous avouons n'y voir rien à reprendre, d'autant que le précepte est conforme à la décision des casuistes, qui disent que : l'essentiel n'est -pas que les époux s'abstiennent de l'acte copulateur, l'essentiel est qu'ils évitent de faire un acte vain.
Mais l'abstention réelle, est-elle aussi facile que semble le dire M. A. Mayer ? Ce côté de la question touche au Célibat, auquel nous renvoyons
le lecteur. Toujours est-il que la contrainte morale n'est pour le plus grand nombre, pour la presque généralité des philosophes, qu'un précepte hypocrite, qu'une provocation à « L'Onanisme à deux, » suivant l'expression de Dunoyer.
Les, obstacles légaux à l'accroissement exagéré de la population consisteraient dans des prohibitions de Mariages basées sur la mauvaise santé des prétendus, sur l'existence de certaines maladies fatalement transmissibles par hérédité, telle que la phthisie par exemple. Nous renvoyons pour ce sujet à l'article Mariage.
Les obstacles par modifications organiques, toujours d'après le même auteur, résulteraient d'une mesure générale qui consisterait à rendre, par des soins et' une alimentation substantielle, les Femmes pauvres et maigres aussi peu fécondes que le sont celles qui vivent dans le luxe, et dont l'embonpoint annonce un commencement de stérilité. Si le lecleur croit que nous ne reproduisons pas exactement l'opinion de l'auteur, nous allons citer textuellement :
. « Le corollaire de ce qui précède, dit Al. Mayer, est celui-ci : Aussi longtemps que la misère ira croissant, la fécondité du sexe suivra une marche pareille; et il n'existe qu'un seul procédé pour mettre un frein à cette déviation de la force plas-
tique : c*est déplacer toutes les Femmes dans un milieu confortable, dans une sorte de luxe relatif: Hors de là point de salut ! » Singulier raisonnement!
Viennent ensuite les rapports en dehors de Tépoque propice à la conception^ autre sujet qui rentre dans les chapitres Fécondation et Menstruation. Après le douzième jour qui suit la cessation des règles et jusqu'à l'apparition de la période menstruelle suivante, la conception, nous ne dirons pas ne peut avoir lieu, mais est moins probable.
Comme il n'y a que huit jours par mois pendant lesquels, d'après ce que nous avons vu (V. p. 160), les rapprochements sexuels ont chance d'être féconds, il en découle naturellement que la contrainte momie bornée à ce laps de temps est bien plus facile à observer, et que là se trouverait le moyen le plus certain, dans le système malthusien, d'éviter la grossesse et ses conséquences.
Les artifices préventifs de la fécondation ont pour but d'empêcher la liqueur prolifique d'arriver jusqu'à l'utérus. Ce sont des stratagèmes inventes par la débauche; il 'ne serait ni utile ni moral de les indiquer ici. En abordant ce sujet, nous n'avons d'autre but que d'enseigner ceci : savoir, que tt le coït exercé autrement que sous les inspirations de l'instinct est une cause de maladie pour les deux sexes et de danger pour l'ordre social. La souillure
du lit conjugal par lea honteuses manœuvres auxquelles nous faisons allusion se trouve mentionnée pour la première fois dans la, Genèse à propos d'Onan : Semen fundibat in terram, ni liberî nascerentur , et idcircà percussii eum (Oi Dominus, quàd rem delesta.bilem faceret. De là Ii nom d'Onanisme conjugal.
« On ne saurait dire combien ce vice est répandu, et avec quelle quiétude il est pratiqué même par des gens'qui craignent do commettre le plus petit péché, tant la conscience publique est pervertie sur ce point. Et pourtant, bien des maris savent que la nature réussit à déjouer quelquefois les calculs les. plus subtils etàreconquérir les droits dont on cherche à la frustrer. N'importe ! on persévère, et, par force de l'habitude, on empoisonne les plus beaux instants de la vie, sans être sur de conjurer le résul' tat qu'on redoute. Auaai, qui sait si les enfants, si souvent faibles et chélifs, no sont pas le fruit de ces procréations incomplètes, et traversées par des préoccupations étrangères à l'acte génésique
Qu'il soit conjugal ou à doux ou bien individuel et solitaire, l'Onanisme n'entraîne pas moins de terribles conséquences à sa suite : nous parlons do , l'Homme surtout. Quant à la Femme, on peut aflîr- ► mer par induction que les rapports anormaux
exercent aussi chez elle une désastreuse influence, a II n*est point difficile de concevoir, dit le D' F. Devay, le degré de perturbation qu'une semblable pratique doit exercer sur le système génital de la Femme en provoquant des désirs qui ne sont pas satisfaits. Une stimulation profonde retentit dans tout l'appareil ; l'utérus, les tromi3es et les ovaires entrent dans un état d'orgasme ; l'orage n'est point apaisé par la crise naturelle, une surexcitation nerveuse persiste... C'est à cette cause, trop souvent mise en action, que l'on doit attribuer ces névroses multiples, ces bizarres affections qui ont pour point de départ le système génital de la Femme... »
Voici ce que dit à son tour le D' Mayer :
a Ce qui, chez nous, est passé à l'état de vérité incontestable, c'est qiie les troubles de l'innervation utérine chez les Femmes mariées, les symptômes hystériques qu'on rencontre presque aussi souvent chez elles que chez les jeunes filles vierges, tiennent aux habitudes vicieuses contractées par les maris dans leurs rapports conjugaux. Nous recommandons ce point de doctrine étiologique aux investigations et aux méditations de nos confrères. Au surplus, il est une affection beaucoup plus grave, qui se propage chaque jour davantage et qui, si rien n'en arrête les envahissements, aura bientôt atteint ^ proportions d'un fléau ; nous voulons p^fl^-
générescences de la matrice. Nous n'hésitons pas à placer au premier rang, parmi les causes de cette redoutable maladie, le rafïîiiément de la civilisation, et particulièrement les artifices introduits de nos jours dans l'acte génésique. Quand il n'y a point de procréation, quoique la faculté procréatrice soit excitée, on voit survenir des pseudomorphoses. Ainsi, on a noté que les polypes et les squirrhes delà matFice sont communs chez les prostituées. Et il est très-facile de se rendre compte du mode d'action de cette cause pathogénique, si Ton considère combien il est vraisemblable que l'éjaculation et le contact du sperme avec le col utérin constituent pour la Femme la crise de la fonction génitale, en apaisant Torgasme vénérien, en calmant les convulsions de la volupté, sous lesquelles s'agitait frémissante l'économie tout entière. Et puis enfin, qui nous démontre qu'il n'existe pas dans la liqueur fécondante quelque propriété spéciale, sut generis, qui fait de sa projection sur le col de l'utérus et de son contact avec cet organe une condition indispensable à l'innocuité du coit? »
« N'est-il pas vrai, en effet, que les mœurs publiques doivent en grande partie leur dégradation, et les familles leur désordre, aux scènes scandaleuses de l'alcôve, trop souvent transformée en véritable lupanar ? L'immoralité du mari apprend à
la jeune épouse les ingénieux stratagèmes inventés par la débauche Révoltée d'abord par sa pudeur, jusque-là respectée, secrètement avertie par sa conscience de Toutrage à la morale dont elle se constitue Tinnocente coniplice, la femme se souviendra, si jamais sa vertu vient à succomber, des leçons qu'elle a reçues,. pour tromper la nature et s'assurer l'impunité, tout en violant odieusement la foi conjugale, ce palladium des sociétés. A qui la faute ?si ce n'est à l'imprudent qui n'a pas su conserver précieusement chez sa compagne la -chasteté, cette sauvegarde que Dieu lui-même a placée dans le cœur de la Femme, pour préserver sa faiblesse et l'avertir du danger ; car la femme qui ne rougit plus est livrée sans défense aux suggestions du vice ; et si alors l'honneur du mari demeure intact, c'est que les circonstances le serviront bien plus que sa sagacité. »
§ 2. — Obstacles destructifs.
Quels sont ces obstacles? On ne les devine que trop : c'est l'avortement et l'exposition ou la destruction de l'enfant.
Nous n'avons pas à nous occuper de ces pratiques criminelles, malheureusement trop fréquentes.
Revenons à Malthus pour conclure relativement à la portée de son système économique.
La loi que Maltlius a essayé d'établii' cuire l'uccroissement de la population d'une part, et celle des subsistances de l'autre, a été vigoureusement attaquée; et un sérieux examen des faits a démontré que l'écart de plus en plus çrand que cet économiste a entrevu entre la population et la subsistance n'existait point en réalité. Pour combattre la tendance, que selon lui la population a à s'accroître, Malthua a proposé des moyens qui l'ont fait accuser d'imoralifé et de dureté de cœur. A-t-on tort ? Qu'on en Juge par ces paroles, qui sont de lui : « Un Homme qui nait dans un monde déjà occupé, si sa famille ne peut pas le nourrir ou si la société n'a plus b&< soin de son travail, cet homme n'a pas le moindre droit à réclamer une portion qucicon [ue de nourriture et il est réellement de trop sur la terre... »
Voilà qui est tout l'opposé de cette simple et honnête proposition : « H y a place pour tout le monde au soleil. » Dans son système, Malthus exonère lels gouvernants de tout reproche et de toute responsabilité; or, cela est contraire à la juslico et au bon sens. La misère publique n'est pas une fatalité qu'il est impossible de repousser ; et il ne faut pas oublier que l'Homme vit en société, que la procréation même crée le lien de famille, qui enfante l'union et la solidarité: que la seule cause réelle de la misère est, non pas dans l'accroissement delà population, mais dans
la mauvaise répartition des forces et des obligations sociales. D'ailleurs, assez d'autres causes sans la contrainte morale, les guerres et les épidémies par exemple, viennent malheureusement éclaircir nos rangs.
Une dernière remarque sur ce sujet qui en comporterait de si nombreuses et qui ne devrait point être abordé dans ce livre : Le Malthusianisme constate qu'il existe des pauvres et des riches : aux riches il permet de se livrer en toute sécurité de conscience aux jouissances de l'amour; il les interdit aux pauvres. N'est-ce pas la glorification du plus immoral monopole ? Ensuite, l'auteur de ce système a-t-il songé aux antagonismes des nations entre elles et aux guerres qui en découlent : sont-ce les riches qui fourniront des soldats assez nombreux pour défendre la patrie ?
Toutefois, les doctrines de Malthus ont eu un côté utile : a en pénétrant avec sagacité, dit A. Oochut, les phénomènes qui se rapportent aux mouvements des populations, en démontrant, contre l'avis una-
nime des hommes d'Etat de son temps, que le bonheur d'un pays, sa force politique, dépendent, non pas du chiffre de ses habitants, mais du rapport de la population à la quantité et surtout à la vertu nutritive des aliments disponibles. »
SECTION VL
POUVOIR OU FACULTÉ DE PROCRÉER LES SEXES A VOLONTÉ, DES QRANDS HOMMES, DES BEAUX ENFANTS
Déclarons tout de suite que ce triple pouvoir n'est donné ni à THomme ni à la Femme qui concourent à la reproduction de leurs semblables.
Tout ce qui a été écrit sur ce sujet est pure fantaisie, inventions hypothétiques faites pour amuser les imaginations amoureuses du merveilleux.
§ l*'« — Pouvoir de procréer des garçons ou des
filles à volonté.
Nous avons déjà traité cette question ; nous devons y renvoyer le lecteur.
§ 2. — Mégalanthropogénésie.
Formée de trois mots grecs : mégaSy grand; anihropos^ Homme; génésis^ Génération. Cette expression signifie faculté ou art de procréer des
LE MARUGE. '315
grands Hommes. Cela peut s'entendre au physique comme au moral, mais nous admettons que le second sens est le seul que Tauteur, malgré la longueur du mot, ait eu en vue.
Les croyants au pouvoir de procréer les sexes à volonté ont basé leur système sur des conditions de tempérament, d'organisation sexuelle, de temps relatif au congrès, etc., qui ne sont point invoquées pour la Mégalanthropogénésie ; c'est V Hérédité qui joue le principal, ou plutôt le seul rôle dans la question qui nous occupe en ce moment; mais si sa puissance est réelle à cet égard, il est à regretter qu'on n'y ait pas t)rété assez d'attention depuis longtemps, car on ne rencontrerait plus de sots, ni d'ignorants, ni tant de gens incapables, inutiles, qui, dans nos temps troublés, n'ont qu'un espoir : arriver à quelque chose par la politique en égarant les masses par des prédications et des promesses insensées.
L'hérédité est la loi biologique en vertu de laquelle tous les êtres doués de vie tendent à se répéter dans leurs descendants. Chez l'Homme, elle se présente sous deux formes : elle affecte les fonctions qui constituent la vie organique et les opérations qui constituent la vie mentale.
L'hérédité organique s'étend à tous les éléments et à toutes les fonctions de l'organisme, à sa structure externe et intertlé, à ses maladies, à ses ûar^c-
tères particuliers, à ses modifications acquises. Rien de plus commun que d'entendre dire qu'un enfant est le portrait do son père, de sa mère, de ses grands-parents. La ressemblance peut subir des métamorpliosea qui font que l'enfant ressemble successivement à son père ou à sa more.
Les anomalies de l'organisation se transmettent elles-mômes; mais l'expérience semble démontrer qu'il y a tendance vers le retour au type primitif.
L'bérédité des maladies est connue de tous les médecins.
Le caractère national lui-même se transmet par hérédité; il se montre permanent à travers les temps. Le Français du alï" siècle est, au fond, le Gaulois de César, qui a l'amour des révolutions: Noms rébus sludent. On trouve dans les Commentaires tous les traits essentiels de notre caractère national : l'amour des armes, le goût de tout ce qui brille, l'incroyable légèreté d'esprit, la vanité incurable, la finesse, une grande facilité à parler et à se laisser prendre par les mots.
Taioe a montré (Eludes sur la Utléra.ture anglaise) combien le vieux fond germanique et Scandinave est demeuré solide, enretrouvant dans lord Byron un vrai descendant des Bersekirs.
Ainsi l'hérédité régit toutes les formes de l'activité vitale. Enesl-ilde même dans l'ordre psycho-
logique? Là est le nœud de la question qui nous occupe, la base de la Mégalanthropogénésie.
L'instinct, cette impulsion inconsciente qui préside à la conservation des individus, est soumis à rtiérédité, ou plutôt est inné chez tous les individus, avec des caractères différents dans son intensité. Les facultés sensorielles se transmettent aussi, dans leurs divers modes d'action, des parents aux enfants : la myopie, par exemple, se remarque souvent dans tous les membres d'une même famille.
C'est quand on arrive aux facultés de l'intelligence que l'hérédité perd de sa force. Ces facultés, dans ce qu'elles ont de plus élevé, se transmettent rarement. Aucun des fils des hommes les plus illustres n'a pu égaler son père; au contraire, ils produisent des individus qui rentrent de plus en plus dana la commune obscurité, ainsi que les fils de Lafontaine, de Buffon, de Socrate, de Cicéron, les descendants de César, de Charlemagne, d'Alexandre, etc.
a Combien de génies illustres, dit Virey, sont sortis tout à coup de la nuit profonde et sans ancêtres, pour ainsi dire, en éclatant comme des astres nouveaux, puis se sont éteints sans postérité, en composant à eux seuls toute leur renommée ? x»
D'où vient donc que l'intelligence supérieure, le
génie, soit rebelle à l'hérédité ? C'est parce ([ue les savants, les grands penseurs, épuisent leur constitution par des travaux d'esprit. Ceux-ci, au contraii'e, naissent pour la plupart de parents simples, mais doués de qualités physiques et génitales remarquables. N'a-t-on pas remarqué aussi que les bâtards, les enfants de l'amour, comme l'on dit, montrent souvent plus d'intelligence et d'énergie que les autres entants l' Il on est de mémo pour les premiers nés dans le Mariage, à moins cependant qu'ils n'aient été conçus dans un âge qui n'admettait pus une complète nubilité, avantage dont les suivants ont pu jouir. Les Orientaux, les Indiens, dit encore Vir^y, font naitre tous leurs grands hommes de vierges, comme Confucius, Fohi, leurs dieus incarnés, Xaca, Amîda, et les législateurs ou prophètes, Zoroastre, Mahomet, et'i.
Toutefois, nous ne pouvons nier que les facultés mentales ne puissent se transmettre héréditairement. • « Si l'intelligence et la raison nous échappent complètement dans leur essence, examinées dans leurs manifestations phénoménales, il n'y a alors aucuns raison de les soustraire à la loi d'hérédité. Cherchons, maintenant, en produisant des faits, à montrer que cette transmission est non-seulement possible, mais réelle. Les familles scientifiques no sont pas mres. Beaucoup de savants tiennent de leur
père. Ei. : Ampère, mathématicien, physicien ; son fils, voyageur, littérateur, historien. Buffon; son fils, bien doué, guillotiné comme aristocrate. Cassini, célèbre astronome ; son fils Jacques, astronome ; son petit-fils, César-François, membre de l'Académie des sciences à 22 ans. On a remarqué aussi que beaucoup de savants ont eu pour mère ou grand'mère des femmes remarquables. Ainsi Buffon, Bacon, Oondorcet, Cuvier, d'Alembert, Watt, Jussieu.
En citant ces faits, tient-on compte de l'influence de l'éducation, des exemples donnés par les parents, de l'esprit d'émulation, d'orgueil, de ténacitéj plutôt que de génie, qui s'empare des enfants nés dans ces conditions ? de même que, comme contre-partie, on voit les dons de la fortune et du pouvoir corrompre plus encore les personnes d'un haut rang qu'elles ne leur donnent des motifs d'émulation et de travail pour s'élever. Ainsi, les mêmes causes produisent, au moral, des effets opposés, suivant les dispositions psychologiques , tout comme au physique des causes lAorbides identiques x déterminent des affections pathologiques diverses.
Et voilà pourquoi l'art de procréer des grands hommes n'existe pas. Ce qui existe bien réellement, c'est l'hérédité au physique et au moral ; et si Ton admet avec Moreau (de Tours) que le géïite est «ne
■ névrose, oui, le fils peut hériter de celle-ci, peut»
I être à l'ûtat d'aggravation,
SECTION VII