DIVORCE
Le Divorce est une institution qui a subi bien des vicissitudes. Tour à tour prôné et combattu, il est aujourd'hui admis par certaines nations, rejeté par d'autres.
On confond souvent les sens des mots Divorce et Répudiation. Le Divorce est la dissolution du Mariage faite en vue des intérêts respectifs du mari et de la femme ; il résulte souvent du consentement mutuel des époux. — La Répudiatioii est le renvoi de la femme par la volonté seule du mari; elle est un acte de puissance pour celui-ci, une nécessité souvent douloureuse pour celle-là.
L'usage du Divorce a été importé en France par les Romains lors de la conquête des Gaules par J. César, et il s'y perpétua sous les rois de la première et de la deuxième race. Charlemagne, nous dit l'histoire, répudia Théodore, sa première fcniine, parce qu'elle n'était pas chrétienne.
La religion catholi(|ue, en se développant, finit
par se substituer à la loi civile: Les papes imposèrent leurs décrétales à l'Occident; et l'Eglise, jugeant seule du Mariage, jugea seule du Divorce et le condamna.
Philippe- Auguste se crut assez fort pour braver la puissance ecclésiastique : il répudia Ingelburge pour épouser Agnes de Méranie. C'était par raison d'Etat; mais il fut excommunié et son royaume frappé d'interdit.
Cependant, la cour de Rome autorisa quelquefois des souverains à se séparer de leurs femmes légitimes et à contracter de nouvelles unions. Suivant elle, ce n'était pas alors un divorce que l'Eglise autorisait, mais une nullité do mariage qu'elle reconnaissait : fiction commode, il faut en convenir, et dont les têtes couronnées seules ressentaient les ciïcts : Henri IV fut de celles-là.
Henri VIII, en Angleterre, fut le premier souverain qui osa se passer du consentement du Pape.
Le droit canon dit que « tant que l'un des époux séparés de corps est vivant, l'autre ne peut songer à de nouvelles noces, parce que le lien conjugal subsiste; or, cette maxime de l'Eglise est restée en vigueur en Franco, et la Sc[>:n'ntion de corps, qui ne dissout pas le Mariage cl no permet (jue l'éloignement des époux, est le seul remède admis par la loi aux unions mal assorties.
Mais c'est assez de ce court historique, quand nous n'avons d'autre but que de faire connaître les arguments que Ton a produits pour et contre le Divorce.
g jer — Povr le Divorce,
« Quand on ne considère que l'intérêt particulier de ceux qui demandent à rompre un lien devenu pour eux intolérable, on peut raisonner ainsi : L'indivisibilité du Mariage ne répugne-t-elle pas à l'équité ? Est-il équitable de disposer irrévocablement et pour ainsi dire sans les consulter, sinon pour la forme, de la liberté et du bonheur de personnes sans expérience, dont la raison n'est pas encore développée ? Est-il équitable d'attacher le mort au vif, de laisser unie au sort d'un débauché, d'un furieux, d'un monstre, une épouse bonne, sensible et vertueuse ? Est-il équitable qu'un Homme raisonnable et paisible, ami de l'ordre et de la vertu, soit condamné à passer sa vie avec une Femme querelleuse, emportée, dissipatrice et souvent libertine, ou, s'il a recours à la séparation, qu'il soit privé de la plus douce des jouissances et de la consolation de partager son existence ? Les bonnes mœurs ellesmêmes sont intéressées à ce que certains Mariages
LE MARUGE. 341
puissent être dissous. Les crimes occasionnés par les mauvais Mariages sont nombreux ; en une seule année, la Tournelle, du Parlement de Paris, avait prononcé sur vingt-neuf crimes d'assassinat ou d'empoisonnement commis par des maris sur des femmes ou par des femmes sur leurs maris. ...
§ 2. — Contre le Divorce,
« Mais quand on se place à un point de vue plus élevé, celui du bien public, on peut prévoir les conséquences du Divorce, non-seulement pour les époux, mais encore pour les enfants issus de cette union passagère, et pour la société elle-même aux yeux de qui Texemple donné va porter atteinte à la sainteté du Mariage, à celle même de la famille. Qui élèvera ces malheureux enfants dont le père et la more n'ont pu vivre ensemble ? Celui des deux époux à qui on les confiera les aimera-t-il, et ne fera-t-il pas retomber sur eux une partie de la haine qu'il a conçue pour l'autre ? Si un nouveau Mariage oblige ces enfants à entrer dans une nouvelle famille, quelle place y occuperont-ils parmi d'autres enfants à qui toute la tendresse des parents sera assurée ? Comment réglera-t-on leurs droits d'héritage après la mort des parents, sans faire naître une
Vii FONCTIONS DE REPRODUCTION.
foule de débats capables de troubler la paix et l'union des familles?
a Tl est triste, assurément, de condamner deux individus à rester malheureux toute leur vie, quand on pense qu'il suffirait d'un mot pour leur rendre la 'li])orlc et leur permettre de chercher le bonheur dans une nouvelle union ; mais si cela n'était possible qu'en portant un coup funeste à l'institution même de la famille, qui a toujours été regardée comme le fondement le plus solide de la société, ne serait-on pas fondé à dire : Mieux vaut encore le malheur de deux individus que le risque d'ébranler la société en avilissant la famille ! »
Le Divorce a pour adversaires les plus hautes célébrités de l'ordre judiciaire et do l'ordre religieux, quoique peut-être il y ait (juelque exagération dans les arguments qui viennent d'être produits, et qu'il soit possible d'en ajouter d'autres à Tfippui de la thèse contraire. Mais tout bien pesé, encore une fois, le salut de la société doit primer cejui de quehiues couples mal assortis. En elTct, quelle promiscuité de conditions et de familles, et quelle confusion dans les successions si le Divorce était inscrit dans nos lois ! On verrait bien des maris corrompus qui, voyant se faner si vite la beaulé d'une jeune épouse, naguère encore si jolie, s'auto-
riseraient d'un tel changement pour caresser des projets d'une nouvelle alliance.
a Le Divorce, a dit Hennequin, intervient comme une chance fatale dans tous les projets de la vie pour en arrêter Félati ; dans tous les mouvements du cœur pour les refroidir ; dans toutes les paroles d'amour pour y jeter quelque chose de contestable. A-t-on bien calculé tous les ravages (^ue peut exercer dans le sein d'un mari cette idée, que toute Femme (|ui s'offre à ses yeux est une épouse possible... »
8i, cependant, la vie commune devient absolument insupportable à l'un des époux, il reste la ressource de la séparation de corps, qui est loin d'avoir les inconvénients du Divorce.
« Le Divorce, dit encore Hennequin, est le père de la ruse et du mensonge. Il corrompt les voies de la justice. Tout est souvent faux et trompeur dans une instance en Divorce, parce que là il s'agit de changer de Mariage; tout est vrai, tout est légal, du côté de l'épouse du moins, dans une instance en séparation, où l'on ne peut se promettre (|uo de changer de malheur. »
Troplong fait remarquer d'ailleurs ([ue « ce n'est pas au peuple que s'adresse le Divorce. Il n'y a guère d'exemples qu'il en ait usé. Le Divorce est
plutôt récherché par les esprits blasés ou inquiets ; par ces existences oisives, tourmentées et romanesques, qui font tourner contre leur propre bonheur la culture de leur intelligence, et se rendent malades par où d'autres ont coutume de guérir. »
<c Le pouvoir politique, dit de Bonald, n'intervient, par ses officiers, dans le contrat d'union des époux, que parce qu'il y représente l'enfant à naître, seul objet social du Mariage.
« L'engagement conjugal est donc réellement formé entre trois personnes, présentes ou représentées.
« L'engagement formé entre trois ne peut donc être rompu par deux, au préjudice du tiers, puisque cette troisième personne est, sinon la première, du moins la plus importante; que c'est à elle seule que tout se rapporte, et qu'elle est la raison sociale de l'union des deux autres ; le père et la mère qui font Divorce, sont réellement deux forts qui s'arrangent pour dépouiller un faible, et l'État qui y consent est complice de leur brigandage. »
Dans les choses les plus graves, il y a presque toujours un côté plaisant. C'est pourquoi nous terminerons ce chapitre par le rappel d'une ancienne coutume suisse bien singulière. Le mari et la femme qui demandaient h divorcer devaient être renfermés
pendant huit jours en tête-à-tête dans une chambre où il n'y avait qu'une table, qu'une chaise et qu'un lit; leur action n'était recevable qu'après cette épreuve. On attribue une grande efficacité à cette précaution, et l'on prétend que presque tous les couples sortirent réconciliés avant la fin de l'épreuve.
APRKS LA FlèCONDATlON. 347
CHAPITHE \Ei:\IÈWE
Après la Fécondation commence révolution du produit de cette grande'fonction.
Ce produit varie suivant qu'il appartient au règne végétal ou au rogne animal.
Dans le rogne végétal, c'est la Fructification qui succède à la Fécondation ; dans le règne animal , c'est l'Incubation ou la Gestation, selon l'espèce.
Chez l'espèce humaine, la Gestation se nomme Grossesse : elle fera le titre d'un chapitre à part.
SECTION I-
Nous avons très-peu do choses à dire de cotte
phase^e la vie des Végétaux. Si nous nous en occupons, c'est pour montrer une fois de plus l'unité de plan de la nature et l'analogie des divers modes de reproduction.
La Fructification peut être définie : l'accroissement d'un ovaire fécondé ou d'un ensemble d'ovaires fécondés et soudés ensemble : c'est là le Fruit.
Ce Fruit a pour rôle la reproduction du Végétal auquel il appartient. L'utérus gravide, c'est-à-dire qui renferme le produit de la conception, peut être considéré, au sens rigoureux, comme un Fruit.
En effet, le fruit du Végétal est formé de trois parties essentielles qui sont, en procédant de l'intérieur à l'extérieur : 1° la graine ; 2° le péricarpe, qui est son enveloppe propre; et 3° la partie plus ou moins charnue, épaisse, lisse ou hérissée, etc., qui contient le tout, et qui n'est autre chose que l'ovaire développé, hypertrophié (poire, pomme, etc.)
Le fruit de l'Animal représente les analogues de ces trois parties: 1° l'embryon ou fœtus; 2** les membranes (chorion et amnios) qui l'enveloppent ; 3° la matrice hypertrophiée, qui, au point de vue de notre comparaison, représente l'ovaire.
Nous disons que l'ovaire- accru, hypertrophié, constitue la partie succulente des fruits proprement dits, tels que la pomme, la poire, la pêche, l'abricot, etc. Il y a des fruits dont cette partie est hérissée
APRKS LA FÉCONDATION. 349
(châtaigne, marron, etc.), ou très-mince, effacée, (blé, orge, avoine), dans lesquels elle se confond avec répisperme.
Le fruit proprement .dit, celui du poirier, du pommier, de la vigne, etc., est, à proprement parler, le pépin; celui du pécher, du cerisier, est le noyau, etc., etc. Pourquoi ? Parce que ce sont ces pépins, ces noyaux, qui seuls contiennent l'amande, c*est-à-dire la semence qui doit reproduire Tembryon auquel succède le Végétal.
Uamande est composée du périsperme déjà nommé, encore appelé endosporme ou albumen, et de Vembryon.
Dans Tembryon, on distingue la radicule, qui donne naissance à la racine, la gemmule ou pfwmule, qui doit produire toutes les parties de la plante tournées vers la lumière, et le corps cotylé^ douaire.
La plupart des graines présentent une citatrice appelée hile qui est le point où'l'ovule était attaché au placenta, comme dans les petits pois, les haricots, etc.
On distingue les fruits, d'après leur origine, en fruits simples on indims, qui proviennent d'un pistil unique (cerise, pèche, etc.), et en fruits multiples qui proviennent de plusieurs pistils réunis et souvent soudés ensemble, mais provenant de fleurs
distinctes, comme la mûre, l'ananas," la pomuio de pin. On les distingue encore, d'après la nature du péricarpe, en secs et charnus: d'après leur mode do dissémination, en déhiscents et indéhiscents; et, d'après le nombre de graines qu'ils contiennent, en olispermes et poly spermes (1).
SECTION IL